Les notes du jeudi : Cap au Nord (3) Carl Nielsen

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Après la Suède et la Norvège, embarquons pour le Danemark avec Carl Nielsen (1865-1931) dont le langage musical ne s’enrichit pas d’une inspiration populaire : le compositeur se situe dans la lignée du classicisme et de Brahms. Son ensemble de six symphonies est particulièrement intéressant, les trois premières sont sans doute inspirées par Tchaïkovski et les dernières par Mahler.

Je vous invite à écouter la troisième symphonie de Nielsen, dite « Espansiva », qui comporte dans le deuxième mouvement une partie vocale pour soprano et ténor. Elle est jouée par l’Orchestre royal du Danemark dirigé par Leonard Bernstein.

 

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L’Art de perdre

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Quatrième de couverture :

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoirefamiliale qui jamais ne lui a été racontée ?
Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?
Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

L’Art de perdre est un roman ambitieux, audacieux et généreux.

Ambitieux parce qu’il raconte sur trois générations l’histoire d’une famille algérienne d’abord sous domination française, ensuite en pleine tourmente de guerre civile et d’exil forcé, puis du point de vue des deuxième et troisième générations écartelées entre pays d’origine et pays de vie, enfin par un retour apaisé en Algérie. Ali, Hamid, Naïma : trois figures de cette famille, trois manières de se construire (et parfois de tout perdre) sur fond de cette guerre d’indépendance dans laquelle Ali, riche propriétaire terrien sur une crête de Kabylie, s’est retrouvé sans vraiment avoir choisi ni compris du côté français, de ceux que l’on a appelés du terme trop général « les harkis ». Arrivé en métropole, ballotté de camp en camp puis dans une barre de HLM normande et une usine qui accueillent les déracinés, les non-qualifiés, le patriarche a enfoui ses émotions, ses incompréhensions, sa honte dans le silence. Son fils aîné Hamid, né en Algérie, arrivé en France vers l’âge de dix ans, a lui aussi choisi le silence, il a refoulé dans l’oubli volontaire le pays d’origine et s’est émancipé par les études et le mariage avec une Française (quoique lui aussi est Français puisque les ex-colonisés qui ont « choisi » le camp de la France n’ont jamais été que des Français… même si pas grand-monde ne les a considérés ainsi). Naïma, la troisième fille de Hamid, ploie sous le poids des non-dits et prend de plein fouet la vague islamiste et les attentats qui frappent l’Algérie dans les années 90 et le sol européen depuis les années 2000. A l’occasion d’une mission professionnelle, elle « retourne » en Algérie, elle qui n’y avait jamais mis les pieds, et découvre le village sur la crête.

Audacieux parce qu’encore aujourd’hui, le sujet des harkis semble hyper-sensible des deux côtés de la Méditerranée. Alice Zeniter raconte cette histoire familiale avec vivacité, dans des chapitres courts où elle glisse sans lourdeur de multiples informations historiques et sociologiques (c’est autrement plus vivant et passionnant que le roman de Brigitte Giraud, Un loup pour ‘homme, paru lui aussi à la Rentrée 2017 chez le même éditeur). J’ai retrouvé l’ambiance lourde des tortures, des exécutions sommaires, de la stratégie de la terreur de Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari et j’ai découvert bouche bée les conditions dans lesquelles les harkis ont été « accueillis » en France à l’été 1962 : parqués dans les camps qui avaient servi au regroupement des Juifs en 40-45 et aux prisonniers allemands à la Libération, pris pour des débiles et employés dans des postes peu ou pas qualifiés, parqués à nouveau dans des cités HLM construites exprès pour eux (et on s’offusquera encore de la violence qui gangrène ces banlieues ?). L’auteur sait montrer que rien n’est simple, rien n’est manichéen finalement dans cette histoire douloureuse. J’ai aimé cette vision de l’Histoire par le petit bout de la lorgnette, par le biais de vrais gens (ou du moins de personnages très réalistes).

