Le Violon brisé

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Aux soupirs de l’archet béni,
Il s’est brisé, plein de tristesse,
Le soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.

Comme tout choit avec prestesse !
J’avais un amour infini,
Ce soir que vous jouiez, comtesse,
Un thème de Paganini.

L’instrument dort sous l’étroitesse
De son étui de bois verni,
Depuis le soir où, blonde hôtesse,
Vous jouâtes Paganini.

Mon cœur repose avec tristesse
Au trou de notre amour fini.
Il s’est brisé le soir, comtesse,
Que vous jouiez Paganini.

Emile NELLIGAN, Les Pieds sur les Chenets

Un Vénitien anonyme

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Quatrième de couverture :

Près d’un abattoir de la banlieue de Venise, un travesti est retrouvé mort. Sa tête est défoncée et son visage à peine reconnaissable. Chargé de l’enquête, Brunetti découvre que le cadavre n’est autre que le directeur de la Banca di Verona. Entre réseau de prostitution masculine et vaste magouille financière, l’été sera chaud pour le commissaire Brunetti…

Cette troisième enquête du commissaire Brunetti se déroule en plein mois d’août, sous une canicule particulièrement accablante (et pas question pour lui de travailler en tenue légère comme les touristes, nombreux et envahissants malgré la chaleur). C’es dehors de Venise, à Mestre, dans un terrain vague proche des lieux fréquentés par les prostitués, que l’on trouve le corps d’un homme, apparemment un travesti, en robes et talons aiguilles rouges, le visage massacré. L’identification prend du temps et apparemment, l’homme n’est pas du tout un travesti et encore moins un prostitué, mais bien un banquier tout à fait respectable. Ou pas ? Les recherches minutieuses de Brunetti et de ses collaborateurs mettront au jour une magouille financière cachée sous une soi-disant Lega della Moralità.

L’équipe de Brunetti évolue au cours de ce troisième épisode : elle ne sortira hélas pas indemne de cette enquête mais un nouveau personnage apparaît, la Signorina Ellettra, secrétaire du vice-questeur Patta, j’ai cru comprendre qu’on va la retrouver dans les numéros suivants suivants, cette jeune femme élégante, intelligente et un poil insoumise. A propos de Patta, celui-ci se retrouve dans une position conjugale délicate (je ne vous en dis pas plus, c’est assez croquignolet). Croyez-vous que Brunetti va en profiter pour écraser son supérieur ? Non, évidemment, et c’est cette classe, cette élégance, physique et morale, que j’apprécie tant chez Guido Brunetti. Je n’ai lu que trois enquêtes jusqu’à présent mais j’aime déjà très fort ce personnage, tout autant que saliver devant les plats concoctés par Paola, son épouse, ou par l’un ou l’autre personnage secondaire et bien sûr continuer à découvrir Venise au fil des saisons : ici, en plein « Ferragosto », ce n’est pas la plus agréable à vivre dans la Sérénissime mais l’évasion du voyage est bien présente et les évocations très sensorielles de Donna Leon – ainsi que son humour – se savourent avec grand plaisir.

« – Houla, le superflic ! ironisa Paola en tendant la main vers une autre tomate, il voit des rondelles de tomates avec juste de quoi mettre une tranche de mozzarelle entre elles, il voit un bouquet de basilic tout frais dans un verre d’eau, à la gauche de sa délicieuse épouse, et fait le rapprochement entre tous ces éléments et, raisonnant à la vitesse de la lumière, en déduit qu’il y a de l’insalata caprese pour le dîner. Pas étonnant qu’un tel homme frappe de terreur la population criminelle de cette ville. » (p. 46)

« Dans la péninsule, où l’on est abreuvé de la théorie du complot alors que l’on tète encore le lait maternel, un Italien ne peut faire autrement que de voir des conspirations partout. Si bien que le moindre groupe donnant l’impression de fuir la publicité y est immédiatement soupçonné des pires choses, comme l’ont été en leur temps les Jésuites et comme le sont aujourd’hui les témoins de Jéhovah. Comme le sont encore aujourd’hui les Jésuites, se corrigea mentalement Brunetti. La conspiration engendre certes le secret, mais Brunetti n’était pas prêt à retourner la proposition, et à affirmer que le secret était synonyme de conspiration. » (p. 151)

Donna LEON, Un Vénitien anonyme, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond, Points, 1999 (Calmann-Lévy, 1998)

Le Mois italien chez Martine

Challenge Venise chez Florence Le Livre d’après

Voisins Voisines 2019 – Italie

Les notes du jeudi : A l’italienne (4) Niccolo Paganini

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Niccoo Paganini (1782-1840) fut un génie du violon, à a fois comme instrumentiste et comme compositeur.

