Deux romans sur « cette saloperie de crabe »

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Dans la foulée de Le dernier hiver du Cid, j’ai sorti un livre arrivé récemment dans ma PAL et un plus ancien, les deux lectures se sont enchaînées spontanément. Ca me faisait un peu peur parce que j’ai connu des situations semblables de très près dans ma famille mais voilà, le temps (et l’occasion) semblaient venus de lire ces romans.

Quatrième de couverture :

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver. 

Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.

Cette quatrième de couverture peut épouvanter certains lecteurs potentiels, mais je vous l’assure, ce roman est plein de vie. Paradoxalement, il nous est raconté par Sarah, depuis les limbes dont elle espère sortir quand son deuil sera accompli par son compagnon Théo. Il faut qu’elle raconte son histoire pour permettre à tout le monde ‘aller de l’avant, elle y compris.

« J’imagine que vous serez d’accord : ce que tout le monde veut, dans la vie, c’est laisser une trace, non ? Résister à l’oubli éternel ? Et bien le scoop, mes amis, le truc pas croyable que je vais vous annoncer ici, dans ces pages et même dès la première, c’est que le but ultime de tout le monde, dans la mort, c’est exactement l’inverse : se faire oublier des vivants. Couper le cordon une bonne fois avec l’avant, pour, enfin, accéder à cette absolue félicité, ce repos parfait des sens et de l’esprit dont on nous rebat les oreilles depuis les siècles des siècles. Avouez que ça remet les choses en perspective. Moi-même, j’ai mis un moment à comprendre ça et, quand j’ai fini par y arriver, je me suis décidée à en faire quelque chose, histoire que ça vous rentre dans le crâne, pour le « jour où » (parce que, vous le savez, ou alors il serait temps, ce sera votre tour à un moment ou à un autre). Décidée avec un « e », ça n’a as échappé aux premiers de la classe, parce que je suis une fille, enfin une femme. J’étais une femme quand je suis morte – une jeune femme, 42 ans, ça vous donne déjà une idée de l’ampleur du drame à venir. » (p. 9)

Une bonne partie du roman, lumineuse, raconte le parcours qui a fait se rencontrer et s’aimer Théo et Sarah , le bonheur original qu’ils ont construit et qu’ils ont osé élargir à leurs deux enfants, Simon et Camille. Mais vers la fin de la deuxième grossesse, « Lutin » et « Moineau » (leurs surnoms d’amour) vont prendre de plein fouet l’annonce d’un cancer incurable en l’état. Avec l’aide de leur inoxydable « Dr House » à eux, ils vont entamer un long combat, faisant même la nique à la maladie. Armé d’un courage incroyable, Théo se bat avec énergie, tandis que Sarah s’accroche – dans les deux sens du mot : elle s’accroche pour survivre et elle s’accroche (sans trop d’illusion) aux rêves de Théo. La maladie leur offrira une rémission avant le combat final, héroïque malgré tout.

« Il est juste que les forts soient frappés

La phrase s’affiche tel un blason en lui. Et elle lui semble parfaitement logique, évidente – appropriée, là encore. Il est juste, oui, précisément parce c’est plus injuste que tout ce qu’on puisse imaginer, plus absurde, plus cruel, et donc plus éloigné de l’entendement des simples mortels, que lui et moi, qui sommes jeunes, pleins de vie, si forts, nous soyons frappés. Nous plutôt que d’autres, qui ne s’en relèveraient pas. »  (p. 116)

L’intérêt de ce récit, c’est le point de vue narratif, la relecture de son histoire par Sarah qui nous donne de comprendre de l’intérieur à quoi est confronté un malade du cancer. C’est la lumière insolente qui se dégage de ces pages, l’humour, l’amour comme armes – peut-être dérisoires mais qui survivent à tout, même à la mort. Ce sont deux personnages à la fois hors-normes et ordinaires dans leur combat et la galerie de personnages savoureux qui les entourent et les accompagnent jusqu’au bout. Je l’avoue (ne lisez pas ce qui suit si vous ne voulez pas en savoir trop), j’ai d’abord été un peu choquée par la relation nouvelle que Théo noue déjà avant la mort de Sarah, tout en continuant à accompagner celle-ci et à tout assurer du quotidien tant bien que mal, mais après tout, ce sont peut-être les nouvelles façons d’aimer et on n’a jamais trop d’amour pour affronter cette saleté de maladie et vivre la fin de la vie.

