Bénis soient les enfants et les bêtes

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Quatrième de couverture :

Ils sont six adolescents à s’être rencontrés dans ce camp de vacances en plein cœur de l’Arizona. Leurs riches parents ne savaient pas quoi faire d’eux cet été-là, et ils ont décidé d’endurcir leurs rejetons en les envoyant au grand air comme de “vrais cow-boys”. Au sein du camp, ces enfants deviennent vite inséparables. Cette nuit-là, alors que tout le monde est endormi, ils ont une mission à accomplir, un acte de bravoure qui prouvera au monde entier leur valeur. Et ils iront jusqu’au bout, quel que soit le prix à payer.

Ce court roman (173 pages) publié par l’auteur en 1970 est un petit bijou : oh certes, on peut dire qu’il est plein de violence et de cruauté mais l’humanité qu’il recèle et qui gagne malgré tout est un véritable cadeau de Glendon Swarthout.

Violence : celle que subissent les six personnages principaux, six enfants ou ados « inadaptés » aux standards américains, fragiles émotionnellement et socialement, mal traités par des parents absents ou démissionnaires qui s’en sont débarrassés le temps des grandes vacances dans une colonie de vacances en Arizona, qui leur promet d’en faire des homme, des vrais.

Violence : celle qu’ils vont évidemment subir dans ce camp, au point d’être rejetés de toutes les équipes, moqués par les chefs et de former le pire groupe élégamment nommé « Les Pisseux ».

Violence : celle dont ils sont témoins le jour où commence le roman – et dont je ne peux ou ne veux rien dévoiler sous peine de gâcher votre lecture, une violence subie par d’autres, celle qui va les mettre en route et les lancer dans une équipée nocturne, un road-movie initiatique qui les changera à jamais.

Humanité : l’humanité blessée que chacun porte en lui, celle dont ils feront preuve les uns envers les autres au cours de cette nuit pleine de dangers, celle de Cotton en particulier, qui réussit à fédérer ses copains autour de ce projet fou.

Humanité : celle dont rêve sans doute l’auteur Glendon Swarthout, en harmonie avec la nature, sans nécessairement donner de grandes leçons de morale.

C’est une lecture que je ne peux que vous recommander en cette période de vacances 😉

Je croyais être hors thème pour le challenge « Un an avec Gallmeister » (je n’ai pas beaucoup lu en juillet et mon critère de choix a d’abord été le plus petit nombre de pages) mais j’ai découvert que le roman a été adapté au cinéma en 1971 par Stanley Kramer.

« Il [Cotton] avait parfois des accès de folie. Son contrôle moteur s’enrayait, il invectivait au hasard des dieux trop indifférents pour être maîtrisés, et son refus de faire face aux dures réalités de la nuit et du jour, du faible et du fort, de la vie et de la mort, et de la gravité, était à la limite de la psychose. C’était un rouquin. »

« Ils étaient désormais sur la Route 66, l’axe central est-ouest de la nation! Au bon vieux temps, transportant de grands pins élagués, qu’on appelait alors des « flagstaff », les trains s’arrêtaient là pour s’approvisionner en eau et se reposer pour la nuit. Aujourd’hui la ville était à un jour de voyage de Los Angeles, et sa rue principale, la Route 66, un véritable caravansérail où l’on trouvait des chambres à dix dollars, des traînées de Diesel, des urinoirs bouchés, des serveuses tuberculeuses, des pilules contre le sommeil, des pâtisseries rassies de la veille, des pneux crevés, du papier hygiénique, des mégots de cigarettes et du café insipide ; l’ambiance y était aussi trompeuse la nuit qu’elle était déprimante le jour. »

« Bêtes et garçons se dévisagèrent. Ils se flairèrent mutuellement. Et soudain, les adolescents de quinze, quatorze et douze ans retrouvèrent le bonheur de l’enfance. Le souffle chaud d’animaux innocents les rendit heureux. Une étrange émotion les emplit, une tendresse qu’aucun d’entre eux n’avait encore jamais connue. Un sentiment de paix les inonda, ils n’avaient plus peur. »

Glendon SWARTHOUT, Bénis soient les enfants et les bêtes, traduit de l’américain par Gisèle Bernier, Gallmeister Collection Totem, 2017

Une année avec Gallmeister (Thème de juillet : Adapté au cinéma)

Petit Bac 2022 – Famille 3

50 états, 50 billets : je réussis à remplir la case Arizona !