Comme, cette semaine, c’est la finale du Concours Reine Elisabeth et qu’il y a exactement dix ans, le Belge Lorenzo Gatto a remporté le deuxième prix de ce prestigieux concours, je vous propose de l’écouter, en 2009, dans le Concerto n°1, avec l’Orchestre national de Belgique dirigé par Gilbert Varga. Suivez le lien pour accéder à la vidéo.

Noyau d’olive

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Quatrième de couverture :

Erri De Luca fréquente la Bible depuis longtemps. Sa connaissance des Écritures ne doit pourtant rien à la foi ou à un quelconque sentiment religieux : De Luca se dit non croyant, incapable de prier ou de pardonner. Il est néanmoins habité par le texte biblique au point de commencer presque chaque journée par la lecture et la traduction d’un passage. Les courts textes rassemblés ici témoignent de ce corps-à-corps quotidien avec la Bible et de ces exercices matinaux qui lui donnent matière à réfléchir, comme un noyau d’olive qu’il retournerait dans la bouche tout au long de la journée.

Je ne savais pas qu’Erri De Luca traduit tous les matins un texte biblique auquel il se confronte et dont les enseignements « littéraux » (j’entends par là la traduction littérale de l’hébreu biblique) le nourrissent chaque jour :

« Lire les Saintes Écritures c’est obéir à une priorité de l’écoute. J’inaugure mes réveils par une poignée de vers, et le cours de la journée prend ainsi son fil initiateur. Je peux ensuite déraper le reste du temps au fil des vétilles de mes occupations. En attendant, j’ai retenu pour moi un acompte de mots durs, un noyau d’olive à retourner dans ma bouche.

Tant que, chaque jour, je peux rester ne fût-ce que sur une seule ligne de ces Écritures, j’arrive à ne pas me défaire de la surprise d’être vivant. » (p. 43)

La première partie du livre est consacrée au Christ , de l’annonce de sa naissance à sa résurrection et à son Ascension ; la seconde, plus longue, explore des passages plus ou moins célèbres de l’Ancien Testament, particulièrement dans les premiers livres de ce dernier (la Genèse, l’Exode, le Deutéronome ou le Livre des Nombres), certains personnages comme le roi David et quelques prophètes comme Isaïe, Jonas ou Jérémie.

Les Ecritures, avant d’être un texte mis par écrit, c’est d’abord et avant tout la Parole de Elohim (ou Yod, la première lettre du tétragramme YHVH, un autre nom de Dieu suivant les traditions bibliques) et Erri De Luca souligne combien cette Parole révélée a provoqué comme un séisme dans la langue hébraïque qui ne possède pas de voyelles, « une langue aux mots pauvres, hostile à tout concept abstrait » (p. 42), au point que de nombreuses phrases commencent par « Et Dieu dit » ou plutôt (toujours littéralement) « Et dit Dieu » tant la force du dire est primordiale pour ce Dieu qui intervient dans l’histoire humaine.

Les traductions littérales peuvent paraître rudes mais elles révèlent un sens auquel nous n’avons pas accès quand nous lisons une traduction plus élaborée, un sens qui interpelle dans le monde d’aujourd’hui, par rapport à certaines questions éthiques ou sociétales (tiens, tiens, Elohim serait-il féministe ?), un sens rafraîchissant. J’avais envie de noter des idées à chaque chapitre de ce petit livre passionnant.

Et pourtant, le savez-vous ? Je ne vous en parle qu’en fin de billet mais lui s’en explique dès l’introduction : Erri De Luca n’est pas croyant. Pas besoin donc d’être croyant pour apprécier son texte. Bien plus, ses explications sur la Bible sont d’autant plus percutantes, interpellantes et rejoignent certainement (du moins, à mon sens) le goût des Ecritures d’un croyant, d’une croyante ouverts d’esprit.

