Loveday and Ryder, tome 1 Le corbeau d’Oxford

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Présentation de l’éditeur :

Oxford, 1960. Lorsque Sir Marcus Deering, un riche industriel de la région, reçoit plusieurs lettres de menace anonymes, il prend le parti de ne pas s’en inquiéter.
Mais bientôt, un meurtre est commis, et les meilleurs éléments de la police d’Oxford sont mobilisés.
La toute jeune policière Trudy Loveday rêverait de participer à une affaire aussi importante, mais ses supérieurs coupent rapidement court à ses ambitions. Écartée de l’enquête et chargée d’assister le brillant mais peu amène Dr Clement Ryder, médecin légiste, sur une affaire classée, elle se retrouve pourtant très vite au cœur d’une énigme qui pourrait bien la mener sur la piste du mystérieux corbeau d’Oxford…

J’ai déjà lu – il y a un an – le deuxième tome des aventures de la jeune stagiaire de police Trudy Loveday et du coroner Clement Ryder. Un prêt m’a permis de tout savoir de leur première enquête, en réalité une réouverture d’enquête par le coroner, qui a besoin d’un policier pour mener les interrogatoires nécessaires. Il s’agissait d’une mort suspecte, celle d’une jeune fille par overdose de médicaments et l’enquête initiale avait conclu à une mort accidentelle. Or, cinq ans plus tard, un corbeau harcèle un noble d’Oxford et l’ancien petit ami de Gisela, la jeune morte, est assassiné. La présence de la mère de Gisela à l’enquête préliminaire titille le coroner qui va donc rouvrir l’enquête sur la mort de Gisela. Le lecteur se doute bien que les deux affaires sont liées mais le tout sera de savoir comment (et j’avoue que la fin est pas mal tournée).

C’était sympa de découvrir la mise en place des personnages, du tandem que l’on retrouvera tout au long de cette série : Trudy Loveday, à la fois pleine de fraîcheur et d’ambition, intelligente, bien décidée à se faire une place dans ce monde d’hommes et Clement Ryder, médecin obligé de mettre fin à sa carrière à cause de sa santé (j’étais un peu surprise que tout soit déjà révélé dès le premier tome, mais ça évolue un peu dans la suite) mais bien décidé lui aussi à ne pas s’encroûter dans la maladie. Les personnages secondaires sont bien croqués. C’est bien sûr un cosy mystery mais les crimes n’en sont pas moins odieux, j’apprécie ce réalisme apporté par ls personnages et les intrigues. Un troisième tome est sorti, je prendrai plaisir à le lire lui aussi !

« A soixante et un an, c’était un homme corpulent, en bonne voie de devenir chauve, avec des yeux bleus qui évoquaient vaguement des myrtilles bouillies. Son gros nez n’arrangeait pas l’ensemble, et ses joues couperosées informaient Trudy qu’il était probablement porté sur la boisson. »

« C’était le moment de montrer qu’elle n’était pas seulement ambitieuse mais aussi intelligente, et elle était décidée à ne pas laisser passer sa chance. Même si ses yeux étaient aussi secs qu’une ligue antialcoolique, elle se concentra donc sur le dossier. »

Faith MARTIN, Le corbeau d’Oxford Une enquête de Loveday & Ryder, traduit de l’anglais par Alexandra Herzcovici-Schiller, Harper & Collins Noir, 2019

Dernière participation au Mois anglais 2021

Petit Bac 2021 – Animal 3

Le rouge vif de la rhubarbe

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Le rouge vif de la rhubarbe

Présentation de l’éditeur :

Souvent aux beaux jours, Ágústína grimpe sur les hauteurs du village pour s’allonger dans le carré de rhubarbe sauvage, à méditer sur Dieu, la beauté des nombres, le chaos du monde et ses jambes de coton. C’est là, dit-on, qu’elle fut conçue, avant d’être confiée aux bons soins de la chère Nína, experte en confiture de rhubarbe, boudin de mouton et autres délices.