Je tenais à publier ce billet pour le challenge Gallmeister. On se retrouve fin août.

Bonnes vacances

Ce 1er juillet, le blog se met en pause pour une durée indéterminée. Cette fin d’année scolaire a été éprouvante et les vacances ne seront pas non plus de tout repos. Je posterai sans doute au moins un billet sur un pavé puisque je me suis inscrite au Pavé de l’été chez Brize. J’ai l’intention de lire des polars et de me rafraîchir avec de la littérature du Nord de l’Europe. Et je reviendrai… quand ce sera le bon moment, au milieu ou à la fin de l’été ou…

Bonnes vacances !

Les morts de Bear Creek

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Quatrième de couverture :

Les Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles – comme les deux cadavres exhumés au dégel par un grizzly affamé. Rejetant la thèse d’un accident de chasse, le shérif Martha Ettinger se tourne vers Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues. Le même jour, Sean est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée. Ces affaires vont se télescoper et exiger des deux partenaires une action aussi précise qu’un lancer de mouche et aussi rapide qu’une balle de revolver.

Un billet rapide pour rendre compte de mon Gallmeister du mois. Le thème de juin est Chasse et pêche : comment mieux l’illustrer qu’en repartant sur les rives e la Madison dans le Montana, en compagnie de Sean Stranahan, guide de pêche à la mouche, peintre amateur et enquêteur à ses heures. Dans cette deuxième enquête de la série, il y aura de la pêche, bien sûr (et que de poésie dans les noms de mouches et dans les lancers matinaux et vespéraux) mais aussi de chasse, une chasse à l’homme très particulière et assez glaçante. Une maman grizzly s’invite dans l’aventure dès le début du roman et ne facilitera pas la tâche de Martha Ettinger, la shérif et de ses adjoints. Il s’agit en effet d’identifier deux corps réduits quasiment à l’état d’ossements et de déterminer la cause de leur mort. Pendant ce temps, Sean rencontre également des membres du Club des menteurs et monteurs de mouche de la Madison qui le chargent de retrouver des mouches de collection disparues et très précieuses. Sur le plan personnel (c’est-à-dire amoureux), Sean subit les froideurs de Martha Ettinger mais il ose proposer un rendez-vous à la belle Martinique, jeune étudiante vétérinaire. Les personnages secondaires, la mécanique criminelle, la nature grandiose du Montana, l’humour, tout est à déguster dans ce roman, sans compter l’envie d’aller plus loin encore dans les criques à truites en compagnie de Sean Stranahan et de ses amis.

« – Ce pitoyable sac d’os était un pêcheur à la mouche plutôt bon autrefois. Il s’est mis à caresser la bouteille comme un véritable habitant du Montana. Son urine doit avoir une teneur en alcool de cinquante pour cent. S’il pisse sur votre feu de camp, toute la forêt s’embrase. »

Keith McCAFFERTY, Les morts de Bear Creek, traduit de l’américain par Janique Joui-de-Laurens, Gallmeister, collection Totem, 2020 (1è édition : 2019)

Une année avec Gallmeister (Juin : Chasse et pêche)

Petit Bac 2022 – Animal 3

Son espionne royale mène l’enquête

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Quatrième de couverture :