« Tout au long des Evangiles, nous lisons les jets d’un discours qui fut torrentiel. Une providence fait ressembler ces écrits à des citernes d’eau de pluie, qui retiennent du moins quelque chose selon leur capacité. Nous ignorons le timbre de sa voix et l’hébreu, l’araméen, ses langues, n’existent même plus.Et pourtant, les Evangiles ont suffi à ne pas faire oublier les paroles de celui qui ne voulut pas écrire ni laisser écrit. Celui qui n’a pas la foi ne se désaltère pas. Mais celui qui a la grâce de l’avoir est lié par un devoir énorme: donner de cette eau bue un témoignage tout au long de sa vie. Ce faisant, il remplit les pages que les Évangiles ont dû laisser vides. Ce faisant, il rapporte à la surface l’eau qui s’est perdue hors des citernes. » (p. 86-87)

Erri DE LUCA, Noyau d’olive, traduit de l’italien par Danièle Valin, Folio, 2006 (Gallimard, 2004)

Challenge italien chez Martine

Challenge Petit Bac – Littérature générale – Couleur

Je me suis soudain réveillé…

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Je me suis soudain réveillé, j’étais seul.
J’ai reconnu le petit-duc, à ses gémissements aveugles,
Qui du haut du ciel semblaient tout proches,
Au-dessus de ma poitrine.

Avec son chant, je me suis retrouvé vivant dans le silence ;
Mais perdu dans mes rêves, de mon corps
Rien ne restait qu’une mémoire
Triste et déçue.

Et toi aussi, mémoire et non image,
Tu me dominais, tu dominais ce chant,
Et tu rendais mortel ce silence,
Sans m’apparaître.

Tu t’étais dissipée en moi, pour ainsi dire,
Dans ma chair lasse, en rêve. Un spectre mortel
Qui terrasse cette vie. Et pourtant
Je continuais de t’aimer.

Pier Paolo PASOLINI (1922-1975), Adulte ? Jamais, traduit de l’italien par René de Ceccatty.Points, 2013

Poésie italienne pour le Mois italien chez Martine

Les notes du jeudi : A l’italienne (3) Gioachino Rossini

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Gioachino Rossini (1792-1868) a un nom qui, prononcé avec l’accent italien, porte à l’allégresse, ne trouvez-vous pas ? Son nom est bien sûr associé à l’opéra avec Le Barbier de Séville, La Cenerentola, L’Italienne à Alger ou encore Guilaume Tell mais il a aussi laissé des oeuvres de musique religieuse connues comme son Stabat Mater ou sa Petite Messe solennelle.

Mois italien oblige, je vous propose d’écouter l’Ouverture de L’Italienne à Alger par l’Orchestre de chambre d’Europe dirigé par Ivan Fischer. Ensuite vous entendrez l’air Che muso, che figuro chanté par Marie-Nicole Lemieux et Nicolas Courjal lors de la fête de la musique 2013 à Orange.

Mustafà, le bey d’Alger, lassé de sa femme Elvira cherche à se trouver une nouvelle compagne. Il charge Haly de sélectionner une candidate. Isabella, une jeune Italienne à la recherche de son amant détenu comme esclave par Mustafà, est sélectionnée. Les deux amants vont utiliser la ruse afin d’échapper à leur triste sort.

 

Rue Deschambault

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Quatrième de couverture :

À travers les dix-huit récits qui composent ce livre, Gabrielle Roy a transformé les souvenirs de sa jeunesse manitobaine en un roman racontant l’apprentissage d’un écrivain. Christine découvre peu à peu la réalité — familière et pourtant inépuisable — de la petite rue de Saint-Boniface où elle est née et où l’humanité montre ses visages les plus variés. Mais surtout, ses propres rêves lui sont révélés, c’est-à-dire à la fois ce qui la rapproche des autres et l’en sépare, ce qui la fait les aimer profondément et l’oblige en même temps à les quitter pour toujours.