Un roman malgré tout solaire, où le pouvoir salvateur des mots mène sur la voie de la résilience.

« « Tout ira bien », Benjamin. Ces mots-là, je suis soulagée d’avoir pu les prononcer. Pour les autres, tout ira bien. Pour les amis, la famille, tout ira bien. Pour Théo… Pour lui, je ne veux pas y penser. Par moments, je l’imagine dans les bras d’une autre femme, avec qui il élèverait nos enfants – et dans ces moments-là, je lui souhaite vraiment d’être heureux, libre, en vie à nouveau… mais pour être franche, ça ne dure pas. Cette image est trop dure. Trop violente. L’accepter reviendrait à m’accepter morte déjà, et je ne peux pas. Soudain je veux lutter, et vaincre, et marcher, faire un miracle et regagner ma vie à coups de griffes dans le réel, et écraser quiconque se mettrait sur ma route ! Je refuse qu’on m’oublie, je refuse qu’on me laisse crever ! La minute d’après, je prie pour que tout s’arrête et que le monde soit en paix sans moi. Je clignote en noir et blanc sans cesse, c’est épuisant. Mais là, face au visage franc et simple de Benjamin, je peux me payer le luxe d’être tranquille. De lui annoncer, depuis le lit où bientôt je vais mourir, de beaux présages de vie douce. Tout ira bien, Benjamin. »

Thibault BERARD, Il est juste que les forts soient frappés, Les éditions de l’Observatoire, 2020

 

Quatrième de couverture : 

J’aurais préféré que ma mère me dise : « Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre. » Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure !
Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire « tout-va-bien-je-gère ». J’aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds,
qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre « Comment lui annoncer votre cancer ?  »

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancés : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

Evidemment différent du roman de Tibault Bérard, celui d’Anne Percin adopte le point de vue de Tania, de la fille, de l’ado de quatorze ans précipitée bien malgré elle dans une tempête qui va la forcer à mûrir plus vite que prévu.

Depuis la séparation de ses parents, Tania vit seule avec sa mère, qui fait tout pour donner le change, sauver les apparences : elle tient un blog (si, si) genre  « Lectures et confitures », tout dégoulinant de sucre et… de réalité sacrément enjolivée. Tania vit sa vie d’ado de quatorze ans, une vie qui sera forcément bouleversée par l’annonce du cancer du sein de sa mère.

« OK, on habite près d’une forêt. Mais c’est un champ de tir militaire dont l’accès est interdit, alors pour batifoler dans les feuilles mortes avec son petit panier en osier tout en sifflotant, on peut rêver mieux. Si on traverse les barbelés malgré les panneaux à tête de mort, on trouvera plus de douilles de balles que de châtaignes, et si on en ressort, ce sera avec l’aide de Dieu et quelques champignons irradiés. » (p. 8)

Je pense qu’il y a un petit côté exagéré dans la vie de Tania durant ces six mois : une ado de quatorze ans peut-elle vraiment rester seule aussi longtemps ? A-t-elle vraiment autant de ressources dans le courage, l’humour, la résistance dont elle fait preuve, seule et avec sa mère ? Je n’en suis pas sûre, mais après tout c’est possible. Et puis ici aussi, comme chez Thibault Bérard, il y a une lumière, une opiniâtreté, un humour qui se jouent de tout, peut-être par une certaine forme d’inconscience mais ça fait du bien quand même. Le roman est peut-être une « commande » pour parler du cancer du sein, ceci explique peut-être cela. On pourrait lire à haute voix le roman d’Anne Percin et se régaler de l’univers intérieur et du langage de Tania.

« Le bombardement chimique qui se poursuivait dans ses veines, via la petite boîte magique, c’était son petit Hiroshima personnel. On n’aurait pas cru, à la voir, mais il y avait une guerre en elle. Et la guerre, ça dévaste. » (p. 66)

« On marchait entre filles, sans nous apercevoir que quelques mecs de la classe nous suivaient. Tout à coup, on a entendu la voix de Zlatan, le balourd des Balkans, alias le Yéti slovaque, alias La Patate qui venait du froid. Une carrure de rugbyman en pleine expansion hormonale. Un gros rire d’ogre probablement fatal si on l’entend résonner dans un couloir sombre (Dieu merci, ça ne m’est encore jamais arrivé). »

Anne PERCIN, Ma mère, le crabe et moi, Le Rouergue, 2015

Bon, je crois que j’ai encore un livre en réserve sur le sujet, mais je le garde pour plus tard 😉

Un espoir virulent

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J’ai attrapé la poésie.

