Expo 58

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Quatrième de couverture :

Londres, 1958. Thomas Foley dispose d’une certaine ancienneté au ministère de l’Information quand on vient lui proposer de participer à un événement historique, l’Exposition universelle, qui doit se tenir cette année-là à Bruxelles. Il devra y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue d’un pub, Le Britannia, censé incarner la culture de son pays. Le jeune Foley, alors qu’il vient de devenir père, est séduit par cette proposition exotique, et Sylvia, son épouse, ne voit pas son départ d’un très bon œil. Elle fera toutefois bonne figure, et la correspondance qu’ils échangeront viendra entrecouper le récit des nombreuses péripéties qui attendent notre héros au pays du roi Baudouin, où il est très vite rejoint par de savoureux personnages : Chersky, un journaliste russe qui pose des questions à la manière du KGB, Tony, le scientifique anglais responsable d’une machine, la ZETA, qui pourrait faire avancer la technologie du nucléaire, Anneke, enfin, l’hôtesse belge qui va devenir sa garde rapprochée… 
Coe embarque le lecteur dans une histoire pleine de rebondissements, sans que jamais la tension ne retombe ou que le ridicule ne l’emporte. Sous la forme d’une parodie de roman d’espionnage, il médite sur le sens de nos existences et dresse le portrait d’un monde disparu, l’Angleterre des années 1950, une société tiraillée entre une certaine attirance pour la liberté que semble offrir la modernité et un attachement viscéral aux convenances et aux traditions en place.

Pour le premier rendez-vous du Mois anglais, j’ai choisi ce roman de Jonathan Coe, ce qui me donnait un autre regard sur l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958. D’emblée, Jonathan Coe explique très pédagogiquement le pourquoi de cette expo, en deux pages au bout desquelles il introduit son héros Thomas Foley, un petit Anglais très ordinaire dont le monde va s’ouvrir avec excitation à l’occasion de ces six mois qu’il passera à Bruxelles, à la tête du pub anglais ouvert pour l’occasion. Au Britannia, Thomas sera témoin (à l’insu de son plein gré) du rapprochement (ou pas) entre les USA et l’URSS, en la personne d’Emily Parker, démonstratrice d’aspirateur et d’Andrey Chersky, journaliste soviétique. Il vibrera pour Anneke, la jolie hôtesse belge et fera de son mieux pour être un bon citoyen et sujet de Sa Majesté la Reine d’Angleterre. 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que sous des dehors de roman léger, Jonathan Coe est extrêmement bien documenté sur cette Expo universelle (il ne faut pas attendre sa longue liste de remerciements pour s’en convaincre) : il dit avoir été fasciné par l’Atomium et l’Expo 58 à la suite d’une interview par la radio flamande sur les lieux mêmes de la manifestation, qui aura duré six mois. Il glisse quantité de détails véridiques sur l’architecture des pavillons nationaux, les lieux de divertissement du parc, les personnes qui travaillaient sur le site, dans un récit enlevé et évidemment plein d’humour. Il s’amuse à parodier les romans d’espionnage, multipliant les références à Ian Fleming notamment et mettant en scène un couple d’espions, Wayne et Radford, sorte de Dupont et Dupond aux dialogues aussi improbables qu’hilarants. Son sens de l’observation est vif et mordant, comme toujours.

Chez Jonathan Coe, le diable est dans les détails : connaissez-vous les coussins coricides Calloway ? saviez-vous que dans les paquets de chips Smith de 1958, le sel était placé à part dans un petit sac spécial ? Ces purs produits de la technologie anglaise jouent un rôle non négligeable dans ce roman jubilatoire dont les pages se tournent toutes seules.

« – Euh… il y a cette perte, bien sûr, repris promptement Cooke, même s’il était clair que ce n’était pas ce dont il parlait au premier chef, vous avez notre sympathie quant à vos, vos débuts dans la vie, disons. Entre le pub, et les, les origines belges, vous avez dû vous sentir lourdement handicapé. »

« Que voulait dire être britannique, en 1958 ? On n’en savait trop rien. L’Angleterre s’enracinait dans la tradition, c’était un fait acquis : ses traditions, le monde entier les admirait et les lui enviait avec son panache et son protocole. Mais en même temps, elle s’engluait dans son passé : bridée qu’elle était par des distinctions de classe archaïques, sous la coupe d’un Establishment porté au secret et indéboulonnable, l’innovation l’effarouchait. Bref, à vouloir définir l’identité britannique, fallait-il plutôt se tourner vers le passé ou vers l’avenir ? »

