Les notes du jeudi : Noël avec Bach

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Aujourd’hui je vous propose une cantate écrite pour le 26 décembre, lendemain de Noël : la BWV 40 Darzu ist erschienen der Sohn Gottes (C’est pour cela que le Fils de Dieu est apparu). En voici une version « live » avec la Société hollandaise Bach conduite par Hans-Christoph Rademann, avec Barnabás Hegyi, alto, Daniel Johannsen, ténor et Matthew Brook, basse.

Les notes du jeudi : En Avent avec Bach (3)

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Ce jeudi voici la troisième cantate composée pour le 1er dimanche de l’Avent, la BWV 62 qui porte le même titre que la BVW 61 Nun komm, der Heiden Heiland (Viens maintenant, Sauveur des païens). Si la 61 a été créée en 1714, celle-ci l’a été en 1724. Elle est ici interprétée par l’Orchestre et le Choeur baroques d’ Amsterdam sous la direction de Ton Koopman, avec Deborah York, soprano, Franziska Gottwald, alto, Paul Agnew, ténor et Klaus Mertens, basse.

L’alphabet du destin

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Quatrième de couverture :

Vingt-six lettres dans l’alphabet. A comme Alexia, B comme Benoît… jusqu’à Z comme Zoltan.
Vingt-six prénoms qui font alterner le féminin et le masculin.
Vingt-six fois soixante minutes entre le lundi, 1 heure du matin, et le mardi, 3 heures du matin.
Vingt-six personnages qui, au long de ces vingt-six heures, vont se croiser, et avec lesquels nous partagerons un moment. Certains ne font que passer, d’autres réapparaissent au fil des textes.
Vingt-six narrations qui, chacune, débutent par A comme Alexia, B comme Benoît, C comme Camille, D comme Didier… jusqu’à Z comme Zoltan.
Vingt-six destins, vingt-six hasards… Mais le hasard existe-t-il vraiment ?

Liliane Schraûwen et Quadrature ont placé la barre très haut en matière de nouvelles avec cette dernière publication 2021 pour la maison néolouvaniste consacrée à l’édition de la nouvelle francophone. Si chaque texte peut se lire isolément, les 26 nouvelles qui composent ce recueil – qui s’égrènent comme les lettres de l’alphabet – constituent cependant un tout intrinsèquement lié. Peut-être cette nouveauté, cette originalité se marque-t-elle par le format du livre, légèrement différent des habitudes.

Cela commence avec Alexia, qui souffre d’insomnie et d’angoisse nocturne et qui ne trouve d’autre solution pour conjurer ses cauchemars que d’appeler Benoît, son ex. Celui-ci, réveillé en pleine nuit, revoit son passé avec Alexia et prétexte qu’il doit retourner travailler à l’hôpital. En réalité, il s’arrête à l’aéroport pour se fondre dans l’anonymat des voyageurs. Il se fait repérer par Camille, une serveuse qui cherche le grand amour et collectionne les aventures. Et ainsi de suite, avec des personnages de A à Z, en alternant hommes et femmes, sur 26 heures de temps. Et nous sommes ainsi plongés dans les histoires de ces 26 personnages, aisés ou pauvres, mariés ou célibataires, jeunes ou vieux, 26 histoires qui interagissent les unes avec les autres, tissant des vies, des destins qui ne sont pas du tout étrangers les uns aux autres.

Ces histoires personnelles, c’est la vie, la vraie vie et Liliane Schraûwen les raconte avec justesse, avec finesse, avec puissance. Sa plume forte et riche en émotions fait mouche. Elle explore les relations humaines, les choix, les décisions mais aussi les hasards apparents qui peuvent bouleverser une, voire plusieurs vies et qui forgent – ou brisent – des destins humains. En quelques pages à peine, elle brosse des portraits intimes, riches d’humanité.

L’alphabet du destin est vraiment un très beau livre. Il est peut-être trop tard – si vous n’êtes pas à proximité d’une bonne librairie belge – pour le glisser sous le sapin mais il constitue un très beau cadeau en toutes circonstances !

