Sous la glace

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Présentation de l’éditeur :

Lorsque l’inspecteur Armand Gamache est chargé d’enquêter sur un nouveau meurtre survenu au sein de la petite communauté de Three Pines, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la victime ne manquera à personne. D’ailleurs, personne ne l’a vue se faire électrocuter en plein milieu d’un lac gelé lors d’une compétition de curling. Pourtant, il y a forcément eu des témoins… Un deuxième roman qui confirme que Louise Penny est l’héritière naturelle d’Agatha Christie.

Nous revoilà à Three Pines, ce charmant village des Cantons de l’Est, un peu avant Noël. Louise Penny prend le temps d’installer à nouveau ses personnages, la vie du village à l’approche des fêtes, jusqu’au lendemain de Noël, où une femme récemment installée dans la maison des Hadley (là où s’était terminée la première enquête) est assassinée pendant le traditionnel match de curling. Et il faut reconnaître que la méthode employée est inhabituelle et sophistiquée : CC de Poitiers a été électrocutée grâce à un stratagème soigneusement préparé mais personne n’a rien vu ni entendu parmi les clameurs des supporters de l’équipe locale. L’inspecteur-chef Armand Gamache est appelé sur les lieux avec toute son équipe, alors qu’il tentait de comprendre pourquoi une clocharde a été assassinée devant un grand magasin de Montréal. 

Nous retrouvons donc les collègues de Gamache, son adjoint Jean-Guy Beauvoir, l’agente Isabelle Lacoste et même la détestable Yvette Nichol qui débarque sans avoir été invitée. Un petit nouveau prometteur se joint aux enquêteurs, l’agent Lemieux qui essaye de profiter au mieux des leçons de Gamache. Celui-ci mène l’enquête comme à son habitude, en faisant parler les gens, en observant la vie du village, en marchant dans la neige pour réfléchir. Pourquoi CC a-t-elle tuée et surtout qui l’a tuée ? Cette femme arrogante, blessante, créatrice d’une méthode spirituelle qui veut bannir toute émotion, était aussi l’épouse d’un homme falot et une mère toxique que tout le monde détestait. Pourquoi a-t-elle tenu à venir habiter à Three Pines ? L’inspecteur-chef va peu à peu comprendre l’influence du passé sur le crime d’aujourd’hui et va nouer les fils entre le meurtre de CC et le meurtre de la sans-abri de Montréal.

J’avais déjà été conquise par le personnage de l’inspecteur-chef Gamache dans le premier tome de la série, mais là je suis définitivement séduite par sa personne, son équanimité, sa bienveillance, son humour discret, sa droiture qui le font tenir bon sans hésiter, même si nous sentons bien que l’ombre d’une ancienne affaire tragique plane sur toute l’équipe et que Gamache risque gros par rapport à sa hiérarchie. C’est un grand homme, ce monsieur Gamache, et je le retrouverai avec plaisir une prochaine fois, dans ce merveilleux petit village bien caché dans la forêt, qui m’a déjà fait ressentir l’ambiance de Noël en cette année compliquée. Merci, Madame Penny…

« Le bistro était son arme secrète pour traquer les meurtriers. Non seulement à Three Pines, mais dans chaque ville et village du Québec. Il trouvait d’abord un café, une brasserie ou un bistro confortable, puis il trouvait le meurtrier. »

« Armand Gamache savait ce qu’un grand nombre de ses collègues n’avaient jamais compris. Le meurtre est profondément humain ; la victime et le meurtrier. Décrire ce dernier sous un jour monstrueux ou grotesque, c’est lui donner un avantage injuste. Les tueurs sont des humains et chaque meurtre prend racine dans une émotion. » 

« Cette librairie faisait penser à une vieille bibliothèque dans une maison de campagne. Les murs étaient tapissés d’étagères de bois aux couleurs chaudes, elles mêmes couvertes de livres. Des tapis au crochet étaient éparpillés ici et là et un poêle à bois Vermont Castings trônait au milieu de la pièce, devant un canapé flanqué de deux chaises à bascule. Gamache, qui adorait les librairies, n’en avait pas vu de plus belle. »

« Comment savait-il qu’il y avait un ‘mais’ ? Beauvoir espérait que Gamache ne pouvait pas vraiment lire dans ses pensées, et ce n’était pas la première fois. Comme disait son grand-père : Ne va pas voir tout seul dans ta tête, mon petit garçon. C’est un endroit terrible. »