Londres, 1932.
Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugenie, fille du duc de Glen Garry et Rannoch, trente-quatrième héritière du trône britannique, est complètement fauchée depuis que son demi-frère lui a coupé les vivres. Et voilà qu’en plus ce dernier veut la marier à un prince roumain !
Georgie, qui refuse qu’on lui dicte sa vie, s’enfuit à Londres pour échapper à cette funeste promesse de mariage : elle va devoir apprendre à se débrouiller par elle-même.
Mais le lendemain de son arrivée dans la capitale, la reine la convoque à Buckingham pour la charger d’une mission pour le moins insolite : espionner son fils, le prince de Galles, qui manigance avec une certaine Américaine…

Encore une série du genre cosy mystery, il en existe déjà neuf aventures, me semble-t-il. La découverte de lady Georgiana m’a beaucoup plu. Déjà par ses origines écossaises et la radinerie crasse de son demi-frère et de sa belle-soeur : certes c’est un cliché mais cela m’a fait rire. Dans cette famille, Georgiana est sans doute la plus futée et il lui faudra toute son intelligence pour se débrouiller seule à Londres (sans chaperon, sans bonne, rappelez-vous, nous sommes en 1932) et pour tenter de comprendre pourquoi un cadavre a atterri dans sa baignoire et disculper le demi-frère pas très courageux que tout accuse. En même temps, Georgiana est une lady de sang royal jusqu’au bout des ongles et c’est parfois un léger handicap pour vivre et travailler comme tout le monde sans se faire remarquer.

Comme le précise l’autrice au début du roman, elle s’est « assurée que les personnages royaux ne font rien qui ne leur ressemble pas et qu’ils jouent leur propre rôle avec exactitude ». C’était donc assez jubilatoire aussi de voir la reine Mary manoeuvrer pour envoyer Georgiana espionner son fils aîné David et sa « copine » américaine, une certaine Mrs Simpson…

De l’humour, de la légèreté, un cadre historique prometteur, mais aussi une héroïne attachante, une intrigue qui se tient, voilà de bons ingrédients pour me donner envie de découvrir la suite des aventures de lady de Rannoch !

« Le mariage fut de courte durée. Même les gens dotés de moins d’entrain et de vivacité que ma mère ne pouvaient tolérer le château de Rannoch. Les gémissements du vent dans les vastes cheminées, ainsi que le papier peint à motif tartan dans les cabinets, avaient pour effet presque instantané de plonger quiconque dans la dépression, voire la folie. »

« Il y a deux inconvénients à être un membre mineur de la famille royale d’Angleterre.
Pour commencer, on est censé se comporter comme il sied à quelqu’un appartenant à la royauté, sans que vous soient donnés les moyens de le faire. (…) Les moyens de subsistance ordinaires ne sont pas vus d’un bon œil. (…) Lorsque je me hasarde à faire observer l’injustice de cette situation, on me rappelle le second point de ma liste. Apparemment, le seul destin acceptable d’une jeune femme de la Maison Windsor consiste à épouser un membre d’une des autres Maisons royales qui, semble-t-ils, parsèment encore l’Europe – bien qu’ils ne reste de nos jours que très peu de monarques régnants. Même une Windsor aussi insignifiante que moi est une prise séduisante pour ceux qui souhaitent forger une alliance précaire avec la Grande Bretagne en ces temps instables. »

« Sa Majesté avait une passion immodérée pour les antiquités… Elle possédait évidemment un atout unique. Si elle exprimait de l’admiration pour un bibelot, n’importe lequel, l’étiquette exigeait qu’il lui fût remis. La plupart des familles nobles cachaient leurs biens les plus précieux à l’annonce d’une visite royale imminente. »

Rhys BOWEN, Son Espionne royale tome 1 – Son Espionne royale mène l’enquête, traduit de l’anglais par Blandine Longre, Editions Robert Laffont, collection La Bête noire, 2019

Le Mois anglais 2022

Petit Bac 2022 – Ponctuation 2 (apostrophe)

Challenge British Mysteries – avec une touche de Famille royale et noblesse

Le Bureau du mariage idéal

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Quatrième de couverture :

