Le parfum de la tubéreuse

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Quatrième de couverture :

Professeure de littérature dans un collège de Montréal, Irène retourne enseigner après un long congé de maladie. Le désir de faire voir à ses étudiants le pouvoir de résistance qu’exerce la poésie est toujours là. Et ni un contexte politique assez sombre, ni Théa, sa perfide alliée, ni même la mort n’arrivent à l’éteindre. C’est qu’à l’horizon le printemps rougit, et bientôt l’engagement d’Irène dans la révolte grandissante la forcera à renoncer à son travail. Mais ce n’est pas fini pour elle, car la voici ensuite obligée de donner ses leçons devant une bien étrange assemblée.

Avec cette fable où les sucs vénéneux se mêlent aux parfums les plus enivrants, Élise Turcotte signe un envoûtant plaidoyer pour la littérature qui est une arme contre le vacarme des lâches.

C’est sur la foi de cette quatrième de couverture que j’ai sorti ce roman pour honorer Montréal, mais en réalité il n’est pas du tout fait mention de la ville dans ce roman qui, d’emblée, m’a assez fortement désarçonnée. Il ne fait que 115 pages mais il m’a bien fallu cinq chapitres pour comprendre que nous ne sommes pas dans la réalité ordinaire et que les chapitres alternent entre les souvenirs de cette réalité et le lieu où se trouvent Irène et ses élèves, un bunker parmi d’autres, où les gens sont surveillés en permanence et où tous les souvenirs personnels semblent arrachés. C’est difficile de révéler ce lieu sans tout déflorer, mais je peux au moins vous dire qu’Irène, lorsqu’elle était prof dans un collège, a fait de la résistance civile lors du « printemps érable » et qu’elle a payé cher le prix de sa liberté. Que ce soit dans son ancien monde ou dans le nouveau, Irène s’est toujours nourrie de poésie et de littérature pour échapper aux idées et aux modèles prescrits. Dans son nouvel univers, il ne lui reste qu’un recueil de poèmes de Can Xue, Dialogues en paradis (livre qui existe vraiment, écrit par une poétesse chinoise sous Mao), mais il lui suffit pour continuer à enseigner l’esprit de subversion et recréer les images des souvenirs.

J’ai donc été désarçonnée par mes difficultés à me repérer dans le traitement du temps mais aussi par l’écriture synesthésique d’Elise Turcotte que je jugeais peu adaptée à l’univers presque post-apocalyptique qu’elle mettait en place. Mais il me faut avouer (je ne sais pourquoi) que j’ai un peu lâché prise dans la deuxième moitié du roman et que l’histoire de la résistance d’Irène, attachée au parfum de la tubéreuse qu’elle avait alors adopté, m’a davantage parlé. Et de toute façon, je ne peux qu’adhérer à sa vision de la poésie…

« J’ai été amoureuse moi aussi. Ce n’est pas la mort qui m’a enlevé tout ce que j’ai eu, c’est la vie. Il me reste Can Xue, cette auteure au nom de plume inespéré : dernière trace de neige. C’est par elle que je sens le monde tournoyer et redevenir rêve. On a cru me priver de nourriture en ne me donnant droit qu’à un seul livre. Mais mon emprisonnement ici me permet d’en approfondir la connaissance. Une reconnaissance, devrais-je dire. On ne peut pas m’empêcher de me transformer. » (p.9)

Elise TURCOTTE, Le parfum de la tubéreuse, Editions Alto, 2015

La Foire du livre de Bruxelles qui se déroule en ce moment met la ville de Montréal à l’honneur.

Chercher Sam

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Quatrième de couverture :

Mathieu est dans la rue. Il y survit grâce à Sam, son chien. Quelque chose le tue, qui n’est pas le froid ou l’indifférence des autres. Quelque chose l’empêche de respirer. Quand Sam disparaît, Mathieu part à sa recherche et, sans le vouloir, ouvre la porte à ses démons.