Singulière, arrogante et tendre, Ágústína ignore avec une dignité de chat les contingences de la vie, collectionne les lettres de sa mère partie aux antipodes à la poursuite des oiseaux migrateurs, chante en solo dans un groupe de rock et se découvre ange ou sirène sous le regard amoureux de Salómon. Mais Ágústína fomente elle aussi un grand voyage : l’ascension de la « Montagne », huit cent quarante-quatre mètres dont elle compte bien venir à bout, armée de ses béquilles, pour enfin contempler le monde, vu d’en haut…

D’Audur Ava Olafsdottir, je n’avais encore lu que Rosa candida, il y a plus de dix ans (et bien sûr, j’en ai déjà d’autres dans la PAL) ; Le rouge vif de la rhubarbe est son tout premier roman et il me donne envie de relire Rosa candida. C’est un roman assez court (156 pages) plein de douceur et de fraîcheur. Ce sont ses personnages qui lui donnent ces qualités mais aussi la rudesse du paysage et du climat islandais qui offrent de longues périodes de nuit hivernale et une terre qui ne peut produire grand-chose à manger mais aussi des aurores boréales magiques et de la rhubarbe, de quoi confectionner des confitures réjouissantes et entretenir les liens de bon voisinage. Car il y a aussi de la solidarité dans ce village où vit Agustina, recueillie par la vieille Nina à l’amour indéfectible, pendant que la mère de la jeune fille est absente, occupée à observer les oiseaux dans une jungle tropicale. Autour de Nina et Agustina, il y a aussi Vermundur, toujours prêt à rendre service aux dames, et le jeune Salomon au regard singulier.

Nous suivons l’originale Agustina pendant environ une année, dans sa tour où elle cultive son haut potentiel pour les mots et les nombres, dans le champ de rhubarbe d’où elle observe la Montagne qu’elle veut escalader avec ses béquilles, dans le garage où elle révèle sa voix singulière. Oui, elle est originale, Agustina, et j’ai pris plaisir à cueillir avec elle les petits bonheurs simples du quotidien malgré une nature et une condition physique parfois hostiles.

Plein de citations sur Babelio.

Audur Ava OLAFSDOTTIR, Le rouge vif de la rhubarbe, traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma, 2016

Un Zulma par mois

Petit Bac 2021 – Aliment 4

Les femmes de ses fils

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Les femmes de ses fils - Poche - Joanna Trollope - Achat Livre | fnac

Quatrième de couverture :

Et une belle-fille de plus, se lamente Rachel. Telle une louve, protectrice et possessive, elle refuse de laisser ses trois garçons, adultes et mariés, s’éloigner d’elle. Au gré des crises et des désirs d’émancipation, les liens familiaux se font et se défont. Rachel acceptera-t-elle de ne plus être la reine de son petit monde ?

Voilà une nouvelle histoire de famille imaginée par Joanna Trollope, qui est vraiment très experte dans le genre. Une famille de trois fils adultes élevés par des parents aimants aux personnalités bien marquées, Rachel et Anthony, trois fils qui construisent à leur tour leur couple, leur propre famille. Jusque là, Rachel a dirigé son monde avec autorité et personne n’a jamais remis en cause ses interventions. Du moins ceux qui ne voulaient pas qu’elle intervienne dans leur vie (Sigrid, la belle-fille suédoise, épouse d’Edward, le fils aîné) se sont débrouillés pour l’en écarter le temps qu’il fallait, sans remettre en cause son statut. Rachel est particulièrement heureuse que Ralph, son deuxième fils au caractère si imprévisible, ait trouvé l’âme soeur en la personne de Petra, discrète et solitaire étudiante en art d’Anthony, qu’ils ont accueillie à bras ouverts et qui a semblé rentrer dans le moule familial « rachelien ».

C’est le mariage du troisième fils, Luke, avec la belle Charlotte, et la perte d’emploi de Ralph qui vont faire basculer le modèle familial. Charlotte bouscule les préséances implicitement accordées à Rachel par ses fils et les décisions unilatérales de Ralph concernant son nouvel emploi pétrifient, si j’ose ce mauvais jeu de mots, Petra. La mater familias tente bien de garder sa place ais c’est peu à peu au niveau des fils et de leurs épouses que les lignes vont bouger, plus au niveau des parents et grands-parents.

Derrière cette couverture un brin racoleuse, c’est une histoire sur la famille, sur le couple, sur les liens belle-mère belle-fille et mère fille, bien sûr, sur la transmission familiale, une histoire qui, une fois encore, m’a embarquée dans ses ressorts psychologiques finement explorés par Joanna Trollope. La romancière crée des caractères forts, intéressants, qui évoluent subtilement grâce au dialogue ou à l’intuition selon les moments. Elle n’oublie pas les enfants, la pétillante Mariella ou les petits Kit et Barney, témoins malgré eux des histoires de « grands ». On peut se retrouver dans ces personnages, dans ces sentiments ambivalents et on peut y puiser la certitude que, oui, les choses peuvent évoluer, même quand l’horizon semble bouché. Et finalement, c’est l’amour et l’éducation reçus au sein de la famille qui permettent ces évolutions.

