Enfance

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En ce temps-là
je portais toute ma force dans mon cœur
C’était l’orgueil
celui du premier prince magnanime
de la première victoire
du drapeau bleu flottant sur la terre du juste
C’était la colère
l’impétueuse
flammes inoubliables
frissons de sang en prismes de pardon
C’était le désir agile
prenant pied dans la découverte
créant les îles de cristal
réinventant la magie blanche
C’était le péché de perle
mon vrai péché
la coupable bonté
l’admirable confusion d’amour
Je portais toute ma force dans mon cœur
sans cuirasse de mensonges
comme un enfant invulnérable

Achille CHAVEE (1906-1969) parti il y a cinquante ans le 4 décembre 1969…

Les Boîtes en carton

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Quatrième de couverture :

Les Boîtes en carton, qui fit connaître Tom Lanoye en Flandre, est l’histoire d’un gamin issu d’un milieu populaire qui, lors d’un voyage scolaire organisé par une caisse d’assurance, au début des années soixante, tombe amoureux d’un des garçons qui participe à l’excursion. L’homosexualité approchée sans tabou fit le succès du livre mais, au-delà de cette relation aujourd’hui encore sulfureuse dans un pays catholique, l’auteur brosse une galerie de portraits criants de vérité, souvent cruels et hilarants. Avec cet art de la caricature et du burlesque qui a enchanté les lecteurs de La Langue de ma mère,Tom Lanoye parvient à nous faire revivre cette période de l’après-guerre avec ses poncifs et son euphorie, et cette région, la Flandre, qui faisait, alors, complètement partie de la Belgique.

« Ceci est la relation d’un amour banal et de son pouvoir dévorant. » Ainsi commence Les Boîtes en carton, roman largement autobiographique de Tom Lanoye, tout comme La langue de ma mère. Si, dans cet opus, l’auteur explique comment ses parents ont accueilli son homosexualité, ici il raconte comment celle-ci s’est révélée à lui quand il était enfant.

« Ceci est la relation d’un amour banal et de son pouvoir dévorant. Il m’est tombé dessus au début des années septante dans la très laide ville provinciale de P. L’objet de cet amour : celui que je puis maintenant, depuis trois ans à peine, qualifier de gars parfaitement ordinaire, mais qu’avant cela j’ai appelé dans mon for intérieur de tous les noms que le monde ait jamais inventés pour désigner tout ce qui est inaccessible et ardemment désiré, tout ce qui vous défie et déchire, tout ce qui est beau et dingue à la fois. Son vrai nom était Z.

Je l’ai rencontré pour la première fois à l’âge de dix ans. Je m’en souviens avec précision, notre rencontre eut lieu lors d’un voyage organisé par la caisse d’assurance maladie. Pas que Z. ou moi fussions incurables ou même très légèrement tubards. C’était un voyage offert à un prix ridiculement bas à tous les garçons de dix ans dont les parents étaient assurés contre maladies et mutilations. Officiellement parce que l’organisation espérait que ces enfants grandiraient dans la prospérité et la santé éclatante. En réalité parce que cette caisse, qui avait pour nom Mutualités Chrétiennes, était engagée dans une concurrence forcenée avec l’autre caisse, celle des sans Dieu, les Mutualités Socialistes. »

Tom, le narrateur, construit son roman en quatre parties, quatre boîtes en carton qui ont jalonné son enfance et son adolescence : la valise en carton fournie par la Mutualité chrétienne pour son premier camp de vacances en Ardennes à l’âge de dix ans, l’année où il rencontre Z. (l’occasion pour Tom de parler des femmes de sa vie : sa soeur aînée qui l’adorait, Wiske l’amie de la famille devenue sa presque soeur, sa marraine Pit Germaine et sa magnifique logorrhée verbale et bien sûr, Josée, sa mère chérie), la deuxième valise lors du camp en Suisse à quatorze ans, alors que Tom explore jusqu’à plus soif les joies et les douleurs du « plaisir solitaire » (il y a des scènes à hurler de rire – épatant ce qui se passe dans la tête d’un jeune ado) ; la boîte à photos et la boîte à archives du collège catho où Tom et Z. se retrouvent dans la même classe (on est dans les années soixante et les curés font semblant d’évoluer avec leur temps) et nouent une amitié qui sera source d’éblouissements et de douleurs profondes pour notre écrivain en herbe : c’est aussi le temps des blagues potaches, des profs marquants (des curés sobrement surnommés le Boche le Jap et Mussolini, ce dernier étant  la plume du mouvement flamingant, tous éveillant leurs étudiants à la littérature flamande et universelle), le temps d’un voyage scolaire en Grèce qui cristallisera toutes les attentes de Tom.