« Les gens me croient cynique à cause de mon travail, dit Gamache, mais ils ne comprennent pas. C’est exactement comme vous venez de le décrire. Je passe mes journées à examiner la pièce du fond, celle qu’on garde verrouillée et cachée, même à nos propres yeux. Celle qui contient tous nos monstres, fétides, pourrissants, qui attendent. Ma tâche consiste à trouver des gens qui ôtent la vie à d’autres. Et, pour y parvenir, à découvrir pourquoi. Pour cela, il faut que j’entre dans leur tête et que j’ouvre cette dernière porte. Puis quand j’en ressors – il ouvrit les bras dans un grand geste – , le monde est soudain plus beau, plus vivant, plus merveilleux que jamais. Lorsqu’on voit le pire, on apprécie le meilleur. »

« Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner,
Oubliez l’offrande parfaite,
Il y a en toute chose une fêlure
Par laquelle la lumière pénètre. »

Louise PENNY, Sous la glace, traduit de l’anglais (Canada) par Michel Saint-Germain, Babel noir, 2013

L’avis d’Aifelle

Québec en novembre – Catégorie La nuit qui tombe (polar, thriller, …) + LC Louise Penny ce 20 novembre

Un billet de Nadège : Nature morte

Extrait du site de l’éditeur :

Au matin de Thanksgiving, on découvre dans le paisible petit village québecois de Three Pines le cadavre d’une vieille dame aimée de tous. L’inspecteur-chef Armand Gamache, de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête. Qui pourrait souhaiter la mort d’une vieille dame aussi gentille ? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des oeuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient… Le premier volet d’une série qui a reçu les récompenses les plus prestigieuses.

J’ai enfin fait connaissance avec l’inspecteur-chef Armand Gamache ! Depuis le temps que j’en entends parler ! Je me suis dit que ma semaine de congé se prêtait bien à cette première rencontre et celle-ci m’a bien plu. Je ne suis pas certaine qu’il soit nécessaire d’en dire plus sur le contenu (j’ai fini par avoir l’impression d’être la seule personne sur Terre à n’avoir jamais lu Louise Penny), alors je me contenterai d’évoquer mes impressions de lecture.

J’ai apprécié l’atmosphère « à la Barnaby » (pas autant de morts à l’épisode, tout de même, en tout cas dans celui-ci !). Une petite communauté avec son club de tir à l’arc, son petit bistro familial, son concours de peinture. Et soudain, le meurtre inattendu et inexplicable de la vieille institutrice retraitée.

J’ai aimé le sympathique duo Gamache-Beauvoir et cette insupportable nouvelle recrue imbue d’elle-même, Yvette Nichol (tellement à côté de ses pompes qu’elle en devient attachante).

Et puis, j’ai savouré la lecture de certains passages bien tournés, comme ceux-ci :

Chaque année, des chasseurs tiraient sur des vaches ou des chevaux, sur des chiens ou des chats, et les uns sur les autres. Incroyablement, il leur arrivait de se tirer eux-mêmes, peut-être au cours d’un épisode psychotique où ils se prenaient pour du gibier. Les gens intelligents savaient que certains chasseurs – pas tous, seulement quelques-uns – ont de la difficulté à distinguer un pin d’une perdrix ou d’une personne. (p.11)

Cela se produit trop souvent. Généralement, la mort vient la nuit, surprend une personne dans son sommeil, arrête son cœur ou la réveille par un chatouillement, l’amène à la salle de bains avec un mal de tête atroce et inonde son cerveau de sang. Elle attend dans les ruelles et les stations de métro. A la nuit tombante, des gardiens en blanc débranchent des appareils, et la mort est invitée dans une salle aseptisée.

Mais, à la campagne, la mort vient sans invitation, en plein jour. Elle prend des pêcheurs dans leurs chaloupes. Elle saisit des enfants par les chevilles tandis qu’ils nagent. En hiver, elles les appelle sur une pente trop abrupte pour leurs jambes balbutiantes et croise les extrémités de leurs skis. Elle attend sur la rive, là où il n’y a pas si longtemps la neige rencontrait la glace, mais où maintenant, à l’insu des yeux brillants, un peu d’eau touche la rive, et le patineur décrit des cercles un peu plus larges qu’il ne l’aurait voulu. La mort guette dans les bois avec un arc et une flèche, à l’aube et au crépuscule. En plein jour, elle fait sortir des voitures de la route, et les pneus glissent furieusement sur la glace, la neige ou les feuilles d’automne aux couleurs vives. (pp. 172-173)

Nature morte, Louise Penny, Actes Sud (Babel)

Les notes du jeudi : Un air de novembre (3) Gabriel Fauré

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Aujourd’hui, je vous propose d’écouter un autre Requiem empli de paix, celui en ré mineur op. 48 de Gabriel Fauré (1845-1924). C’est une de ses oeuvres les plus connues, très personnelle et que je trouve vraiment très belle.