Joanna TROLLOPE, Les femmes de ses fils, traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, Pocket, 2014 (Editions des Deux Terres, 2013)

Dans le cadre du Mois anglais, c’est une lecture commune avec Enna et cela compte aussi pour le Petit Bac 2021 (Etre humain).

Au revoir Lisa

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Au revoir Lisa

Présentation de l’éditeur :

La foudre frappe le tilleul séculaire devant la maison d’Eugénie, précipitant la vieille dame sur le carreau de sa cuisine. Sa fille Lisa va la voir à l’hôpital. C’est le début pour elle d’une prise de conscience de tous les mystères qui ont jalonné sa vie, depuis la pensione Mona Lisa, près de la gare Santa Maria Novella, à Florence où ses parents ont passé leur lune de miel et où elle a – peut-être – été conçue, jusqu’à la fuite de son père Auguste, incapable d’assumer une accusation grave, et dont elle n’a plus su que des cartes postales envoyées des quatre coins de France et d’Italie. De non-dit en non-dit, un mur s’est érigé, qu’il lui faut à présent déconstruire pierre à pierre.

Chère Lisa, l’orage qui a foudroyé le vieux tilleul devant ta maison d’enfance t’a obligée à te rapprocher de ta mère, à la veiller sur ce lit d’hôpital où elle dort apparemment paisiblement, frappée elle aussi par cet orage violent, cet orage métaphorique qui a fait remonter à la surface toutes ses rancoeurs, toutes ses déceptions, toutes ses colères envers son mari, ton père, Lisa, parti il y a longtemps sans jamais revenir. Pour seules traces d’un éventuel souvenir, les cartes postales étalées sur la cheminée. Maintenant, tu peux fouiller dans la maison, te rendre compte à quel point ta mère a cadenassé son coeur et t’a empêchée de renouer des liens avec ce père perdu.

Et toi, Eugénie, étendue sur ce lit d’hôpital où tu hésites sans doute entre revenir à la surface ou lâcher prise, tu dois assumer cette sécheresse de coeur, ce culte du secret et du mensonge dont tu as exclu ta fille unique, mais aussi cette solitude intolérable qui t’a menée à des choix sans doute discutables.

Auguste, toi le grand absent de l’histoire de Lisa, ta romancière te donne l’occasion de donner ton point de vue, d’expliquer pourquoi tu as fui la maison familiale et comment tu as tenté de renouer le contact. Certes tu as essayé mais tu aurais pu peut-être faire preuve d’un peu plus de courage ? Mais regarde, depuis le tilleul que tu as planté dans ton nouveau jardin, vois Lisa qui va sans doute se rapprocher de toi.

Oui, Lisa, j’admire ta capacité à tracer ton chemin dans la vie, à te dédouaner des choix malheureux de ta mère. Je suis ravie que ton autrice Françoise Houdart ait retrouvé un nouvel éditeur : elle nous propose une histoire de couple, de famille assez triste, heureusement « éclairée » grâce à un orage, et des personnages ambivalents, pleins de fêlures. Je te souhaite bonne route, Lisa, dans ce Berlin où aucun mur ne viendra entraver ton désir de paix et de liberté.

Françoise HOUDART, Au revoir Lisa, M.E.O., 2021

Un grand merci à Gérard Adam et aux éditions M.E.O. pour la découverte de ce livre !

Agatha Raisin enquête – Sale temps pour les sorcières

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Agatha Raisin enquête, tome 9 : Sale temps pour les sorcières par Beaton

Quatrième de couverture :

Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse. N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée… Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ? 

