Des notes d’anniversaire à Martha Argerich

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Ce 5 juin 2021, Martha Argerich fête ses 80 ans. Pianiste toujours jeune tant elle fait montre d’énergie et de renouvellement permanent, artiste insaisissable, ses interprétations vibrantes et poétiques marquent pour la postérité. Ecoutons-la dans le Concerto pour piano n°1 en mi mineur de Frédéric Chopin, elle est accompagnée par le Sinfonia Varsovia Orchestra dirigé par Jacek Kaspszyk.

L’affaire Protheroe

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L'Affaire Protheroe - Poche - Agatha Christie - Achat Livre | fnac

Quatrième de couverture :

Quand on découvre le colonel Protheroe tué d’une balle dans la tête dans le bureau du presbytère, le pasteur a déjà une idée de l’identité de l’assassin ou, en tout cas, sur un mobile vraisemblable. N’assiste-t-il pas au thé hebdomadaire de sa femme, où s’échangent potins et cancans ?

C’est dans L’affaire Protheroe qu’apparaît pour la première fois miss Marple, « une vieille demoiselle aux cheveux blancs et aux manières affables et distinguées » selon la description du narrateur du roman, le pasteur Leonard Clement, qui pense aussi que « sous son apparence fragile, miss Marple et capable de damer le pion à tous les fins limiers de la terre. » Le pasteur, tout proche voisin de la vieille dame, se retrouve dans l’embarras quand le colonel Protheroe, un notable peu aimé de sa famille et du village de St Mary Mead, est retrouvé assassiné dans le bureau du presbytère. Une lettre et une pendulette seront des objets déterminants pour résoudre l’enquête. Dans cette paroisse où les gens n’ont rien d’autre à faire que de s’observer les uns les autres et de se livrer au joyeux jeu des ragots, les suspects ne manquent pas. Il faudra toute la finesse de miss Marple et le calme du pasteur pour reconstituer les allées et venues des uns et des autres et démêler l’écheveau compliqué des « petites choses bizarres » qui truffent cette histoire. Au grand dam des enquêteurs officiels, l’inspecteur Flem et le colonel Melchett, qui se sont laissés aveugler par les évidences.

J’ai peut-être lu cette enquête quand j’étais ado mais je n’en avais aucun souvenir. J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce village où les cancans vont bon train (j’ai pensé aux romans de Barbara Pym, où les membres du clergé sont une denrée très convoitée) – certes les potins colportés par des « vieilles pies grièches » sont détestables mais ce polar existerait-il sans eux ? Le sexisme des hommes sous la plume d’Agatha Christie est lui aussi assez hérissant mais n’oublions pas que le roman date de 1927 et au bout du compte, la réussite de miss Marple l’emporte largement sur les réflexions de ces messieurs. Et j’ai beaucoup aimé aussi l’humour so british qui unit le pasteur et sa jeune épouse Griselda, le pasteur et miss Marple à qui rien, mais vraiment rien, ne peut échapper.

Agatha CHRISTIE, L’affaire Protheroe, traduit de l’anglais par Raymonde Coudert, Le Livre de poche, 2016

Le Mois anglais – en Lecture commune « Agatha Christie » avec Enna, Alexielle, Jojoenherbe et Stéphanie : merci pour cette bonne idée !

Les notes du jeudi : Evensongs (1)

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Pour fêter le dixième anniversaire du Mois anglais, je vous propose d’écouter des « Evensongs », des chants tirés des offices du soir comme les vêpres ou les complies à différentes périodes de l’année liturgique, chantés par différents choeurs anglais. Voici tout d’abord des Evensongs présentés par le King’s College de Cambridge.

