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Quatrième de couverture :
Mince, pâle et tendue, Farkass court pour dealer. Afin de subvenir aux besoins de sa mère, avec qui elle vit dans une cité délaissée, la jeune adolescente solitaire vend de la cocaïne après les cours.
Au lycée, son professeur de sport ayant remarqué ses qualités d’endurance, elle découvre un exutoire, bientôt une passion : la course. Cette nouvelle occupation devient vite incompatible avec les nouvelles tâches qui lui sont confiées par son chef de réseau. Trahisons, règlements de compte et tueries se multiplient. Que choisira Farkass à choisir : la course, ou le trafic ?
Voici le dernier roman de Geneviève Damas, qui se lit dans le souffle de sa jeune héroïne Farkass, un nom qui claque comme son caractère et comme son aptitude à la course. Farkass a échoué dans le quartier des Tours avec sa mère après que celle-ci se soit enfin séparée de son mari, noyé dans les dettes de jeu que sa femme doit continuer à éponger en faisant des ménages. Dans le quartier, l’adolescente repère vite le trafic de drogue et demande à en faire partie. D’abord repoussée parce qu’elle est une fille (et qu’on « ne peut pas compter sur les filles dans ce genre d’activité »), elle parvient à prendre sa place, d’abord comme guetteuse puis comme vendeuse et gagne la confiance du Boss, qui va lui confier des missions spéciales, non dénuées de danger. Evidemment Farkass est en décrochage scolaire et ses notes lamentables n’arrangent rien. Mais voilà que pour une fois présente au cours de sport, son prof la repère et lui propose de l’entraîner à la course à pied. Changement de monde pour la jeune fille, qui doit trouver la bonne tenue et les chaussures (l’argent n’est pas un problème, c’est plutôt sa confiance en elle en tant que fille) et respecter les horaires, la concurrence des autres filles. Elle découvre des sensations incroyables mais elle doit aussi adapter ses horaires de courses aux horaires de deal. Les choix qu’elle devra poser seront cruciaux pour son avenir. De quel côté Farkass va-t-elle pencher ? Même la dernière phrase du roman laisse planer le suspense…
Geneviève Damas explique s’être inspirée du sort des jeunes étudiants en mécanique pour qui elle animait un atelier d’écriture : ils se sont soudain rendus compte que l’école les préparait à réparer uniquement des moteurs thermiques alors que l’avenir est aux moteurs électriques et que personne, ni l’école ni le ministère de l’enseignement, n’a les moyens d’investir dans cette formation. Autant dire – attention, mauvais jeu de mots – que de nombreux jeunes, des filières professionnelles notamment, se retrouvent sur une voie de garage. Et dans ce cas, l’argent « facilement » gagné grâce à la drogue est une tentation aguichante. Mais ce commerce – Geneviève Damas exploite ce vocabulaire, cet univers du commerce – n’est pas sans danger, tout le monde tombe un jour ou l’autre, soit dans les rivalités entre gangs, soit entre les mains de la police. On suit Farkass dans son parcours haletant, sans temps mort, entre la solidarité entre membres d’une même « famille », règlements de comptes, prises de pouvoir, missions à risque, surtout pour une fille et on tremble pour elle, on s’exalte dans ses courses de demi-fond, on a envie de croire en elle comme son super prof de sport, monsieur Couturier.
Grâce à des confidences d’avocats, de détenus, de directeurs sportifs et autres, Geneviève Damas s’est glissée avec succès dans la peau, dans le vocabulaire, dans le coeur de cette jeune fille attachante malgré ses colères, courageuse, persévérante, même si ses choix peuvent nous sembler discutables. Allez, on s’y met, on court avec Farkass !
Premières lignes : « Je ne suis pas un ange. Et personne. Pour avancer, tu dois plonger tes mains dans la merde. Faut pas se casser la tête. C’est la première chose qu’il m’a apprise, Couturier : « Laisse tes soucis au bord de la piste. » Celui se ronge finit explosé.
J’ai de la chance de l’avoir rencontré. Sans lui, je ne connaîtrais que le business. A quoi ça tient ? Je ne venais presque plus à Saint-Exupéry. Je ne voulais pas de cette classe de losers. Ce mardi-là, je devais parler à Mehdi. Son frère ne répondait plus. « Tu t’entends avec lui, checke si Wassim n’est pas train de nous cramer », et je suis arrivée à l’heure en cours. On commençait pas sport. Il faisait froid. Dans le vestiaire, j’ai demandé à Maria : « Couturier n’emmène quand même pas nos couilles dehors ? » Elle a haussé les épaules : « Qu’est-ce que tu crois, la revenante ? » Je l’ai poussée contre le mur. Sur le terrain de foot, Couturier m’a captée tout de suite : « Qui voilà ? » J’ai répondu que je passais dans le coin, autant dire bonjour et il a ri. Avant qu’il m’entraîne, je le trouvais déjà cool. Il ne fait jamais la peau pour les absences, il lance une blague et c’est fini, alors que pour un rien, la prof de français tire la gueule pendant des mois. Ce jour-là, il proposait un contre-la-montre de vingt-cinq minutes. Plus on se mangerait de mètres, plus on gagnerait des points. J’ai expliqué que je n’avais pas mes baskets : « Avec la meilleure volonté, je ne pourrais pas. » Il a regardé mes pompes pourries : « Ce n’est pas une excuse » et j’ai dû m’y coller. »
Geneviève DAMAS, Trace, Grasset, 2026

