La légende des montagnes qui naviguent

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Quatrième de couverture :

Huit mille kilomètres au fil des Alpes et des Apennins, cette colonne vertébrale de l’Europe. Paolo Rumiz nous embarque pour un voyage au long cours… De la baie de Kvarner en Croatie jusqu’au Capo Sud italien, il chevauche les deux grands ensembles montagneux de l’Europe passant par les Balkans, la France, la Suisse et bien sûr l’Italie. Parti de la mer, il arrive à la mer. Son récit navigue sur les cols et sommets dont les flancs plongent dans les ondes. Rumiz, devenu capitaine, nous élève vers ces montagnes qui naviguent. Il nous fait découvrir des vallées sans électricité, des gares de chemin de fer habitées par des mouflons, des bornes routières de légende, des bivouacs sous la pluie au fond de cavernes; et puis des curés braconniers, des gardiens de refuge, des chanteurs à la recherche de leurs racines.

Voilà un récit de voyage hors-norme, par sa longueur, son ambition, le nombre de pays et de cultures traversés : de la Croatie à l’Italie en passant par la Slovénie, l’Autriche, la Suisse, la France, Paolo Rumiz traverse les Alpes et surtout les Appenins, la colonne vertébrale de l’Italie, sa chaîne montagneuse de coeur.  En vélo, à pied, en moto (mythique) Topolino Fiat, il parcourt 8000 km et ne cesse d’écrire au cours de son périple. Il multiplie aussi les rencontres, des « anonymes » qui lui racontent la montagne et ses secrets, comme des plus connues, l’écrivain Mario Rigoni Stern, étonnamment vert malgré ses quatre-vingt printemps bien tassés ou, plus bizarre, l’ancien chef autrichien d’extrême-droite, Jorg Haider. Rumiz peut profiter de ces rencontres grâce à son statut de journaliste. En chemin,il raconte l’histoire, la grande Histoire liée aux Alpes et aux Appenins, la Grande Guerre qui piégea certaines populations entre Autriche et Italie, ou les résistants, les passeurs de la Deuxième Guerre mondiale, par exemple. Mais ce qui l’intéresse surtout, c’est l’environnement, l’écologie, il veut défendre ses montagnes comme symboles de vie ou de mort pour le monde entier : si la montagne se porte bien, les villes et les plaines iront bien aussi. Or les tunnels, la vitesse, la désertification, les inondations, les sécheresses, les désordres climatiques engagent un pronostic vital pour tous. Heureusement il existe des lieux de vie, de calme, de spiritualité qui peuvent encore sauver les choses et Rumiz se plaît à les évoquer ans les situer précisément, pour les épargner.

Ce livre est dense, bourré d’anecdotes, de personnages, de diversions. Habituée au style plus direct d’un Sylvain Tesson ou de Jean-Christophe Rufin, je me suis parfois ennuyée et, je l’avoue, j’ai lu plusieurs pages en diagonale. Cependant, je ne doute pas que de nombreux lecteurs amateurs du genre l’apprécieront.

Merci à Babelio et aux éditions Arthaud pour l’envoi de ce livre.

Paolo RUMIZ, La légende des montagnes qui naviguent, traduit de l’italien par Béatrice Vierne, Arthaud, 6 septembre 2017

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Telle une brassée de roses…

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Telle une brassée de roses

j’ai vu ce soir-là.

Dorée et subtile

par les rues, une senteur.

Et dans le coeur

une tendresse brusque.

Le manteau sous le bras,

le visage levé, irradié de lune.

L’atmosphère électrisée

de baisers, on dirait.

La pensée, les poèmes,

fardeau superflu.

J’ai comme l’aile brisée.

Pourquoi nous fut échu

cet été, je ne le sais pas même.

Pour quelle joie inespérée,

pour quelles amours,

pour quel voyage de rêve ?

Kostas Karyotakis, in Telles des guitares désaccordées, Editions Bruno Doucey, 2016

Josef Sudek, La Dernière Rose

L’homme de la montagne

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Quatrième de couverture:

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa soeur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder, rêvant d’inattendu. Et l’inattendu arrive. Effroyable, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Etrangleur du crépuscule commence. L’inspecteur Torricelli, le père des fillettes, dirigera l’enquête. Trente ans plus tard, Rachel raconte : la traque épuisante, leurs vies suspendues, et ce jour où les deux soeurs se sont retrouvées face à l’étrangleur… Fantasme de gamines hystériques, avaient déclaré les autorités. Depuis lors, Rachel s’est donné pour mission de retrouver cet homme. Roman d’apprentissage, polar psychologique : Joyce Maynard a su ériger ce fait-divers réel en un conte cruel haletant.