C’est un roman qui évoque une tranche d’histoire de la Flandre et de la Belgique, un roman d’initiation, de formation, humaine, amoureuse et littéraire, un roman qui m’a parlé (il y avait une de ces valises en carton à la maison, ma mère y rangeait les boules et les guirlandes de Noël, moi aussi je suis allée en colonie de vacances avec la Mutualité chrétienne – à la mer, les Wallons allaient à la mer, les Flamands en Ardenne – et en Suisse l’année de mes quatorze ans) et dont la fin m’a touchée par le lien qui unit Tom Lanoye à ses lecteurs et par son humour.

« Les autres profs détestaient la dernière heure de la semaine, le vendredi de trois heures dix à quatre heures, parce que les élèves étaient remuants, qu’ils avaient la tête ailleurs, pensant déjà au weekend. C’était justement à cette heure-là que Mussolini consacrait chaque semaine à la lecture de prose. Nous étions envoûtés. Le weekend pouvait attendre. On se tassait sur son banc, on écoutait, on brûlait et on tremblait comme une feuille. Des chapitres entiers du Château de Kafka y passaient, et Crime et châtiment de Dostoïevsky, L’éveil de la glèbe de Knut Hamsun, La Vie et la mort dans le séchoir de Stijn Streuvels, Le Nez et Le Journal d’un fou de Gogol, Mussolini qualifiait L’étonnement de Hugo Claus de chef-d’oeuvre intemporel. Il nous en a lu les vingt premières et les vingt dernières pages. On n’y pigeait rien mais on en était tout retourné. Le lendemain, on allait à la bibliothèque, mais le livre était déjà en prêt. Alors on allait l’acheter à la librairie, il était sur l’étagère du dessous, déjà abîmé. On le lisait, on ne comprenait toujours rien, mais on poursuivait jusqu’à ce que la dernière page soit tournée. C’était beau comme un coup de marteau parfait, ça chantait, c’était dur, c’était vrai. C’était une chose comme il n’en avait jamais existé auparavant. Pas sous cette forme, pas dans cette langue, pas dans ces images; ça n’existait que dans ce livre. Et rien de ce qui existait en dehors de ce livre n’était aussi bouleversant. »

Tom LANOYE, Les Boîtes en carton, traduit du néerlandais (Belgique) par Alain van Crugten, Editions de la Différence, 2013

Rendez-vous Flamand 1

Challenge Petit Bac – Littérature belge – Objet

Maigret et le corps sans tête

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Présentation de l’éditeur :

L’un après l’autre, les morceaux d’un cadavre, découverts par des mariniers, sortent des eaux du canal Saint-Martin, au-dessus de l’écluse des Récollets. Seule la tête demeure introuvable. C’est dans un bistro voisin, sur le quai de Valmy, que Maigret va entreprendre de humer les mystères du quartier.  (…)

C’est un peu le hasard qui conduit Maigret dans ce bistro du quai de Valmy, près du canal Saint-Martin. Une relation particulière se noue entre le commissaire et la tenancière du bar, « la femme Calas », une femme étrange, comme absente à elle-même et à ce qui l’entoure, qui boit en cachette, collectionne les amants et dont le mari est censé être en voyage dans le Poitou pour commander son vin blanc. A force de réponses monosyllabiques aux questions du policier, celui-ci finit par faire le lien avec le corps sans tête : c’est bien Omer Calas. Poussé par un juge tatillon, Maigret va s’employer à trouver le coupable et le mobile, à son rythme., au rythme d’Aline Calas.