Pour être honnête, j’avais très peur de lire ce livre, pourtant plébiscité par des libraires et des copines blogueuses amatrices de littérature québécoise : la simple idée qu’un chien soit un personnage important et surtout, soit en danger puisqu’il disparaît, la crainte que cela entraîne une souffrance intolérable pour le propriétaire du chien, toutes ces croyances nourrissaient une sérieuse appréhension. Sans rien m’en révéler mais en me rassurant un peu, Laetitia me l’a prêté et elle a bien fait, parce que ce court roman m’a procuré de l’émotion et le plaisir de lire un livre quasiment d’une traite, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps. (Avec le premier ouvrage belge que je vous présenterai en avril, il constitue mes plus belles lectures de ce début d’année, ça commençait à faire long.)

Si Sophie Bienvenu montre sans fard le quotidien d’un homme dans la rue à Montréal, ce n’est pas le propos principal de son roman : c’est cette relation intime entre Mathieu et Sam, une chienne pitbull dont on sent bien qu’elle est plus qu’un gardien ou un simple compagnon à quatre pattes. Sam est une bouée de sauvetage pour celui dont on découvre progressivement l’enfance, l’adolescence et la vie de jeune adulte : peut-être Mathieu prête-t-il bien plus de sentiments humains à sa chienne qu’elle n’en a naturellement, mais elle semble bien pleine de charme et de sensibilité, cette Sam, elle offre à son maître la chaleur et l’attention qui lui manquent cruellement. Coincé entre une mère qui se révèle une redoutable manipulatrice et un père dominé qui ne peut exprimer son affection, Mathieu, un garçon hyper-sensible, n’a pu avoir toutes les chances et tous les outils pour mener une vie adulte vraiment épanouie. Il a certes connu l’amour, auquel il était prêt à tout donner, mais aussi la déception, la solitude, la détresse. Et puis on sent que Mathieu ne se revendique pas le vrai propriétaire de Sam : on comprend pourquoi au fil de la lecture et c’est poignant.

La perte de son chien est la goutte qui fait déborder le vase mais au cours de sa quête pour la retrouver, on sent que Mathieu, le cabossé de la vie qui a connu bien d’autres pertes, n’a pas complètement perdu de son humanité, il est toujours ouvert à une porte, à un chemin qui, lentement, pourrait le faire sortir de sa nuit. C’est avec beaucoup de délicatesse, sans pathos, que Sophie Bienvenu trace l’errance de ce jeune homme à qui on a envie de souhaiter la pleine renaissance. Mon seul petit bémol – peut-être lié au fait que je n’ai pas lu de littérature québécoise depuis plusieurs mois – c’est que j’ai été un peu gênée par la langue : Sophie Bienvenu est d’origine belge, elle vit certes au Canada depuis longtemps mais pourquoi faut-il truffer le langage de Mathieu (qui est le narrateur du roman) de mots anglais qui ont leur équivalent en français ? Je comprends bien que Mathieu est plutôt d’une classe « populaire » et qu’il n’emploiera pas un langage soutenu mais quand même… Bon, ce n’est qu’un petit bémol qui ne bride aucunement l’émotion suscitée par cette belle lecture. A la Foire du livre, je me mettrai en quête d’autres romans de l’auteure.

Sophie BIENVENU, Chercher Sam, Le Cheval d’août, 2014

Merci, Laeti !

Quelques jours au Québec à l’occasion de la Foire du livre de Bruxelles qui met la ville de Montréal à l’honneur.

 

Les notes du jeudi : A boire et à manger (4) Bohuslav Martinu

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Pour terminer cette série A boire et à manger, rien de tel que de passer… en cuisine ! C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert cette Revue de cuisine, de Bohuslav Martinu, un compositeur que je connaissais à peine de nom. Martinu (1890-1959) est né en Bohême ; d’origine tchèque, il a été naturalisé américain suite à la seconde guerre mondiale mais il a finalement résidé assez peu aux USA. Marqué par la musique française de Debussy, Dukas, Ravel, « il reste toute sa vie enraciné dans la culture et le folklore tchèque tout en revendiquant l’héritage du madrigal anglais et du concerto grosso baroque ». Il a composé plus de quatre cents oeuvres, dont plusieurs de musique de chambre et une abondante littérature pour le piano. (Source : Wikipedia)

La Revue de cuisine est un ballet jazz pour piano, clarinette, basson, trompette, violon et violoncelle. La voici interprétée par les Solistes de chambre de Cologne.