De Joyce Maynard, j’ai lu et beaucoup aimé Les filles de l’ouragan (un coup de coeur même) et Long week-end. Ce titre-ci est un vrai coup de coeur comme j’en ai rarement eu cette année (et donc je vais avoir bien du mal à en parler). Ce serait criminel d’en dire plus que la quatrième de couverture sur l’intrigue, sauf que limite dès la première page, je pensais avoir déjà deviné qui est ce fameux homme de la montagne mais la manière dont Joyce Maynard a mené son roman m’a démontré que c’était bien plus subtil et bien plus noble que ce que je ne pensais.

Criminel d’en dévoiler trop par rapport au suspense et aux étapes de l’histoire, disais-je, par contre je peux vous dire que si (en plus d’une excellente intrigue) vous aimez les histoires de famille, l’amour entre soeurs, l’amour d’un père envers ses filles et réciproquement, si vous savez déjà à quel point Joyce Maynard est fine dans l’exploration de ces sentiments, alors ce livre est fait pour vous. J’ai retrouvé la force avec laquelle les deux Filles de l’ouragan s’entendent et la vérité intime d’un(e) ado de treize ans dans Long week-end. On sent à quel point la romancière se souvient de sa propre adolescence, elle se nourrit de cette période hypersensible pour infuser sa propre expérience dans des personnages attachants : comment ne pas aimer Rachel à l’imagination débordante et Patty la réaliste qui adore les chiens, comment ne pas adorer avec elles leur père, le détective Torricelli, comment même ne pas être attentif à la mère, pourtant si absente ?

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi et trouvé très subtil (je me répète, je sais), c’est, dans la dernière partie, la mise en abyme, le roman dans le roman : un autre clin d’oeil de Joyce Maynard à sa propre activité d’écrivain, qui permet ici de boucler sa narration avec justesse. Et puis, encore une fois, elle a l’art de raconter et d’amener les émotions sans pathos, sans effet de manche, j’aime et j’admire cette faculté. (Le titre original est d’ailleurs parlant : After Her.) J’espère qu’elle me touchera encore longtemps avec les romans qu’il me reste à découvrir d’elle et ceux qu’elle écrira encore.

« – Tu sais ce que je crois ? C’est qu’on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une. » (p. 155)

« Il m’arriva alors quelque chose d’étrange :une soudaine flambée d’amour pour celle à qui je ne pensais pas souvent – ma propre mère, qu’on pouvait taxer d négligence, mais qui ne me disait jamais comment m’habiller, ne m’emmenait jamais chez le pédicure avec elle, ni n’essayait de me faire embaucher chez les pom-pom girls. En ce moment, elle devait se trouver à la bibliothèque, cherchant de nouveaux livres d’obscurs gourous indiens ou un recueil de poèmes de Sylvia Plath. Peu importait d’ailleurs. J’ai compris ce jour-là qu’en nous laissant libres de nos choix, ma soeur et moi, elle nous avait fat un grand cadeau. Patty et moi n’appartenions à personne qu’à nous-mêmes. » (p. 213)

Joyce MAYNARD, L’homme de la montagne, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain, 10/18, 2015 (Première édition : Philippe Rey, 2014)

Avec ce roman, j’inaugure ma participation au Mois américain organisé par Titine (je n’ai pas que des projets américains pour ce mois de septembre mais j’espère lire au mois trois ou quatre bouquins). C’est aussi le titre choisi par le Blogoclub repris par Florence et Amandine.

     

 

Les notes du jeudi : Un mois à la Vierge (5) Johann Adolf Hasse

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Pour terminer ce mois consacré à la Sainte Vierge, comme les moines et moniales cisterciens terminent leur journée de prière en chantant le Salve Regina, voici un des quatre Salve Regina composés par Johann Adolf Hasse (1699-1783), un antiphonaire pour alto, cordes et basse continue en la majeur, composé en 1736. Hasse est un musicien baroque allemand, considéré comme l’un des maîtres de l’opéra seria au 18è siècle.

Le Salve Regina est un salut à la Vierge Reine, une prière qui célèbre la douceur de Marie, lui demande de tourner ses yeux miséricordieux vers ceux qui la prient dans cette vallée de larmes et au terme du voyage terrestre, de leur montrer Jésus, le fruit béni de ses entrailles.