Entre deux eaux

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Entre deux eaux - Donna Leon - Babelio

Quatrième de couverture :

Venise en hiver. Une archéologue de renommée internationale, est agressée avant un rendez-vous capital avec un directeur de musée. Une rencontre définitivement manquée puisque, à sa sortie d’hôpital, on retrouve ce dernier assassiné… Dans les coulisses du monde de l’art, le commissaire Brunetti enquête sur un terrain nouveau : celui des antiquaires et autres collectionneurs, parfois prêts à tout pour obtenir des œuvres inestimables ou placer des « faux » à prix d’or…

Brett Lynch, spécialiste des céramiques chinoises, est sévèrement passée à tabac dans son appartement de Venise. On la menace de pire encore si elle rend visite à Semenzato, le directeur du musée du Palais des doges où a eu lieu une immense exposition consacrée aux céramiques chinoises anciennes un an auparavant. Même si ce n’est pas de sa compétence, Brunetti s’intéresse déjà à l’agression dont a été victime Brett, à la fois par amitié et parce que le maire de Venise a sommé le vice-questeur Patta de tout faire pour cette bienfaitrice de la ville. C’est ainsi qu’il apprend que certaines des pièces de l’expo retournées en Chine étaient des faux et que l’assistante de Brett à Xi’an est morte dans un bizarre accident sur le chantier de fouilles. Brett se sent totalement responsable, à la fois parce que sa carrière est menacée et parce qu’en réalité, elle a délégué le retour des céramiques pour passer plus de temps avec sa compagne, la soprano Flavia Petrelli. Et voilà que le directeur du musée est retrouvé assassiné, conduisant Brunetti dans le monde des collectionneurs et des antiquaires plus que mordus d’oeuvres d’art.

J’ai apprécié cette enquête pour plusieurs raisons : le monde de l’art, le monde très pointu des spécialistes des céramiques chinoises, la fabrication des faux, les coups tordus auxquels sont prêts les collectionneurs, tout le contexte était intéressant et évoquait une fois de plus les petits ou grands arrangements avec la loi typiques de certains Italiens en général, de certains Vénitiens en particulier. L’amitié de Brunetti pour Brett Lynch, la relation complexe que Brett et la diva Flavia entretiennent constituaient de bons ressorts psychologiques. Evidemment, au bureau, Patta est égal à lui-même et la signorina Ellettra déploie ses talents « cachés » pour aider Brunetti dans son enquête (j’adore comme il cache bien son ébahissement derrière ses bonnes manières). Quant à Venise, nous la découvrons en hiver, sous une pluie battante et le phénomène de l’acqua alta donne un final palpitant et même angoissant à cette enquête rondement menée.

« Pour les non-vénitiens, Venise est une ville ; ses habitants, eux, savent bien que la Sérénissime n’est qu’un gros bourg assoupi, où l’on est curieux et friand de commérages, et où l’étroitesse d’esprit est la même que celle qui règne dans les patelins perdus de la Calabre ou de l’Aspromonte. »

« Non seulement la signorina avait réussi à obtenir les copies des relevés bancaires de La Capra, mais elle s’était arrangée pour fournir aussi des relevés de cartes bancaires aussi complets que ceux concernant Semenzato. Parfaitement conscient du temps qu’il aurait fallu pour se procurer ces informations par la voie officielle, Brunetti dut se résoudre à reconnaître qu’elle avait procédé de manière non officielle, ce qui voulait probablement dire illégale. Cela admis, il poursuivit sa lecture. »

« En face de lui, de l’autre côté de la place, se levait le palazzo Priuli, édifice laissé à l’état d’abandon depuis si longtemps que Brunetti ne se souvenait pas de l’avoir vu autrement. Ce palais était l’enjeu d’une bataille de succession féroce autour d’un testament contesté. Si bien que pendant que les différents héritiers putatifs s’en prenaient les uns aux autres, tous sûrs de leur bon droit, le Palazzo, de son côté, indifférent aux querelles et prétentions des héritiers, menait à bien avec une détermination farouche la tâche qu’il s’était fixée : l’autodestruction. De longues traînées de rouille coulaient des grilles censées en interdire l’accès et déparaient les murs de pierres ; le toit prenait une inclinaison curieuse et s’affaissait par endroits, se trouant même de lucarnes imprévues ici et là qui permettaient au soleil d’assouvir sa curiosité pour ce que contenaient les greniers, fermés depuis tant d’années. Brunetti avait souvent songé que le palazzo serait le lieu idéal où enfermer une tante folle, une épouse récalcitrante ou encore une héritière rebelle. Par ailleurs, son côté pratique de bon Vénitien lui permettait de voir le bâtiment comme un placement immobilier de choix et d’en étudier les fenêtres en essayant d’imaginer comment diviser l’intérieur en appartements, bureaux et ateliers.« 