Alors que Londres se remet lentement de la Seconde Guerre mondiale, deux femmes que tout oppose s’associent pour monter une société au cœur du quartier de Mayfair, le Bureau du Mariage Idéal. L’impulsive Miss Iris Sparks à l’esprit vif et Mrs Gwendolyn Bainbridge, veuve pragmatique et mère d’un jeune garçon, sont résolues à s’imposer dans un monde qui change à toute vitesse.
Mais les débuts prometteurs de leur agence matrimoniale sont menacés quand leur nouvelle cliente, Tillie La Salle, est retrouvée morte et que l’homme arrêté pour le meurtre se trouve être le mari potentiel qu’elles lui avaient trouvé. La police est convaincue de tenir le coupable mais Miss Sparks et Mrs Bainbridge ne sont pas du même avis. Afin de laver le nom du suspect – et rétablir la fragile réputation de leur agence – Sparks et Bainbridge décident de mener leur propre enquête. Elles ne savent pas encore qu’elles vont mettre leur vie en danger…

J’ai beaucoup aimé ce duo d’enquêtrices à la fois si différentes et si complémentaires qui ouvrent leur agence matrimoniale dans le Londres d’après guerre pour gagner leur vie et prouver (aux autres et à elles-mêmes surtout) qu’elles sont parfaitement aptes à mener leur vie de manière indépendante : Iris Sparks, qui manie le couteau à cran d’arrêt comme personne et multiplie les amants pour cacher le manque terrible qu’elle a vécu pendant la guerre (mais que diable faisait-elle exactement pendant cette guerre ?) et Gwen Bainbridge, veuve d’un fils de lord mort au combat, mère d’un adorable petit garçon de six ans, qui tente courageusement de remonter la pente pour surmonter le deuil terrible de son mari et pour gagner son indépendance.

Les faits ne jouent pas pour elles puisque, à peine mise en contact avec un époux potentiel, une de leurs clientes est assassinée et le candidat mari emprisonné car il semble le coupable idéal. Iris et Gwen vont donner de leur personne pour blanchir Dick Trouwer. Elles vont mettre au jour de sombres trafics liés au rationnement et au marché noir et côtoyer des personnes peu recommandables. Et elles ne seront pas à bout de leurs surprises pour désigner le véritable assassin…

Outre ce duo d’enquêtrices fort attachant, les personnages secondaires sont hauts en couleurs, notamment Sally. La thématique de l’émancipation des femmes, le parcours dans Londres encore terriblement marquée des blessures des bombardements, l’humour flegmatique, autant d’atouts pour cette série qui ressemble presque à du cosy mystery et ne manque pas d’intérêt ! Je serai ravie de découvrir la suite !

« Tillie fut invitée à s’asseoir sur une chaise dont le bois craqua de façon alarmante. Deux bureaux lui faisaient face, de chaque côté d’une unique fenêtre. A les voir, on aurait dit qu’ils avaient eux aussi servi pendant la guerre et survécu, éclopés mais victorieux, à une embuscade tendue par du mobilier allemand ; celui de gauche s’appuyait contre la cloison, un livre glissé sous l’un de ses pieds, plus court que les trois autres. »

« Ah, encore une chose, dit Parham. Sur votre plaque il est écrit « Entrepreneurs ».
– En effet.
– C’est un terme réservé aux hommes, non ?
– « Entrepreneuses » eût sonné ridicule, non ? rétorqua Sparks.
– Et « entreprenantes » eût prêté à confusion. Qui nous aurait prises au sérieux ? ajouta Mrs Bainbridge.
Le lieutenant Kinsey, debout derrière son chef, eut un sourire en coin.
– Eh bien, je n’aime pas ça, bougonna Parham.
Mrs Bainbridge baissa la tête et répondit humblement :
– Nous nous efforcerons de poursuivre notre activité sous le joug de votre désapprobation. Bonne journée, messieurs, et bonne chasse »