A oeuvre française, interprètes français et quels interprètes ! Voici l’Ensemble orchestral de Paris et le Choeur Accentus dirigés par Laurence Equilbey, avec les solistes Karina Gauvin, soprano et David Bizic, baryton.

Le lièvre d’Amérique

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Pour une fois je ne reproduis pas la quatrième de couverture qui, à mon avis, en dit trop. Et mon billet ne sera pas long, histoire de ne pas trop en dire sur ce premier roman de Mireille Gagné.

Cela commence par une description du comportement du lièvre d’Amérique. Puis nous faisons connaissance de Diane, qui se réveille d’une mystérieuse opération. Nous retournons ensuite dans le passé de la jeune femme, à l’Ile-aux-Grues, là ou elle a connu Eugène, un ado proche de la nature et de la mer. Nous revenons ensuite dans le monde du travail de Diane.

Chaque partie du roman, séparée par une double page illustrée que vous découvrirez si vous décidez de le lire, est ainsi constituée de quatre éléments qui sont comme des pièces de puzzle qui nous permettront de comprendre ce qu’ont vécu Eugène et Diane (le choix de ce prénom n’est pas indifférent, il m’a fait penser à Diane chasseresse) et quelle est la mystérieuse opération subie par la jeune femme. J’ai été touchée par ce qui est arrivé aux deux adolescents sur l’île, comment les blessures de jeunesse peuvent influer profondément sur les vies adultes. Un joli lexique à la fin du roman nous permet de saisir la beauté de l’Ile-aux-Grues. Et à la fin aussi, l’autrice nous livre une légende algonquienne qui donne un autre éclairage au récit. Le tout forme un objet littéraire intelligent et sensible, un premier roman original et réussi caché derrière une bien jolie couverture.

« Sur le pont, elle regarde le fleuve s’écouler en dessous d’elle. La marée descend, elle aussi. Elle se sent comme les eaux qui se retirent lentement après les grandes marées. Il restera beaucoup de débris, mais il fera beau demain. »

« Diane ne se souvenait pas de cette impression de faire entièrement partie du paysage, de la proximité des grandes oies des neiges, comme si elles piétinaient sa peau. C’est sûrement ça qu’elle avait oublié en partant subitement. L’appartenance. »

Mireille GAGNE, Le lièvre d’Amérique, La Peuplade, 2020

Les avis tout récents de Kathel et Karine

Québec en novembre – Catégorie On jase de toi (livre paru en 2020)

Un billet de Nadège : Habiller le coeur

Michèle a toujours pensé, intuité, qu’un jour elle vivrait au complexe Rockhill ; ces tours qui la faisaient rêver, enfant. Quand son amie Brigitte lui propose de sous-louer l’appartement de sa tante, elle n’hésite pas une seconde : c’est là qu’elle écrira son prochain roman.

Alors qu’elle s’apprête à sortir du bus qui l’emmène au Rockhill, Michèle reçoit un appel de sa mère. Celle-ci après moult digressions lui dévoile le verdict de son dernier rendez-vous médical. Le médecin lui a prescrit de poursuive son rêve : travailler dans le Grand Nord.

Retraitée depuis cinq ans, Monique ne se résout pas à une vie de patachon. Ni une ni deux, elle s’équipe et accompagnée de son « petit poulet, Oscar », elle s’envole pour Puvirnituq pour y endosser la casquette de conseillère clinique de la DPJ au grand dam de sa fille.

A distance, mère et fille s’appellent, se « courriellent » et, d’anecdotes en souvenirs maternels, Michèle se prend à imaginer un nouveau roman, consacré à celle qui l’a mise au monde et qui, à 70 ans « porte encore en elle un espace de possibles et de mondes non imaginés. […] n’a pas le dos courbé. […] marche penchée vers l’autre, enceinte d’elle-même ».

Il y a de la tendresse, une forme de pudeur, de l’agacement, parfois, souvent. Des questions sans réponse, des réponses sans question. Des petits pas l’une vers l’autre et des volte-faces douloureuses. Une soif immense de Michèle, avide de découvrir cette femme si étonnante dont elle est issue. Un amour immense de part et d’autre qui se dit maladroitement parce qu’il n’est pas toujours simple de se dire l’amour et l’admiration de mère à fille, de fille à mère. Parce que « les mères ont ce don de prendre notre cœur en otage quoi qu’elles fassent ».

