Nuits de juin

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L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

Victor Hugo, Les rayons et les ombres

C’est avec ce poème que je me mets en mode été (l’année scolaire finit le 30 juin en Belgique). Je passerai ici de temps en temps, sûrement peu en juillet, un peu plus en août sans doute… Si vous en avez le temps et l’envie, n’hésitez pas à participer comme tant d’autres au challenge du Pavé de l’été,organisé par Brize.

Je vous souhaite de bonnes vacances reposantes et enrichissantes à la fois !

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Les notes du jeudi : Inspiration british (3) Felix Mendelssohn

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Pour ce dernier jeudi de juin, je sors du cadre strictement anglais du Mois… anglais pour me tourner vers l’Ecosse avec la célèbre 3è Symphonie en la mineur de Felix Mendelssohn (1809-1847), dite Ecossaise. L’orchestre du Gewandhaus de Leipzig est dirigé par Kurt Masur.

Manikanetish

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Quatrième de couverture :

Une enseignante de français en poste sur une réserve innue de la Côte-Nord raconte la vie de ses élèves qui cherchent à se prendre en main. 
Elle tentera tout pour les sortir de la détresse, même se lancer en théâtre avec eux. 
Dans ces voix, regards et paysages, se détachent la lutte et l’espoir.

Manikanetish, cela veut dire Petite marguerite en innu, C’est le nom d’une école donné en hommage à Petite marguerite, qui n’a jamais eu d’enfant, mais qui en a élevé des dizaines, souvent des difficiles. Manikanetish raconte l’histoire d’une jeune femme, Yammie, qui accepte un poste d’enseignante dans le nord du Québec, dans une réserve : ce faisant, elle lâche son petit ami et revient – non sans appréhension – sur les terres de ses ancêtres. Elle va vraiment tout donner à ses élèves, ceux qui s’en sortent assez bien, ceux qui peinent en français, ceux qui ont tellement de responsabilités extra-scolaires qu’il (ou plutôt elles) ne peuvent se concentrer sur leur réussite scolaire, ceux qui ont un comportement vraiment difficile.

Ce deuxième roman de Naomi Fontaine rend hommage au travail de ces enseignants qui font tout pour faire grandir leurs élèves, leur ouvrir la voie vers le cégep et des études qui leur assureront un avenir. C’est aussi un hommage particulier au cours de français (cela ne pouvait que me toucher), avec les subtilités de l’argumentation, de la grammaire et le défi presque insensé de monter Le Cid avec tous les étudiants de la classe de Yammie, quel que soit leur niveau

Le roman évoque également la rudesse de la vie dans le grand Nord, les drames qui touchent les innus, notamment le suicide. En le lisant j’ai évidemment pensé à d’autres livres qui mettent en scène les « autochtones » du Québec et des personnes qui ont quitté la région (qui l’ont fuie parfois) et qui y reviennent, qui renouent avec leurs racines familiales, avec la nature omniprésente. (Je pense notamment aux Histoires nordiques de Lucie Lachapelle et à Marie-Christine Bernard, elle-même enseignante en cégep et qui accompagne de nombreux étudiants venus des réserves.) Naomi Fontaine conte ce quotidien sous la voix de Yammie, en de courts chapitres fluides et sereins, sans aucun pathos (ce qui, selon moi, est un excellent moyen de laisser les émotions affleurer, évidemment). Les problèmes profonds des réserves semblent être vécus de façon apaisée malgré les difficultés, et tout est fait pour faire tomber les barrières 

« Pleure ma fille. Les choix qu’on fait sont souvent difficiles à expliquer.Et lorsque les gens ne comprennent pas nos choix, ils s’éloignent, parce qu’ils ont peur, tu vois, que ce soit nous qui nous éloignions avant eux.
J’ai su qu’elle ne parlait pas de moi. Elle parlait d’elle y a vingt ans. De sa fuite vers la grande ville. De l’incompréhension puis du rejet de ses parents, de ses sœurs. Sa rébellion envers la règle non écrite de rester à jamais dans la réserve. D’y élever ses enfants. D’y bâtir sa maison. J’ai su qu’elle ressentait ma douleur, par commémoration. »

Naomi FONTAINE, Manikanetish, Mémoire d’encrier, 2017

Le défi du Fil rouge proposait de lire de la littérature autochtone en ce mois de juin.

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Les notes du jeudi : Inspiration british (2) Ludwig von Beethoven

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Le grand Ludwig s’est lui aussi laissé inspirer par des thèmes on ne peut plus anglais ; il a ainsi écrit deux séries de variations, l’une sur Rule Britannia (aaaah le plié de genoux en rythme aux BBC Proms), l’autre sur God save the King (eh oui à son époque c’était le King, pas la Queen). Je ne résiste pas à vous les proposer toutes les deux, la première par le pianiste belge Julien Libeer (introduit par sa prof Maria Joao Pires)et par lui-même, l’autre par Georges Cziffra.