Allison MONTCLAIR, Le Bureau du mariage idéal, traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière, 10/18, 2020

Le Mois anglais 2022

Petit Bac 2022 – Famille 2

Poètes du Noroît

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Quatrième de couverture :

« On aurait tort de caractériser la poésie du Noroît par la désillusion ou par un pur intimisme, si l’on entend par ce dernier terme un repliement narcissique sur soi. Au contraire, il s’agit, à partir d’une position individuelle, d’assumer un rapport global au monde, à ses lieux, à ses corps désirants ou souffrants, à son étrangeté pleine de détails signifiants, à sa durée exigeante. » (Pierre Nepveu, préface)

La présente anthologie rassemble des textes de Geneviève Amyot, Michel Beaulieu, Paul Bélanger, Jacques Brault, Hélène Dorion, Louise Dupré, Paul Chanel Malenfant, Pierre Nepveu et Marie Uguay. Choisis par Álvaro Faleiros et accompagné d’une préface de Pierre Nepveu, ces poèmes illustrent à leur manière le riche éventail des œuvres diffusées par les Éditions du Noroît depuis la fondation de cette maison en 1970. Ce recueil a d’abord paru en 2002, en édition bilingue, portugais-français, sous le titre de Latitudes, diffusé au Brésil par Nankin Editorial.

Pour notre rendez-vous poétique avec Marilyne, j’ai choisi ce petit recueil publié par Bibliothèque québécoise, qui réédite des classiques du patrimoine de la littérature québécoise (un peu comme Espace Nord en Belgique). Je dois avouer que je n’ai pas tout apprécié de ma lecture mais je vais essayer de donner quelques notes sur les auteurs et quelques extraits.

Geneviève Amyot et Michel Beaulieu, l’une d’un surréalisme peu accesible et l’autre d’une poésie organique, m’ont laissée de côté.

De Paul Bélanger je retiens ces deux vers, si essentiels pour notre temps :

L’homme depuis l’origine des routes 

fait corps avec la terre (Retours)

Jacques Brault unit amour, solitude, nature et même déliquescence.

Hélène Dorion aime parler de la mémoire, le temps qui passe, les blessures intimes :

On finit par répondre

qu’on est là, faire signe

parmi nos absences

ne plus fuir la mémoire

de certaines faille qui blessent

plus que d’autres 

On finit par s’ouvrir

au silence qui revient

et ne plus répondre

au bruit des pas, ne plus croire

qu’on a aimé, soutenu un instant la beauté de notre vie

On finit par sentir le temps

qui replie nos regards

lentement les referme, comme une blessure

dont on ne sait plus parler (Les états du relief)

Louise Dupré évoque la relation au père (toxique, sans doute). Elle dit la séparation, les départs, les deuils.

Le départ 

Certains matins on croit

au bonheur

de juillet

quand les draps en fleurs

claquent sur les cordes

tu renies alors la douleur

des gares

 

et cette femme

qu’on voit de dos

monter dans le premier train (Noir déjà)

De Paul Chanal Malenfant j’ai retenu ce poème :

L’image invente des histoires, hiéroglyphes,

taureaux tracés sur les parois, cœurs griffonnés

à la hâte.

Il s’agit de voir plus loin que la ligne d’horizon,

de passer la frontière des paupières.

Plus juste que les mots la trace des visages dans l’espace du rêve. (Fleuves)

Enfin Marie Uguay met en parallèle les îles et la solitude, dont elle trouve les traces, les échos dans le quotidien.

Pour accompagner ces textes pas simples d’accès, je vous propose ce tableau :

Marcelle Ferron, Untitled (vers 1963-1964), huile sur toile

Marilyne nous propose aujourd’hui un poème de Garcia Lorca.

Petite anthologie de la poésie québécoise – Poètes du Noroît, Bibliothèque québécoise, 2003

Petit Bac 2022 – Art 2

Après ce billet, je me mets en pause jusqu’au 20 juin : mon agenda scolaire est trop chargé pour que je puisse rédiger des billets de lecture ou de musique !