Aaaah c’était au temps où l’on pouvait fumer n’importe où sans se gêner, même à l’hôpital, où les policiers en service se rinçaient régulièrement le gosier à coup de vin blanc sans devoir souffler dans le ballon en rentrant au quai des Orfèvres, un temps où le quartier du canal Saint-Martin était encore très populaire, mêlant des Parisiens pur jus et des gens venus de la campagne chercher une vie meilleure dans la capitale : on les reconnaît à leur teint encore coloré, pas encore pâli par le mode de vie parisien. Ce sont tous ces détails pittoresques qui m’ont amusée dans ce court roman, l’évocation d’un Paris disparu,. J’ai bien sûr apprécié le flair, la psychologie tranquille de Maigret :

« Ce n’était pas de l’inquiétude que ressentait le commissaire, mais un intérêt comme il n’avait pas eu depuis longtemps l’occasion d’en porter à un être humain. 

Lorsqu’il était jeune et qu’il rêvait de l’avenir, n’avait-il pas imaginé une profession idéale qui, malheureusement, n’existe pas dans la vie réelle? Il ne l’avait dit à personne, n’avait jamais prononcé les deux mots à voix haute, fût-ce pour lui-même : il aurait voulu être un « raccommodeur de destinées ». 

Curieusement, d’ailleurs, dans sa carrière de policier, il lui était arrivé assez souvent de remettre à leur vraie place des gens que les hasards de la vie avaient aiguillés dans une mauvaise direction. Plus curieusement, au cours des dernières années, une profession était née, qui ressemblait quelque peu à celle qu’il avait imaginée: le psychanalyste, qui s’efforce de révéler à un homme sa vraie personnalité. » (p. 52-53)

Dans ce bistro hors du temps, j’ai observé avec attention l’évolution de cette « rencontre » entre le commissaire et Aline Calas :

« Elle était là, devant lui, en chair et en os, maigre et fanée dans sa robe foncée qui lui pendait sur le corps comme un vieux rideau pend à une fenêtre ; elle était bien réelle, avec, dans ses prunelles sombres, le reflet d’une vie intérieure intense ; et pourtant il y avait en elle quelque chose d’immatériel, d’insaisissable.

Savait-elle qu’elle produisait cette impression-là ? On aurait pu le croire à la façon calme, peut-être ironique, dont, de son côté, elle regardait le commissaire.

De là venait le malaise ressenti tout à l’heure par Lapointe. Il s’agissait moins d’une enquête de la police pour découvrir un coupable que d’une affaire personnelle entre Maigret et cette femme. » (p. 107-108)

Malgré la noirceur des âmes, j’ai passé un bon moment de lecture, une récréation en compagnie du commissaire Maigret, inventé (dans une nouvelle) il y a 90 ans par Georges Simenon. J’en lirai d’autres à l’occasion, peut-être dans la belle collection rééditée par Omnibus en dix tomes, avec des couvertures superbement illustrées par Loustal.

Georges SIMENON, Maigret et le corps sans tête, Le livre de poche, 2017 (première édition : 1955)

RDV Simenon – Maigret

Challenge Petit Bac – Littérature belge – Corps

Les notes du jeudi : 20è siècle belge (1) Joseph Jongen

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Pas de thèmes précis cette année pour les notes de musique d’avril, belges évidemment, mais quand même l’envie de vous présenter des compositeurs ou des oeuvres du siècle passé, pas si lointain..

En ce jeudi 4 avril, je vous propose la Symphonie concertante pour orgue et orchestre op.81 de Joseph Jongen qui était un organiste, compositeur et professeur de musique dans la région de Liège (1873-1953). Cette symphonie date de 1926-1927.

Michael Murray tient les orgues, avec le San Francisco Symphony dirigé par Edo de Waart.

Le Mois belge 2019 : le récap’ par maisons d’édition

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Cette année je vous propose un récap’ par genres et aussi un récap’ par maisons d’édition. C’est Mina qui en avait eu l’idée aux débuts du Mois belge, je la remercie de me permettre de reprendre cette façon de présenter toutes nos lectures.