Quelques citations sur Babelio

Liliane SCHRAUWEN, L’alphabet du destin, Quarature, 2021

Un immense merci à Patrick Dupuis et aux éditions Quadrature pour cette lecture !

Ce sera mon dernier billet de l’année, à part deux billets musicaux déjà programmés. J’ai besoin de souffler, le trimestre s’achève ce jeudi 23 décembre et cette fin d’année a été bouleversante dans mon école. Je reviendrai le mercredi 5 janvier avec un nouveau rendez-vous ! D’ici là, portez-vous bien, passez de bonnes vacances si vous avez la chance d’en prendre et vivez de belles fêtes de fin d’année !

Les notes du jeudi : En Avent avec Bach (2)

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Aujourd’hui je vous invite à écouter la deuxième cantate composée pour le 1er dimanche de l’Avent, la BWV 61 Nun komm, der Heiden Heiland (Viens maintenant, Sauveur des païens) interprétée par Christine Schäfer, soprano, Ian Bostridge, ténor, Christopher Maltman, baryton, le Choeur Arnold Schoenberg et le Concentus Musicus Wien, tout ce beau monde dirigé par Nikolaus Harnoncourt.

Le Noël d’Hercule Poirot

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Merry Christmas (2 titres), Agatha Christie | Livre de Poche

Présentation de l’éditeur :

Est-ce une très bonne idée de réunir, à l’occasion des fêtes de fin d’année, des enfants qui ont tous de bonnes raisons de vous haïr ? Surtout quand il s’agit de leur annoncer que vous modifiez votre testament ?
Toujours est-il que, le 24 décembre, Simeon Lee, vieillard aussi riche que cynique, est sauvagement assassiné dans sa chambre. Et voici Hercule Poirot s’interrogeant sur Alfred et sa femme, tyrannisés depuis longtemps par leur père et beau-père ; sur Harry, qui ne lui pardonne pas les humiliations que sa mère a subies ; sur Pilar, la petite-fille espagnole, devant qui le vieil homme a peut-être imprudemment étalé ses diamants…
Beaucoup de monde. Et pour finir, un coupable présent dès le début, mais bien difficile à soupçonner…

Lecture de saison mais l’ambiance de Noël n’est pas vraiment au rendez-vous dans la maison familiale de Simeon Lee, un vieil homme « desséché » qui a voulu réunir tous ses enfants légitimes ainsi que la fille de sa fille défunte à l’occasion de Noël. Les fils Lee se retrouvent donc : le fidèle Alfred qui a repris l’affaire paternelle, le prétentieux George, membre du Parlement et radin invétéré, le fragile David qui n’a jamais pardonné à son père d’avoir fait mourir sa mère de chagrin et le fils prodigue Harry qui a roulé sa bosse dans des aventures plus ou moins honnêtes. S’y ajoutent les belles-filles ainsi que Pilar, la petite-fille espagnole qui charme son grand-père et Stephen Farr, le fils de l’ancien associé de Simeon Lee en Afrique du Sud. Le vieil homme a en effet eu une vie bien remplie, il ne s’est jamais embarrassé de scrupules et se dit très patient pour assouvir une vengeance si nécessaire. Le soir du 24 décembre, dans une mise en scène cynique, il se vantera de cette vie aventureuse, il reprochera à ses fils légitimes leur fadeur, leur incapacité à avoir des enfants et sa vantera d’avoir semé un peu partout des enfants illégitimes au caractère sans doute bien plus affirmé et conforme au sien.

On se doute que la victime du terrible meurtre de la veille de Noël sera ce vieil homme, que peu regretteront. Dans sa dédicace à son beau-frère qui lui reprochait des meurtres trop « épurés », Agatha Christie lui offre « un de ces bons vieux meurtres bien saignants » : et de fait, il y a énormément de sang dans la chambre de Simeon Lee, du sang et une sorte d’épais mystère de chambre close. C’est le superintendant Sugden qui va mener l’enquête, assisté du chef de la police locale Johnson et d’Hercule Poirot, qui séjournait chez ce dernier. L’audition de toutes les personnes présentes dans la maison permet de resserrer la liste des suspects mais c’est bien sûr grâce à des détails qui s’agencent comme des pièces de puzzle que le célèbre détective parviendra à démasquer le coupable – auquel je n’aurais jamais pensé mais ça c’est la magie de Noël d’Agatha Christie, la reine du crime ! L’enquête est assez classique même si le meurtre est plus sanglant mais c’est toujours un plaisir d’observer les petites cellules grises à l’oeuvre !