J’ai commencé ce roman avec envie, enthousiasme, impatience. Et puis, après quelques pages, un temps de flottement s’est installé avant que je prenne conscience que ce texte était comme un thé qui infuse doucement, dont les arômes éclosent lentement et qui, progressivement, à petites gorgées, vous réchauffent l’âme et le cœur. Parce qu’il n’y a pas besoin d’avoir une mère retraitée partie jouer les Inuites pour se retrouver dans cette histoire, pour lire dans le récit de Michèle Plomer les chemins et les détours empruntés par toute mère et toute fille pour se rencontrer… et se séparer aussi : combien d’efforts faisons-nous pour effacer les ressemblances avant de nous rendre compte que nous reproduisons les mêmes gestes, que nous manifestons un même trait de caractère ? … et à quel point craignons-nous la distance, voire la séparation ultime ?

 C’est ridicule à mon âge de pleurer pour sa mère.

-Au contraire. Je vis dans la terreur de perdre la mienne depuis l’instant de ma naissance, même si elle me rend dingue la moitié du temps, admet Ludmilla.

-A présent, avec sa démence, la vie de ta mère tire indubitablement à sa fin. Es-tu capable d’imaginer comment tu vivras sans elle ?

-Maintenant, non. A l’instant où elle partira, oui… je sens que je saurai faire. En tout cas, je saurai encore me tenir debout, c’est au moins ça.

-Et comment respirer.

-Ça aussi.

 (p. 197)

Habiller le cœur, Michèle Plomer, Marchand de Feuilles

La curieuse histoire d’un chat moribond

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Quatrième de couverture :

Après avoir été trouvé dans la forêt par une petite fille qui pique-niquait, Ti-Chat se refait une vie dans une ruelle d’une ville du Québec, alors qu’il se croit en Australie. Le sauveront aussi du danger : Prémâché, le gros chat pas propre de la ruelle; l’USA, l’unité spéciale des araignées de sous-sol; Billy, le gentil voisin; et les parents de la petite fille, qui ont la chance incroyable d’être des bonshommes allumettes.

La drôle d’histoire d’un chat qui meurt souvent et ne grandit pas.

Après La femme qui fuit, il me fallait une transition pour éviter que le roman suivant ne souffre de la comparaison. J’ai donc sorti ce roman jeunesse de la PAL, c’était aussi l’occasion de retrouver Marie-Renée Lavoie dans une autre veine que La petite et le vieux. Et puis c’est vendredi 13, date idéale pour parler d’un petit chat noir 😉

C’est un roman jeunesse que l’éditeur conseille à partir de 10 ans (oui, il faut un peu de second degré pour apprécier) et mon âme d’enfant a adoré ce Ti-Chat qui, attiré par une mouche, a quitté les flancs maternels et s’est perdu pendant au moins deux mille jours dans la forêt d’où il a eu le courage de ressortir pour être – ouf ! – recueilli par une adorable petite fille qui va lui offrir tout son amour et une chouette famille. Sans compter tous les occupants de la maison et de la ruelle avec qui Ti-Chat va nouer des liens particuliers. Ti-Chat flanque régulièrement la frousse à sa famille car il a ramené de la forêt un drôle de truc qui l’empêche de grandir et lui fait faire de drôles de crises. Et c’est sans compter son goût inné pour les bêtises en tous genres qui mettent aussi sa vie en péril. Mais heureusement il peut compter sur ses amis pleins de ressources et il nous donne le sourire à chaque page. En plus les parents de la petite fille sont des bonshommes allumettes et Marie-Renée Lavoie s’amuse à nous dessiner des scènes de leur vie au fil des chapitres, un mini-roman dans le roman. Il y a une suite que je lirai avec plaisir… une autre fois.

« On dira ce qu’on voudra, il n’y a pas d’avenir possible pour un bébé chat tout seul dans les bois. Un tout petit mini riquiqui chat perdu dans la forêt, ça n’a aucune chance. Je sais de quoi je parle.

C’est un peu gênant à avouer, mais je me suis perdu à cause d’une grosse mouche moche aux pattes pleines de crottes avec des yeux de merlan frit. Je siestais gentiment dans la grange avec mes frères et soeurs quand elle s’est mise à me ziiiiziiiiter dans les oreilles. De quoi me rendre complètement fou ! J’ai dû la poursuivre jusque dans les tréfonds de la forêt pour qu’elle finisse par me laisser tranquille.

Après ça, quand j’ai voulu revenir chez moi, à la ferme, impossible de la retrouver. Pouf ! Envolée, la ferme ! Et plus je la cherchais, plus je m’enfonçais dans le labyrinthe tortueux des sentiers de la forêt. J’ai bien marché deux ou trois millions de kilomètres comme ça, sans m’arrêter. Je me suis retrouvé à l’autre bout du monde, assurément pas loin de l’Australie. J’étais même étonné de ne pas marcher la tête en bas. » (p. 7-8)

« -Nous sommes l’unité spéciale d’arachno-intervention, l’USA.

