Mon Top 10 à la Québécoise

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Bon, au départ, je n’avais pas prévu de le faire parce que j’ai l’impression de me répéter mais à lire les autres, je me lance quand même. Voici donc mon top 10 de la littérature québécoise. Sans aucun ordre d’importance !

Les fous de Bassan, d’Anne Hébert

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier

Le mur mitoyen, de Catherine Leroux

La Pentalogie Le poids des secrets, d’Aki Shimazaki (je sais, c’est de la triche)

Ru, de Kim Thuy

Les peaux cassées, de Richard Dallaire

La petite fille qui aimait trop les allumettes, de Gaëtan Soucy

L’orangeraie, de Larry Tremblay

Histoires nordiques, de Lucie Lachapelle

Du roman graphique avec Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle

Bonus : De la poésie avec Bâtons à message de Joséphine Bacon et Chez les ours de Jean Désy.

Je ne sais pas si je l’aurai fini pour la LC de vendredi mais je pense que La petite et le vieux va entrer dans mon top 10…

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Autoportraits

il fallait bien parfois
que le soleil monte un peu de rougeur aux vitres
pour que nous nous sentions moins seuls
il y venait alors quelque souvenir factice de la beauté des choses
et puis tout s’installait dans la blancheur crue du réel
qui nous astreignait à baisser les paupières
pourtant nous étions aux aguets sous notre éblouissement
espérant une nuit humble et légère et sans limite
où nous nous enfoncerions dans le rêve éveillé de nos corps

Marie UGUAY, extrait de Autoportraits, Saint-Lambert, Le Noroît, 1994

De la poésie québécoise en ce mois de novembre…

Roslend, tome 2 – Trisanglad

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Quatrième de couverture :

1942. Deux ans après ses exploits à Londres, Lucan est envoyé à Stalingrad. Sa nouvelle mission : empêcher la ville de tomber aux mains des Allemands en menant la bataille à Trisanglad, dans l’Alter Monde.
Heureusement, la pétillante Catriona l’accompagne pour veiller sur lui.
De retour dans l’autre monde, Lucan compte bien lever le voile sur sa véritable identité. Mais un personnage aux sombres desseins est prêt à tout pour l’en empêcher…

Attention, si vous n’avez pas lu le tome 1 de cette saga, vous risquez de lire ici des révélations qui nuiraient gravement à votre plaisir de lire le dit tome 1 😉

Quelle joie de retrouver Lucan, qui s’ennuie terriblement à Londres depuis que son cadran magique a été volé et qu’il ne peut donc plus basculer dans l’Alter Monde pour poursuivre la quête de ses origines. Par un mystérieux « hasard », le cadran réapparaît dans la résidence du Premier Ministre Winston Churchill et cela tombe bien car nous sommes en 1942, Hitler est aux portes de Stalingrad et malgré les appels pressants de Staline, les alliés ne peuvent pas encore ouvrir ce front de l’Ouest pour soulager l’Armée rouge : Churchill envoie de l’aide matérielle et des pilotes pour former les pilotes russes à résister aux Messerschmitt allemands. Comme vous le savez (si vous avez lu le premier tome), l’Ego Monde et l’Alter Monde sont indissociablement liés : il « faut » donc que Lucan bascule pour apporter son aide au « pendant » de Stalingrad dans l’Alter Monde et pour que les deux mondes gagnent leur bataille contre Hitler et contre le Brac Marquel. 

L’équivalent de Stalingrad, c’est Trisanglad et Staline dans ce monde-là, c’est l’Ampiresse Trisania, aussi retorse et indifférente au sort de son peuple que le petit père des peuples l’est aux souffrances des Russes pourvu que l’objectif soit atteint. L’hiver qui sera l’allié principal des Soviétiques contre les Allemands, c’est ici la saison des crues qui permettra d’alimenter les usines à nuages qui feront pleuvoir et embourberont les soldats nelbriens. Dans les deux mondes, la même tactique d’encerclement viendra à bout des ennemis. Mais à quel prix ! Nathalie Somers rend une nouvelle fois bien compte des sacrifices qu’ont vécus autant les civils que les soldats dans l’enfer de Stalingrad / Trisanglad : le jeune Lucan reviendra à Londres les yeux chargés de scènes inhumaines. Evidemment, le côté « Aventures » et « Monde parallèle » apportent de la légèreté à cette bataille insupportable, nous faisant admirer notamment l’ingéniosité des habitations et des industries trisanes.