« Les toilettes jouent un rôle crucial dans la vie quotidienne. C’est vrai, nous y passons tous, n’est-ce pas ? Nous faisons tous… – Il déglutit avec effort – … nous faisons tous, après tout.
– Nous faisons tous, Mr Sykes ? Nous faisons tous quoi ?
– Enfin… à quoi bon prétendre le contraire, n’est-ce pas, au fond ?
– Pour l’amour du ciel, de quoi parlez-vous ?
– Vous le savez bien, nous faisons tous la grosse commission.
– La grosse commission ?
– Précisément, s’écria Gardner, en se levant d’un bond pour arpenter le tour de la table. Skyes a mis le doigt dessus. Nous faisons tous la grosse commission, sir John, même vous !
(…)
En avez-vous fini, Gardner ? Puis, prenant son silence pour un acquiescement, il ajouta : « Puis-je faire observer que, à l’entrée du Pavillon que vous vous proposez de défigurer avec vos obscénités, les visiteurs trouveront un portrait de sa Majesté la Reine ? »

La citation qui risque de créer un grave problème diplomatique entre l’Angleterre et la Belgique 😉 « Le fait est que ces Belges sont plus andouilles que nature, ils connaissent rien à la bière, et d’ailleurs rien à rien. »

Jonathan COE, Expo 58, traduit (remarquablement) de l’anglais par Josée Kamoun, Gallimard, 2014

 Art

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Les notes du jeudi : Dans les jardins… (5) Benjamin Britten

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Pour glisser tout doucement vers le Mois anglais qui commence demain, je vous propose aujourd’hui d’écouter ce poème de William Butler Yeats mis en musique par Benjamin Britten, The Salley Gardens. Arleen Augér, soprano est accompagnée au piano par Dalton Baldwin.

Expo 58, l’espion perd la boule

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Quatrième de couverture :

Avril 1958. L’exposition universelle de Bruxelles est sur le point d’ouvrir ses portes. L’événement va bousculer une Belgique assoupie. En pleine Guerre froide, il doit aussi contribuer à atténuer le conflit entre Occident et Russie soviétique.

Pendant d’interminables mois, le gigantesque chantier du Heysel a aiguisé tous tes appétits. L’assassinat d’un chef de chantier puis l’explosion d’une bombe devant le pavillon américain mettent police et services secrets sur les dents. Michel Van Loo est appelé à jouer le sous-marin pour compte du ministère belge de l’Intérieur. Pendant que sa fiancée prépare Annie Cordy pour son nouveau film, le détective privé se fait aider par ses comparses de toujours : le coiffeur Federico, les frères Motta et le pharmacien Hubert.

Quand j’ai vu ce livre en librairie il y a quelques semaines, je me suis rappelé que je n’avais pas encore lu Expo 58 de Jonathan Coe, je me suis dit que je n’avais encore lu aucun roman d’Alain Berenboom et que je pouvais faire une mini-série consacrée à l’Expo universelle de Bruxelles en 1958, il y a exactement 60 ans. Cette expo a été concçue pour favoriser la paix et l’amitié entre les peuples, c’était le premier événement du genre après la seconde guerre mondiale, alors que la guerre froide en était à son point le plus glacial et que les technologies nucléaires laissaient craindre le pire comme le meilleur (façon de parler) pour l’humanité.

Le livre porte comme sous-titre « Une enquête de Michel Van Loo », Alain Berenboom a en effet déjà envoyé son héros, un détective privé, au Congo (belge évidemment avvant 1960) en Israël, entre autres. Son propriétaire et coiffeur, Federico, sa petite amie Anne, son pharmacien Hubert et les frères Motta ne rechignent pas à lui donner un coup de main dans ses enquêtes

Bon, honnêtement, ce n’est pas la lecture du siècle : je ne sais pas si c’est la chaleur de ce mois de mai ou la trachéite qui a eu raison de moi, mais globalement je me suis ennuyée.. Au début c’est sympa, découvrir Bruxelles en effervescence à trois mois de l’ouverture de l’Expo, observer le stratagème mis en place par le Ministère de l’Intérieur pour repérer les espions étrangers (bombarder Van Loo secrétaire de la commission Hydraulique, composée de membres éminents venus du monde entier et le voir se faire mener par le bout du nez par différentes femmes), c’est amusant mais ça m’a vite donné l’impression d’être répétitif, malgré l’enquête parallèle que mène note infiltré pour découvrir qui a tué un chef de chantier et qui était celui-ci.