-C’est drôle, ça me dit quelque chose… Ce ne serait pas un acronyme pour autre chose ?

-Il y a des tas d’organisations qui essaient de nous copier, faut se méfier. » (p. 74)

Marie-Renée LAVOIE, La curieuse histoire d’un chat moribond, Hurtubise, 2014

Québec en novembre – Catégorie Tit-Cul (un roman jeunesse)

Ce livre a aussi traversé l’Atlantique et est édité en Belgique par les éditions Alice.

Les notes du jeudi : Un air de novembre (2) Wolfgang Amadeus Mozart

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En ce lendemain de 11 novembre, je vous invite à écouter le sublime Requiem en ré mineur KWV 626 de Mozart (1756-1791). Qui, bien sûr, n’a pas été composé entièrement par Mozart mais a été complété par son élève Süssmayer, à la demande de Constance, l’épouse du compositeur.

La version que je vous propose est dirigée par Sir Colin Davis au Staatsoper de Dresde, avec pour solistes Alastair Miles (basse), Steve Davislim (ténor), Bernarda Fink (alto) et Ute Selbig (soprano).

 

La femme qui fuit

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Quatrième de couverture :

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne. En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent Refus Global. Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.

Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.

Enfance les pieds dans la boue, bataille contre les petits Anglais, éprise d’un directeur de conscience, fugue vers Montréal, frénésie artistique des Automatistes, romances folles en Europe, combats aux sein des mouvements noirs de l’Amérique en colère; elle fut arracheuse de pissenlits en Ontario, postière en Gaspésie, peintre, poète, amoureuse, amante, dévorante… et fantôme.

La femme qui fuit est l’aventure d’une femme explosive, une femme volcan, une femme funambule, restée en marge de l’histoire, qui traversa librement le siècle et ses tempêtes.

Pour l’auteur, c’est aussi une adresse, directe et sans fard, à celle qui blessa sa mère à jamais.

Quelle lecture, mais quelle lecture ! C’est un coup de coeur ou plutôt un coup au coeur que nous envoie Anaïs Barbeau-Lavalette en prenant pour sujet d’écriture sa grand-mère maternelle, Suzanne Meloche ou Suzanne Barbeau, qu’elle n’a quasiment pas connue, sauf lors de brèves et rares visites. Et pour cause : Suzanne a quitté son mari et ses enfants lorsque ceux-ci avaient trois et un an, elle est partie sans se retourner ou presque. Le manque maternel a fait basculer dans la folie son fils François, adopté par des entrepreneurs en pompes funèbres, et a longtemps érodé le coeur de Mousse, sa fille aînée, qui a réussi à construire une famille unie, attachée, où on ne se quitte pas. 

Mais il faut revenir en arrière, à cette enfance de Suzanne (née en 1926) à Ottawa, où francophones et anglophones se confrontent, où la religion catholique et un gouvernement très conservateur (de ce que j’en ai compris à la lecture) corsettent la société. Suzanne observe sa mère abandonner ses rêves et s’épuiser dans les maternités à répétition. Dès qu’elle en a l’occasion, elle s’échappe de sa famille et part étudier à Montréal. Là elle se lie au mouvement des automatistes québécois, sous la houlette de Paul-Emile Borduas. Petit point d’info grâce à Wiki : « À l’encontre des surréalistes, les Automatistes préconisent une approche intuitive expérimentale non représentative conduisant à un renouvellement en profondeur du langage artistique. » Plusieurs des artistes qui le composent vont signer en 1948 le manifeste Refus global. Suzanne se retirera au dernier moment des signataires, sans doute déjà réfractaire à toute forme d’embrigadement, aussi légitime soit-elle. Face au pouvoir toujours très conservateur qui censure ce qui lui paraît immoral voire non conventionnel, autant dire que les peintres, danseuses, écrivains du groupe vont subir de lourdes conséquences : perte de travail, privation de liberté d’expression. Suzanne et Marcel Barbeau, qui se sont mariés dans ce mouvement, partent à la campagne avec d’autres compagnons et vivent un peu comme une communauté écolo avant l’heure, dans des conditions assez précaires. Les enfants arrivent, Suzanne a une relation très forte, fusionnelle avec ses enfants, Mousse (Manon) et François. Mais la misère, le sentiment d’enfermement sans doute, la difficulté d’exister en tant qu’artiste face à son mari, lui font tout quitter : le couple se sépare en 1952, ils laissent les enfants dans une « garderie », quelques mois pus tard ils les abandonnent officiellement (François sera adopté et Mousse sera élevée par ses tantes paternelles). A partir de là, Suzanne vivra ici et là, seule ou en couple, elle exerce divers métiers, elle ira jusqu’en Europe, à New York où elle côtoiera Jackson Pollock, elle accompagnera un mouvement de libération des Noirs jusqu’en Alabama. Elle peint, elle écrit mais après 1964 on n’entendra plus jamais parler d’elle sur la scène artistique, jusqu’à la réédition de son recueil de poèmes en 1980. 