Généreux parce qu’Alice Zeniter rend ses personnages tellement attachants dans leurs silences, leurs doutes, leurs hontes, leurs désirs de liberté, d’indépendance (par rapport à l’Histoire, à la famille, aux racines). Elle raconte avec une grande finesse psychologique le désastre de la guerre civile, le désarroi de l’exil, la survie et le désir de vie, d’intégration, l’écartèlement entre le pays d’où l’on vient et celui où l’on vit, pour déboucher sur une fin dynamique : la romancière ne boucle pas une boucle, mais elle laisse à son troisième personnage principal la liberté d’avancer dans la vie en connaissant mieux, en intégrant son histoire, l’Histoire et sa famille. Inutile de préciser que l’art de la construction n’est pas la moindre des qualités d’Alice Zeniter, de même que son style vif, précis, élégant. J’ai été touchée aussi par la justesse des voix masculines et féminines dans ce roman, à travers les rôles traditionnels dévolus à la femme dans la génération d’Ali et de sa femme Yema ou les revendications féministes des femmes dans l’Algérie actuelle.

Oui, le roman d’Alice Zeniter est ambitieux, audacieux et généreux. Un beau coup de coeur en ce début d’année.

« Le camp Joffre – appelé aussi camp de Rivesaltes – où, après les longs jours d’un voyage sans sommeil, arrivent Ali, Yema et leurs trois enfants est un enclos plein de fantômes : ceux des républicains espagnols qui ont fui Franco pour se retrouver parqués ici, ceux des Juifs et des Tziganes que Vichy a raflés dans la zone libre, ceux de quelques prisonniers de guerre d’origine diverse que la dysenterie ou le typhus ont fauchés loin de la ligne de front. C’est, depuis sa création trente ans plus tôt, un lieu où l’on enferme ceux dont on ne sait que faire en attendant, officiellement, de trouver une solution, en espérant, officieusement, pouvoir les oublier jusqu’à ce qu’ils disparaissent d’eux-mêmes. C’est un lieu pour les hommes qui n’ont pas d’Histoire car aucune des nations qui pourraient leur en offrir une ne veut les y intégrer. « 

« – Dis-moi quelque chose, toi. Moi je m’ennuie… 
Ali hésite et puis, il lâche, tout à trac : 
— Je suis devenu jayah. 
C’est la première fois qu’il avoue ce sentiment. Il sait que, même si Mohand n’est pas un ami, il peut le comprendre. C’est comme cela qu’on désigne l’animal qui s’est éloigné du troupeau et l’émigré qui a coupé les liens avec la communauté. Jayah, c’est la brebis galeuse. Celui qui n’a plus rien à apporter au groupe, qu’il s’agisse de la famille, du clan ou du village. Jayah, c’est un statut honteux, une déchéance, une catastrophe. C’est ce que ressent Ali. La France est un monde-piège dans lequel il s’est perdu. »

« Mais peut-être qu’Ali n’est pas fou, se dit Naïma…Peut-être que la douleur lui donne le droit de crier, ce droit qu’il n’a jamais pris auparavant. Peut-être que, parce qu’il a mal à son corps pourrissant, il trouve enfin la liberté de hurler qu’il ne supporte rien, ni ce qui lui est arrivé ni cet endroit où il est arrivé. Peut-être qu’Ali n’a jamais été aussi lucide que lorsqu’il insulte ceux qui ouvrent sa porte. Peut-être que ces cris ont été étouffés quarante ans parce qu’il se sentait obligé de justifier le voyage, l’installation en France, obligé de masquer sa honte, obligé d’être fort et fier face à sa famille, obligé d’être le patriarche de ceux qui pourtant comprenaient mieux que lui le français. Maintenant qu’il n’a plus rien à perdre, il peut gueuler. »

Alice ZENITER, L’Art de perdre, Flammarion, 2017

Le titre du roman vient d’un poème d’Elizabeth Bishop que je vous proposerai dimanche prochain.