(B) = maison belge / (F) = maison française

Casterman (B)

Schuiten et Peeters, Les Cités obscures t.5 Brüsel – Purplevelvet,

Empaj Editions (B)

Deborah Lorguet, Les apparences trompeusesFlorence,

Espace Nord (B)

André-Marcel Adamek, L’oiseau des mortsPurplevelvet,

Jacqueline Harpman, Brève ArcadieFlorence

Jacqueline Harpman, Le Bonheur dans le crime – Anne

Esperluète (B)

Geneviève Casterman, E 411Anne

Fédération Wallonie-Bruxelles (B)

Collectif, Ca déménagePurplvelvet,

Kennes (B)

Jean-Michel Darlot et Johan Pilet, Ninn Tome 1 La ligne noire – Tome 2 Les grands lointainsEnna,

Ker éditions (B)

Frank Andriat, Belgiques Les politichats – Argali,

François Filleul, Poissons volantsArgali,

Le Lombard (B)

Clarke, Les DanoisNath

Maeström éditions (B)

Antoine Wauters, L’enfant des ravinesNath,

Editions Luce Wilquin (B)

Michel Claise, Le ForainArgali,

Marie-France Versaille, Sur la pointe des motsPurplevelvet,

Quadrature (B)

Jacqueline Daussain, La journée mondiale de la gentillesseAnne,

Agnès Dumont, A qui se fier ?Aifelle,

Marie-France Versaille, Trop de choses à se direMina,

Weyrich (B)

Michel Carly et Christian Libens, La Belgique de Simenon, Du journalisme à MaigretArgali,

Marie Jadoul et François Genot, Traversée intime de l’Afrique de l’ouestKeisha

Ziska Larouge, Hôtel PaerelsAnne,

Thierry Robberecht, OnnuzelAnne,

 

Au Diable vauvert (F)

Thomas Gunzig et Blanquet, 10 000 litres d’horreur pureCarnet de lecture,

Audiolib (F)

Eric-Emanuel Scmitt, Les deux messieurs de BruxellesViolette,

Belfond (F)

Xavier Hanotte, Derrière la collineKeisha,

Calmann-Lévy (F) 

Karine Lambert, Toutes les couleurs de la nuitArgali, Nath,

Cheyne (F)

Ben Arès et Antoine Wauters, Ah si on veutLili

Editions Hervé Chopin (F)

Paul Colize, Un jour comme les autresAifelle,

Denoël (F)

Dimitri Verhulst, L’entrée du Christ à BruxellesAnne,

Editions de la Différence (F)

Tom Lanoye, Les boîtes en cartonAnne,

Flammarion (F)

Valérie Cohen, Depuis, mon coeur a un battement de retardArgali,

Folio (F)

Stefan Brijs, Courrier des tranchéesNadège,

Georges Simenon, Les caves du MajesticCarnet de lecture,

French Pulp éditions (F)

Nadine Monfils, Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma – Crime dans les MarollesNath,

Gallimard (F)

Stefan Hertmans, Le coeur convertiFlorence,

Grasset (F)

Jacqueline Harpman, Du côté d’Ostende ) – Valentyne

L’Iconoclaste (F)

Adeline Dieudonné, La vraie vieEimelle,

Editions Kimé (F)

Michel Brix, Libertinage des Lumières et guere des sexesMina

LaJouanie (F)

Frédéric Ernotte et Pierre Gaulon, Comme des mouchesArgali, NathMarguerite,

La Manufacture des livres (F)

Paul Colize, Un long moment de sienceKathel,

JC Lattès (F)

Philippe Geluck, Peut-on rire de tout ?Danny,

Le Livre de poche (F)

Jacqueline Harpman, Du côté d’OstendeMichel

Jacqueline Harpman, Moi qui n’ai pas connu les hommes Ellettres, Keisha,

Georges Simenon, La danseuse du Gai MoulinArgali,

Georges Simenon, Maigret et le corps sans têteAnne,

Pocket (F)

Georges Simenon, L’affaire Saint-FiacreEt si on bouquinait un peu ?,

Georges Simenon, MaigretEllettres,

Points (F)

Philippe Genion, Inventaire des petits plaisirs belgesDanny,

Robert Laffont (F)

Francis Dannemark, Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un)Vvalentyne,

Tabou éditions (F)