« Poirot promena dans la pièce un regard perplexe :
– Il règne ici une atmosphère de… de fureur brutale…Oui, c’est bien ça, de fureur brutale. Et de rage sanguinaire, d’emphase sur le côté sanglant… Il y a… comment dire ?… il y a trop de sang. Du sang sur les fauteuils, sur les tables, sur le tapis. Le sang rituel ? Le sang sacrifice ? Est-ce de cela qu’il s’ agit ? Peut-être… Un homme aussi frêle, aussi maigre, aussi desséché, et pourtant… dans la mort… tant de sang. »

« D’un pas lent, Hercule Poirot se promena le long de la terrasse.
Tout en marchant, il songeait : « Moi, je suis le père confesseur ! Et comme les femmes se confessent plus souvent que les hommes, ce matin, elles viennent me faire leurs confidences. Une autre éprouvera-t-elle le besoin de me parler ? »
Arrivé au bout de la terrasse, il fit demi-tour et comprit que sa question ne demeurerait pas longtemps sans réponse. »

Agatha CHRISTIE, Le Noël d’Hercule Poirot, traduit de l’anglais par Françoise Bouillot, Le Livre de poche, 2017

Petit Bac 2021 – Prénom 6 (j’ai terminé 6 lignes !)

Défi Un hiver au chalet – Catégorie Le Père Noël c’t’un Québécois ! (un livre de Noël, on est dans le thème, non ?)

Les notes du jeudi : En Avent avec Bach (1)

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Décembre est bien entamé déjà et l’Avent liturgique a commencé le 28 novembre mais peu importe : j’ai fait appel au Patron pour nous accompagner jusqu’à Noël et au-delà. Je vous propose d’écouter des cantates de Jean-Sébastien Bach, c’était son travail hebdomadaire à Leipzig, composer une cantate pour chaque dimanche. Il en a composé trois rien que pour le premier dimanche de l’Avent.

La cantate BWV 36 Schwingt freudig euch empor (Elevez-vous avec allégresse) est ici interprétée par le Collegium Vocale dirigé par Philippe Herreweghe, avec Sibylla Rubens, soprano, Sarah Connolly, alto, Christoph Pregardien, ténor et Peter Kooy, baryton.

Chroniques d’une échappée belle

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Chroniques d'une échappée belle

Quatrième de couverture :

Les cahiers où j’écris sont les vêtements de mes histoires. Le carnet de Lili est le premier que je ne choisis pas, mais j’écris un bouquin que je n’ai pas choisi. Je le lui rendrai bien sûr, avec le texte écrit de ce voyage qui change ma présence au monde. J’ai rédigé les premiers mots à deux heures du matin dans une chambre d’hôpital.
Une ambulance hurle dans la nuit. À son bord, le narrateur s’accroche au brancard et aux voix qui l’entourent. Luc Baba nous livre ici le récit intime et pudique d’un homme qui traverse sa souffrance, qui la mesure et l’observe sans jamais renoncer au monde, et lance un hymne à la vie.

Dès que j’ai commencé cette lecture, je me suis sentie enveloppée de douceur et de sensibilité, même si le récit que nous livre l’auteur Luc Baba n’a a priori rien de doux. Il raconte ou plutôt il évoque à petites touches une hospitalisation en urgence et plusieurs opérations au ventre qui ont mis sa vie en danger, et puis la vie qui revient peu à peu, les sensations, les gens qui l’entourent, sa compagne et la fille de celle-ci, Lili, les soignants, les amis. Après avoir subi des douleurs atroces, une simple gorgée d’eau (r)éveille ses sens et il perçoit avec émerveillement de simples manifestations de vie. Son regard a changé après cette traversée intime et l’écriture l’aide à rassembler ce souffle nouveau.