Catégorie Art pour le Petit Bac 2018 (même si cela n’a rien à voir ou si peu avec le monde artistique)

Bagage

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Dans ma valise
la tombe de ma mère
les quartiers de mon enfance
un peu de cette terre
qui apaise mon errance
l’eucalyptus et l’hibiscus
pour exorciser
le marronnier et le platane
et leur tristesse qui damne
Dans ma valise
Les sourires et les voix
de la poignée de vivants
qui comptent pour moi
et figent le temps
la fin du vertige
marier passé et présent
Afrique et Europe
un même continent

Kamal Zerdoumi

Ce 14 janvier, c’est la journée mondiale du migrant et du réfugié.

Voyage aux îles de la Désolation

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Présentation de l’éditeur :

Pour la mer — afin de la comprendre et de savoir la dessiner —, pour les Terres australes — qui sont comme la promesse d’un temps qui n’est plus —, en mars et avril 2010, pendant plusieurs semaines, Emmanuel Lepage a embarqué sur le Marion Dufresne, au départ de Saint-Denis de La Réunion, pour faire le voyage dans les T. A. A. F., les Terres Australes et Antarctiques Françaises. 
Les Terres australes : îles de Crozet, d’Amsterdam, de Saint-Paul et, la plus connue, de Kerguelen, jadis surnommées les îles de la Désolation. Des confettis d’empire, égarés dans l’immensité bleue à des milliers de kilomètres de toute terre habitée. Îles inconnues, sauvages, inhospitalières, mystérieuses. Battues par des vents violents, elles ne comptent d’humains que les scientifiques, de toutes disciplines, venus le temps de missions pouvant durer plusieurs mois, et les quelques militaires et contractuels chargés de faire fonctionner leurs bases d’habitation et de travail. 
Emmanuel Lepage, le Breton, en toute contradiction, n’avait jamais pris la mer. Il a été servi !  Cap au Sud !

Il me faut avouer que je n’avais encore jamais ouvert d’album d’Emmanuel Lepage : c’est chose faite depuis fin décembre et cela m’a permis de passer une excellente fin d’année.

Moi qui suis assez casanière, j’ai aimé m’embarquer sur le Marion Dufresne avec l’auteur lui-même, dans un album qui mêle récit de voyage, carnet de croquis et aventure humaine. Le dépaysement est total, brutal même puisque les « iles de la Désolation » sont situées dans un environnement particulièrement difficile où même des marins aguerris peuvent souffrir du mal de mer.

Au cours du voyage, Emmanuel Lepage rend compte de la réalité humaine vécue sur le bateau ravitailleur et sur les îles, à travers des croquis de visages, le recueil des impressions des scientifiques et personnels techniques. Il raconte le travail, les missions, la difficulté d’approvisionnement due à la violence de la météo. Il fait percevoir aussi la beauté de ces îles, leur faune et leur flore uniques et la fragilité de l’environnement, témoin du réchauffement climatique.

Emmanuel Lepage mêle passé et présent, récit et réflexion sur son propre travail. Graphiquement il mêle le noir et blanc et la couleur, les planches au découpage tantôt serré, tantôt innovant dans le sens de lecture et les planches uniques qui nous ouvrent de magnifiques respirations sur le ciel et la mer. Ses lignes de composition dynamiques associées à une palette de couleurs très soignée font du voyage un souvenir inoubliable.

Emmanuel LEPAGE, Voyage aux îles de la Désolation, Futuropolis, 2011

J’inaugure mon Petit Bac 2018 avec la catégorie Déplacement.