Nadine Monfils, Contes pour petites filles criminellesPurplevelvet,

Le Tripode (F)

Etienne Verhasselt, Les pas perdusMimi,

Verdier (F)

Antoine Wauters, Moi, Marthe et les autresAnne L

Le Bonheur dans le crime

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Quatrième de couverture :

Un conducteur coincé dans un embouteillage, un jour de tempête à Bruxelles, est arrêté devant une maison de style éclectique. Étrange maison pour une étrange famille, les Dutilleul. Il y a Emma, la grand-mère qui aime choquer ; Simone et Philippe, les parents professeurs aspirés par la tornade qu’est leur vie familiale ; ainsi que les quatre enfants autour desquels se noue l’intrigue. À mesure que le récit progresse, des relations défendues se tissent entre les protagonistes et s’installe une atmosphère pesante où folie, suicide et « bonheur dans le crime » se côtoient.

Pour cette journée consacrée à Jacqueline Harpman, j’ai sorti de ma PAL Le Bonheur dans le crime. Cela faisait longtemps que j’avais envie de relire ce roman qui, il y a longtemps (il a paru pour la première fois en 1993), m’avait éblouie et je me demandais avec un peu d’appréhension si le même bonheur de lecture serait au rendez-vous.

Eh bien j’ai eu la même impression de brillance, d’élégance, d’intelligence. Jacqueline Harpman crée avec brio et pourtant elle s’inspire de la nouvelle éponyme de Barbey d’Aurevilly (que je n’ai pas lue), qui raconte elle aussi une relation amoureuse hors-normes dans une maison de maître. La romancière maîtrise la mise en abyme avec le récit dans le récit (un homme profite d’un arrêt forcé pour évoquer l’histoire d’une maison de l’avenue Franklin-Roosevelt à Bruxelles)  et la maison dans la maison (des passages secrets mènent à des chambres cachées à l’intérieur de la maison). Ces mises en abyme sont enrichies par de multiples jeux de doubles et de miroirs dans lesquels évoluent les personnages, ceux des générations précédentes et ceux de la famille actuelle : des prénoms semblables, des couples, des rôles identiques, ceux qui regardent et comprennent, médusés, ceux qui voient sans voir, ceux qui se regardent et ignorent tout superbement autour d’eux. Simone et Philippe, Clément et Emma, Emma et Emma, Delphine et Hippolyte, Dutilleul et Gaveau : jeux de miroirs aussi entre intime et image de soi, dedans et dehors, le tout brillamment orchestré par une grande dame de la littérature belge qui était aussi psychanalyste, rien d’étonnant à cela quand on observe la complexité de ces personnages et les racines profondes qui gouvernent leurs actes, leur être tout entier. Cela concerne aussi le narrateur, à la fois prêtre et médecin. Malgré les nombreux effets d’annonce, le lecteur qui découvre ce texte ne manquera pas d’être surpris en découvrant l’identité de la personne qui accompagne ce narrateur : la finesse de Jacqueline Harpman va jusque là. Le tout servi par une écriture élégante (avec des imparfaits du subjonctif jouissifs), dont les périodes n’ont jamais ôté chez moi le sentiment de vivacité, de pétillement, un vrai bonheur de lecture, je e répète.

Ce fut une relecture passionnante !

« Avez-vous déjà observé une chatte qui vient d’avoir des petits ? Pendant quelques semaines, elle se livre voracement à la maternité, rien d’autre ne lui plaît, elle ne consent que par politesse aux caresses du maître jadis bien-aimé et s’éloigne vite, d’un air agacé qui dit qu’elle a mieux à faire. Elle ne vit que pour les chatons, elle est ivre d’amour. Puis elle change. On prétend que son lait se tarit, c’est une sottise de gens sans imagination : en vérité, la passion s’éteint. Les petits qui l’aiment toujours, l’importunent, elle veut retourner à sa vie personnelle, qui est de se promener dans le jardin, d’y chasser et de rentrer quand elle le veut. Les mères humaines ne se conduisent pas ainsi, mais peut-être quelque chose en elles regrette cette liberté qu’elles ne peuvent pas reprendre et les attache d’autant plus férocement à la progéniture qu’il faut étouffer le désir de l’écarter d’un coup de patte ? »