Les Quatre

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Quatrième de couverture :

Une série de meurtres frappe Londres. Sans lien apparent, ces morts sont en réalité toutes signées d’un « 4 ». Que représente ce chiffre ? Hercule Poirot ne tarde pas à le découvrir : la maque de quatre criminels insaisissables, quatre cerveaux machiavéliques n’ayant d’autre ambition que dominer le monde. Aidé par le capitaine Hastings, le célèbre détective se lance à la poursuite de ces quatre fantômes, dans une enquête des plus tortueuses qui pourrait bien lui être fatale.

Le capitaine Hastings rentre à l’improviste d’Argentine et se réjouit de surprendre son ami Poirot. Mais celui-ci est sur le point de partir en… Argentine pour y mener une enquête commanditée par un riche propriétaire. C’est alors qu’un homme mystérieux vient s’écrouler chez lui, porteur d’un message griffonné du chiffre quatre.

Qu’elle est étonnante, cette enquête d’Hercule Poirot ! On dirait que Poirot s’attaque à la terre entière et à toutes les formes de criminalité associées dans ces Quatre, ou plutôt il comprend très vite qu’il doit observer, s’informer, prévoir la tactique car cette organisation criminelle est multiforme et pleine de ressources, très dangereuse pour la sécurité mondiale, rien de moins.

Enquête étonnante aussi parce qu’Agatha Christie flirte avec le roman d’espionnage et le roman d’aventures : Poirot est très actif et même sportif à certains moments, il saute de trains en marche avec Hastings, il parcourt l’Angleterre en tous sens, il reçoit des informations secrètes des plus hautes sphères de l’Etat britannique sous le regard éberlué de son ami Hastings, le narrateur de ce roman. C’est sûr, Agatha Christie sait faire preuve d’humour caustique ! Surtout quand Hercule porte ses petites cellules grises aux nues…

Cette aventure rocambolesque de Poirot n’est pas la plus fine de ses enquêtes mais elle a un côté rafraîchissant et troublant à la fois. Et l’amitié entre le détective belge et le capitaine Hastings en ressort encore plus grande.

« Oui… sans son regard fulgurant, sans ses yeux de Lynx, Hercule Poirot serait peut-être mort écrasé, à l’heure qu’il est. Quelle effroyable calamité pour l’humanité toute entière ! Vous aussi, mon bon ami, vous auriez pu y rester ; mais cela n’aurait pas été une catastrophe nationale.
– Merci, dis-je froidement. »

« – Pardonnez-moi, mon bon ami, mais est-il possible que vous lisiez tout à la fois L’Avenir de l’Argentine, L’Elevage du Bétail, L’indice Cramoisi et Sport dans les Rocheuses ?
J’avouai en riant que, pour le moment, L’indice Cramoisi retenait seul mon attention. Poirot secoua tristement la tête.
– Mais alors replacez les autres dans la bibliothèque ! Jamais, au grand jamais vous n’adopterez l’ordre et la méthode. Mon Dieu, à quoi sert une bibliothèque, je vous le demande ? »

Agatha CHRISTIE, Les Quatre, traduction révisée de Gérard de Chergé, Le Masque poche, 2015 (première édition, 1933)

Première participation au Mois anglais 2022

Challenge British Mysteries 2022

Petit Bac 2022 – ligne Agatha Christie Chiffre

Légende n°4 – La reine d’Angleterre

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Pour inaugurer le traditionnel (le 11è !) Mois anglais de juin, et pour respecter – pour une fois – la thématique du jour consacrée au jubilé de platine de la reine Elizabeth II, j’ai ressorti ce numéro de Légende, paru en avril 2021. Cette revue trimestrielle de grand format présente une figure de notre temps et l’examine au travers des regards sociologique, historique, littéraire et surtout photographique (la revue est composée de 70 % de photos).