C’est avec ce récit que j’ai découvert la plume de Luc Baba et ce n’est rien de dire que j’ai apprécié sa sensibilité, sa simplicité dans ce texte à la fois introspectif et plein de reconnaissance envers la vie et les personnes qui l’ont accompagné durant la traversée de la souffrance. J’avais envie de noter plein d’extraits tant c’est bien écrit ! Je pense que le prochain mois belge me donnera l’occasion de découvrir d’autres facettes de cet artiste belge. C’est aussi la première fois que je lis un livre de chez Maëlström et j’ai apprécié le soin de l’édition.

« J’écris dans le carnet de Lili. D’habitude, je choisis mes cahiers en tâtant le papier comme un vêtement d’hiver, j’étudie les motifs et les couleurs de la couverture.  Aussi, j’en ai de toutes sortes, de petits carnets pour les toutes petites notes que je découperai un jour d’un regard afin de commencer un poème.

Je n’écris jamais sur des lignes, à moins qu’elles ne soient discrètes, et je déteste les quadrillages. Blanc cassé uni, épais, supportant l’encre des plumes, une cordelette en garde-page.

Le carnet de Lily est le premier que je ne choisis pas, mais j’écris un bouquin que je n’ai pas choisi. A ce point, c’est la première fois. » (p. 7)

« Je viens de sangloter dans une musique du Cap-Vert. J’ai pleuré dedans comme dans un mouchoir de soie. C’est une musique où un type encorde sa tristesse pour la changer en or, une saudade sans trop d’épines, intense et trouble. Les sanglots, c’est passager, me dit-on, rassure-toi, c’est normal. Mais je n’ai pas dit que cela me déplaisait, d’ailleurs je le fais exprès parfois. J’écoute Mercedes Sosa qui chante pour moi seul gracias a la vida, je ne comprends pas tout, je répète les mots, merci à la vie, et mes yeux se mouillent, et j’aime ça, je me lève, je me joins à l’hymne invisible et ne suis plus rien de construit. 

Je pense que le sanglot, c’est la mer qui remonte dans mes yeux à travers les guitares. Elle repart et me laisse des embruns en aumône pour la nuit. Et ce qui touche, c’et l’estran, ce paysage de sable et de pierre, de galets, de coquillages broyés, que la mer couvre puis découvre, et recouvre à nouveau, cet espace dont je suis jaloux parce que la mer le caresse infiniment depuis la naissance de l’eau. » (p. 15-16)

« Je sais :  si mon corps continue de refuser l’eau, il faudra m’opérer une troisième fois en désespoir de cause, à l’aube. Elle (l’infirmière) s’en va. Ma solitude est profonde et le monde absent. Je serais seul au milieu des foules, de toute façon, avec mon ventre enflé, les muscles fondus, la fatigue, les fourmis dans les doigts, les perfusions, la sonde, et la peur qui me surprend, un spectre au pied du lit. (…)

Enfin je bois sans hâte, les yeux clos, trois fines gorgées, quelques gouttes, et soudain, bon dieu, c’est le paradis qui s’ouvre à l’intérieur. Non, ce n’est pas que je la bois, cette eau, je la reçois comme une terre craquelée reçoit la première pluie d’orage, et j’en remercie le goût. Je ne l’avais jamais connu, le goût de l’eau. Il tient du torrent, de la neige des cimes, de la petite oseille, des fontaines de pierre polie, il porte la douceur la plus désarmante. Trois gorgées pour vivre. Trois fils d’eau pour un bonheur qui se cache de nous, et qui m’attendait là. » (p. 20-21)

« Il n’est pas le seul, ils sont tellement nombreux depuis le premier soir. Bien sûr elle est organisée, cette humanité, elle se dessine en éventail de tabliers et d’uniformes qui se relaient avec chacun sa boîte à outils, ses poches pleines, ses pouvoirs étudiés. Mais elle existe, je l’ai trouvée sans avoir à creuser, elle met dans les voix un bon miel de montagne, elle polit les pavés noir de l’enfer devant les pas, prend le temps, sourit pour apaiser, elle vient aux nouvelles sans regarder par la fenêtre. 