 

Les notes du jeudi : Cap au Nord (2) Edvard Grieg

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Après la Suède de Franz Berwald, partons pour la Norvège retrouver un compositeur et pianiste beaucoup plus connu : Edvard Grieg (1843-1907), né et mort à Bergen. Wikipedia nous dit : « Sa découverte en 1863 du folklore norvégien et de ses danses paysannes en fera toute sa vie un militant inépuisable d’un art musical national. »

Je vous épargnerai le célèbre Concerto pour piano et les suites Peer Gynt, même si je les aime beaucoup : je vous propose la Suite pour cordes « Du temps de Holberg » écrite en 1884 afin de célébrer le bicentenaire de la naissance du dramaturge et auteur danois Ludvig Holberg, né en 1684 dans la même ville que Grieg. Elle a d’abord été composée pour le piano mais la version la plus connue est orchestrale. Elle comporte cinq mouvements : Prélude, Sarabande, Gavotte, Air et Rigaudon (ce dernier contient des éléments folkloriques norvégiens).

C’est l’Orchestre de chambre des Pays-Bas qui joue, emmené par son « concertmeister » et premier violon Gordan Nikolic.

Ma vie comme un roman 2017

J’ai repris chez Géraldine ce portrait réalisé à partir de titres lus en 2017. Bon, le but est de répondre aux questions le mieux possible, pas de dresser un portrait réaliste 😉

Décris-toi : La veuve des Van Gogh

Comment te sens-tu ? Entre ici et ailleurs

Décris où tu vis actuellement : J’habite la maison de Louis Scutenaire

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Un Noël en Sicile

Ton moyen de transport préféré ? Marcher (ou l’art de mener une vie déréglée)

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : Madame Victoria

Toi et tes amis vous êtes : Les Dieux du tango

Comment est le temps ? Un hiver avec Schubert

Quel est ton moment préféré de la journée ? La nuit tombée

Qu’est la vie pour toi ? La solitude des étoiles

Ta peur ? Les masques de la nuit

Quel conseil as-tu à donner ? Aérer la maison

La pensée du jour : Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières

Comment aimerais-tu mourir ? Nous voulons tous le paradis

Les conditions actuelles de ton âme ? La valse des arbres et du ciel

Ton rêve ? Revoir Paris

Les blablas du lundi (27) : 2017 en livres et des projets pour 2018

2018 est bien entamée mais je jette d’abord un dernier regard sur mes lectures de 2017.

Je n’ai lu que 75 livres cette année, ce n’est pas terrible…

Les pays visités : 9 d’Angleterre, 1 d’Argentine, 1 d’Australie, 1 d’Autriche, 18 de Belgique, 5 des Etats-Unis, 22 de France, 1 de France/Russie, 1 de Hongrie (mais écrit en français), 1 d’Italie, 2 de Norvège, 11 du Québec et 1 de Su§de. C’est clair, la francophonie l’emporte, mon petit pays est sur la deuxième marche du podium France-Belgique-Angleterre. Et pourtant j’aimerais élargir mes autres lectures européennes et celles d’autres continents…

39 livres étaient écrits par une femme, 34 par un homme et 2 par un couple mixte.

Côté genres, j’ai lu 10 BD, 2 livres-CD, 7 ouvrages de non-fiction, 3 recueils de nouvelles, 7 polars, 2 récits, 38 romans et 6 romans-jeunesse.

C’est bien joli tous ces chiffres mais lesquels étaient mes préférés, me direz-vous ??

Côté belge, je retiens :

Outre-Mère, de Dominique Costermans (2017)

Nous voulons tous le paradis, d’Els Beerten

J’ai beaucoup aimé aussi Le Conseiller du roi, d’Armel Job, L’année dernière à Saint-Idesbald, des nouvelles de Jean Jauniaux et En toute impunité de Jacqueline Harpman.