« Un coup d’œil à la carte d’Italie suffisait à comprendre combien ses frontières était perméables. Des milliers de kilomètres de côtes, truffées de baies abritées, de criques discrètes, d’estuaires… ou, pour ceux qui étaient bien organisés ou qui disposaient des bonnes relations, il y avait les ports et les aéroports, par lesquels on pouvait faire transiter n’importe quoi sans beaucoup de risques. Les gardiens de musée n’étaient pas les seuls à être mal payés. »

Donna LEON, Entre deux eaux, traduit de l’anglais par William Olivier Desmond, Points, 2000 (Calmann-Lévy, 1999)

Dernière participation au Mois italien  chez Martine avec une étape à Venise

Petit Bac 2021 – Aliment/Boisson

Les blablas du lundi (37) : Le 10è Mois anglais !

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Juin arrive à toute vitesse et cette année, ce sera particulièrement festif puisque c’est la dixième édition du Mois anglais de Lou, Crissilda et Titine !

Le programme permet une grande souplesse pour nos lectures et autres amusements culturels so british :

  • Présentation de PAL, d’envies : dès à présent
  • Billets libres: à tout moment
  • Avant 1837 : 3 juin
  • Animaux : 5 juin
  • 1ere ou 2e guerre mondiale : 7 juin
  • Littérature jeunesse / album jeunesse : 9 juin
  • Époque victorienne : 10 juin
  • Une saison au choix : 12 juin
  • Années 50/60 : 14 juin
  • Époque édouardienne : 17 juin
  • English Royals : 19 juin
  • Années 70/80/90 : 21 juin
  • Non fiction (essai / biographie / livre d’histoire) : 22 juin
  • Années 20/30/40 : 24 juin
  • Voyage / évasion au sens large (régions anglaises, voyage dans le temps, dans l’espace si l’équipage est anglais) : 26 juin
  • Années 2000 jusqu’à aujourd’hui : 28 juin

Je ne crois pas que je parviendrai à respecter les dates mais ce n’est pas une obligation, ouf 😉

On peut aller déposer ses billets chez nos organisatrices, bien sûr, mais aussi sur le groupe Facebook du Mois anglais et/ou sur Instagram, avec le compte @ayearinengland2021 et #ayearinengland2021

Je compte lire (ou plutôt j’espère lire) – sans compter les changements au gré de ma fantaisie :

Un Agatha Christie (avec Enna et Alexielle) pour le 4 juin

Sa majesté mène l’enquête – Bal tragique à Windsor de S.J. Bennett (reçu grâce à Babelio)

Sale temps pour les sorcières de M.C. Beaton

Le corbeau d’Oxford de Faith Martin

Les femmes de ses fils de Joanna Trollope (avec Enna) pour le 22 juin

La fille du train de Paula Hawkins

Mon amie Adèle de Sara Pinborough

et peut-être (mais j’ai des doutes) :

Cranford d’Elizabeth Gaskell

A rude épreuve d’Elizabeth Jane Howard (le tome 2 des Cazalet)

Merci déjà aux organisatrices et bon Mois anglais !

Comme tous les après-midi

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Quatrième de couverture :

Alieh, Rowshanak ou Raeheleh sont souvent à leur fenêtre. Entre le riz pilaf aux lentilles et les pétunias, le voile et une paire de bas, le mari, les enfants, les aïeuls ou les voisines, elles guettent ce qui va venir conforter ou bousculer leurs habitudes.