Martin Gester dirige le Parlement de musique et l’alto Jennifer Lane.

Un été avec Victor Hugo

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Quatrième de couverture :

Victor Hugo rêvait d’être  » Chateaubriand ou rien « . Sa vie et son œuvre dépasseront cette ambition. Il sera un océan à lui seul : romancier, poète, dramaturge, pamphlétaire, académicien, pair de France, député. Tout en conservant le génie de l’enfance, Victor Hugo empoigna le XIXème siècle, combattit les injustices, la peine de mort, et toutes les formes d’aliénation. Il croyait au mouvement, au progrès. Son défi était de n’avoir jamais peur. Malgré les épreuves, les deuils familiaux, l’exil, Victor Hugo choisit de vivre :  » Je suis celui que rien n’arrête/Celui qui va « . Il mit sa force, son souffle dans l’amour des siens, la conquête des femmes, la création et la passion de l’humanité :  » Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une.  » 

Passer un été avec Victor Hugo ce n’est pas seulement se reposer à l’ombre d’un géant mais aussi voyager en sa compagnie, aimer jusqu’à l’épuisement et partager son sens de l’humour loin de l’image scolaire.

Quand je suis allée à Paris en juillet dernier, j’ai visité la Maison de Victor Hugo, place des Vosges (qui, à son époque, s’appelait place Royale) et j’ai donc sorti ce livre de ma PAL. Résultat des courses, je me rends compte que je tourne autour du personnage d’Hugo : des lectures comme Trois grands fauves ont réussi à m’y intéresser, ce livre de Guillaume Gallienne et Laura El Makki est vraiment très diversifié et écrit par des passionnés d’Hugo dont j’admire le combat politique et les engagements visionnaires pour le droit des femmes, contre la misère et la peine de mort, pour des Etats-Unis d’Europe, Hugo dont l’attachement à sa fille Léopoldine est si émouvant et son penchant pour le spiritisme si… pittoresque, Hugo un géant dans son siècle, un homme invincible, un littérateur qui croit au pouvoir et à la liberté de l’écriture, de la poésie en particulier. Cet homme devait sûrement être très attachant et ce devait sûrement être difficile de vivre dans son ombre. Mais… il y a ce côté romantique dans l’expression, cette grandiloquence qui, finalement, m’en tiennent écartée. Et ce n’est pas le livre passionnant de Guilaume Gallienne qui me donne vraiment le déclic d’enfin lire un roman hugolien. Culpabiliserais-je inconsciemment de ne pas lire Hugo, de ne connaître que des bribes poétiques (et Misérables) ? 😉

Guillaume GALLIENNE et Laura EL MAKKI, Un été avec Victor Hugo, France Inter et Les Equateurs parallèles, 2016

P.S. La fameuse citation « Shakespeare, chexpire, on croirait entendre mourir un Auvergnat ! » me fait toujours autant rire !

Avec l’encre couleur du temps…

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J’écris avec l’encre noire, les chagrins de tous les jours

et leur trame sans histoire, et leur éternel retour…

J’écris le deuil des saisons et le mal de la raison

et le jour près de s’éteindre.

J’écris avec l’encre verte un jardin que je connais.

J’écris les feuilles et l’herbe que le printemps remuait…

J’écris la lumière douce des chemins de mon pays…

Avec l’encre violette, j’écris les chemins de bruyères

sur les terres désolées et j’écris les âmes fières

de n’être pas consolées.

J’écris avec l’encre rouge tous les feux qui m’ont brûlée

et tous les rubis qui bougent dans le fond des cheminées.

et le soleil qui se couche sur les plus longues journées,

et toutes les roses qui sur la mer s’en sont allées…

 

Germaine BEAUMONT

Et une touche de jaune et de bleu dans le tableau de Van Gogh, Terrasse de café le soir, pour terminer cette semaine en sa compagnie.