Je devrais me souvenir de cela aussi, de tous ces gens dont le métier consiste à prendre soin, du nombre de métiers inventés pour venir en aide, même si d’aucuns l’oublient parfois, et deviennent des suites de mouvements mécaniques, impatients. Ceux-là je ne les ai pas rencontrés. Peut-être que les hommes et les femmes aux métiers de secours finissent par agir mécaniquement parce que trop de voix se plaignent d’eux malgré tout, et ne voient pas le chaud de leurs gestes. » (p. 28-29)

« Mais le vol des oiseaux, c’est la plus grande merveille du monde ! Qu’ils planent, ou plongent, qu’ils soient pointes de flèche ou carrés de soie posés sur le vent, traits d’union entre la terre, le ciel et l’eau, qu’ils fuient sous les épines d’une haie ou qu’ils tracent des orbes entre les montagnes, je ne cesserai pas de les chercher des yeux, de m’en nourrir et de m’en inspirer, pour me taire mieux, ouvrir les bras, divaguer librement. » (p. 63)

« Dans les lieux où l’on voudrait ne pas être, les oreilles et les yeux souffrent, enchaînés, mais il existe un remède : se trouver bien. La chambre d’hôpital est le lieu idéal pour cet exercice du nénuphar. L’homme est un un nénuphar qui a reçu le pouvoir d’imaginer, on ne peut pas lui enlever ça. Et ma chambre n’est pas un désert de plomb.  J’y ai trouvé hier de quoi pleurer de bonheur, il suffit à présent que je m’en souvienne, que je choisisse bien ma façon d’ouvrir ou de fermer les yeux.

Le luxe qui m’est offert, c’est le temps, et c’est précisément le plus beau cadeau que l’on puisse offrir à un écrivain. Le monde est son espace mais il rêve de temps. » (p. 65)

Luc BABA, Chroniques d’une échappée belge, Maëlström rEvolution, 2018

Petit Bac 2021 – Voyage 6

Aujourd’hui 6 décembre (c’est la Saint-Nicolas !) se termine l’opération de promotion de la littérature belge « Lisez-vous le belge ? »

Le Mois le plus cruel

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Présentation de l’éditeur :

Durant le week-end de Pâques, le village de Three Pines s’anime le temps d’une grande chasse aux oeufs. Mais une fois la nuit tombée, le monde des vivants se mêle à celui des morts.
Lorsque Armand Gamache arrive le lendemain, l’inspecteur- chef de la Sûreté du Québec découvre une scène de crime des plus inhabituelles. Dans la vieille maison abandonnée des Hadley, où il a déjà failli perdre la vie, une séance de spiritisme, organisée pour libérer la de meure du mal qu’elle recèle, s’est terminée de façon tragique. Un corps sans vie gît à terre, celui d’une participante apparemment morte de peur.
Mais Gamache a appris à se méfier des apparences. Il sait que le décor de carte postale de la petite bourgade des Cantons-de-l’Est cache d’inavouables secrets. Il sait que l’explosion de vie du printemps dissimule des pulsions de mort. Il sait que l’un des siens est sur le point de le trahir. Dans cette nouvelle enquête, les lecteurs de Louise Penny retrouveront avec bonheur l’inspecteur-chef Gamache, sa veste de tweed impeccable, son côté délicieusement suranné, son physique de bon vivant, ses longues promenades méditatives, et cette façon de se tenir debout quand tout le monde pense qu’il est sur le point de tomber.