Je crois que j’ai serré la main

à une phrase qui s’éloignait déjà

ou à une inconnue qui avait une étoile dans la poche.

J’ai dû embrasser les lèvres d’un hasard

qui ne s’était jamais retourné vers moi.

J’ai attrapé la poésie, cet espoir virulent.

 

Voilà un moment que ce clair symptôme de jeter

les instants devant soi était devenu une chanson.

Ne plus être confiné dans un langage étudié,

s’emparer du mot libre, exister, résister

et prendre garde à ceux qui parlent d’un pays mort

alors que ce pays aujourd’hui nous regarde.

 

À présent, on m’interroge, c’était écrit :

« Votre langue maternelle ? »  Le souffle.

« Votre permis de séjour ? »  La parole.

« Vous avez chopé ça où ? »  Derrière votre miroir.

« C’est quoi alors votre dessein, étranger ? »

Que les mots soient au monde,

même quand le monde se tait.

 

J’ai attrapé la poésie.

Avec, sous les doigts, une légère fièvre,

je crève d’envie de vous la refiler,

comme ça, du bout des lèvres.

 

Carl NORAC, poète national en Belgique pour 2020 et 2021

Carl Norac a publié cette semaine sur le site Poète national ce deuxième texte, bien dans l’air du temps. En ce début de printemps, je vous souhaite un beau dimanche, envers et contre tout !

Eve de ses décombres

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Quatrième de ouverture :

«Je suis Sadiq. Tout le monde m’appelle Sad.
Entre tristesse et cruauté, la ligne est mince.
Ève est ma raison, mais elle prétend ne pas le savoir. Quand elle me croise, son regard me traverse sans s’arrêter. Je disparais.
Je suis dans un lieu gris. Ou plutôt brun jaunâtre, qui mérite bien son nom : Troumaron. Troumaron, c’est une sorte d’entonnoir ; le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées de tout un pays. Ici, on recase les réfugiés des cyclones, ceux qui n’ont pas trouvé à se loger après une tempête tropicale et qui, deux ou cinq ou dix ou vingt ans après, ont toujours les orteils à l’eau et les yeux pâles de pluie.»

Par Sad, Ève, Savita, Clélio, ces ados aux destins cabossés pris au piège d’un crime odieux, et grâce à son écriture à la violence contenue au service d’un suspense tout de finesse, Ananda Devi nous dit l’autre île Maurice du XXIe siècle, celle que n’ignorent pas seulement les dépliants touristiques.

Ce court roman raconte, à travers le « destin » de quatre adolescents coincés dans une « banlieue » misérable de Port-Louis, la face cachée de l’île Maurice. Troumaron, c’est ainsi que s’appelle le quartier dans lequel vivent Sad, Clélio, Eve et Savita et ils prennent de plein fouet la misère, la violence, l’ennui, le désespoir qui ronge cette banlieue oubliée, oblitérée. Entre colère et fatalisme, sexe et dépendances, les mots de Rimbaud s’offrent sur les murs pour tenter de conjurer le sort. Dans la chaleur poisseuse de Troumaron, le corps est mis à rude épreuve, particulièrement celui des femmes. C’est presque une tragédie shakespearienne que vivront les quatre jeunes gens.

« Seulement » 154 pages mais des pages denses, âpres, qui donnent la parole à chacun des protagonistes, des pages où la langue française virevolte et traduit les états d’âme au plus près. Une belle découverte.