 

La veuve des Van Gogh

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Quatrième de couverture :

Sur la mort de Vincent Van Gogh tout a été écrit. Sur celle de son frère Théo, terrassé par le chagrin, des litres d’encre ont été aussi déversés. Mais personne n’a évoqué ce qu’il advint de Johanna Van Gogh-Bonger, épouse de Théo, qui vécut un double veuvage tant le lien entre les deux frères était fort. Après la disparition de son mari dans un hôpital psychiatrique d’Utrecht, la jeune femme décide d’ouvrir, à quelques kilomètres d’Amsterdam, une auberge qui lui permettrait, à elle et à son bébé de un an, de survivre. C’est là qu’elle réunit les lettres de Vincent, qu’elle accroche aux murs ses toiles. Nous sommes en 1891 et certains voyageurs de cette fin de siècle s’arrêtent volontiers dans l’agréable demeure. Déconcertés, ils regardent ces tableaux aux couleurs inattendues qui jusque-là n’ont pas trouvé d’acquéreur, ni à Arles ni à Paris. Des tableaux dédaignés et même voués par certains au bûcher tant ils paraissent «démoniaques». Cette exposition loin du monde des critiques prétentieux et pontifiants permettra au peintre de connaître enfin une gloire posthume.
Une histoire méconnue et passionnante qui brosse, entre documentaire et fiction, le portrait d’une femme hors norme dont la détermination a changé la face de l’art contemporain…

Ce premier roman de Camilo Sanchez semble la suite naturelle à C’était mon frère… : en effet il part lui aussi du retour d’Auvers-sur-Oise de Théo Van Gogh après le suicide de son frère aîné. Sa femme Johanna assiste impuissante à la dégradation mentale et physique de Théo tout en assumant les soins donnés à son fils Vincent (un prénom qu’elle regrette presque d’avoir accepté) et en tentant de s’imaginer un avenir devant le deuil inexorable de son mari. Elle n’a fréquenté Vincent Van Gogh  que quatre jours et a pu se faire une petite idée de ses projets, de ses folies, d’une apparente arrogance vis-à-vis de Théo. Et de sa peinture, à laquelle il avait fini par vouer sa vie. Pour tenir bon, Johanna Bonger écrit un journal intime dans lequel elle appelle désormais le peintre Van Gogh tout court, tandis qu’elle réserve »Vincent » à son petit garçon. 

Quelques semaines après la mort de Théo, Johanna ouvre une pension de famille à Bussum : elle y fait revenir environ 300 toiles et autant de dessins de l’artiste, elle se plonge dans la lecture des lettres entre les deux frères et y découvre des clés de compréhension de l’oeuvre qu’elle ne soupçonnait pas. Le style de Vincent Van Gogh laisse pressentir qu’il aurait pu être – aussi – un grand poète. Petit à petit, Johanna va attirer l’attention de galeristes hollandais et faire enfin prendre conscience du génie de celui qui signait « Vincent ».

Plus que la qualité littéraire (quelques répétitions un peu gênantes pour un roman aussi court), c’est le côté très documenté du roman qui m’a intéressée, de même que la personnalité de Johanna qui garde les pieds sur terre et donne un poids rationnel, réaliste à la mise en valeur des toiles de son beau-frère. On l’a appelée « la veuve des Van Gogh » à cause de ce lien unique entre les deux frères : on peut dire que Camilo Sanchez ‘habille » cette appellation peu flatteuse en tissant un lien bien réel (et posthume) entre la belle-soeur et le beau-frère grâce aux lettres de Vincent à Théo.

« Pendant qu’elle lit, elle est prise dans un jeu de miroirs. Celui qui écrit ne l’intéresse pas autant que son destinataire. Elle traque, en quelque sorte, le lecteur des lettres, pas celui qui les envoie. 
Ce n’est pas Van Gogh qu’elle cherche en elles. Elle cherche à comprendre qui était son mari. » (p. 84)

« Johanna revient aux lettres. 
Elle est obsédée par la correspondance de son beau-frère: gênée d’entrer dans une intimité étrangère, elle se laisse emporter , surprise, par l’intensité d’une prose qui brûle tout sur son passage. 
« Je lis et je comprends de mieux en mieux le ravissement de Théo.
Van Gogh domine l’art d’écrire des lettres.
Il s’applique, même quand il écrit un message d’une seule ligne. 
Une idée l’anime: que le destinataire puisse l’accrocher pour sa beauté sur un mur de sa maison. 
Van Gogh écrit comme il peint. «  (p. 92)

« Seule la peinture
m’a fait comprendre la lumière
restée dans l’obscurité. »

Presque un haïku de Bashô.
La lettre est datée de La Haye, août 1882. »

« Je viens de m’asseoir devant un tableau blanc face au paysage qui m’impressionne… écrit Van Gogh.
Autrement dit, il partait d’un tableau blanc.
Il faut être très artiste ou très fou, ou les deux à la fois, pour entendre par un tableau blanc une toile.
Ne serait-ce pas là la différence ?
Van Gogh entre-t-il dans un tableau par un autre, vide ? » (p. 148)

Camilo SANCHEZ, La veuve des Van Gogh, traduit de l’espagnol (Argentine) par Fanchita Gonzalez Batlle, éditions Liana Levi, 2017

Avec cette troisième lecture s’achève ma semaine avec les Van Gogh.