Cette troisième enquête d’Armand Gamache le ramène une fois encore à Three Pines, ce charmant village qui ne s’offre qu’à ceux et celles qui tombent dessus par hasard, et encore une fois dans la sinistre maison des Hadley, où une femme apparemment appréciée de tous est morte dans des conditions suspectes lors d’une séance de spiritisme. En réalité Madeleine Favreau est décédée de la combinaison d’éphédra, une plante toxique et d’une bonne dose de trouille, les deux formant un cocktail létal pour une personne ayant des problèmes cardiaques. Qui connaissait le dossier médical de la victime ? Qui avait quelque chose contre elle que tous comparaient pourtant à un soleil rayonnant ? Plusieurs personnes, finalement, qu’Armand Gamache placera patiemment devant leurs jalousies et leurs secrets, tandis que le climat s’accorde à l’ambiance des lieux et des personnes : le printemps tout neuf offre tantôt la sérénité la plus totale à la nature qui renaît, tantôt une tempête de neige et de grêle qui balaie tout sur son passage.

Mais l’intérêt de ce troisième opus réside aussi (surtout) dans le fait que l’on apprend enfin ce qui s’est passé lors de la fameuse affaire Arnot évoquée dans le roman précédent et qui a mis Gamache en posture délicate face à ses collègues de la Sûreté du Québec : sa droiture, son intégrité n’ont pas plu à tous ceux qui ont pourtant été bernés par un policier malhonnête (et c’est un euphémisme). Ces tensions se retrouvent dans son équipe et l’inspecteur-chef se retrouve en mauvaise posture à Three Pines.

J’appréciais déjà Armand Gamache et je ne l’en aime que plus au terme de cette enquête : il est intelligent, patient, courageux, c’est un sage et, cerise sur le gâteau, il est très chic. On apprend aussi à mieux connaître les membres de sa cellule d’enquête et les liens qui les unissent à lui, et Reine-Marie, son épouse, commence à prendre un peu de place. Sans oublier le chien Henry… Je me demande ce ui va lui arriver dans l’enquête suivante, car il ne peut quand même pas sortir tout à fait indemne du conflit interne à la Sûreté…

« Gamache adorait se rendre chez les gens impliqués dans une affaire. Examiner comment ils avaient aménagé leurs espace le plus intime. Voir les couleurs, la décoration. Sentir les arômes. Y avait-il des livres ? De quel genre ? »

« – Quatre phrases mènent à la sagesse. Vous devez les retenir et les utiliser. Êtes-vous prêt ?
L’agent Lemieux avait sorti son calepin et, stylo à la main, avait écouté.
– Vous devez apprendre à dire : Je ne sais pas. Excusez-moi. J’ai besoin d’aide. Je me suis trompé. »

Louise PENNY, Le Mois le plus cruel, traduit de l’anglais (Canada) par Michel Saint-Germain, Babel noir, 2014

Petit Bac 2021 – Adjectif 6

Je participe cette année encore au défi Un hiver au chalet chez Geneviève, ce roman convient parfaitement à la catégorie Casse-tête au coin du feu. Geneviève relit aussi tous les romans de Louise Penny, un par mois, celui-ci était à lire en novembre (ce que j’ai fait mais je manque un peu de temps pour rédiger les billets en ce moment).

Les notes du jeudi : Anniversaires 2021 (8) Igor Stravinsky

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Dernier anniversaire de cette série : nous célébrons cette année le cinquantième anniversaire de la mort d’Igor Stravinsky (1882-1971).

J’ai choisi de vous faire écouterune oeuvre de jeunesse, la Symphonie n° 1 en mi bémol par le Tbilisi Symphony Orchestra dirigé par David Gersamia. C’est la première œuvre composée par Igor Stravinsky durant son apprentissage avec Nikolaï Rimski-Korsakov. Il s’agit également de sa première composition pour orchestre. La symphonie, de structure classique, est largement influencée par Rimski-orsakov, Glazounov et Tchaïkovski. Elle a été composée en 1906-1907 et révisée en 1913.