Dans ce deuxième tome, notre héros est accompagné de Catriona jusque dans l’Alter monde : Churchill les envoie ensemble chez Staline pour que la jeune fille veille sur Lucan lors de ses voyages dans l’autre monde mais elle a basculé accidentellement avec  lui et découvre donc ce monde parallèle ainsi que la belle savantoresse Palioma et l’intransigeante Askuria. Lucan va encore plus expérimenter la force de l’amitié, de la fidélité tandis que l’auteure nous ouvre à une culture différente de Roslend et interroge ses héros (et ses lecteurs) sur la manière de s’ouvrir à l’autre.

Encore une fois, ce tome tout aussi passionnant que le premier se termine sur un nouveau coup dur pour le cadran magique… J’ai hâte d savoir si Lucan pourra retourner dans l’Alter Monde (mon petit doigt me dit que oui) et résoudre l’énigme de ses origines et je me demande où et quand se déroulera le tome 3 : peut-être en juin 1944, autour du Débarquement allié ? Il y aurait donc une France dans l’Alter Monde ? Ne tardez pas à nous apporter des réponses, madame Somers ! 😉

Le premier chapitre du tome 2 à découvrir ici.

Encore une fois, un tout grand merci à Amélie Naton et aux éditions Didier Jeunesse pour cette lecture emballante qui vient de paraître en librairie.

Nathalie SOMERS, Roslend, tome 2 – Trisanglad, Didier Jeunesse, 2017

Alice & Merveilles

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Présentation de l’éditeur :

Un livre-disque joyeux, léger et emprunt d’humour pour découvrir un classique
du « non-sens » !  Un Concert-fiction de Radio France de très belle ambition !

Le texte de Stéphane Michaka, avec ses jeux de mots astucieux et sa verve toute
contemporaine, revisite avec bonheur le roman de Lewis Caroll.
Si les métamorphoses d’Alice étonnent et séduisent, elles n’éveillent ici aucun sentiment d’angoisse. Bien plutôt, une impression de légèreté qu’on retrouve dans le jeu des comédiens, un casting parfait avec Samir Guesmi, Juliette Roudet, Emeline Bayart, Jean-Paul Faré et Philippe Laudenbach.
Entre théâtre et comédie musicale, des compositions et des chansons originales de Didier Benetti accompagnent la pièce.  
Les illustrations de Clémence Pollet, aux lignes claires, ont un petit air faussement sage et classique. On y trouve une Alice brunette, pétillante et délicieuse à souhait dans un décor coloré où chaque chapitre possède sa gamme chromatique propre.

C’st le nom de Stéphane Michaka qui a déclenché mon envie de lire et d’écouter cet album-CD : son adaptation du roman de Lewis Carroll, commandée par Radio-France à l’occasion des  150 ans d’Alice au pays des merveilles, est moderne et pétillante et elle est magnifiquement interprétée par Juliette Roudet, une Alice toute en naïveté et en malice (oui, la comédienne qui joue Adèle Dellettre dans Profilage et qui est aussi prof de danse et qui chante aussi très bien), Philippe Laudenbach, Emeline Bayart et Samir Guesmi entre autres. Les aventures d’Alice de cette version composent un récit d’initiation frais et léger, soutenu par la musique tour à tour aventureuse et rêveuse de Didier Bennetti.

Le spectacle s’est complété de ce livre illustré par Clémence Pollet : ses planches mêlent BD à l’ancienne et papiers découpés dans des ambiances colorées propres à chaque tableau. C’est très graphique, tout en légèreté aussi, même si ce n’est pas le style que je préfère. Clairement c’est le CD que j’ai le plus apprécié et que je vous conseille d’écouter et de réécouter pour de grands moments de plaisir.