Drôle de temps pour un mariage

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Quatrième de couverture :

Dolly va épouser Owen dans quelques heures. Elle se préparer en versant du rhum dans son verre à dents, les cousins se chamaillent, les premiers cadeaux arrivent, et Joseph guette celle à qui il n’osa se déclarer l’été précédent. « Un petit livre par sa taille, mais grand par sa perfection, plein de la cocasserie des situations douloureuses… » Ce « bijou oublié de la littérature anglaise » (Livres-Hebdo) fut publié à l’origine en 1932 par Virginia Woolf, qui en disait : « Un très joli texte, intelligent, acide, franchement assez remarquable ».

127 pages, pas une de plus et tout un drame se joue par une piquante journée de mars où le soleil et le vent se disputent les faveurs du climat anglais. Un drame ou une comédie, c’est selon le point de vue. Une jeune femme se marie, son fiancé semble un brave garçon honnête, la maison est remplie d’invités, de cousins, de soeurs, de tantes, tous plus excités les uns que les autres, les domestiques semblent n’en faire qu’à leur tête, sous le regard de la mère de la mariée qui semble avoir totalement perdu le contrôle de la situation.

Julia Strachey, qui n’est autre que la nièce de l’écrivain et critique Lytton Strachey, a l’habileté de mettre la fiancée en scène au bout de 49 pages déjà. Et elle traîne, Dolly, elle n’est pas encore prête pour la cérémonie, elle est même en train de se saouler lentement, on la sent songeuse, nostalgique… tandis qu’un invité, Joseph, tente jusqu’à la dernière minute de parler à Dolly avant le mariage.

Drame ou comédie, vous disais-je : en fait, Dolly et Joseph devraient se parler, devraient affronter leurs sentiments, leurs souvenirs, leurs sensations, mais il est bien trop tard et surtout, autour d’eux, gravitent des personnages secondaires qui font tout pour se tourner la tête avec toutes les préoccupations « frivoles » liées à un mariage. Et c’est cela qui rend ce court roman si cruel (et si fin). Aucun des personnages ne veut ou n’ose considérer ni exprimer ses sentiments en profondeur ; c’est sans doute une attitude typiquement britannique : maintenir les apparences à tout prix et garder ses sentiments personnels pour soi, enfouis au plus profond. Quand quelqu’un ose perturber le cours des choses, c’est tellement ébouriffant qu’on se demande si cela est vraiment arrivé.

Ajoutez à ce drame en sourdine une pincée d’humour anglais (aux couleurs de bonbons anglais d’ailleurs, une chaussette verte, une chambre lilas) et vous avez un roman charmant, une pépite so typically british, tout ce qui fait le charme de ce mois de juin.

Julia STRACHEY, Drôle de temps pour un mariage, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Le Livre de poche, 2013 (Quai Voltaire, 2008)

   RDV classique vintage

 Temps qui passe

Menue, penchée…

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Menue, penchée au-dessus
de l’évier, si loin de nous
sous son tablier, bleu, perdue
dans ses bottes de pluie, elle trie
les cerises noires et pose les plus mûres
à l’écart, les sépare des pourries

On dirait qu’elle mesure
un vieux rêve à distance,
qu’elle le visite du bout des doigts

derrière la vitre nue
les nuages
font des taches

/

Le silence pour elle
ne connaît plus d’obstacles,
elle le regarde monter
sans impatience,
comme une urgence sans fin

/

Comment dormir, pourtant,
sans retourner au potager
encore une fois,
reprenant le chemin comme on remonte
le temps, pour s’assurer que tout
a bien été quitté, dans les règles,
et paré, avant l’orage

l’arrière
parfois seule chance
pour demain

/

Sur une toile de bâche, elle place
une à une ses pierres,
les cale, en dispose d’autres
plus solides, chaque pouce
de son terrain, chaque plant
mérite sa main

choux, navets, tomates,
laitues, elle les épèle,
les arrime à ses mots

remparts de voix
contre le vent

/

Petite, elle se sauvait pour échapper
aux ombres — reflets trompeurs,
vieilles faces édentées — rejoignant
d’un seul battement de cils
le soleil des rues vides

aujourd’hui, dans le doute,
elle vérifie, redresse les pieux
des clôtures qui penchent, entourant
d’une enceinte fictive quelques fruits
à venir, encore noués dans sa pensée

Plutôt prévenir, qu’abandonner les choses
au pire. Sinon qui l’aiderait, elle,
à rassembler les planches, éparpillées
par les rafales, d’une si vétuste
embarcation ?