Paul dans le Nord

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Présentation de l’éditeur :

Été 76. Paul a 16 ans et ne rêve que d’une chose : une motocyclette Kawasaki KE100 pour fuir son quotidien et ses parents envahissants. Avec Ti-Marc, un nouvel ami rencontré à sa polyvalente, Paul traversera cette période difficile de son adolescence avec un peu plus de légèreté. Voyages en auto-stop, soirées arrosées entre copains et expériences nouvelles seront au rendez-vous. Le tout, sur fond de jeux olympiques, de musique de Peter Frampton et de Beau Dommage…

Dans cette série, je n’ai lu que Paul à Québec jusqu’à présent, où il était bien adulte et confronté à la fin de vie de son beau-père. Ici, Paul est un ado un peu boutonneux, qui se retrouve presque fils unique après le départ de sa soeur, entre un papa qui ne comprend pas grand-chose à la crise adolescente et une maman poule qui se préoccupe aussi pas mal de ses rides. Et non, contrairement à cette situation de départ, cette BD n’est absolument pas bourrée de clichés ! Elle se décline en chapitres, entre le chalet de vacances dans le Nord, la rentrée des classes à Montréal, une nouvelle amitié avec Ti-Marc, les après-midi entre potes à écouter de la musique, fumer des joints, refaire le monde, le travail avec le gaillard oncle Raynald pour gagner de quoi se payer une moto, une virée « sur le pouce » au Mont-Laurier, le premier amour…

Le tout est bourré de vitamines, j’ai souvent souri et même ri aux aventures de Paul (les efforts de Raynald pour l’initier aux choses du sexe, la naïveté du jeune homme dans l’expédition au lac Rond (ou Long ou Bleu ou…?) et j’ai compati aussi à ses divers déboires. On sent qu’il y a vraiment du vécu dans le scénario de l’auteur ! Même si, parfois, j’ai un peu de mal avec le dessin de Michel Rabagliati (le dessin des visages, les silhouettes aux pieds en canard), il faut reconnaître que le découpage, les cadrages, le rythme de ses planches accompagne à merveille le quotidien d’un ado, ses rêves, ses colères, ses accès d’adrénaline ou de mélancolie, la montée des hormones aussi. En filigrane, l’actualité du Canada et de Montréal en 1976 : on voit des pubs pour Union Carbide ou la GM, témoins d’une époque insoucieuse, on assiste à la construction (déjà en retard à l’époque) des installations olympiques et des JO. avec cet incroyable 10/10 récolté par Nadia Comaneci.

Le tout forme un album rafraîchissant et réjouissant !

Michel RABAGLIATI, Paul dans le Nord, La Pastèque, 2015

La Foire du livre de Bruxelles ouvre ses portes ce soir, elle met notamment à l’honneur la ville de Montréal (youpiiiie !) : c’est l’occasion pour moi de vous proposer quelques livres qui se passent là-bas d’ici la fermeture lundi prochain.

Fusions

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Après tout je t’aimerai
Comme si c’était toujours avant
Comme si à force d’attendre
Sans te voir sans que tu viennes
Tu étais éternellement
En train de respirer près de moi.

Près de moi avec tes habitudes
Avec ta couleur et ta guitare
Comme sont ensemble les pays
Dans les leçons de l’école
Et deux contrées se confondent
Et il y a un fleuve près d’un fleuve
Et deux volcans s’élèvent ensemble.

Près de toi c’est près de moi
Et loin de tout est ton absence
Et la lune est couleur d’argile
Dans la nuit du tremblement
Quand dans la terreur de la terre
S’assemblent les racines
Et l’on entend tinter le silence
Avec le son de l’épouvante.
La peur est aussi un chemin.
Et entre ses pierres effrayantes
La tendresse peut marcher
à quatre pieds et quatre lèvres.