Merci infiniment à Didier Jeunesse et à Amélie Naton pour cet album qui sort aujourd’hui en librairie.

Alice & Merveilles, un conte musical de Stéphane Michaka d’après le roman de Lewis Carroll, illustré par Clémentine Pollet. Musique originale : Didier Benetti. Avec l’Orchestre national de France et les solistes de la Maîtrise de Radio-France. Didier Jeunesse, 2017

Un soupçon légitime

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Quatrième de couverture :

Un soupçon légitime raconte l’histoire d’un homme dont les passions vont causer le malheur de son entourage. John Limpley s’installe à la campagne avec son épouse et adopte un chien, Ponto. Adulé par son maître, l’animal se transforme en tyran… jusqu’au jour où il est délaissé, lorsque la jeune femme tombe enceinte. Le drame qui va suivre est d’autant plus tragique qu’il reste inexpliqué. Dans cette nouvelle angoissante, inédite en français, on retrouve le style inimitable de Zweig et sa finesse dans l’analyse psychologique. Comme dans Lettre d’une inconnue ou Le joueur d’échecs, il dépeint avec virtuosité les conséquences funestes de l’obsession et de la démesure des sentiments.

Pourquoi cette lecture ? Parce qu’elle fait partie de la liste de livres à lire dans le cadre scolaire de la Miss Nièce et comme nous avons cherché les livres ensemble, que je lui en ai prêté deux, j’ai bien l’intention de lire avec elle ceux que je ne connais pas encore. Et aussi parce que ce mois à l’Est se termine doucement… je fais un détour par l’Europe centrale avant de passer aux lectures de novembre, qui seront surtout québécoises.

En fait, d’Autriche il n’en est pas question dans cette nouvelle qui se déroule dans les environs de Bath : on ne sait pas très bien quand Zweig l’a écrite mais on sait qu’il s’est exilé à Londres en 1935 et qu’il a emménagé à Bath en 1939, avec sa secrétaire Lotte Altmann.

« Pour ma part, j’en suis tout à fait certaine, le meurtrier c’est lui – mais il me manque la preuve ultime, irréfutable.  » Betsy « , me dit toujours mon mari,  » tu es une femme intelligente, qui observe vite et bien, mais tu te laisses mener par ton tempérament et tu portes souvent des jugements hâtifs.  » En fin de compte, mon mari me connaît depuis trente-deux ans et ses mises en garde sont peut-être, et même probablement, justifiées. Je dois donc, puisqu’il me manque cette preuve ultime, me faire violence pour réprimer mes soupçons devant les autres. Mais chaque fois que je le croise et qu’il s’approche de moi, brave et amical, mon cœur s’arrête de battre. Et une voix intérieure me dit : c’est lui et lui seul, le meurtrier. » (début de la nouvelle)

Stefan Zweig utilise l’effet de prolepse dès le premier paragraphe mais il faut lire toute la nouvelle pour savoir qui est ce « meurtrier » dont parle la narratrice, Betsy, une vieille dame qui vit avec son mari dans cette campagne anglaise charmante. Leur solitude est troublée par l’arrivée de nouveaux voisins, les Limpley, dont la femme est calme et discrète et le mari d’un tempérament plutôt envahissant. Certes il est bon comme le pain et heureux de vivre mais il faut que tout le monde le sache et les objets de ses attentions sont voués à une admiration sans bornes et bruyante, tout autant qu’éphémère. Seule ombre au tableau : les Limpley n’ont pas d’enfant au bout de neuf ans de mariage. Soucieuse de distraire madame Limpley, Betsy offre un jeune chien à sa voisine. Mais c’est le mari qui va s’enticher du chien au point d’en faire un vaurien trop gâté. Un jour, madame Limpley est enceinte… Il n’est pas bien difficile de deviner comment va évoluer l’attachement du mari… A partir de là, Stefan Zweig cisèle avec un art consommé du détail (et de la tragédie) ce qui va se passer dans la tête du chien, Ponto, à qui il prête des sentiments bien humains. La fin est tragique, elle m’a mise mal à l’aise, à l’instar de Betsy. Mais bien sûr, j’ai apprécié la finesse de l’auteur dont cela faisait bien longtemps que je n’avais lu un texte.