/

Peu de gestes suffisent à éloigner
la pénurie. Mais ce peu a du poids
qu’elle soulève sans répit
du matin jusqu’au soir

/

Aussi mince qu’un mouchoir
ma page, je la frotte et la nettoie,
jusqu’à l’obscurité qui la détruit,
plus forte que les mots

tandis qu’elle, tôt levée,
tel un clou qui s’enfonce,
brave le froid, avance,
toutes ses pensées accumulées
en un point silencieux
un seul point qui fait mal

(…)

José-Flore Tappy, Trás-os-Montes,, éditions La Dogana, 2018

José-Flore Tappy est née en 1954 en Suisse. Elle vit à Lausanne et travaille au Centre de recherches sur les lettres romandes de l’Université de cette ville, à l’édition de textes à partir d’archives littéraires (notamment Gustave Roud et Philippe Jaccottet). Elle a reçu le prix Schiller 2007. (Source : site Poezibao)

Les notes du jeudi : Inspiration british (1) Joseph Haydn

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Pour les trois jeudis de juin qui restent, je vous propose de rester en Grande-Bretagne (après notre promenade dans un jardin de monastère anglais la semaine dernière). J’appelle cette série « Inspiration british » : les compositeurs ne sont pas du tout britanniques mais se sont inspirés de thèmes propres aux pays gouvernés par sa gracieuse Majesté.

Voici d’abord une symphonie de Haydn (compositeur autrichien 1732-1809), la 92è en sol majeur. « La création eut lieu à Londres au cours de la première tournée de Haydn en Angleterre en 1791. Le surnom de Symphonie Oxford rappelle qu’elle a été jouée lors de la cérémonie du titre de docteur honoris causa décerné à Haydn par l’université d’Oxford. » (source : wikipedia) L’Orchestre du 18è siècle est dirigé par Frans Brüggen.

Agatha Raisin enquête – Randonnée mortelle

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Quatrième de couverture :

Après un séjour de six mois à Londres, Agatha retrouve enfin ses chères Cotswolds – et le non moins cher James Lacey. Même si le retour au bercail de son entreprenante voisine ne donne pas l’impression d’enthousiasmer particulièrement le célibataire le plus convoité de Carsely.
Heureusement, Agatha est très vite happée par son sport favori : la résolution d’affaires criminelles. Comme le meurtre d’une certaine Jessica, qui militait pour le droit de passage de son club de randonneurs dans les propriétés privées des environs.
Les pistes ne manquent pas : plusieurs membres du club et quelques propriétaires terriens avaient peut-être de bonnes raisons de souhaiter sa disparition. Mais la piste d’un tueur se perd aussi facilement que la tête ou la vie !

Voilà donc Agatha de retour de Londres où elle avait dû reprendre du service dans le étier de communication où elle excellait jadis. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce métier ne révèle pas les meilleurs côtés de son caractère. Et pourtant elle aurait bien besoin de douceur pour reconquérir le coeur de son beau voisin James Lacey. De quelques kilos en moins aussi. La voilà donc inscrite au club de randonnée de Carsely (entraîné par James, of course). A quelques kilomètres de là, une marcheuse un peu trop arrogante se fait tuer à coups de pelle sur la propriété d’un baronnet. Et c’est ainsi qu’Agatha se retrouve une nouvelle fois embauchée pour tenter de trouver l’assassin…

C’est une bonne idée de la part de M.C. Beaton, je trouve, d’éloigner un peu Agatha de son village d’élection : pour une fois, pas de crêpage de chignons au sein de la société des dames de Carsely, pas de rivalités assassines et autres joyeusetés de villages anglais. Pour enquêter discrètement et mieux connaître les Marcheurs de Dembley, Agatha, secondée par James Lacey, va emménager à Dembley même. Mais nous avons quand même droit à des incursions dans la campagne anglaise puisque la victime, Jessica, a été tuée au beau milieu d’un champ de colza. Bienvenue donc chez sir Charles et son majordome homme à tout faire et parfait ours de compagnie Gustav. Ah ils ne sont pas piqués des vers, ces deux-là, sans doute un petit coup de griffe au passage contre ces petits nobliaux de campagne pas toujours très nobles mais qui feront tout pour maintenir la tradition.

Au final, l’assassin n’était pas du tout celui que je croyais (oui, je suis naïve).. Après tout, ce que je retiens de toutes les aventures d’Agatha que j’ai lues jusqu’à présent, c’est son évolution personnelle. Et je peux vous dire que, concernant ses relations avec James, ces dernières ont fait un grand bond mais le suspense reste entier au bout de ce quatrième tome toujours aussi réjouissant !

M.C. BEATON, Agatha Raisin enquête – Randonnée mortelle, traduit del’anglais par Jacques Bosser, Albin Miche, 2016

 Let’s meet Agatha today   

  Déplacement   

Roman

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On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II
– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III 

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Arthur RIMBAUD

J’ai déjà proposé ce poème aux tout débuts du blog. Mais comme nous sommes en juin et que cela fait un petit lien avec le poème de dimanche dernier qui évoquait Rimbaud… et puis Rimbaud c’est toujours beau…

Le café, la nuit (Vincent VAN GOGH)