Nuit étoilée sur le Rhône

Les notes du jeudi : Un mois à la Vierge (4) John Rutter

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John Rutter est un compositeur et chef de choeur britannique né à Londres en 1945. Ses oeuvres les plus emblématiques sont écrites pour choeur, comme son Magnificat ou son REquiem. Il l’a précisé lui-même au micro de CBS en 2003 : « Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’être particulièrement religieux, ou de chercher à promouvoir la foi religieuse de quelque manière que ce soit, pour composer de la musique religieuse de qualité. »

Voici donc son Magnificat, écrit en 1990, plein de tonus et d’allégresse mais aussi d’intériorité. Le Choeur de la cathédrale St Albans, l’Ensemble DeChorum, la soprano Elisabeth Cragg et l’organiste Tom Winpenny sont placés sous la direction d’Andrew Lucas.

C’était mon frère… Théo et Vincent Van Gogh

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Quatrième de couverture :

«J’ai pensé dire quelques mots. Mais je n’ai pas pu, j’ai bafouillé des remerciements, rien de plus. Le docteur Gachet s’en est chargé. Il pleurait, lui aussi. Il a dit l’essentiel. Que tu étais un homme honnête, un grand artiste, qu’il n’y avait que deux buts à ta vie, l’humanité et l’art. Et que c’est l’art que tu chérissais au-dessus de tout, qui te ferait vivre encore. Moi, simple marchand des peintres morts et trop peu des vivants, je ne sais rien de ce présage. J’aurais voulu ajouter : c’était mon frère.»

Théo n’a pas survécu plus de six mois à la mort de Vincent… Au jeune frère, Judith Perrignon a emprunté sa voix et ses souvenirs pour écrire une histoire en forme de compte à rebours, un court moment où le nom de Vincent Van Gogh évoque un homme parmi d’autres et pas encore un mythe.

Judith Perrignon s’est glissée dans la peau de Théo Van Gogh à partir de la nuit où il veille son frère mourant (elle garde la thèse du suicide – forcément, puisqu’elle accompagne Théo et n’est pas là pour remettre cette « théorie » en cause – celle-ci paraît d’ailleurs tout à fait plausible sur le moment) jusqu’au jour où il est interné dans un asile psychiatrique, souffrant de démence et de paralysie progressive, sans doute des suites de la syphilis.

Théo est terrassé par la mort de Vincent, ce frère aîné qu’il n’a cessé d’aimer, de soutenir, financièrement et oralement et dont il a cherché en vain à faire reconnaître la peinture du vivant de l’artiste. Fiévreusement il continue ce combat dans les semaines qui suivent la mort de Vincent pour finalement, devant la froideur des plus grands galeristes de l’époque, organiser une exposition dans son propre appartement. Bien sûr, des peintres comme Pissarro, Toulouse-Lautrec ou le seul journaliste qui a écrit une critique enthousiaste sur les toiles de Van Gogh, le soutiennent. En préparant cette expo, Théo mène une observation très intéressante sur les auto-portraits de Vincent, à qui il ressemble tant…

Mais la maladie rattrape Théo, et à partir du moment où il est rapatrié dans un asile aux Pays-Bas, Judith Perrignon laisse la place au rapport médical (bien réel) observant le comportement et les soins donnés à Théo durant ses dernières semaines. Constat froid et désolant sur un homme qui a coupé tout contact ou presque avec la réalité sensible. Le livre s’achève en 1914, quand le corps de Théo est à nouveau rapatrié en France, pour reposer aux côtés de son frère dans le cimetière d’Auvers-Sur-Oise.

J’ai vraiment aimé ce témoignage d’amour fraternel, très bien écrit, très sensible, qui parle aussi du rapport à la mère, au père, à la foi et qui nous offre un regard frais sur la peinture de celui qui signait Vincent.