Car sans s’éloigner du présent
Qui est une bague délicate
Nous touchons le sable d’hier
Et dans la mer l’amour évoque
Une fureur incessante.

Pablo NERUDA, extrait de Le coeur jaune, traduction française par Ricard Ripoll i Villanueva

Vincent VAN GOGH, Eglogue en Provence – Un couple d’amoureux (1888)

Les notes du jeudi : A boire et à manger (3) Piotr Tchaïkovsky

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Envie de douceur ? Croquons un de ces petits bonbons dodus dont la coque de sucre enrobe du chocolat ou abrite une amande, selon les goûts. On l’offre souvent lors d’une naissance ou d’un baptême. Eh bien, fêtons aussi l’arrivée du printemps météorologique ce 1er mars (une nouvelle naissance de la nature)en dégustant une dragée version Tchaïkovsky : extraite de Casse-Noisette, voici la Danse de la Fée Dragée, d’abord expliquée de façon ludique à la télé suisse (vous saurez tout sur ce fameux instrument qu’est le célesta) et ensuite dansée au Théâtre du Bolchoï.

Le Mois belge, Saison 4

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Nous sommes le 1er mars et il est temps de penser au prochain mois belge qui se tiendra comme d’habitude du 1 au 30 avril prochain. Cette année, je serai seule à la barre, car Mina n’est plus motivée à bloguer. Cela ne l’empêchera pas, (j’y compte bien) j’espère,  de suivre nos (d)ébats et de mettre son petit grain de sel sur la page Facebook du groupe.

Pendant un mois, nous allons fêter la littérature et la culture belge sous toutes les coutures : tous les genres sont permis (BD, jeunesse, roman, polar, essai, théâtre, poésie, beaux livres…) à condition que l’auteur soit belge. Les livres peuvent être publiés en Belgique ou ailleurs, traduits (pour le flamand) ou non mais l’auteur doit absolument être belge. Si vous cherchez des idées, je vous renvoie à cette liste (non exhaustive) d’auteurs belges.

Pour me simplifier la tâche (et parce que j’ai moi-même eu une baisse sensible de motivation il y a quelques semaines parce que je me sentais débordée par des contraintes de dates), je ne vous propose aucun rendez-vous particulier cette année mais vous avez toute liberté pour proposer des lectures communes ou un thème de lecture sur la page Facebook ou ici-même en commentaire (je me souviens d’une envie de lire Jacqueline Harpman exprimée l’an dernier). Je me ferai un plaisir de relayer tout cela dans un document accessible à tous.

D’autre part, un document récapitulatif épinglé en tête de page sera disponible pour y déposer les liens vers vos billets et je ne le rapatrierai  sur mon blog qu’une fois par semaine. Ce sera donc le seul récapitulatif officiel, si vous oubliez d’y déposer vos liens… tant pis. Rien ne vous empêche évidemment d’écrire un statut avec votre lecture (ou un autre type de billet) et votre ressenti. Et bien sûr, si vous n’avez pas de compte Facebook, n’hésitez pas à déposer vos liens en commentaire de ce billet ou du récapitulatif que je mettrai en place dès le 30 mars ici-même. (Oui, parce que je dois vous avouer que je serai absente du 31 mars au 3 avril, donc je découvrirai vos premiers billets à partir du 4.)

Ca va, je ne vous fais pas trop peur ? Si vous êtes partant(e), ce serait sympa de signaler votre participation en commentaire de ce billet ou sur la page FB. Un seul billet suffira à valider votre participation en avril. Personnellement, j’en ai déjà un de prêt mais pour le reste… le choix de lectures s’avère difficile !

Côté logos, je ne change rien parce que je suis une bille en matière de logos surtout parce que Mina est à l’origine de ce Mois belge, pas question de la virer comme ça, et puis… je les adore, ces logos de Cachou ! Et rassurez-vous, je ne vous priverai pas de gaufre si vous ne mettez pas de logo dans vos billets…

A très bientôt, je l’espère ! Vive la littérature et la culture belges !