« Qu’ils aillent au diable, lui et son bonheur! » sis-je, aigrie. « C’est un scandale d’être heureux d’une façon si ostentatoire et d’exhiber ses sentiments avec autant de sans-gêne. Ça me rendrait folle, moi, un tel excès, un tel abcès de bienséance. Ne vois-tu donc pas qu’en faisant étalage de son bonheur il rend cette femme très malheureuse, avec sa vitalité meurtrière. »

Un détail culturel qui m’a enchantée (et tellement « zweigien » si je puis dire) : un soir, Betsy et son mari reviennent d’un concert à Londres, un concert dirigé par Bruno Walter…

A noter que cette édition toute fraîche du Livre de poche propose le texte en français et ensuite en allemand, le tout étant suivi d’une biographie très instructive de Stefan Zweig écrite par Isabelle Hausser et intitulée « Stefan Zweig et le monde d’hier ».

Stefan ZWEIG, Un soupçon légitime, traduit de l’allemand par Baptiste Touverey, Le Livre de poche, 2017 (Première parution en français chez Grasset, 2009)

J’inscris cette lecture dans  La bonne nouvelle du lundi de Martine.

Adieu

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Je vais mourir avant que le soleil ne se lève
en vain tu m’attends devant ta fenêtre grande ouverte
tu cherches un objet qui te rappelle
le geste que j’ai fait en enlevant mon manteau

mais je n’ai rien oublié chez toi

Si tu as sommeil étends-toi sur moi merveilleuses
sont les villes car elles sont loin et
d’un pas léger élancé la lune marche sur les toits

Veux-tu que je pleure ou veux-tu entendre
des contes colorés sur l’automne
quand dans la profondeur des jardins lointains on
ramasse
les innombrables feuilles mortes
et on allume les tas secs qui craquent

Les ailes des nuages étaient bleues ils aimaient
les montagnes assombries
et chantaient parfois
pendant qu’ils flottaient au-dessus des arbres
bourdonnants

Veux-tu entendre un conte qui parle de chansons lentes
et d’hommes qui s’en vont dans le vent
pour que personne ne se souviennent d’eux

Je vais mourir avant que le soleil ne se lève
tu m’attends en vain devant ta fenêtre grande ouverte
tout autour il y a des maisons blessées
qui m’observent

Agota KRISTOF, Clous, traduit du hongrois par Maria Maïlat, Editions Zoé, 2016 

Bruxelles, novembre 2016

Les notes du jeudi : Passage à l’Est (4) Béla Bartok

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Retour en Hongrie avec Béla Bartok (né en Autriche-Hongrie en 1861-mort à New York en 1945) pour terminer ce cycle à l’Est. Bartok est le pionnier de l’ethnomusicologie : « il enregistra sur le vif nombre de morceaux de musique folklorique d’Europe de l’Est. Il est influencé à ses débuts par Richard Strauss, Liszt et Brahms dans le style tzigano-hongrois du verbunkos; puis sa découverte de Debussy et des chants paysans slaves l’oriente vers un nouveau style très personnel où sont intégrées les découvertes de Stravinsky et Schönberg. Pédagogue de renom, il restera toute sa vie profondément attaché à sa terre natale : « Pour ma part, durant ma vie entière, en tout lieu, en tout temps et de toute façon, je veux servir une seule cause, celle du bien de la patrie et de la nation hongroise ». » (Source : Wikipedia)

Je vous propose d’écouter le deuxième Concerto pour violon et orchestre joué par Frank Peter Zimmermann et l’Orchestre national d’Espagne sous la direction de Josep Pons.