Au fil des saisons et des générations, avec un art précieux du détail, Comme tous les après-midi forme en dix-huit courts tableaux un kaléidoscope de prodiges minuscules.

Dix-huit petites histoires de deux à cinq-six pages chacune constituent ce recueil de Zoyâ Pirzâd, Chacune est comme un instantané pris en regardant par la fenêtre vers l’extérieur ou en observant la rue, un carrefour ou encore en goûtant le confort de l’intérieur. Beaucoup mettent en scène des femmes iraniennes, quelques-unes des hommes. Dans plusieurs nouvelles, l’observation de l’extérieur est une ouverture tant physique que figurée, une aspiration vers ailleurs, autre chose, dans d’autres c’est l’occasion de ressentir le temps qui passe, de la jeunesse à la vieillesse, du mariage au veuvage, de la vigueur à la retraite. De petits aperçus de vie tout en finesse, où la nourriture a une grande place et qui nous donnent une idée de la condition féminine en Iran. Un joli petit livre, comme un kaléidoscope.

« Je me dis chaque jour :  » Aujourd’hui, je vais écrire une histoire. » Mais le soir, après la vaisselle du dîner, je me mets à bailler et je me dis: » Demain, je l’écris demain, absolument. (…) Demain, après avoir préparé le déjeuner, avant que les enfants ne rentrent de l’école et mon mari du bureau, j’aurai tout le temps. (…) Demain il faut que je me souvienne que… » (p. 9-11)

« Je ne connais pas la voisine d’en face bien que de ma fenêtre je l’aperçoive chaque jour dans sa cuisine ou dans sa cour. Tous les matins, elle y porte son linge pour l’étendre sur une corde tendue entre deux vieux platanes. Puis, elle retourne à sa cuisine où elle prépare le déjeuner. Moi aussi, au même moment, je suis en train de faire le déjeuner. Je fais exactement les mêmes choses au même moment. Seules une ruelle étroite et une petite cour séparent nos activités identiques. » (p. 15)

Zoyâ PIRZAD, Comme tous les après-midi, traduit du persan (Iran) par Christophe Balaÿ, Zulma, 2015

Un Zulma par mois

Mai en nouvelles avec The flying Electra et Hop sous la couette

Je reste ici

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Je reste ici par Balzano

Quatrième de couverture :

Trina s’adresse à sa fille, Marica, dont elle est séparée depuis de nombreuses années, et lui raconte sa vie. Elle a dix-sept ans au début du texte et vit à Curon, village de montagne dans le Haut-Adige, avec ses parents. En 1923, ce territoire autrichien, annexé par l’Italie à la suite de la Première Guerre mondiale, fait l’objet d’une italianisation forcée : la langue allemande, qu’on y parle, est bannie au profit de l’italien. Trina entre alors en résistance et enseigne l’allemand aux enfants du bourg, dans l’espoir aussi de se faire remarquer par Erich, solitaire aux yeux gris qu’elle finira par épouser et dont elle aura deux enfants, Michael et Marica.

Au début de la guerre, tandis qu’Erich s’active dans une farouche opposition aux mussoliniens et au projet de barrage qui menace d’immerger le village, la petite Marica est enlevée par sa tante, et emmenée en Allemagne. Cette absence, vive blessure jamais guérie chez Trina, sera le moteur de son récit. Elle ne cachera rien des fractures apparaissant dans la famille ou dans le village, des trahisons, des violences, mais aussi des joies, traitées avec finesse et pudeur.

Un roman magnifique, mêlant avec talent la grande et la petite histoires, qui fera résonner longtemps la voix de Trina, restée fidèle à ses passions de jeunesse, courageuse et indépendante.