« « On me dit que je réussirai. Il faut savoir que réussir, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. C’est un mot à déclinaison variable. Dans mon cas, cela veut simplement dire que les portes fermées pourraient s’entrebâiller et que je pourrais, en rentrant bien le ventre, me glisser entre elles et tromper la vigilance de Troumaron. Tout le monde sait que la pauvreté est le plus féroce des geôliers. Les profs, eux, disent que tout est possible. Ils me racontent qu’eux aussi apprenaient leurs leçons à la lumière de la bougie. Je vois d’ailleurs dans leurs yeux l’obscurité de penser qui en a résulté. Ils me disent, il faut saisir votre chance, vous ne devez pas freiner le développement du pays. C’est qui vous ? »

« Mon Ève, qui se croit née avec de l’acier au cœur, ne sait pas que c’est le jaune et la chaleur de l’or qui vivent en elle, qu’elle ne cesse de fondre et de fuir, et que de cette fille en fusion ne restera bientôt plus qu’une flaque sans forme et sans visage. »

« Je lis en cachette, sans m’arrêter. Je lis aux latrines, je lis au milieu de la nuit, je lis comme si les livres pouvaient desserrer le nœud coulant autour de ma gorge. Je lis en comprenant qu’il y a un ailleurs. Une dimension où les possibles éblouissent. »

« Je peux être chacune des rides entaillées sur le visage de la vieille. Je peux être le flanc du chien malade qui entre profondément dans ses côtes et en ressort pour tenter de préserver le flux de la vie dans son corps. Je peux être la main mobile de l’homme, fermée, ouverte, fermée, ouverte, pour ne pas se figer tout à fait. Je peux être un bout de chemise effilochée qui traîne dans une flaque d’urine à ses côtés. Je peux être la voix du vent qui souffle sans violence et l’île qui dort sans chercher à comprendre. »

Ananda DEVI, Eve de ses décombres, Gallimard, 2006

Mars au féminin  / Mars en francophonie

Le dernier hiver du Cid

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Quatrième de couverture :

Il y a soixante ans, le 25 novembre 1959, disparaissait Gérard Philipe. Il avait trente-six ans. Juste avant sa mort, ignorant la gravité de son mal, il annotait encore des tragédies grecques, rêvait d’incarner Hamlet et se préparait à devenir, au cinéma, l’Edmond Dantès du Comte de Monte-Cristo. C’est qu’il croyait avoir la vie devant lui. Du dernier été à Ramatuelle au dernier hiver parisien, semaine après semaine, jour après jour, l’acteur le plus accompli de sa génération se préparait, en vérité, à son plus grand rôle, celui d’un éternel jeune homme.

J’ai lu ce livre il y a quelques semaines et je m’empresse de publier un petit billet avant la fin de l’hiver. Vous l’aurez compris, l’anniversaire de la mort de Gérard Philipe il y a un peu plus de soixante ans a été l’occasion pour Jérôme Garcin d’évoquer la flamboyante carrière de celui qui a ressuscité le personnage du Cid et qui a incarné sur scène et au cinéma tant de héros jeunes, fougueux, impétueux, engagés comme il l’était lui-même dans la vie. C’est un destin passionnant à retrouver ou à découvrir, un élan coupé en pleine jeunesse par une maladie foudroyante.

Ce livre a remué des choses en moi, notamment sur l’annonce de l’étendue du cancer à Anne Philipe et sur sa décision de cacher la vérité à son mari, il m’a beaucoup émue. « La mort a frappé haut » comme le disait Jean Vilar au TNP, le soir de la mort de l’acteur. La plume de Jérôme Garcin est élégante, elle rend vraiment honneur à ce grand monsieur du théâtre qui restera à jamais figé dans la beauté de ses trente-six ans.

Je n’en dis pas plus, je vous laisse découvrir la richesse de cette vie si vous le souhaitez. Ca m’a presque donné envie de relire « Le temps d’un soupir » d’Anne Phiipe, lu il y a très très longtemps, car la force de l’amour entre Anne et Gérard est elle aussi très puissante dans le récit de Jérôme Garcin.