Je dois avouer aussi que mon billet est très mitigé parce qu’entre temps, j’ai entrepris la lecture de Expo 58 et que c’est autrement plus vif et amusant que ce roman-ci… Sans doute aussi ne suis-je pas assez  (pas du tout même) au fait des romans d’espionnage et je n’ai donc pas pu goûter la caricature. En plus, Michel Van Loo se goinfre de gueuze grenadine, boisson que je trouve totalement rédhibitoire. Enfin le livre comporte un certain de fautes d’orthographe horripilantes… Désolée pour Alain Berenboom, la rencontre n’a pas vraiment eu lieu…

Alain BERENBOOM, Expo 58, l’espion perd la boule, Genèse édition, 2018

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Les blablas du lundi (28) : Le Mois anglais saison 7

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Le Mois anglais de Lou et Cryssilda atteint l’âge de raison cette année avec sa septième édition ! Cela valait bien un petit blabla du lundi.

Comme chaque année, les propositions des participants se sont multipliées, voici le programme abondant et alléchant, amusant et brillant que nous concoctent les organisatrices :

LC Jonathan Coe (idéalement Testament à l’anglaise) : 1er juin

Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 2 juin

Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 3 juin

Roman policier (choix libre) : 4 juin

RDV SF / fantasy / surnaturel (roman ou BD avec fantômes, vampires, sorcières…), adulte ou jeunesse : 5 juin

La région anglaise de votre choix à l’honneur: 6 juin

Lecture en VO : 7 juin

Recueil de nouvelles au choix : 8 juin

Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 9 juin

Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 10 juin

OU Bord de mer (roman, film, photos… n’importe où sur la côte anglaise) : 10 juin

Journée victorienne (films, romans, écrits à l’époque ou se déroulant sur la période) : 11 juin

Let’s meet Agatha – soit Agatha Frost (Peridale Café), Agatha Raisin ou Agatha Christie : 12 juin

Rendez-vous au campus (campus novel, film, photoreportage oxbridgien…) : 13 juin

Roman jeunesse : 14 juin

Read-a-thon sur 3 jours : du vendredi 15 juin (00h01) au dimanche 17 juin (23h59)

Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 16 juin

OU Un roman de J.P. Delaney (La Fille d’avant…) : 16 juin

Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 17 juin

Jane Austen (livre de l’auteur, adaptation TV, biopic, livre sur Jane Austen etc) : 18 juin

OU Un vintage classic (début xxe aux 70’s) – Mitford, Waugh, Sackville West… : 18 juin

Ghost story (livre/film/série ; Ghost tour si vous y avez participé) : 19 juin

Anna Hope : 20 juin

Ironie et humour anglais (roman ou nouvelle au choix) : 21 juin

Susan Hill : 22 juin

Album jeunesse avec le challenge Je lis aussi des albums de Sophie Hérisson : 23 juin

Cuisine anglaise avec les Gourmandises de Syl : 24 juin

Roman historique : 25 juin

Kate Morton : 26 juin

OU Un classique (XIXe ou avant) : 25 juin

Hommage aux suffragettes : 27 juin

Virginia Woolf (livre de l’auteur, adaptation TV, biopic, biographie) :  28 juin

Peter Ackroyd : 29 juin

Rois, reines, princes et princesses d Angleterre (ça va du livre historique au roman en passant par des reportages sur des châteaux royaux, votre collection d’assiettes royal family et vos avis sur les robes des mariages royaux depuis la superbe meringue so 80’s de lady Di) : 30 juin

J’espère avoir lu mon Jonathan Coe à temps pour le 1er juin (sinon ce sera un peu plus tard), j’aimerais participer au rendez-vous Polar, Let’s meet Agatha, Roman jeunesse, Anna Hope et Peter Ackroyd, mais je ne me mets pas trop de pression quant au respect ds dates, vu que juin est aussi le mois de la Copie d’examen…

En tout cas l’essentiel est de s’amuser et de participer en toute liberté et légèreté ! Pour ce faire, il suffit de s’inscrire soit chez Lou soit chez Cryssilda.

So let’s read for the English month and enjoy !