Trina adresse son histoire à sa fille Marica, depuis longtemps partie loin de son village natal alors qu’elle était encore enfant et dont elle n’a plus jamais eu de nouvelles. Rassurez-vous, il n’y aura aucun pathos dans cette histoire pourtant tourmentée, liée à l’histoire de cette région du Haut-Adige ou Tyrol du Sud, autrefois autrichien et « gagné par l’Italie à la finn de la première guerre mondiale. Les habitants étaient arqués par leurs racines autrichiennes et avaient encore le droit de parler allemand. C’est d’ailleurs la langue dans laquelle Trina fait ses études d’institutrice et elle espère bien pouvoir l’enseigner. Mais l’arrivée de Mussolini et des fascistes au pouvoir provoque l’italianisation forcée de la région, tandis qu’un projet de barrage émerge (si je puis dire), menaçant la vallée et les villages de Curon et Resia entre autres. Trina paie de sa personne la résistance à l’italien quand elle fait l’école en allemand en cachette. On sent qu’à la fois elle est attachée à cette terre et qu’elle rêve d’ailleurs, d’émancipation. Elle est aussi attirée par Erich, un paysan viscéralement attaché à son village. Elle l’épouse et ils ont deux enfants, un garçon et une fille.

Quand la deuxième guerre mondiale éclate, on sent les tensions entre les habitants, certains fidèles au pouvoir italien, d’autres attirés par Hitler dont ils croient qu’il va les délivrer des fascistes. Et quand Mussolini sera balayé du pouvoir, les divisions vont se creuser : les premiers resteront au village, les seconds partiront en Allemagne à la recherche du bonheur espéré… Erich et Trina, comme quelques autres qui ne peuvent accepter ni les fascistes ni les nazis, font le choix de prendre le maquis, de se cacher dans la montagne pendant le reste de la guerre : une existence rude, marquée par la peur, la faim, le froid mais aussi une grande solidarité. Quand ils redescendent en 1945, l’Autriche est vaincue, tout comme les nazis : le seul avantage de leur présence aura été d’avoir arrêté les travaux du futur barrage mais ceux-ci reprennent très vite, amenant sur le gigantesque chantier des ouvriers italiens du Sud, au mépris des habitants locaux. Erich va alors se faire le défenseur désespéré de Curon et des villages menacés par la mise sous eau. Trina l’aide en écrivant des lettres, en tentant d’opposer des mots à la bureaucratie aveugle qui a décidé de loin la construction de ce barrage.

Pour ma part, je ne connaissais pas du tout l’histoire de cette région, dont le barrage, qui n’alimente que peu de foyers italiens parce que l’électricité achetée en France est moins chère, existe vraiment. L’auteur Marco Balzano a découvert le lac, très touristique, et le clocher d’une ancienne église qui émerge de façon pittoresque. Comme il l’explique à la fin du livre, il a su ne pas s’arrêter à ce côté touristique et s’est intéressé à l’histoire de la région, au jeu des frontières et des langues, à l’incurie du pouvoir et il a placé au coeur de la grande Histoire l’histoire de Trina et d’Erich. Le récit de Trina est sobre, à l’image de son histoire rude, sans pathos, car comme le lui répétait sa mère, « les pensées sont des tenailles, laisse-les tomber » et elle ne pensait qu’à aller de l’avant. On ne peut qu’admirer le combat désespéré d’Erich et on sent bien que Trina se demande s’il est légitime jusqu’au bout mais elle croit toujours au pouvoir des mots, même si la vie lui a appris ou l’a forcée à se dépouiller.

C’est le genre de bouquin dont la couverture me fait craquer mais le contenu était tout aussi bon !

« Je me levais à la nuit avec Erich, lui préparais une soupe au lait et, quand il en avait besoin, l’aidais à traire les bêtes, à distribuer le foin. Me lever de bonne heure ne me pesait pas. Une fois seule, je me préparais une autre tasse de café d’orge, puis rejoignais les enfant. Le curé m’avait attribué une cabane à outils, derrière la boucherie. Désormais je n’avais plus que trois élèves. Les fascistes avaient effectué de nouvelles perquisitions dans la vallée, arrêté et frappé d’amendes d’autres instituteurs. Seuls les prêtres parvenaient encore à enseigner l’allemand grâce au prétexte du catéchisme.