Dans les romans francophones, je garde précieusement en mémoire :

Sous le ciel qui brûle, de Hoai Huong Nguyen (2017)

La nuit tombée, d’Antoine Choplin

La petite et le vieux, de Marie-Renée Lavoie

Les forêts de Ravel, de Michel Bernard

et la claque d’origine hongroise mais écrite en français :

Le grand cahier, d’Agota Kristof

J’ai beaucoup aimé aussi Chercher Sam, de Sophie Bienvenu et le tome 2 de Roslend, de Nathalie Somers.

Parmi les anglophones, je retiendrai :

Les Dieux du tango, de Caroline De Robertis

Ce que l’on entend quand on écoute chanter les rivières, de Barney Morris

Nature morte, de Louise Penny

En BD, même si j’en ai lu assez peu, je ne peux oublier :

Les chemins de Compostelle (tome 1)de Jean-Claude Servais

Voyage aux îles de la Désolation, d’Emmanuel Lepage

A propos de Compostelle, j’ai vraiment apprécié Immortelle randonnée – Compostelle malgré moi, de Jean-Christophe Rufin.

Et en 2018 ? 

Pour diversifier mes lectures, le challenge Voisins voisines, qui a été repris par A propos de livres, va bien m’aider. Je m’y suis inscrite fin 2017 pour l’encourager un peu car il n’y a plus beaucoup de participants, c’est peut-être sa dernière année. Ce ne sera pas difficile de lire européen. Le challenge nordique de Margotte, qui continue jusqu’à la fin août, m’aidera aussi à élargir mes horizons de lecture. Lou vient de relancer les British Mysteries, ça m’aidera un peu à vider aussi ma PAL côté détectives britanniques.

J’ai un petit projet d’évasion et de lectures partagées en février, ça élargira aussi mes horizons. D’ailleurs, je serai sans doute un peu moins présente ici en janvier (du moins pour les chroniques de lectures) pour pouvoir préparer cette thématique.

Le Mois belge revient bien sûr en avril, préparez vos piles.

Je suivrai sûrement d’autres mois thématiques, comme ceux aux USA, au Québec ou en Angleterre, mais sans me mettre de pression…

Pour m’amuser, je me suis réinscrite aussi cette année au Petit Bac d’Enna, ce ne sera pas difficile de faire au moins une ligne en mélangeant les genres.

Enfin j’essayerai d’être attentive à l’anniversaire de deux maisons d’édition (et plus ? – si vous en connaissez, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire) : la maison Mijade, spécialisée en jeunesse, fête ses 25 ans et je la mettrai à l’honneur en avril pendant le mois belge ; Actes Sud fête ses 40 ans aussi en 2018, j’essayerai de combiner certains projets avec cet anniversaire.

Voilà mes quelques projets… à mener sans prise de tête tout au long de cette année que je vous souhaite encore riche de rencontres littéraires et culturelles.

Edit : Quand j’écrivais ce billet, la mort de Paul Otchakovsky-Laurens, le fondateur de P.O.L. en 1983, a été annoncée.Cette maison aura donc 35 ans en 2018. Je dois avoir un ou deux titres de P.O.L. dans ma PAL, je pourrais essayer de les en sortir…

 

Les notes du jeudi : Cap au Nord (1) Franz Berwald

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En ce mois de janvier (censé être froid), je vous emmène en Scandinavie pour accompagner le Challenge de littérature nordique de Margotte.

Partons d’abord en Suède avec Franz Berwald (1796-1868), qui a exercé plusieurs métiers (il a été orthopédiste, industriel.. la musique n’a pas toujours pu occuper la première place dans sa vie). Il a laissé quatre symphonies, trois cncertos, des pièces pour piano et de la musique de chambre.

Je vous propose d’écouter son Concerto pour piano en ré majeur (1855) : Niklas Sivelöv est accompagné par le Helsingborgs Symfoniorkester dirigé par Okko Kamu.