Les connaisseurs de littérature québécoise disent tous qu(il « faut » lire Bonheur d’occasion, le chef-d’oeuvre de Gabrielle Roy. Pour découvrir cette auteure née en 1909 à Saint-Boniface dans le Manitoba, j’ai choisi un ouvrage plus « modeste », Rue Deschambault, son quatrième roman, largement autobiographique lui aussi.

Christine (le prénom de Gabrielle dans ce roman) est la benjamine d’une famille nombreuse. La mère tient la maison, s’occupe de ses enfants pendant que le père, agent de colonisation pour le gouvernement canadien, est absent pendant de longues périodes. Quand il rentre, c’est un homme mélancolique, ne supportant pas le bruit. Christine porte un regard naïf sur les adultes et le monde qui l’entoure et c’est cette fraîcheur qui fait tout le charme de ce récit d’enfance, de famille. La concurrence-connivence entre voisines, une maladie infantile, une de ses soeurs qui prépare son départ au couvent, un nouveau voisin italien qui construit une petite maison pour faire venir sa femme au Canada, autant d’événements de la vie quotidienne que raconte Christine, douée d’un sens de l’observation et d’une sensibilité qui augurent de sa vocation d’écrivain. Elle raconte aussi des moments plus douloureux, comme la maladie mentale d’une autre de ses soeurs, et des aventures inédites pour l’époque, comme le long voyage que sa mère entreprend seule avec elle jusqu’à Montréal pour échapper à son quotidien lassant.

Gabrielle Roy évoque aussi comment elle a senti pointer son goût pour l’écriture et comment il lui a d’abord fallu trouver de quoi « gagner sa vie ». Elle l’a fait en devenant institutrice et a commencé sa carrière dans un petit village perdu « de nos Prairies ». « Est-ce que le monde n’était pas un enfant ? Est-ce que nous n’étions pas au matin ? » Ces deux dernières phrases du roman représentent bien la fraîcheur et la passion que la jeune Gabrielle Roy a sans doute conservé toute sa vie. J’aimerai le vérifier à travers d’autres lectures d’elle.

Gabrielle ROY, Rue Deschambault, Boréal Compact, 2010 (1è édition : 1955)

Challenge Petit Bac – Littérature québécoise – Lieu

Le Mois belge 2019 : les résultats du concours !

Voici venu le moment de vous dévoiler les résultats du concours 2019 ! Huit participants de cette édition ont tenté leur chance.

D’abord les réponses aux questions :

1.Qu’est-ce qu’un pei ?

b.Un mot bruxellois qui veut dire « mec »

 

2.Qu’est-ce que le péket ?

a.Du genièvre en wallon

c.Une boisson qui coule à flots aux fêtes du 15 août à Liège

 

3.Qu’est-ce qu’un waterzooi ?

  1.  un plat mijoté originaire de Gand en Belgique à base de poulet ou de poisson

 

4.Qu’est-ce qu’un onnuzel ?

c.Un mot bruxellois qui veut dire empoté

 

5.Quand un Belge dit qu’il « sait » faire quelque chose, il…

b.Peut le faire

 

6.Le chicon belge, c’est…

b.L’endive française

 

Et maintenant qui a gagné ? (Roulement de tambour…)

Kathel gagne Hôtel Paerels offert par Weyrich.

Keisha gagne La journée mondiale de la gentillesse offert par Quadrature.

Danny gagne La promesse faite à ma soeur offert par Espace Nord.

 

Bravo aux gagnants ! Et encore merci aux éditeurs !

J’attends vos coordonnées postales par mail (toujours la même adresse : adtraviata[at]gmail.com)  pour que je puisse les transmettre aux éditeurs.

Et c’est ainsi que se termine définitivement le Mois belge 2019. Je vous donne déjà rendez-vous l’année prochaine !

Etre en vie…

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être en vie, c’est un étonnement et un bonheur
émerveillé que la respiration aille de soi

dire le matin bonjour au jour
se dilater dans la largeur du ciel

dire la nuit bonne nuit à la nuit
se dissoudre dans la confiance du sommeil

ouvrir les yeux sur la splendeur du monde
trink, o Auge, was die Wimper hält

et un jour, qu’importe, viendra la mort

Lambert SCHLECHTER (né en 1941 à Luxembourg), Piéton sur la voie lactée, traduit du luxembourgeois par Anne-Marie Reuter,  Phi, 2012