Pour commencer, nous avons donc ici un parcours photo chronologique de la vie d’Elisabeth, suivi de trois articles signés Stéphane Bern, Irène Frain et William Boyd expliquant comment la souveraine est devenue un mythe, une icône vivante dès les débuts de son règne.

Trois regards particuliers suivent, sur la capacité d’adaptation d’Elizabeth aux évolutions du monde, sur son rôle de chef du Commonwealth et sur les couleurs de ses tenues (par Michel Pastoureau). A propos du Commonwealth, l’article signé Anuradha Roy, écrivaine et journaliste indienne, le regard est lucide et sans complaisance, qui voit dans cette institution la survivance de l’empire britannique et du colonialisme sans âme. Mais immédiatement après ces articles suit un nouveau portfolio sur les voyages d’Elizabeth en Australie et sur le lien spécial qu’elle a noué avec ce pays.

Des historiens évoquent ensuite le rôle politique de la souveraine, de nature réservée et conservatrice, qui n’a cessé de vouloir maintenir les traditions liées à la Couronne (auxquelles n’ont pu se plier Diana et Megan, pour ne pas les citer) tout en parvenant à adapter son image à la modernité. Et en étant toujours populaire, ce qu’on a pu voir ce jeudi 2 juin lors des célébrations de Trooping the colours. Et en restant la femme la plus mystérieuse du monde (Les deux corps de la reine, par Jean-Marie Durand).

Des souvenirs personnels de Jane Birkin et Tatiana de Rosnay, des extraits de discours célèbres et trois photos et citations sur doubles pages clôturent cette revue.

Certes on n’est pas en manque d’informations (et de ragots) sur la reine avec les nombreux livres et documentaires qui lui sont consacrés, notamment à l’occasion de son jubilé de platine. Mais il est un fait que la revue Légende est agréable à parcourir et à lire grâce à la multiplication des points de vue qui y sont développés.

C’était mon petit moment « midinette » du mois 😉

Les notes du jeudi : Hommages (5) Nicholas Angelich

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Le monde du piano – le monde tout court – a été privé de deux grands pianistes en avril dernier : le lendemain de la mort de Radu Lupu, le 18 avril, décédait à Paris le pianiste américain Nicholas Angelich, à l’âge de 51 ans. Il devait venir à Lille au début de la saison mais, déjà bien malade, il s’est fait remplacer et je n’ai pas eu la chance de l’écouter.

Dans sa discographie figurent de nombreux enregistrements de Brahms, aussi je vous propose de l’écouter d’abord dans une interview réalisée à La Roque d’Anthéron en 2019 et ensuite dans le Premier Concerto pour piano avec l’Orchestre de Paris dirigé par Paavo Jarvi.

Un nuage comme tapis

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Quatrième de couverture :

«Pour beaucoup, la Bible est un texte sacré. Mais ce qui me touche plus que cette valeur en soi, c’est le sacré qui s’est ajouté, l’œuvre des innombrables lecteurs, commentateurs, savants qui ont consacré à ce livre le plus clair de leur vie. Le sacré de la Bible est devenu, à travers eux, une civilisation.
Il m’arrive d’être frappé par la beauté d’un vers qui a perdu son éclat en quittant sa langue maternelle. Ainsi la ligne 39 du psaume 105, où l’on chante Dieu guidant les Hébreux dans le désert. Le texte officiel de l’Église le traduit : « Il étendit une nuée pour les protéger. » Mot à mot il s’agit au contraire de : « Il étendit un nuage comme un tapis. »
Illustrer la Bible d’une note nouvelle : non pas pour apposer en bas de page, à l’infini, une autre signature, mais pour refléter une part de la lumière qu’elle offre, même au dernier de ses lecteurs.»

Comme dans Noyau d’olive, Erri De Luca nous propose ici sa lecture de certains épisodes bibliques. Vous le savez sans doute, il n’est pas croyant mais il est familier de l’hébreu et traduit chaque matin quelques versets de la Bible.