« Pourtant, l’homme qu’elle a aimé ne portait pas de pourpoint, il ne parlait pas en alexandrins, il avait la peau douce, des doigts longs et fins, des lèvres d’enfant, des dents qu’on aurait dit de lait, une fossette mutine au menton, les oreilles un peu décollées, un coeur qui battait la chamade et la voix acidulée du Petit Prince. »

« Adossé à un vieux chêne-liège, un vieux Ramatuellois glisse à l’oreille de son voisin : « C’est peut-être mieux, ces funérailles sans cérémonie, sans église, sans prêtre. Mais tout de même… » Et l’autre lui répond : « Oui, tout de même, mais imagine le pire, que Dieu existe. Eh bien, il ne peut pas faire mauvais accueil à Gérard. » (p. 186)

Jérôme GARCIN, Le dernier hiver du Cid, Gallimard, 2019

 

Quelques projets pour le Mois belge 2020

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Bonjour tout le monde, j’espère que vous gardez le moral en ces temps particuliers que nous vivons. Les livres peuvent continuer à nous ouvrir au monde et à nous-mêmes, à nous évader, à nous relier. Aussi voici quelques propositions pour le septième Mois belge (l’âge de raison) qui débutera le 1er avril prochain. Je ne vous propose que quelques dates, à la fois d’après vos propositions sur le groupe Facebook et d’après mes petites envies personnelles (ben quoi, je peux non ??) Ce calendrier est bien sûr proposé, nullement imposé.

1er avril : Humour à la belge (l’an passé je vous ai proposé de faire un poisson d’avril, cette année restons dans l’humour : un ou une humoriste belge, un.e caricaturiste, une BD amusante, un film… pour garder la pêche !)

4 avril : Journée Polar (je devais normalement aller aux Quais du polar ce weekend-là… Eh bien parlons polar, en restant en Belgique !)

10 avril : Journée féminine (autrice, personnage féminin fort, éditrice… à la Belge)

17 avril: Journée flamande (roman, film, BD ou autre choix flamand – en traduction ou en V.O.)

21 avril : Un roman d’Armel Job

28 avril : Journée Henri Bauchau

Je vous rappelle que l’auteur.e doit être Belge (la maison d’édition peut être étrangère).

Si vous souhaitez étoffer le programme, n’hésitez pas à laisser un petit commentaire !

Bonnes lectures et à très bientôt.

Un nouveau Mois belge, ça vous tente ?

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Bientôt avril, et si cela vous dit toujours, je vous invite à nous retrouver autour de la littérature et de la culture belge dans tous ses états du 1er au 30 avril prochain.

Il faut que je vous avoue, j’ai longtemps hésité à vous le proposer parce que je ne suis plus aussi assidue à bloguer qu’avant, les contraintes de lecture me font peur, mais ce qui l’a emporté est le plaisir de lire Belge, de partager Belge, de découvrir encore et encore du Belge.

Aussi cette année, je ne vous impose pas de date et/ou de thèmes mais je vous invite à en proposer si vous le souhaitez. J’essayerai alors de proposer un calendrier qui convienne au maximum de participants.

Le groupe Facebook Le Mois belge d’Anne et Mina est bien sûr toujours actif et pour ceux et celles qui sont aussi sur Instagram, je vous propose de relayer vos lectures et autres découvertes belges avec le #lemoisbelge

Un document récapitulatif sera en ligne sur Facebook et ici même dès le 1er avril. N’oubliez pas que les auteur.e.s que vous lisez doivent impérativement être belges.

J’espère que je ne vous ai pas trop démotivés, au contraire et je vous attends en avril, je sais que certaines ont des piles secrètes en prévision du 1er avril 😉

 

La bête et sa cage

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Quatrième de couverture:

« J’ai encore tué quelqu’un. Je suis un tueur en série. D’accord, deux cadavres, c’est une petite série, mais c’est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait jusqu’où les opportunités me mèneront ? L’occasion fait le larron, le meurtrier ou la pâtissière. C’est documenté. »

La prison brise les hommes, mais la cage excite les bêtes.

On retrouve le héros (toujours anonyme) de La bête à sa mère, en prison évidemment suite à ses « aventures » du premier tome. Il est dans une aile psychiatrique mais dans une prison normale. Les pensionnaires de cette « wing » sont appelés les coucous. Et évidemment, dans ce microcosme fermé, notre narrateur va continuer à se faire des films, à interpréter les messages et comportements des autres dans le sens de sa mégalomanie : il croit que son agente pénitentiaire référente est amoureuse de lui, il cherche à attirer l’attention du caïd de service – et y réussit… et je ne vous raconte évidemment pas l’effet boule de neige qui fait monter la sauce. Sur la vie en prison, David Goudreault, travailleur social et animateur d’ateliers d’écriutre, est vraiment bien « documenté » 😉

Encore une fois, j’ai lu partagée entre les yeux ronds et le fou rire (l’horreur aussi (attention risque de spoiler) : oh punaise, je n’ai pas vu venir le coup des tourterelles et pourtant j’étais prévenue depuis le premier tome) mais ce que j’ai encore plus apprécié dans ce deuxième opus, ce sont les jeux de mots, les à peu près, les figures de style, les innombrables références culturelles (je suis sûre d’en avoir loupé plusieurs, surtout les typiquement québécoises, mais ce n’est pas grave). Je vous en livre quelques-uns pêle-mêle, en attendant de lire le dernier titre de la trilogie qui s’appelle Abattre la bête, ça promet !