Une fois la classe terminée, j’allais déjeuner chez mes parents. Je restais un moment chez eux ou rentrais et me mettais à lire. Ma ne supportait pas que je perde du temps de la sorte. Lorsqu’elle me voyait, penchée sur un volume, elle disait dans des marmonnements que j’emporterais mes livres en enfer et me chargeait des besognes domestiques, sans cesser de répéter que je devais apprendre à coudre pour le jour où j’aurais des enfants. »

« Ta grand-mère était difficile et sévère, elle avait les idées claires sur tout, distinguait avec aisance le blanc du noir et n’avait aucun scrupule à trancher à coups de hache.
Moi, je me suis perdue dans une gamme de gris. D’après elle, à cause des études. Elle voyait dans les gens instruits des êtres inutilement compliqués. Des fainéants, des pédants, qui coupent les cheveux en quatre.
Je pensais, pour ma part, qu’il n’y avait pas de plus grand savoir que les mots, en particulier pour une femme.
Evénements, histoires, rêveries, il importait d’en être affamé et de les conserver pour les moments où la vie s’obscurcit ou se dépouille.
Je croyais que les mots pouvaient me sauver. »

« Alors la vallée serait devenue au fil du temps un carrefour de gens capables de se comprendre de plusieurs manières, non un point incertain d’Europe où tout le monde se regardait de travers .Mais l’italien et l’allemand constituaient des murs de plus en plus élevés. Désormais les langues étaient des signes raciaux. Les dictateurs les avaient transformées en armes et en déclarations de guerre. »

« Un jour l’envie d’écrire me prit. Je m’assis à la table avec une feuille blanche. J’écrivis que les industries traitaient Curon et la vallée comme un lieu sans histoire. Nous étions pourtant des agriculteurs et des éleveurs. Notre terre était riche et paisible. Sacrifier tout cela pour un barrage était un acte de sauvagerie. Il est possible de construire un barrage ailleurs, mais un paysage dévasté ne peut renaître. Un paysage ne se répare ni ne se recopie. »

Marco BOLZANO, Je reste ici, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Philippe Rey, 2018

Etape dans le Haut-Adige pour le Mois italien chez Martine.

Les notes du jeudi : Nuits de mai (4) Aram Khatchaturian

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Pour terminer ces nuits de mai avec énergie, je vous propose d’écouter la Suite pour orchestre Mascarade du compositeur arménien Aram Khatchaturian (1903-1978) : Valse (très connue) Nocturne, Mazurka, Romance et Galop en constituent les cinq mouvements. Certes seul le deuxième a rapport avec le thème de ce mois, mais l’oeuvre n’est pas très longue. Bonne écoute !

Le Tribunal des âmes

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Le Tribunal des âmes

Quatrième de couverture :

Rome. Sa dolce vita, son Capitole, ses foules de pèlerins, ses hordes de touristes. Sa pluie battante, ses sombres ruelles, ses labyrinthes souterrains et ses meurtriers insaisissables. Marcus est un homme sans passé. Il y a un an, il a été grièvement blessé et a perdu la mémoire. Aujourd’hui, il est le seul à pouvoir élucider la disparition d’une jeune étudiante kidnappée. Sa spécialité : analyser les scènes de crime. Sandra est enquêtrice photo pour la police scientifique. Elle aussi recueille les indices sur les lieux où la vie a dérapé. Il y a un an, son mari est tombé du haut d’un immeuble désaffecté. Elle n’a jamais tout à fait cru à un accident. Leurs routes se croisent pour les conduire chacun au carrefour où il faut choisir entre la vengeance et le pardon.

Tout le monde sauf moi connaît Le chuchoteur et c’est avec Le Tribunal des âmes que je découvre, sur les conseils d’un libraire, la plume de Donato Carrisi. Quand il m’a dit que ça avait rapport avec le Vatican, je n’ai pas hésité une minute. Et comme tout est basé sur une organisation secrète du Vatican, ça ne va pas être simple de vous parler de ce roman !