J’ai conscience d’en dire beaucoup peut-être, mais cette femme est tellement intéressante et il me fallait vérifier si cette femme avait bien existé, ce qu’elle avait fait, qui étaient les artistes qu’elle a fréquentés. Peut-être aussi ce besoin d’informations était-il nécessaire pour contrebalancer les émotions de cette lecture, de ce texte qui m’a happée dès les premières pages. Au départ, on sent Anaïs Barbeau-Lavalette remplie d’amertume, de ressentiment envers cette grand-mère qui a abandonné sa fille (la mère d’Anaïs) et n’a jamais – ou si peu – cherché à renouer le contact, qui est morte seule dans son appartement d’Ottawa en 2009. Quand cet appartement est vidé, l’autrice récupère un carton de lettres, d’articles de journaux, à partir desquels elle va chercher à savoir qui était Suzanne Barbeau. Elle a même engagé une journaliste-détective pour compléter ses recherches : c’est très émouvant de lire la liste des personnes qu’elle remercie à la fin du livre. 

Au final, elle dresse le portrait d’une femme qui ne s’est jamais laissé enfermer et qui, pour cela, a fui régulièrement, une femme qui ne s’est jamais revendiqué comme féministe mais qui a voulu vivre ses aspirations intellectuelles, artistiques tout en vivant l’amour et la maternité, une femme qui a fui ces attaches-là en s’arrachant le coeur pour vivre libre et qui a payé au prix fort cette liberté. Une femme et après elle, une génération de femmes à laquelle je n’ai pu que m’attacher, même si elle m’a elle aussi déchiré le coeur à plusieurs reprises. Sans doute est-on plus facilement happé(e) dans ces pages qu’Anaïs Barbeau-Lavalette s’adresse directement à Suzanne, en « tu », et son écriture sensible fait le reste.

Coup au coeur donc, et sans aucun doute une de mes plus belles lectures de l’année.

« Dans le train, de retour vers Ottawa, tu as l’impression qu’il n’y a que toi qui bouges et que le reste est immobile. Une nuit épaisse rayonne dehors. Tu tiens l’encre aspirante de Marcel serrée dans ta poche. Tu as un geyser dans le ventre et rien autour ne semble capable de l’accueillir.

Tu ne savais rien de Montréal. Rie qu’Hilda Strike et des miettes de Duplessis.

Tu ne sais pas grand-chose de plus. Sauf une porte ouverte sur des corps mouvants, qui parlent fort dans un nuage de fumée, qui goûtent et partagent le vin en réfléchissant à des formes obscures et invitantes.

Tu sais aussi que ces gens-là te redonnent le goût de l’autre.

Tu étais une île, et tu sens que tu as peut-être un pays.

Tu reviens donc chez toi en ébullition. Les jours reprennent leur cours, mais tu les traverses autrement. Portée par le courant. Tu sais maintenant que tu as un ailleurs.

Ce que tu ne sais pas, c’est que tu en auras toujours un, et jamais le même. Ce sera ta tragédie. » (p. 86-87)

« Montréal a quelque chose de toi. La langue, peut-être, d’abord. Toi qui aimes tant les mots, tu es ici en ton pays.

Contrairement à ton bord de rivière, ici, la langue française fait l’objet d’encensement et de louanges de toutes sortes. On la célèbre dans des congrès, on fonde des sociétés pour sa défense, sa conservation, son épuration…

Ton père serait fier de te voir baigner en cette terre où la langue est un joyau. » (p. 97)

« Tu prends enfin la main de Mousse dans la tienne et y déposes la promesse brûlante de ton envol. En espérant qu’un jour, elle s’y abreuvera.

Mais Mousse a trois ans et c’est dans tes jupes et tes chansons qu’elle existe. C’est dans l’effluve rassurant de ton cou et l’antre  de tes bras refermés sur elle qu’elle trouve son souffle.