« Les tourterelles profitaient alors du pain ou du riz que je leur avais réservés. Elles s’approchaient de plus en plus de moi. Au bout de trois mois, certaines venaient même manger dans ma main. Javais des airs de saint François, un ornithologue catholique de renommée mondiale. » (p. 37)

« Je n’aime pas la poésie. Que ce soit long ou court, c’est toujours con et lourd. »

« Le grand jour était venu. Et c’était mon anniversaire en plus. Vingt-deux ans l’âge du Christ. Paraît qu’il est mort ultérieurement, mais il a dû faire quelque chose d’impressionnant à vingt-deux ans, lui aussi. C’était un prolifique,le petit Jésus. » (p. 149)

« Les mauvaises surprises s’entassaient comme des Tutsis au fond d’une fosse. » (p. 147) (Eh oui, il ose tout, David Goudreault…)

« If you can’t be them, beat them, aimait ruminer Watson Churchill, un politicien de l’Europe de l’Ouest. J’ai vu un documentaire sur lui à Canal D, entre deux enquêtes policières. Churchill a été fort utile pendant une guerre mondiale pour battre les skinheads et les nazis allemands. C’est Staline qui a fait le gros de la job, mais le petit chauve a habilement tiré son épingle du jeu. Le plus important, ce n’est pas tant d’être celui qui gagne la guerre que celui qui en profite le plus. Il ‘inspirait, Churchill. Staline aussi, mais autrement. J’aspirais à utiliser les stratégies du premier pour vivre dans l’opulence du second. » (p. 173)

David GOUDREAULT, La bête et sa cage, Stanké, 2016

Les notes du jeudi : Européens avant l’heure (4) Ludwig von Beethoven

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Pour terminer ce mois consacré aux compositeurs ayant beaucoup voyagé en Europe et s’étant nourris de diverses influences, je vous propose d’écouter le dernier mouvement de la 9è Symphonie de Beethoven, avec cet Hymne à la joie (paroles de Schiller) qui est devenu l’Hymne européen.

En voici une version jouée aux BBC Proms, avec :

Anna Samuil (soprano), Waltraud Meier (mezzo-soprano), Michael König (tenor), René Pape (basse), le National Youth Choir of Great Britain et le West-Eastern Divan Orchestra dirigé par Daniel Barenboim.

L’attaque du Calcutta-Darjeeling

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Quatrième de couverture :

1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde. Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique: chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons. Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité́ d’un bordel? C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee. De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.

Ce titre m’a attirée en librairie et malgré mes velléités d’être raisonnable, je n’ai pu attendre la sortie poche et je l’ai lu très vite après l’avoir acheté (en même temps, depuis que je lis « sans contrainte », je mélange plus les achats récents et les livres de PAL).

Le capitaine Wyndham est un personnage complexe et donc très intéressant pour un polar : peu d’attaches en Angleterre, ancien de la Special Branch (Thomas Pitt, si tu nous regardes…), il s’est attaché à une femme libre et brillante pendant une de ses permissions de la Grande Guerre et l’a épousée ; il a été blessé peu avant la fin de la guerre et n’a pas retrouvé son épouse, morte de la grippe espagnole ; sa blessure le laisse accro à la morphine. C’est cet homme qui débarque dans la chaleur tropicale de Calcutta, appelé par un de ses anciens officiers supérieurs à la guerre, soucieux de lutter contre la corruption au sein de la police coloniale.