A la fin de cet opus, Agatha déprimerait presque car elle a l’impression que, où qu’elle passe, la mort frappe, des gens sont malheureux à cause d’elle. Elle revient se réfugier chez elle, à Carsely, dans son cottage et auprès de ses chats après des « vacances » un peu forcées sur la côte, à Wyckhadden, en plein hiver. Là, dans le vieil hôtel cosy où elle séjourne, elle est conviée dans le cercle de vieux résidents à l’année qui s’occupent entre parties de Scrabble, soirées dansantes ou promenades sur la jetée. Et une des résidentes confie son bon plan à Agatha : consulter une voyante (automatiquement rebaptisée une sorcière par Agatha) qui fournit aussi des potions « magiques » contre toutes sortes de maux. Et notre quinqua échaudée par des expériences amoureuses décevantes (elle est évidemment toujours obnubilée par James Lacey) achète à prix d’or un philtre d’amour, qu’elle s’empresse de tester sur un inspecteur local (rencontré par hasard, je vous le promets) qui en devient tout amical, voire empressé. Et voilà que la sorcière est assassinée… et devinez qui retrouve le corps…

Je sais que certain(e)s se sont lassés des enquêtes d’Agatha Raisin, ce n’est pas encore le cas pour moi, ça me fait vraiment une distraction sans prise de tête dont j’ai bien besoin en juin. Cette enquête n’est pas trop dangereuse pour l’intégrité physique d’Agatha, je trouve même qu’elle fait de beaux efforts pour être civile avec les résidents de l’hôtel malgré l’ennui qui la guette et les rigueurs de la saison. Ici M.C. Beaton a mis tout l’humour sur la sorcière et ses produits « miracle », sur la relation entre Agatha et l’inspecteur Jimmy Jessop (tandis que James Lacey et Charles Fraith cherchent malgré tout à avoir des nouvelles de leur amie). Va-t-on croire aux belles promesses vertueuses d’Agatha de retour à Carsely ? C’est que nous verrons au prochain épisode 😉

« Elle était descendue au Garden Hotel, « petit mais luxueux », selon la brochure. Elle regrettait maintenant de ne pas avoir choisi un lieu plus design, moderne et clair. Le Garden Hotel ne semblait pas avoir tellement changé depuis l’époque victorienne. De hauts plafonds, une moquette épaisse et des murs très solides : le lieu était aussi silencieux qu’une tombe. Les autres résidents n’étaient plus tout jeunes. Rien de plus pénible pour une femme d’âge mûr, consciente du temps qui passe et de l’inexorabilité de sa propre vieillesse. Agatha avait brusquement compris pourquoi les hommes d’une cinquantaine d’années s’épanouissaient en jean, boots et blouson de cuir à la recherche d’une minette à exhiber. Elle marchait beaucoup, bien décidée à perdre du poids et à rester en forme.
Dans la salle à manger du Garden, il lui avait suffi d’un regard sur les autres clients pour envisager un lifting. »

« La voiture d’Agatha parcourut en cahotant le chemin menant à la ferme. «Il fait encore plus froid ici qu’à Wyckhadden, dit-elle en regardant les champs blanchis par le givre.
– L’air est un peu plus doux en bord de mer, mais pas tant que ça.
– C’est sérieux votre histoire de neige? demanda Agatha en se garant.
– Un fond froid provenant de Sibérie.
– C’est toujours de la faute de la Sibérie, ronchonna Agatha. Qu’ils se les gardent leurs foutus fronts froids.
– La raison pour laquelle ils nous les envoient, c’est qu’ils savent que nous aimons nous plaindre du temps qu’il fait. C’est le sujet de conversation préféré des Britanniques, après tout.
– Ça et les meurtres.» »

M.C. BEATON, Agatha Raisin enquête – Sale temps pour les sorcières, traduit de l’anglais par Amélie Juste-Thomas, Albin Michel, 2018

Le Mois anglais 2021

Petit Bac 2021 – Gros mot

Challenge Cottagecore 2021

Sa Majesté mène l’enquête – Bal tragique à Windsor

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Bal tragique à Windsor

Quatrième de couverture :

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking!
Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C’est donc Rozie, sa secrétaire particulière adjointe, qui va l’aider à démêler ce sac de noeuds… Quand
Miss Marple rencontre The Crown !

Quand Babelio m’a proposé de recevoir ce roman, je n’ai pas hésité une seconde ! J’adore regarder des documentaires sur la Queen, la famille royale britannique, je me suis longuement banchée sur la BBC quand le prince Philip est mort en avril dernier et je me régale ou me choque des aventures des Windsor comme des costumes so chic du prince Charles. Et en même temps je suis un peu ahurie du faste quotidien, de la mise en scène que constituent chacun des actes ou sorties de la Reine.