 

Jamais ne s’interrompt le flux…

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jamais
ne s’interrompt
le flux
et nous glissons glissons
emportés par des eaux
lentes et noires
qui menacent
à tout instant
de nous engloutir

comment n’être pas
cet esquif qui dérive
ni ce rocher
que contourne le fleuve

abandonne-toi

laisse aller ta barque
au gré du courant

fais confiance
à ce qui t’emporte
et te berce

Charles Juliet, Une joie secrète, Voix d’encre, 2007

Mort en terre étrangère

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Quatrième de couverture :

Un homme est retrouvé mort dans un canal vénitien. Des indices laissent présumer qu’il s’agit d’un militaire posté dans une base américaine de la région. Mais pourquoi ses supérieurs s’inquiètent-ils si peu de lui ? Et quel lien y a-t-il entre cet homme retrouvé mort et le cambriolage d’un palais ? Avec son obstination habituelle, le commissaire Brunetti fera tomber le mur du silence américain… Non sans dommages.

J’ai retrouvé le commissaire Brunetti avec plaisir et même avec une certaine surprise, car Foster, le premier mort que l’on retrouve un matin au bord d’un obscur canal vénitien, apparemment victime d’une agression de rue, est un Américain qui travaillait au service de santé publique de la base américaine de Vicence. L’occasion pour le commissaire de se souvenir de l’histoire et de(s) (l’)intérêt(s) de la présence US en Italie et de rencontrer la charmante supérieure hiérarchique de la victime, le docteur Peters. Brunetti va collaborer avec un capitaine de carabiniers présent sur la base le major Ambrogiano. Les autorités américaines font clairement de la rétention d’informations, voire de la manipulation, faisant croire à des histoires de drogue, mais impossible de rien prouver… Les intuitions de Brunetti se confirment quand, quelques jours plus tard, on retrouve la médecin morte d’une overdose. Suicide, déclare l’autopsie… Pendant ce temps, un riche industriel milanais se fait cambrioler dans son palais vénitien.

« Et si ces deux innocents avaient accidentellement mis les pieds là où il ne fallait pas, tout ça à cause d’une éruption suspecte sur le bras d’un garçonnet ? »

Dans cette enquête qui prend son temps faute de clarté dans les relations italo-américaines (et aussi pare que le commissaire doit contourner avec précautions les ordres du vice-questeur Patta, toujours aussi imbu de lui-même et attentif avant tout à flatter les autorités), Brunetti va naviguer en eaux troubles et découvrir – notamment grâce à son riche beau-père, qu’il ne porte pourtant pas dans son coeur – à quel point les autorités politiques, militaires et économiques peuvent user et abuser de leurs pouvoirs réunis. Sans vouloir révéler le fin mot de l’affaire, l’enquête se termine sur une note amère car Brunetti est muselé en beauté à la fin de l’affaire. Je me demande même si son sens de la justice et de l’honnêteté ne le mettra pas carrément en danger dans une future affaire… Ce sont ces qualités qui font que j’aime Brunetti, avec son sens de l’humour inébranlable. J’apprécie aussi le compagnonnage indéfectible de sa femme Paola.

« Je viens d’avoir une discussion littéraire avec notre fille, dit-il. Elle m’a expliqué l’intrigue d’un grand classique de la littérature anglaise.Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux, pour son instruction,la forcer à regarder les feuilletons brésiliens à la télé. Elle a très envie que le feu vienne à bout de Mrs Rochester.
– Voyons, Guido, tout le monde en a envie quand on lit « Jane Eyre » Elle remua les oignons dans la poêle puis ajouta: « Au moins la première fois. Ce n’est que plus tard que l’on comprend à quel point Jane Eyre est une petite salope d’arriviste, sous ses airs de sainte nitouche. « 

« Alors que Brunetti se tournait pour repartir, Vianello lui lança une dernière question. « Et si je conclus un accord avec lui ? Devrons-nous pour autant le respecter ? »
Le commissaire fit volte-face et regarda longuement Vianello. « Evidemment. Si les criminels ne peuvent plus compter sur notre parole de flic lorsque nous concluons un compromis illégal avec eux, en quoi pourront-ils croire ? » »

Petit clin d’oeil : ce n’est que le deuxième Brunetti que je lis mais il y a à chaque fois une petite allusion aux Belges, purement anecdotique, mais ça me fait sourire.