Mois belge Logo Khnopff    Mois belge Logo Folon sculpture    Mois belge Logo Folon Redstar 38 gras blanc ombre orange 1 sans bord

Sur les chemins noirs

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Quatrième de couverture :

«Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»
Sylvain Tesson.

Après la très lourde chute qui lui a démoli le crâne, la cage thoracique et le dos, pour ne citer que quelques blessures (je me souviens l’avoir vu à Livrés à domicile pour un autre livre que celui-ci et il en portait encore les traces sur le visage), après un an d’hôpital et alors que les médecins voulaient l’envoyer dans une hypothétique rééducation, Sylvain Tesson a décidé de se soigner par la marche en traversant la France en oblique, du Sud-Est au Nord, et seulement par des chemins « de campagne » : non pas des sentiers de grande randonnée, qu’il estime trop « civilisés », trop fréquentés, plutôt des petits chemins répertoriés sur des cartes IGN et qui, parfois, ne sont plus entretenus quand ils n’ont pas été absorbés dans les champs par des fermiers indélicats.

Tout au long de son périple, Sylvain Tesson observe les paysages, les villages, les campagnes modelés par la main de l’homme, ou plutôt par les différents pouvoirs en place qui ont décidé de s’attaquer à ces zones dites « d’hyper-ruralité » (c’est-à-dire, selon les critères de l’équipement et des infrastructures, déficitaires en autoroutes, connexion 4G, zonings commerciaux et autres joyeusetés du progrès moderne). Il croise notamment des paysans qui payent les pots cassés de politiques incohérentes. Face à la vitesse, à l’hyper-connectivité, à la surconsommation, à l’épuisement des richesses, Sylvain Tesson ose la lenteur, le silence, une forme de contemplation qu’il compare à celle des moines cisterciens.

Bien sûr, on sent bien que l’ami Tesson résiste des pieds et des mains au progrès imposé, aux gens (des politiques, des technocrates) qui veulent faire votre bonheur malgré vous, il freine des quatre fers face au mouvement perpétuel qui nous est imposé et qui nous arrache à nous-mêmes : à ce titre, il pourrait passer parois pour très conservateur. Mais ce que j’ai apprécié, c’est que la marche finit non seulement par cette reconnaissance physique des chemins noirs mais aussi par l’exploration des chemins noirs de l’intériorité, de la méditation. Au bout de la route, émaillée de multiples rencontres, la mer et l’appel de nouveaux chemins noirs à dénicher pour Sylvain Tesson.

« La carte est le laissez-passez de nos rêves.
Ces tracés en étoile et ces lignes étaient des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques, souvent laissées à la circulation des bêtes. La carte entière se veinaient de ces artères. C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage.. Certains hommes espéraient entrer dans l’histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître. »

« Je retardais mes compagnons à trop contempler les murets. L’art de la marqueterie bocagère avait atteint ici un haut degré d’accomplissement. La pierre accueillait la mousse. La mousse arrondissait les angles et protégeait des sociétés de bêtes. Oh ! comme il eût trouvé salvateur d’opposer une « théorie politique du bocage » aux convulsions du monde. On se serait inspiré du génie de la haie. Elle séparait sans emmurer, délimitait sans opacifier, protégeait sans repousser. L’air y passait, l’oiseau y nichait, le fruit y poussait. On pouvait la franchir mais elle arrêtait le glissement du terrain. À son ombre fleurissait la vie, dans ses entrelacs prospéraient des mondes, derrière sa dentelle se déployaient les parcelles. »

Sylvain TESSON, Sur les chemins noirs, Gallimard, 2016

 

Les notes du jeudi : A boire et à manger (2) Giuseppe Verdi

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Les opéras ne manquent pas de chansons à boire mais ne boudons pas les tubes du classique et faisons-nous plaisir avec l’air de la Traviata, Libiamo ne’ lieti calici, de Verdi bien sûr. Vous trouverez les paroles et leur traduction ici. Enivrons-nous avec Matthew Polenzani dans le rôle d’Alfredo et Nathalie Dessay qui chantait pour la première fois le rôle de Violeta. C’était au Metropolitan Opera, sous la direction de Fabio Luisi.