Jacqueline HARPMAN, Le Bonheur dans le crime, Espace Nord, 2012 (Stock, 1993)

RDV Jacqueline Harpman

Un roman belge pour Voisins voisines 2019

E 411 (petites autoscopies)

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Présentation de l’éditeur :

Après avoir posé, dans Rue de Praetere, un regard tendre et amusé sur son voisinage, Geneviève Casterman observe une autoroute : la E411, qui va de Bruxelles à Luxembourg. Des voitures, des camions, une dépanneuse, un bus scolaire… Tous ces véhicules sont sur la route à la queue leu leu et leurs occupants sont finement observés! Les uns se disputent, les autres tombent en panne, les enfants s’amusent, le jardinier est très cool, les camions ont des inscriptions rigolotes et tous, ou presque, arrivent à bon port.

Geneviève Casterman, infatigable observatrice du quotidien, a tout vu! Elle croque, analyse et restitue une tranche de vie, un bout de route…

C’est parti, on prend la route pour le Mois belge en prenant avec Geneviève Casterman la E 411, une autoroute qui relie Bruxelles au Luxembourg, une autoroute souvent bien chargée comme on peut le voir au fil des pages de ce livre-accordéon qui se déplient. Comme dans Costa Belgica, l’auteure a choisi le noir et blanc pour faire défiler voitures, camions, camping-cars, bus, motos, autant de véhicules pittoresques tous conduits et occupés par des personnages non moins typés. Geneviève Casterman observe et retranscrit des situations familières, des enfants en voyage scolaire, un papa qui donne à manger aux enfants dans la voiture pendant que maman pilote la voiture, un peu stressée, de joyeux camionneurs, un motard pressé…

Les textes défilent eux aussi au bas des pages, les verbes s’énumèrent, les jeux de sonorités vrombissent, complétés par de petits textes humoristiques et poétiques placés au-dessus des véhicules.

« Roméo se fait la Belle

au Bois dormant.

Cendrillon, sans ses haillons,

la route est carrossable.

Coccinelle, demoiselle, 

tu n’es pas vendable. »

« La réunion ? l’ordre du jour ?

Type con, type lourd, type long, type court… »

Bref, pour passer le temps dans les bouchons, on lit, on sourit et on arrive « côte à côte, coûte que coûte, vaille que vaille »… au bout de la route.

Par solidarité avec le secteur du tourisme touché par la peste porcine, cette autoroute sera rebaptisée Autoroute du Sanglier.

Geneviève CASTERMAN, E 411, collection Accordéons, Esperluète éditions, 2005

Le Mois belge 2019 : c’est parti ! Le Récapitulatif par genres

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Ca y est, nous sommes le 1er avril, faisons la fête à la littérature et à la culture belges pendant tout un mois !

C’est ici, dans les commentaires,  que vous pouvez déposer, dès ce 1e avril, vos liens tout au long de ce mois belge… surtout si vous n’avez pas de compte Facebook. Si vous en avez un, je préfère que vous les déposiez sur le document FB épinglé en tête de page.

Vous pouvez aussi partager vos lectures et autres sur Instagram en utilisant le hashtag moisbelge2019.

Bon Mois belge !

Comme l’année dernière, je reprends vos liens en les classant par genres et par ordre alphabétique d’auteurs (pour éviter le bête copié-collé du document FB).

Romans

André-Marcel Adamek, L’oiseau des mortsPurplevelvet,

Stefan Brijs, Courrier des tranchéesNadège,

Valérie Cohen, Depuis, mon coeur a un battement de retardArgali,

Francis Dannemark, Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un)Valentyne,