 Ce matin-là, sur une route de terre sans fin, tu lui passes la corde au coeur, tu lacères ce qui la relie au monde. » (p. 222)

« La soirée se poursuit. Tu n’y cherches qu’une alcôve pour t’y perdre une dernière fois dans le corps fragile de cet homme-là. Pour vous retrouver un temps dans la liberté terrifiante de ceux qui restent seuls. » (p. 236)

« Deux cent trente sept, 122 Street. Harlem est noir. Exclusivement. Tu le sais. Tu le sens, en y pénétrant. Et tu retrouves ton statut d’intrus. Cet état que tu connais en profondeur. Ce sentiment de non-appartenance. Tu le portes depuis l’enfance. Tu le connais si bien qu’il te rassure. Tu te sens en terrain connu : différente. » (p. 271)

« Tu as déserté. Tu as tiré sur tes racines. Ça saigne. Mais tu ne panses rien. Tu iras jusqu’au bout de ton sang et nageras dedans. » (p. 273)

Anaïs BARBEAU-LAVALETTE, La femme qui fuit, Editions Marchand de feuilles, 2015

L’avis de Karine

Québec en novembre – Catégorie Grand champion (prix des libraires 2016) et J’aurais voulu être un artiste

Le livre a aussi traversé l’Atlantique et est édité au Livre de poche.

Un billet de Nadège : Pour tout l’or de la forêt. Nouvelles du Québec

Mon programme de lectures québécoises était établi quand, en déballant une caisse de nouveautés à la librairie, je suis tombée sur ce titre : Pour tout l’or de la forêt. Nouvelles du Québec. Ni une ni deux, ce livre a rejoint ma pile. En rentrant, j’ai constaté que l’auteur était Français mais, après vérification, les Québécois d’adoption sont bien acceptés dans le challenge, je peux donc vous présenter en toute légitimité et avec enthousiasme ce magnifique recueil !

Matthieu Delaunay est, comme l’indique sa mini-présentation sur la quatrième de couverture, [n]é en 1985 […] chargé de la communication d’ONG québecoises qui œuvrent dans le domaine social. Journaliste de formation […] vit à Montréal, d’où il poursuit sa découverte du Canada. Dans l’avant-propos, il reconnaît que le Québec n’était pas une destination qui l’enchantait de prime abord, ses a priori étaient nombreux, et pourtant il avoue : [a]u risque de passer pour un amoureux éperdu, j’ai vécu là un authentique coup de foudre. Je sais qu’il dure encore, et qu’il durera toujours. 

 Cet amour pour le Québec se ressent à chaque page de ce recueil, on sent à quel point l’auteur est imprégné de ce pays, de ses habitants, de ses paysages. Mais ce recueil n’est pas qu’un éloge aveugle, car l’amour s’exprime aussi dans la dénonciation de problématiques environnementales, sociales et sociétales qui malmènent et ravagent le pays aimé (voire notre société mondiale, dans son ensemble). Pour tout l’or de la forêt est un recueil engagé, documenté, les faits et les réflexions sont énoncés et développés de manière claire, précise, brutale parfois :l’auteur tend un miroir au lecteur, car nous sommes tous responsables de ce que nous faisons de ce monde, de la manière dont nous l’abîmons et dont nous nous détruisons. Chacune de ces nouvelles est un bijou, porté par une vrai talent d’écriture littéraire, ce qui ne gâche rien. Je n’ai pas envie de vous les raconter, j’aurais peur d’en dévoiler trop, mais je donnerais peut-être une mention à la première qui a l’originalité de donner la parole à… une baleine (!) menacée dans le golfe du Saint-Laurent. Et à « La Geôle », dont le narrateur, patriote condamné à mort, couche sur papier ses dernières pensées. Je ne peux pas vous la retranscrire, mais juste pour vous donner une idée de cette splendide écriture, en voici quelques lignes :

On vient de cogner plusieurs fois à la porte. Il est l’heure de gagner la potence, qui tend ses cinq bras battus par le vent. Il me reste quelques minutes pour dire une prière et mes derniers mots à qui je souhaite. Mais il n’y a que toi, mon cher ami, lecteur de ces ultimes phrases. A l’article de la mort, à l’endroit des vivants, plus qu’un conseil : je veux te mettre en garde.