Ce livre commence par l’épisode de la Tour de Babel où les hommes parlent la même langue et s’entendent à merveille pour construire une tour qui dépasse les nuages. Dieu se penche alors sur leur travail et décide de confondre leur langage, de les disperser sur la terre avec des langues différentes, qui ne se comprennent plus. Bien plus tard, à la Pentecôte, sorte de Babel à l’envers, les apôtres touchés par le feu de l’Esprit seront capables de parler toutes les langues parlées à Jérusalem pour témoigner du Christ. Erri De Luca suggère que la diversité des langues n’est pas un mal ni un obstacle. Il me fait penser à Charles de Foucauld, canonisé le 15 mai dernier, qui, seul dans son ermitage de Tamanrasset, a appris la langue des Touaregs, s’est familiarisé très finement avec leur culture et a traduit l’Evangile en touareg. Il se disait « le petit frère universel » mais n’a jamais, de son vivant, converti une seule personne. Il se contentait d’être là, humblement, et disait que tous les humains, quelle que soit leur appartenance religieuse, seraient accueillis par Dieu.

« Il se peut que Dieu apprécie davantage les noms variés dont les peuples l’ont revêtu dans les différentes langues. La consonne gutturale commune aux Anglo-Saxons, la dentale des Méditerranéens, le si léger yod des Hébreux sont les initiales d’une inépuisable prononciation de son nom. Des trente-six coins du monde, les chuchotements des fidèles déclinent d’innombrables fois les titres obscurs et suaves du Créateur. Éparpillés sur terre en litanies et murmures, il est bon de croire que les notes composent dans le ciel un seul nom, les chants un seul accord. » (p. 22)

Erri De Luca s’intéresse ensuite à Isaac, le fils d’Abraham et à toute sa descendance : Jacob, qui vole le droit d’aînesse à Esaü, Jacob et ses douze fils, nés de plusieurs femmes, dont Rachel, sa préférée, Joseph, le plus jeune des fils de Jacob, vendu par ses frères comme esclave et qui deviendra le favori de Pharaon en Egypte grâce à son sens de l’interprétation des songes, enfin Moïse, celui qui est sauvé des eaux et finit après bien des détours à accepter la mission divine de sauver le peuple de l’esclavage et conduit le peuple en Terre promise. Devant le buisson ardent, Moïse a osé demander à Dieu son nom ; celui-ci se révèle comme « Je serai » : c’est la traduction que propose Erri De Luca (et non le classique « Je suis qui je suis »), suggérant ainsi que Dieu ne se laisse enfermer ni par le passé ni par le présent mais qu’il vient toujours de l’avenir – de l’à venir. L’auteur évoquera également certains prophètes comme Jérémie ou Jonas, s’intéressant chaque fois à la manière dont ils se sont laissé toucher par la parole qu’ils avaient à transmettre de la part de Dieu. Plusieurs se sont d’abord dérobés avant de se laisser investir.

Erri De Luca découvre (il révèle en langage biblique) ainsi des facettes que donne à voir le Dieu d’Israël mais aussi des paroles qui peuvent être une source pour guider la vie des hommes de notre temps, croyants ou non. Si la Bible est la première mise par écrit – par des humains – de la parole de Dieu, cette parole s’actualise toujours à travers l’expérience humaine, elle dialogue avec la vie des hommes de génération en génération. « Si dans les pages que j’ai écrites n’a filtré un seul degré de sa chaleur, j’aurai accompli un acte vain » conclut Erri De Luca. Rien à craindre à mon sens, tant l’auteur propose un regard original sur cette tradition biblique toujours vivante, même si on ne croit pas.

Erri DE LUCA, Un nuage comme tapis, traduit de l’italien par Danièle Valin, Folio, 2015

C’est une lecture commune autour de cet auteur avec Marilyne, qui a lu Le plus et le moins.

Folio fête ses 50 ans cette année.

Petit Bac 2022 – Objet 3