Grand-père avait un éléphant

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Grand-père avait un éléphant

Présentation de l’éditeur :

Du monde, la jeune et jolie Kounnioupattoumma ne sait rien, si ce n’est que son grand-père avait un éléphant ! Fille de notables musulmans, elle est en âge d’être mariée. Mais pour sa mère, les prétendants ne sont jamais assez beaux, jeunes, riches, puissants… Surtout quand on songe à la splendeur passée du grand-père à l’éléphant.
Hélas, voilà la famille ruinée. Adieu vaste demeure, domestiques, bijoux en or ! Kounnioupattoumma peut enfin goûter aux délices de la baignade en attendant des jours meilleurs…

Les éditions Zulma me donnent l’occasion de découvrir un roman indien dont l’auteur est- paraît-il, l’un des plus importants de la littérature indienne contemporaine. Il est écrit en malayalam, la langue du Kerala.

Ce conte met en scène Kounnioupattoumma, une jeune fille privilégiée. Sa mère ne cesse de lui répéter : « Pattoumma, mon trésor, tu es la fille chérie de la fille chérie d’Anamakkar, le noble Makkar à l’éléphant. Ton grand-père avait un éléphant, un grand mâle à défenses ! » (p. 10) Elle n’a rien d’autre à faire que de se préparer au mariage, à attendre le prétendant parfait qui correspond à son statut et plus le temps passe, plus Kounnioupattoumma doit se tenir prête : parée d’une riche tenue et de bijoux resplendissants, c’est à peine si elle peut lever le petit doigt. Mais voilà que le père de famille subit un cinglant revers de fortune : adieu veaux, vaches, cochons… La famille habite désormais une petite maison misérable dans un misérable village. Kounnioupattoumma, qui a un bon fonds, apprend tant bien que mal à se débrouiller, à tenir la maison, à cuisiner. Et surtout, pendant que sa mère se lamente indéfiniment sur ses rêves de gloire enfuis et que son père ne ait toujours rien faire de ses dix doigts, la jeune fille peut sortir de chez elle, découvrir la nature, se baigner dans la rivière… Et elle rencontre ainsi un mystérieux jeune homme qui lui fait battre le coeur et sa soeur Aïsha.

Dans ce court roman d’initiation plein d’humour, il est question de religion, de traditions qui enferment mais aussi d’un islam plus ouvert, de l’éducation des filles, de modernité, d’émancipation féminine, de la découverte de l’amour. Est-il nécessaire de préciser que j’ai beaucoup aimé ?

« Il lui semblait que ces événements remontaient à plus de mille ans. D’ailleurs c’était un peu vrai, car le temps de l’enfance était loin et depuis lors beaucoup de choses avaient eu lieu. Kounnioupattoumma ne pouvait se remémorer cet épisode sans sourire. C’était la vie, ni plus ni moins, une chose étonnante de bout en bout, dont on ne pouvait jamais connaître le sens. Ce qui arrive dépasse l’entendement de chacun. Alors que faire ? Eclater en sanglots ou respirer, s’ouvrir, éclater de rire ? De toute évidence, rire vaut cent fois mieux que pleurer, non? Donc, en y repensant, elle souriait. »

« Leur passé, leur présent, leur avenir, étaient détruits, en miettes. Pourtant le monde n’avait subi aucun changement, la rivière et la berge sablonneuse brillaient au clair de lune, des gens se baignaient dans le courant, d’autres se prélassaient en groupes sur le sable, riaient en se racontant les nouvelles du jour. Le monde n’avait pas changé, mais la vie de Vattan Atima, de son épouse et de sa fille était anéantie. »

« – Tu veux dire : « Pourquoi on n’a pas voulu faire de toi une kafir? »
Savoir lire, écrire, étudier, interdisait donc de vivre en bon musulman? « Lisez! », disait pourtant le Coran dès les premiers mots ! »

« Le lendemain, Kounnioupattoumma fit part de ses doutes à Aïsha, qui réagit en riant. C’était le propre de l’ignorance, selon elle, que de mener à toujours plus d’ignorance. La connaissance suivait le même processus de croissance. De plus, en augmentant, elle permettait à l’esprit de retenir ce qui était bon et de rejeter le reste. »

Vaikom Muhammad BASHEER, Grand-père avait un éléphant, traduit du malayalam (Inde) par Dominique Vitalyos, Zulma, 2005

Un Zulma par mois

Petit Bac 2021 – Animal 6