Ordre du jour

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Tenir l’âme en état de marche

Tenir le contingent à distance
Tenir l’âme au-dessus de la mêlée
Tenir Dieu pour une idée comme une autre
un support, une éventualité,
une contrée sauvage de l’univers poétique
Tenir les promesses de son enfance
Tenir tête à l’adversité
Ne pas épargner l’adversaire
Tenir parole ouverte
Tenir la dragée haute à ses faiblesses
Ne pas se laisser emporter par le courant
Tenir son rang dans le rang de ceux qui sont décidés
à tenir l’homme en position estimable
Ne pas se laisser séduire par la facilité
sous le prétexte que les pires
se haussent commodément au plus haut niveau
et que les meilleurs ont peine à tenir la route
Etre digne du privilège d’être
sous la forme la plus réussie: l’homme.
Ou mieux encore, la femme.
Jean-Pierre Rosnay
Ce poème, écrit en 1991, est d’une actualité toujours vivante. Parfait pour un ordre… d’année, non ? L’année 2018 que je vous souhaite paisible, harmonieuse, légère, livresque, musicale… A vous d’ajouter vos souhaits préférés !
Bruxelles, Galeries Saint-Hubert, décembre 2017

Les forêts de Ravel

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Quatrième de couverture :

«Quand Ravel leva la tête, il aperçut, à distance, debout dans l’entrée et sur les marches de l’escalier, une assistance muette. Elle ne bougeait ni n’applaudissait, dans l’espoir peut-être que le concert impromptu se prolongeât. Ils étaient ainsi quelques médecins, infirmiers et convalescents, que la musique, traversant portes et cloisons, avait un à un silencieusement rassemblés. Le pianiste joua encore la Mazurka en ré majeur, puis une pièce délicate et lente que personne n’identifia. Son doigt pressant la touche de la note ultime la fit longtemps résonner.»

En mars 1916, peu après avoir achevé son Trio en la mineur, Maurice Ravel rejoint Bar-le-Duc, puis Verdun. Il a quarante et un ans. Engagé volontaire, conducteur d’ambulance, il est chargé de transporter jusqu’aux hôpitaux de campagne des hommes broyés par l’offensive allemande. Michel Bernard le saisit à ce tournant de sa vie, l’accompagne dans son difficile retour à la vie civile et montre comment, jusqu’à son dernier soupir, «l’énorme concerto du front» n’a cessé de résonner dans l’âme de Ravel.

Sa constitution chétive l’avait fait réformer bien avant 1914 mais Maurice Ravel tenait absolument à participer à l’effort de guerre. A l’âge de quarante ans, il fut donc affecté dans un service à l’arrière du front, au volant d’une camionnette qu’il surnomme Adélaïde, il achemine du matériel, il ramène du front les soldats blessés pendant la longue et terrible bataille de Verdun. Au coeur de la guerre, le soldat Ravel est attentif aux sons des obus, des canons et se détend comme il le peut en écoutant chanter les oiseaux dans les forêts de l’Argonne et du Barrois, entre Marne et Meuse. De retour à la vie civile, Ravel retrouve la source de la composition, à la fois semblable et à jamais changée, sans doute nourrie, approfondie par la présence rassurante, immémoriale de la forêt et des longues promenades pendant lesquelles Ravel se ressource et se livre aux rêves inspirants. Forêt du Vexin normand, forêt d’Ardèche, et jusqu’à la forêt de Rambouillet que Ravel aperçoit de la maison étroite et pleine de charme qu’il a achetée à Montfort-L’Amaury et où il vit seul, en compagnie de ses deux siamois et de sa gouvernante. Il alterne moments de solitude et de création et rencontres variées à Paris et un peu partout en Europe où il est reconnu comme le plus grand compositeur de son époque. C’est lors d’un voyage en Autriche (dont il a défendu, même en 14-18, les compositeurs) qu’il rencontrera Paul Wittgenstein, célèbre pianiste amputé du bras droit pendant la Grande Guerre et qui lui commandera un concerto pour la main gauche. Etonnamment c’est cette demande qui le replongeait dans la guerre qui fit aussi avancer la composition du Concerto en sol majeur, bien plus léger.