Le lac des cygnes

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Présentation de l’éditeur :

Le jour se lève, c’est l’heure du sortilège : la princesse Odette se transforme en un majestueux cygne blanc qui ne reprendra forme humaine qu’à la nuit tombée. Le prince Siegfried, subjugué par la grâce de la jeune femme rencontrée par hasard au bord du lac, l’invite au bal, dans l’espoir de briser le maléfice.
Mais c’est une Odette toute de noir vêtue qui s’y présente, au bras du sorcier Von Rothbart…

Il me faut l’avouer, du Lac des cygnes, je ne connais que quelques tubes musicaux (dont le final du premier acte, utilisé de façon bien trop appuyée à mon goût dans le film Des hommes et des dieux), j’ai bien vaguement entendu parler du film Black Swan, mais je ne connaissais absolument pas les détails précis du conte. C’est chose faite avec ce magnifique livre-CD publié par Didier Jeunesse.

C’est Pierre Coran, le poète, qui écrit sa version du ballet de Tchaïkovski, qui date de 1877. Il retient la fin heureuse du conte, pas de dénouement dramatique ici. Cette histoire si romantique est portée par la belle voix de Nathalie Dessay, actrice sensible, vibrante, enthousiaste, et par les nombreuses valses et pas de deux qui émaillent la musique de scène. L’orchestre fait sonner les cuivres, vibrer les cordes, les solos de violon ou de harpe accompagnent la plainte ou les murmures d’amour d’Odette et du prince Siegfried. Forcément l’union de la voix et de l’orchestre symphonique de la Fédération de Russie dirigé par Dmitry Yablonsky nous fait passer un moment à la fois charmant et puissant où se déploie la musique lyrique de Piotr Tchaïkovski.

Mais ne vous privez pas de suivre aussi l’histoire sur l’album illustré par Olivier Desvaux. Ce jeune artiste, diplômé des Arts Déco de Paris en 2006, a été en résidence à l’Opéra de Paris et cela se ressent dans les peintures réalisées pour Le Lac des cygnes : inspirés par Fragonard ou Watteau, les postures, les visages, les costumes sont dessinés avec beaucoup de délicatesse, mais ils prennent de la puissance grâce au choix plus moderne de couleurs vives, souvent saturées, sur lesquelles se détache le blanc lumineux d’Odette et de ses compagnes. Le coup de pinceau se fait parfois presque abstrait pour rendre compte de l’ambiance fantastique de la nuit ou de la méchanceté du sorcier Von Rothbart. Je feuilletterai à nouveau cet album avec plaisir tant j’ai apprécié le style du jeune peintre. Sur chaque double page, la typographie simple, qui s’imprime en blanc sur le fond coloré, se détache une phrase à la typo souple et déliée comme le cou des cygnes (la même que le titre en couverture) : l’attention est dans les détails.

Vous l’aurez compris, ce livre-CD soigné (mais il ne peut en être autrement avec le savoir-faire de Didier Jeunesse) est une nouvelle occasion de passer un beau moment. Un joli cadeau pour les petites filles et les petits garçons qui aiment la danse classique et pour tous ceux qui veulent découvrir le conte à l’origine du ballet.

Nathalie Dessay raconte Le Lac des cygnes, de Piotr Tchaïkovski – Textes de Pierre CORAN et Peintures d’Olivier DESVAUX, Didier Jeunesse, 2017

Cet album sort aujourd’hui même en librairie. Merci à Amélie Naton et aux éditions Didier Jeunesse pour l’envoi de ce livre, qui prend naturellement une jolie place dans ce mois d’octobre à l’Est.

 

 

La nuit tombée

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Quatrième de couverture :

Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission.
Le voyage de Gouri est l’occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d’évoquer un monde à jamais disparu où, ce qui a survécu au désastre, tient à quelques lueurs d’humanité.