Adeline Dieudonné, La vraie vieEimelle,

Xavier Hanotte, Derrière la collineKeisha,

Jacqueline Harpman, Brève ArcadieFlorence

Jacqueline Harpman, Le Bonheur dans le crime – Anne

Jacqueline Harpman, Du côté d’Ostende ) – Valentyne, Michel

Stefan Hertmans, Le coeur convertiFlorence,

Tom Lanoye, Les boîtes en cartonAnne,

Karine Lambert, Toutes les couleurs de la nuitArgali, Nath,

Ziska Larouge, Hôtel PaerelsAnne,

Thierry Robberecht, OnnuzelAnne,

Dimitri Verhulst, L’entrée du Christ à BruxellesAnne,

Marie-France Versailles, Sur la pointe des motsPurplevelvet,

Antoine Wauters, Moi, Marthe et les autresAnne L,

Polars, romans noirs, thrillers

Michel Claise, Le ForainArgali,

Paul Colize, Un jour comme les autresAifelle,

Paul Colize, Un long moment de sienceKathel,

Frédéric Ernotte et Pierre Gaulon, Comme des mouchesArgali, Nath, Marguerite,

François Filleul, Poissons volantsArgali,

Deborah Lorguet, Les apparences trompeusesFlorence,

Nadine Monfils, Les nouvelles enquêtes de Nestor Burma – Crime dans les MarollesNath,

Georges Simenon, L’affaire Saint-FiacreEt si on bouquinait un peu ?,

Georges Simenon, La danseuse du Gai MoulinArgali,

Georges Simenon, Les caves du MajesticCarnet de lecture,

Georges Simenon, MaigretEllettres,

Georges Simenon, Maigret et le corps sans têteAnne,

SFFF

Thomas Gunzig et Blanquet, 10 000 litres d’horreur pureCarnet de lecture,

Jacqueline Harpman, Moi qui n’ai pas connu les hommes Ellettres, Keisha,

Nouvelles

Frank Andriat, Belgiques Les politichats – Argali,

Collectif, Ca déménagePurplvelvet,

Jacqueline Daussain, La journée mondiale de la gentillesseAnne,

Agnès Dumont, A qui se fier ?Aifelle,

Nadine Monfils, Contes pour petites filles criminellesPurplevelvet,

Eric-Emanuel Scmitt, Les deux messieurs de BruxellesViolette,

Etienne Verhasselt, Les pas perdusMimi,

Marie-France Versailles, Trop de choses à se direMina,

Théâtre

Romans jeunesse

Albums jeunesse

Geneviève Casterman, E 411Anne

Bande dessinée

Clarke, Les DanoisNath

Jean-Michel Darlot et Johan Pilet, Ninn Tome 1 La ligne noire – Tome 2 Les grands lointainsEnna,

Brecht Evens, Les RigolesMarilyne,

Edgar Kosma et Pierre Lecrenier, Le Belge aux FrançaisCarnet de lecture,

Schuiten et Peeters, Les Cités obscures t.5 Brüsel – Purplevelvet,

Jean-Claude Servais, La lettre froisséeNath,

Zidrou et Oriol, Natures mortesLili,

Non Fiction

Michel Brix, Libertinage des Lumières et guere des sexesMina

Michel Carly et Christian Libens, La Belgique de Simenon, Du journalisme à MaigretArgali,

Philippe Geluck, Peut-on rire de tout ?Danny,

Philippe Genion, Inventaire des petits plaisirs belgesDanny,

Marie Jadoul et François Genot, Traversée intime de l’Afrique de l’ouestKeisha

Antoine Wauters, L’enfant des ravinesNathalie,

Poésie

Ben Arès et Antoine Wauters, Ah si on veutLili

Achille Chavée, EnfanceAnne

Philippe Mathy, Jardin sous les paupièresAnne,

Anne Vaerlinck, Hallucinage (avec de vrais poèmes cachés dans le poisson d’avril) – Marilyne

 

Billets culturels

Cinéma

Adapter Simenon au cinéma – Marilyne

 

Cuisine

 

Littérature

Rencontre avec l’auteure Karine Lambert – Argali,

Musique

Philippe Boesmans, Fanfare II pour orgueAnne

Frédéric Devreese, Concerto pour piano n°4Anne

Joseph Jongen, Symphonie concertante avec orgue op.81Anne

 

La lune blanche…

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La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

Paul Verlaine, La Bonne Chanson

Avant de plonger dans le Mois belge, petit écho à ma thématique musicale de mars : la lune. Et une mise en musique de ce poème par Gabriel Fauré, dans une interprétation de la belle Anne-Sofie von Otter.