Le polar commence quand un homme victime d’une crise cardiaque appelle les secours romains et que les ambulanciers envoyés sur place découvrent dans sa villa des trophées ayant appartenu à quatre jeunes filles enlevées, séquestrées puis assassinées par un tueur en série. La médecin envoyée avec les secours se trouve être la soeur jumelle d’une des jeunes filles et elle est confrontée à un choix : sauver ou laisser mourir le tueur, en d’autres termes choisir entre la justice ou la vengeance. Elle décide d’intuber Jeremiah Smith (j’adore ce nom improbable). On découvre assez vite qu’une cinquième jeune femme a été enlevée mais comme le tueur est dans un coma apparemment irréversible, une course contre la montre s’engage pour retrouver Lara.

Dès lors, on suivra trois personnages qui n’ont pendant longtemps aucun rapport physique entre eux : Sandra, qui travaille pour la police scientifique à Milan et qui ne se remet pas de la mort soi-disant accidentelle de son mari David, grand reporter ; Marcus, qui a perdu la mémoire un an avant le début du roman et qui est à nouveau entraîné à analyser des scènes de crimes non ou mal résolus, à y traquer les anomalies ; et un mystérieux chasseur qui parcourt le monde, du Mexique à Prague en passant par Pripiat. Sandra et Marcus ont pour points communs une acuité visuelle très performante et une grande solitude. Les différents crimes qu’ils vont être amenés à examiner ont, eux, pour point commun d’offrir aux « parties civiles » de choisir elles aussi entre la justice ou la vengeance. Sandra y sera elle aussi confrontée quand elle découvrira que son mari n’est pas mort accidentellement.

Quand on découvre le rôle, la mission de Marcus liée à des archives secrètes du Vatican, le suspense prend encore de l’épaisseur et l’intrigue va nouer des fils de plus en plus serrés entre les différents crimes examinés, qui nous baladent dans différents quartiers et églises de Rome. Les 540 pages se lisent rapidement, Donato Carrisi nous garde dans ce suspense complexe grâce à des rappels efficaces et la fin laisse un sentiment de vertige, d’inconnu qui me donne très envie de lire la suite, Malefico, et ensuite Tenebra Roma, pour savoir qui est vraiment Marcus et comment vont évoluer ses liens avec Sandra.

« Dans la société moderne, la spiritualité est souvent tournée en ridicule, considérée comme l’opium du peuple ou encore comme une pratique new age. Les individus ont perdu la distinction élémentaire entre le bien et le mal. Ce qui a conduit à offrir Dieu aux intégristes…. Tout ceci a produit une incapacité à regarder à l’intérieur de soi, au-delà des catégories de l’éthique et de la morale, pour trouver la dichotomie essentielle qui permet de discerner et évaluer tout comportement humain. »

« Toutes les personnes impliquées jusque-là avaient subi un préjudice qui avait changé le cours de leur vie. Le mal ne les avait pas seulement frappées, sur son passage il avait aussi semé des spores. Certaines avaient pris racine, infectant leur vie. Comme un parasite silencieux, le mal avait grandi dans les métastases de la haine et de la rancoeur, transformant son hôte. C’était ainsi qu’il accomplissait ses métamorphoses. Des individus qui n’avaient jamais pensé pouvoir enlever la vie à un congénère étaient frappés par un deuil violent et ceci, avec le temps, les transformait à leur tour en tueurs. »

« Il existe un lieu où le monde de la lumière rencontre celui des ténèbres. C’est là que tout se produit: dans la terre des ombres, où tout est rare, confus, incertain. Nous sommes les gardiens de cette frontière. Mais parfois, quelque chose réussit à passer. Et moi, je dois le renvoyer dans l’obscurité. »

Donato CARRISI, Le Tribunal des âmes, traduit de l’italien par Anaïs Bokobza, Le Livre de poche, 2013 (Calmann-Lévy, 2012)

Je suis ravie que le Mois italien  (étape à Rome) m’ait donné l’occasion de découvrir un nouvel auteur !