« Qu’il est beau ce premier soir où tout le monde est venu. L’arrivée d’un ami est toujours la même : il y a au bord des lèvres le sourire, quelques mots pleins d’émotion et puis, en quelques secondes, tout chavire, le rituel s’interrompt, les yeux sont aspirés par la lumière et la couleur. Ceux qui sont là connaissent Vincent, ils ont vu sa peinture par bribes, au café, chez Tanguy, chez moi, encore humide sous son bras, ou même parmi les chèvres et la paille dans une grange à Auvers-sur-Oise, mais jamais ils n’ont vu l’ensemble. A cette première exposition de Vincent, on ne chemine pas de toile en toile, en observant là les courbes et les grâces féminines, là les harmonies de gris, les subtilités du ciel, ici le puits de lumière, ou encore la patte de l’artiste. C’est un assaut, c’est brutal, c’est bouillonnant comme le feu du soleil, la sève impatiente de la nature, les rêves et les émotions d’un peintre sans école dont la main était une torche, qui trouvait plus de lumière dans les yeux des hommes que dans les cathédrales. » (p. 100)

Judith PERRIGNON, C’était mon frère… Théo et Vincent Van Gogh, L’Iconoclaste, 2006 (et Folio 2009 et 2014)

Une semaine avec les Van Gogh – lecture 2

Autoportrait avec chapeau de feutre gris

La valse des arbres et du ciel

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Présentation de l’éditeur :

Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.

Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…

Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.

C’est le billet de Florence qui m’a fait attraper ce roman sur une étagère de ma bibliothèque où il trônait en évidence. Retrouver la plume de Guenassia et l’univers de Van Gogh suffisait déjà à mon plaisir et si c’était pour parler de Vincent Van Gogh, c’était parfait.

Dès les premières pages, intriguée, j’ai été voir les explications de l’auteur sur les réalités historiques concernant le peintre et ses derniers jours à Auvers-sur-Oise avec notamment le docteur Gachet. Il me faut avouer que je ne savais pas que la thèse du suicide de Vincent était contestée dès le début du 20è siècle. A ce titre, l’angle choisi par Jean-Michel Guenassia est intéressant : il raconte les cent derniers jours de Van Gogh du point de vue de Marguerite, la fille du docteur Gachet et il laisse aussi entendre que le peintre ne souffre (presque) plus des problèmes psychiatriques pour lesquels il a été soigné en Provence.

Le point de vue de la jeune femme permet de parler de la condition des jeunes bourgeoises de l’époque, qui pouvaient déjà passer le bac (à condition d’être fortunées) mais restaient ensuite cantonnées à la maison, sous la coupe de leur père puis de leur époux, qu’elles ne pouvaient bien sûr pas choisir en général. La soif d’émancipation de Marguerite et son opposition passionnée à son père étaient-elles bien réelles ? Je n’en sais rien mais elles montrent bien la condition féminine de la fin du 19è siècle. Le récit est entrecoupé d’extraits de journaux, de lettres de l’époque, qui situent le contexte social et politique de l’époque : l’expo universelle de 1889, le dégoût envers la Tour Eiffel, l’antisémitisme galopant, la richesse économique de la France, l’ambiance fin de siècle et les grands changements qui s’annoncent…

Ce qui est passionnant, c’est de suivre Vincent Van Gogh sur les chemins d’Auvers-sur-Oise en cet été brûlant de 1890 et de voir l’artiste en pleine création, devant une meule de foin, un champ de blé écrasé de soleil, dans le jardin des Gachet, à l’auberge du père Ravoux… On se surprend à deviner le titre des tableaux, très nombreux, que Vincent a peints durant ces trois mois. Guenassia sous-entend aussi une hypothèse intéressante sur la nature du « problème » dont souffrait le peintre (je n’ai pas envie de la révéler ici, bien sûr).

Ceci dit, malgré le côté extrêmement bien documenté du roman et les pages qui se tournaient toutes seules, je n’ai pas été complètement séduite par cette lecture : l’ensemble m’a paru un peu froid, sec, cela manquait d’émotion (sauf quand Vincent est à l’oeuvre). Et puis, pour une fois, je n’ai pas été convaincue par l’aspect romancé d’une véritable biographie : je crois que Vincent Van Gogh, ce peintre visionnaire, n’avait pas besoin d’un roman pour garder toute son aura, son mystère…  Je vais plutôt me replonger dans la contemplation des (vrais) tableaux !

Jean-Michel GUENASSIA, La valse des arbres et du ciel, Albin Michel, 2016

Je ne boude pas ma lecture puisque cela m’a donné l’idée d’une mini-série sur les Van Gogh. Rendez-vous mercredi et vendredi pour compléter cette semaine thématique.

Marguerite Gachet au jardin, 1890