Donna LEON, Mort en terre étrangère, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par William Olivier Desmond, Points, 1998 (Calmann-Lévy, 1997)

Enfin une participation au Mois italien (et la découverte d’un challenge vénitien chez Florence (Le livre d’après)

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Les notes du jeudi : Dans les jardins (4) Joaquin Rodrigo

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La Semaine passée nous étions en Espagne avec Manuel de Falla, nous y restons cette semaine avec Joaquin Rodrigo (1901-1999), connu pour son Concerto d’Aranjuez notamment. J’ai découvert qu’il a composé quatre musiques de film dont cette Musique pour un jardin mais je ne sais guère vous en dire plus… Si je lis les titres des mouvements ci-dessous, il semble que ce soit une suite d’orchestre qui voit le jardin évoluer au fil des saisons. L’oeuvre n’est pas très longue.

Les différentes parties : Preludio, Berceuse de otono, Berceuse de inverno, Introduccion a berceuse de primavera, Beceuse de primavera, Berceuse de verano, Postludio. C’est l’ Orquesta Ciudad de Granada qui joue sous la direction de Josep Pons.

 

La vie devant soi

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Quatrième de couverture :

Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que «ça ne pardonne pas» et parce qu’il n’est «pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son «trou juif», elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré «des peuples à disposer d’eux-mêmes» qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

Après avoir lu deux romans sur Romain Gary (ici et ici), je ne pouvais pas ne pas ouvrir un de ses romans à lui ! Celui-ci était dans ma PAL sur les conseils enthousiastes d’Ariane de chez TuliTu et comme j’ai déjà lu La promesse de l’aube, c’était parfait.

Autant le dire tout de suite, j’ai adoré ce livre ! Le personnage de Momo et celui de Madame Rosa sont tout simplement touchants, inoubliables.La galerie de personnages secondaires est savoureuse elle aussi, la solidarité qui s’installe envers Madame Rosa est solaire. L’inventivité du langage est jubilatoire.

Quand on sait que ce roman a été écrit sous pseudo par un homme qui se voyait vieillir, qui craignait la mort et qui cherchait le moyen de se renouveler dans son art littéraire, on ne peut qu’être ébloui par l’histoire et le langage qu’il a mis en place, sans compter la supercherie littéraire qui participera à sa légende et le rendra évidemment inoubliable.

Je n’ai pu m’empêcher de trouver des points communs avec La promesse de l’aube, dans le lien privilégié entre Momo et Rosa, un gamin sans père ni mère et une vieille Juive qui « se défend » bec et ongles contre le destin, dans les allusions à Nice (la ville où a vécu le jeune Romain Gary avec sa mère), dans l’abondance, le flot de mots un peu foutraque de Momo.

C’est un roman où la magie et les démons de Romain Gary se déploient pour un moment de lecture inoubliable, je le répète. « Parce qu’on ne peut pas vivre sans quelqu’un à aimer ».

« Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j’en ai rien à foutre. »

« – C’est là que je viens me cacher quand j’ai peur.
– Peur de quoi, Madame Rosa ?
– C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peu, Momo.
Ça, j’ai jamais oublié, parce que c’est la chose la plus vraie que j’aie jamais entendue. »

« Moi ce qui m’a toujours paru bizarre, c’est que les larmes ont été prévues au programme. Ça veut dire qu’on a été prévu pour pleurer. Il fallait y penser. Il y a pas un constructeur qui se respecte qui aurait fait ça. »

Romain GARY (Emile AJAR), La vie devant soi, Folio, 2017( (1è édition : Mercure de France, 1975)

Dernier titrede ces quelques jours avec Romain Gary

Quand il est plus dur de vivre…

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Quand il est plus dur de vivre
la vie est-elle plus absolue ?
Sur les rives vespérales
de mes sens muets est muette

la vieille raison
en quoi je me reconnais :
c’est un parcours intérieur
un sous-bois étouffé

où tout est nature.
Pénible travail
de subsistance obscure

toi seul es nécessaire…
Et tu m’emportes doucement
au-delà des frontières humaines.

Pier Paolo PASOLINI, Poèmes de jeunesse et quelques autres, traduit de l’italien par Nathalie Castagné et Dominique Fernandez, Poésie/Gallimard, 1995

Poème trouvé chez Schabrière – Clin d’oeil au Mois italien chez Martine G.

Romain Gary s’en va-t-en guerre

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Quatrième de couverture :

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.

Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Si Romain Gary dresse un portrait de mère éblouissant dans La promesse de l’aube, il parle peu de son père, qu’il s’invente acteur russe séducteur. Laurent Seksik a sans doute voulu rendre hommage au vrai père de Roman Kacew. Arieh Kacew est un  « simple » fourreur juif du ghetto de Wilno (à l’heure o Vilnius était encore Polonaise), dans sa famille on est fourreur de père en fils et on est très croyant car on descend de la tribu la plus importante des enfants d’Israël, celle des Cohen. Mais Arieh n’est pas un homme tout à fait parfait : il a dû arracher la bénédiction de son père pour épouser une femme « pas assez bien pour lui », Nina à qui il donnera un fils et qui sera tellement instable sentimentalement qu’il finira par la quitter pour une autre, la laissant dans la colère et le désespoir qu’elle sait si bien surjouer quand il le faut. Le jeune Roman grandira donc sans père, mais en admirant secrètement celui-ci au point de lui confier son désir de devenir fourreur à son tour, au grand dam de Mina. Ce sont la misère et les rêves exaltés de Nina qui la conduiront avec son fils sur le chemin de la France, jusqu’à Nice.

On sent que Laurent Seksik connaît bien La promesse de l’aube (un certain M. Pieklielny apparaît dès les premières pages de son roman et y joue un rôle non négligeable)  : il a voulu rendre justice à la figure paternelle de Romain Gary, lui donner de la chair, compenser un peu le peu de place que lui a laissé la flamboyante Nina. Et en écrivant ce roman bien documenté (comme toujours), en condensant sur la journée du 26 au 27 janvier 1925 la décision qui scelle définitivement les rapports entre père et fils, il rend aussi justice à Arieh Kacew et à travers lui, à tous les Juifs de Wilno dont les ancêtres ont connu les pogroms de 1919 et qui seront complètement décimés par les nazis puis par les soviétiques. Le roman trouve son épilogue en 1943 au moment où le ghetto est sur le point d’être totalement « liquidé » par l’occupant allemand. Un certain M. Kacew a vécu et est mort à Wilno…

« Nina détestait tous les Kacew. En un sens, elle avait l’esprit de famille. Elle les détestait avec l’excès qu’elle appliquait à toute chose, les détestait sans nuances, avec une violence irraisonnée, une férocité jamais feinte. Elle excellait dans l’art de la détestation, haïssait avec un talent fou, trouvait toujours le mot juste et le terme assassin, et si sa rancœur contre tel ou tel individu s’adoucissait – car elle était capable de se réconcilier avec la même promptitude qu’elle pouvait s’enflammer contre quelqu’un -, alors elle se découvrait un nouvel adversaire, ouvrait un nouveau front. Nina était en guerre contre une succession de cibles, individus proches ou lointains qui formaient comme la parade d’effigies défilant au stand de tirs dans les fêtes foraines. »

« La vie s’exprimait ici dans toute sa joyeuse fureur, son exaltation débordante, on était au cœur battant du ghetto, c’était le cœur vivant du monde. La clameur du jour balayait le souvenir des jours noirs. On se laissait griser par une ivresse infinie, la vie n’avait plus rien d’éphémère, le présent était éternité. Ces pieux vieillards à la barbe grise, ces femmes à la beauté sage, ces enfants aux yeux pétillants, ce merveilleux peuple de gueux marchait ici un siècle auparavant et arpenterait ces rues dans cent ans, ce peuple-là est immortel. Philippe Auguste leur avait élevé de grands bûchers, Saint Louis les avait expulsés tout comme le bon roi Dagobert, furieux qu’avec tant de provocante insistance ils s’accrochent à leur foi. Depuis le XIVe siècle, ils avaient été chassés tour à tour par les Allemands, les Autrichiens, les Lituaniens et les Russes, les voilà toujours aujourd’hui, vendant du hareng, et des livres, leurs enfants courant auprès d’eux. L’Éternel a créé le jour, l’Éternel a créé la nuit. On ne peut vivre chaque seconde en songeant que c’est la dernière. Tous auront disparu vingt ans plus tard, excepté le petit Roman, quand l’heure allemande sera venue. »

Laurent SEKSIK, Romain Gary s’en va-t-en guerre, J’ai lu, 2017 (1è édition : Flammarion, 2017)

Quelques jours en compagnie de Romain Gary…