On est en 1919 et les mouvements de libération des colonies montent, qu’ils soient violents (terroristes selon les autorités britanniques) ou pacifistes (la non-violence de Gandhi est déjà en marche). Dans cette situation potentiellement explosive, un haut fonctionnaire anglais est assassiné, son corps est retrouvé non loin d’un bordel dans un quartier de la « Black Town » de Calcutta. Peu après un train est attaqué, vraisemblablement pour voler des fonds destinés à des groupes terroristes. Wyndham tente de faire le lien entre les deux faits, avec l’aide du sergent Banerjee, observateur, intelligent, mais qui a – pardonnez l’expression – le cul entre deux chaises, coincé entre son patriotisme indien et sa loyauté envers ses supérieurs britanniques. La relation entre les deux hommes fait partie intégrante de l’intrigue et est très amusante à observer.

Je dois avouer que j’avais un peu vu venir le nom de l’assassin du fonctionnaire mais la fin s’accompagne quand même d’une révélation inattendue (pour moi du moins) ; c’est une énigme assez classique, que j’ai beaucoup appréciée ; tout l’intérêt est dans la relation de la vie coloniale à Calcutta avec des jeux de pouvoir et d’influence occultes, les bâtons dans les roues qu’on place dans l’enquête du capitaine Wyndham et cette question qui commence à tarauder les autorités, une question qu’elles ne se formulent sans doute pas consciemment mais qui sera un enjeu majeur : comment une administration coloniale finalement assez réduite numériquement au vu du nombre d’administrés indiens peut-elle continuer à gouverner, à garder une légitimité si sa supériorité morale s’effondre ?

Autre argument en faveur de cette lecture, l’humour anglais qui m’a souvent fait sourire et dont je vous donne un extrait ci-dessous. L’auteur est Ecossais, d’origine indienne évidemment, et il paraît que ce roman est le premier d’une série de quatre déjà écrits en anglais, j’espère vivement que les éditions Liana Levi continueront à les faire traduire et à les publier !

« Nous nous arrêtons devant une entrée assez grandiose. Sur une plaque de cuivre vissée sur une des colonnes on peut lire Bengal Club, Fondé en 1827. A côté d’elle un panneau de bois annonce en lettres blanches :

ENTREE INTERDITE AUX CHIENS ET AUX INDIENS

Banerjee remarque ma désapprobation.

« Ne vous inquiétez pas, monsieur, dit-il. Nous savons où est notre place. En outre, les Britanniques ont réalisé en un siècle et demi des choses que notre civilisation n’a pas atteintes en plus de quatre mille ans.

-Absolument », renchérit Digby.

Je demande des exemples. 

Banerjee a un mince sourire. « Eh bien, nous n’avons jamais réussi à apprendre à lire aux chiens. » (p. 97)

Abir MUKHERJEE, L’attaque du Calcutta-Darjeeling, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi, 2019

Les notes du jeudi : Européens avant l’heure (3) Felix Mendelssohn

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Passons du 18è au 19è siècle avec nos musiciens voyageurs et écoutons aujourd’hui une oeuvre de Felix Mendelssohn (1802 – 1847), qui voyagea lui aussi dans l’Europe entière et fut particulièrement bien accueilli en Grande-Bretagne. Comment ne pas choisir sa Symphonie n°3 en la mineur dite « Ecossaise » avec une pensée pour les Ecossais qui ne voulaient majoritairement pas du Brexit…

Voici l’histoire de cette oeuvre selon Wikipedia :

« Le jeune musicien en a eu l’idée lors d’un voyage en Grande-Bretagne où il se fit apprécier par l’entourage de la future reine Victoria. Une histoire raconte que c’est en voyant la chapelle mortuaire de Mary Stuart, envahie par les herbes et le lierre, qu’il eut l’inspiration de la symphonie. Interrompu dans sa composition par un voyage en Italie, il ne reprend cependant la partition que douze ans plus tard, pour finalement l’achever en 1842 à Londres. La nouvelle symphonie, qui en raison de sa naissance datant de 1829, porte le numéro 3 dans la liste des symphonies de Mendelssohn, fut créée le  à Leipzig où elle remporta un franc succès. Elle fut applaudie par la reine Victoria à qui l’œuvre a été dédiée, le 13 juin suivant.

Aujourd’hui, la Symphonie écossaise est l’une des œuvres orchestrales les plus connues de Mendelssohn. »

Voici une version jouée au Conservatoire de Bruxelles par le Symphonic Orcestra of Students dirigé par Arnaud Giroud.