Aussi au cours de ma lecture, je me suis régalée de tous les détails de la vie quotidienne au château de Windsor, de la personnalité d’Elizabeth II, j’ai été ébahie devant le nombre de personnes qui travaillent – qui se dévouent corps et âme – pour que le moindre détail soit scrupuleusement mis en place, pour que la reine ne souffre aucun ennui, pour combler ses moindres désirs ou lui faire plaisir tout simplement. Comme une immense famille basée sur la confiance, qui gravite autour de la couronne britannique, avec une fidélité sans faille. Sauf en cas de pépin imprévu… Et en effet, ces beaux rouages vont se gripper quelque peu quand un pianiste russe venu animer un dine and sleep au château est retrouvé le lendemain pendu nu dans sa chambre. Aussitôt le MI5 et le MI6 (les services du renseignement intérieur et extérieur) se lancent dans une enquête qui doit être la plus discrète possible et ils vérifient très vite la possibilité d’un agent dormant russe parmi les fidèles serviteurs de la reine. Celle-ci, fine observatrice, pas d’accord avec cette théorie mais cantonnée à son strict devoir de réserve, est « obligée » de faire appel à sa secrétaire particulière adjointe pour enquêter à sa place et lui permettre de rencontrer mine de rien les bonnes personnes en toute discrétion. Tout cela se passe au milieu des préparatifs pour l’anniversaire des 90 ans de la Queen et la venue du couple Obama, l’organisation d’un concours d’équitation sans oublier de prendre régulièrement une cup of tea et une petite plaisanterie salutaire du prince Philip.

S.J. Bennett, à la fin du livre, remercie « Sa Majesté Elizabeth II, qui a toujours été une source d’inspiration pour moi, aussi bien sur le plan littéraire que dans la vie. » Il faut dire que c’est réussi : grâce à elle, on se croirait dans le douillet salon privé de la reine ou dans la Bentley qui la ramène de Windsor à Buckingham et on admire la finesse, la mémoire, les connaissances politiques de celle que certains collaborateurs trop sûrs d’eux prennent pour une inoffensive petite vieille. L’intrigue tient la route et mêle d’inquiétants citoyens russes à une piste chinoise tout à fait plausible et le personnage de Rozie est très intéressant. Le roman est forcément super documenté et évidemment plein d’humour… anglais ; bien sûr, c’est du cosy mystery, il ne faut pas être allergique à Elizabeth II pour le lire et si on dépasse ces préventions, on gagne de bons moments de lecture. Et l’envie de retrouver la patronne dans une prochaine enquête.

Un très grand merci à Babelio et aux éditions des Presses de la cité pour la découverte de ce livre !

« Compatissant, le prince consort baissa la voix.
– Il n’a pas réfléchi aux conséquences. La dernière chose que souhaite un homme, c’est bien d’être retrouvé dans un palais royal avec les bijoux de famille à l’air.
– Philip !
– Mais c’est vrai. Pas étonnant que tout le monde évite de parler de cette histoire. Enfin, c’est également pour épargner vos nerfs fragiles.
La reine lui lança un regard réprobateur.
– Les gens ont la mémoire courte. J’ai survécu à une guerre mondiale, à Sarah Ferguson et à votre service dans la marine.

— Et malgré ça, ils imaginent que vous avez besoin de respirer des sels à la moindre allusion un peu olé olé. Tout ce qu’ils voient, c’est une petite mamie avec un chapeau. »

« Depuis la flaque boueuse dans laquelle elle était en train de se rouler, la plus vieille des dorgis leva des yeux penauds sur sa maîtresse. Puis elle revint auprès du groupe et s’ébroua énergiquement, juste devant le pantalon de Humphreys. La reine dissimula son approbation avec beaucoup de sang-froid.
– Je suis sincèrement désolée.
– Ne vous en faites pas pour ça, Madame.
Il tenta d’essuyer les éclaboussures, mais ses mollets étaient trempés. »

« Rozie fut frappée par le naturel avec lequel la reine prit la théière pour le resservir. Elle était singulièrement débrouillarde pour quelqu’un qui avait des centaines de domestiques, et même une véritable armée à sa disposition. »

S.J. BENNETT, Sa Majesté mène l’enquête – Bal tragique à Windsor, traduit de l’anglais par Mickey Gaboriaud, Les Presses de la cité, 2021

Petit Bac 2021 – Adjectif