Tu verras, mon ami, on va te discréditer pour ta violence, pour ton extrémisme, pour tes façons brutales, et l’on fera mine d’être effrayé en implorant le retour au dialogue. On t’humiliera quand tu pleureras et on te demandera, poliment bien sûr, de continuer de ramper en t’expliquant qu’être à genoux est la position la plus enviable qui soit. Quand tu grogneras, on te matera pour que tu te tiennes bien sage, bien civilisé dans ton chenil avec tes congénères ! A la niche, le manant ! Au cachot, le délinquant ! Ceux qui sont parvenus aux étages supérieurs à force de courbettes tiendront sur toi des discours convenus. Oubliant que leur père et leur mère ont été de ta classe, de serviles intellectuels te prendront de haut, boursouflés de savoir, couards incapables de mettre leur peau en jeu pour leurs idées. (p.46)

Pour tout l’or de la forêt, Matthieu Delaunay, Transboréal, 2020

Graine de sorcière

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Quatrième de couverture :

Il y a douze ans, Félix dirigeait un célèbre festival canadien. Mais alors qu’il s’apprêtait à monter La Tempête de Shakespeare, la pièce qui allait à la fois éblouir le monde et lui permettre de guérir de ses plus intimes blessures, Il fut honteusement trahi et brutalement licencié. Aujourd’hui, après es années d’errance et de flirt avec la folie, Félix a enfin retrouvé un peu de sens et de dignité en dirigeant, sous un faux nom, une troupe de détenus avec laquelle il fait des miracles. Et quand les hommes à l’origine de sa chute programment une visite de la prison, Félix décide de préparer une vengeance flamboyante qui implique de monter enfin sa fameuse Tempête

Je dois l’avouer, je ne suis pas vraiment fan de Shakespeare (désolée…) mais j’ai beaucoup aimé ce roman de Margaret Atwood qui rend un fameux hommage à La Tempête du célèbre Barde anglais ! 

Au fil du récit, à travers l’histoire de Félix Philips, un metteur en scène pour le moins audacieux qui a été traîtreusement évincé du festival de théâtre qu’il dirigeait et qui, pendant douze ans, a ruminé son triste sort et les autres pertes terribles qu’il a vécues, celle de sa femme puis de sa petite fille de trois ans baptisée Miranda comme dans la pièce – le théâtre lui avait permis de survivre malgré tout – à travers son histoire donc, on peut comprendre de quoi parle La Tempête même si on ne la connaît pas (si besoin, un synopsis est disponible à la fin du roman) : Félix s’est fait engager dans un programme de littérature au pénitencier de Flectcher où il a pris le pseudo de Monsieur Duc et où, pendant quelques mois par an, il monte une pièce de Shakespeare avec des détenus voleurs, hackeurs et autres escrocs pas très dangereux. Cette année, plutôt qu’une tragédie, il a donc choisi La Tempête, et pas du tout par hasard : il sait que ceux qui l’ont trahi douze ans plus tôt vont visiter la prison et visionner la pièce (qui est toujours présentée sous forme de vidéo pour éviter tout problème à l’intérieur de la prison). Voilà venu le moment de sa vengeance, exactement le sujet de la pièce, qui met en scène la vengeance de Prospéro, échoué sur une île depuis douze ans avec sa fille Miranda et qui se fait aider par Ariel et Caliban, ses serviteurs, mais aussi par ses talents de magicien pour punir son frère Antonio.

Comme par hasard, celui qui a trahi Félix s’appelle Tony et le prénom Félix signifie heureux, prospère… mais Margaret Atwood est bien plus subtile que les apparences, vous vous en doutez : dans ce roman où la mise en scène de Félix va être mise au service de sa vengeance – ce qui en fait un véritable page-turner plein de suspense -, la romancière rend un vibrant hommage au théâtre, à la mise en scène et au travail des acteurs, à Shakespeare, elle fait aussi un formidable acte de confiance en la puissance de la littérature qui peut aller cueillir des délinquants adultes qui donneront le meilleur d’eux-mêmes dans le spectacle théâtral. A commencer par la maîtrise avec laquelle, pendant la durée des préparatifs, des répétitions et de la réalisation, ils s’appliqueront à n’employer pour seules injures que celles qu’ils ont relevées dans le texte de Shakespeare, c’est la première règle imposée par Félix – et qui m’a bien fait sourire tout au long de la lecture. Graine de sorcière, le titre du roman, est une de ces injures mais il y a bien d’autres significations à lui trouver. En parallèle avec son travail au pénitencier, Félix mène tout un travail pour se libérer de ses propres prisons intérieures, de la folie qui le guette et la fin de l’histoire est très émouvante de ce point de vue. C’est du moins ce que j’ai ressenti… 

Si vous aimez le théâtre, ce roman est fait pour vous. Si vous aimez Shakespeare en prime, vous ne pourrez que l’aimer !

Plusieurs citations sur Babelio

Margaret ATWOOD, Graine de sorcière, traduit de l’anglais (Canada) par Michèle Albaret-Maatsch, 10/18, 2020 (Robert Laffont, 2019)

Québec en novembre catégorie Balade à Toronto (auteurs du Canada hors-Québec)

Pumpkin Autumn Challenge –Automne des enchanteresses – Sarah Bernhardt, monstre sacré (théâtre, arts)