Les mots me manquent pour parler de ce court roman d’Antoine Chplin qui raconte avec une grande économie de moyens une soirée, une nuit, un repas quelque part pas loin de « la centrale » qui n’est jamais nommée. Un rendez-vous entre Gouri et son passé lorsqu’il vivait à Pripiat, un rendez-vous marqué d’une étape chez Yakov et Vera, le temps de quelques heures chez des amis. Le temps pour Antoine Choplin d’évoquer à mots couverts la catastrophe, l’évacuation sans explication des habitants de Pripiat, les sauveteurs qu’on a exposés à des taux de radiations mortels, la pluie noire, les villages abandonnés, la terre souillée. Et surtout les gens, ceux qui ont survécu, ceux qui vivent avec la mort en embuscade dans leur chair, ceux qui voudraient revenir là où ils habitaient, et ceux qui gardent la vie vivante, si je puis m’exprimer ainsi. Vera et son accordéon, Vera et ses gestes souriants, et Yakov qui se souvient des jours qui ont suivi la catastrophe et ne sort plus guère de son lit, et Gouri qui met ses talents d’écrivain public au service des exilés, des survivants, Gouri le poète tellement nostalgique. Si Antoine Choplin raconte ce moment avec simplicité, en se « contentant » presque de relater ce qu’il observe des gens et du paysage, il sait nous faire ressentir ce sentiment d’abandon, de déréliction qui plane sur la zone. Mais il montre aussi que les mots qui disent, qui poétisent, qui relient les gens sont des traces d’humanité précieuses qui ne s’éteindront pas.

« Ca va te paraître étrange peut-être, mais cette zone, même avec sa poisse qui s’est fichue partout et qu’en finit pas de te coller à la peau, eh ben c’est un endroit que j’aime bien. Je m’y sens pas si mal. Sûr que c’est autre chose que le monde normal. Disons que c’est pas la même pourriture. Mais, à choisir, je crois que je préfère la pourriture d’ici. Elle est peut-être aussi vicelarde que l’autre mais, comment dire, avec elle tu valdingues quand même pas autant dans le caniveau. »

« Son corps entier frissonne.
A cause, peut-être, des solitudes amoncelées.
Emboîtées comme des poupées gigognes. La sienne propre à Gouri, d’homme singulier; celle de cette zone maudite, ce trou noir du monde; celle aussi de son espèce, humaine, et de son vaisseau terrestre qui s’est fichu là, au coeur de l’immensité. »

J’ai été infiniment touchée par ce point de vue sur Tchernobyl. Merci à Marilyne de m’avoir poussée à sortir ce roman de ma plantureuse pile à lire 😉 Nous avons lu chacune un livre en lien avec Tchernobyl : Marilyne a lu La Zone de Markiyan Kamysh. (Son billet sur La nuit tombée ici).

Antoine CHOPLIN, La nuit tombée, La fosse aux ours, 2012

Attends-moi

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Si tu m’attends, je reviendrai,

Mais attends-moi très fort.

Attends, quand la pluie jaune

Apporte la tristesse,

Attends quand la neige tournoie,

Attends quand triomphe l’été

Attends quand le passé s’oublie

Et qu’on n’ attend plus les autres.

Attends quand des pays lointains

Il ne viendra plus de courrier,

Attends, lorsque seront lassés

Ceux qui avec toi attendaient.

Si tu m’attends, je reviendrai.

Ne leur pardonne pas, à ceux

Qui vont trouver les mots pour dire

Qu’est venu le temps de l’oubli.

Et s’ils croient, mon fils et ma mère,

S’ils croient, que je ne suis plus,

Si les amis las de m’attendre

Viennent s’asseoir auprès du feu,

Et s’ils portent un toast funèbre

A la mémoire de mon âme…

Attends. Attends et avec eux

refuse de lever ton verre.

Si tu m’attends, je reviendrai

En dépit de toutes les morts.

Et qui ne m’a pas attendu

Peut bien dire : « C’est de la veine ».

Ceux qui ne m’ont pas attendu

D’où le comprendraient-ils, comment

En plein milieu du feu,

Ton attente

M’a sauvé.

Comment j’ai survécu, seuls toi et moi

Nous le saurons,

C’est bien simple, tu auras su m’attendre, comme personne.

Constantin SIMONOV (1915-1979)

En ce mois d’octobre à l’Est j’ai repensé à ce poème utilisé par Claude Lelouch dans son film Les uns et les autres. J’ai découvert en cherchant ce texte que Simonov était un poète apprécié par Staline, mais cela ne l’empêche pas de parler de la guerre avec sensibilité…