Vous l’aurez sans doute compris, j’ai été passionnée par ce roman de Michel Bernard, auteur manifestement très bien documenté sur la première guerre mondiale et sur Maurice Ravel. Passionnée et tellement touchée de suivre le soldat Ravel, l’homme petit et mince, raffiné, apparemment froid mais hypersensible, le gourmet bienveillant, le collectionneur d’objets liés à l’enfance, le fils inconsolable d’avoir perdu sa mère en 1916, l’ami et le Basque fidèle à ses racines, le grand lecteur, le compositeur éclectique. (Peut-être que j’aime tellement ce compositeur parce que j’ai – en toute modestie évidemment – l’un ou l’autre petit point commun avec lui, mystérieusement ?) J’ai aimé aussi l’évocation du roman Le grand Meaulnes, d’Alain-Fournier, mort dans les premiers jours de la guerre le 22 septembre 1914 et dont le corps n’a jamais été retrouvé.

L’écriture de Michel Bernard est élégante, musicale, à la fois sobre et évocatrice : il raconte la guerre vue de l’arrière sans rien enlever à son atrocité, il décrit les forêts comme des êtres vivants, il explique quelques pièces de Ravel sans lourdeur, il évoque avec sensibilité la mélancolie qui a accompagné le musicien toute sa vie. Et à travers ses mots discrets, j’ai vu la maladie dégénérative qui a affecté Ravel pendant quatre ans, le privant de la parole et de sa faculté d’écrire la musique qu’il portait en lui, comme une soeur jumelle de la grande guerre qu’il a menée pour la France.

Cela fait du bien de terminer l’année sur une telle note romanesque.

« Il lui arrivait de penser que la musique, c’était fini pour lui, qu’il avait tout donné, que son sac était vide, que la guerre l’avait crevé et qu’il n’était désormais plus bon qu’à mourir pour la patrie, quelque part sur le front. La guerre l’avait distrait de lui-même, avant de le soustraire à la vie. Elle avait bouché tout l’horizon, dévoré tout l’avenir et l’avait livré tout entier au présent. »

 » Elle [la mère d’un ami] admirait l’artiste et devinait combien les singularités de l’homme, sa réserve ironique, sa mesure, son apparente froideur, la puérilité de ses manies étaient la cuirasse d’un artiste exceptionnel, le mur sur lequel s’élevait une oeuvre majeure. Elle en suivait, tendrement émerveillée, le sûr et puissant déploiement. Ravel lui était reconnaissant de l’avoir compris sans phrases et d’aimer sa musique sans l’assortir de commentaires. Qu’elle s’amusât par surcroît à flatter son goût pour la bonne cuisine nouait entre eux un lien d’affection simple, éloigné du climat des relations parisiennes. »

« Le sentiment d’un manque, un manque devenu si grand, si impérieux, que la rêverie n’arrivait plus à distraire, indiquait que le temps était venu d’écrire. Ravel le savait d’expérience, pourtant il n’était jamais parvenu à apprivoiser cette phase ingrate de la composition. Il travaillait dur, avec l’application butée des anciens cancres et des faux paresseux, jusqu’à ce que sa volonté et sa science soient soulevées par une autre force, douce et puissante. La mystérieuse inconnue n’avait jamais fait défaut. Le moment venu, elle l’enlèverait, comme la vague le nageur, et, soudain délivré de la pesanteur, l’emporterait et le déposerait, dans la surprise et le ravissement, là où il avait toujours voulu. »

Michel BERNARD, Les forêts de Ravel, La Table ronde, 2015

Le Tombeau de Couperin, une oeuvre commencée avant la guerre puis retravaillée en six mouvements dédiés chacun à un ou des amis morts au front, d’abord composée pour le piano et orchestrée ensuite en partie par Maurice Ravel

(Au piano : Louis Lortie)