Les notes du jeudi : A boire et à manger (2) Giuseppe Verdi

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Les opéras ne manquent pas de chansons à boire mais ne boudons pas les tubes du classique et faisons-nous plaisir avec l’air de la Traviata, Libiamo ne’ lieti calici, de Verdi bien sûr. Vous trouverez les paroles et leur traduction ici. Enivrons-nous avec Matthew Polenzani dans le rôle d’Alfredo et Nathalie Dessay qui chantait pour la première fois le rôle de Violeta. C’était au Metropolitan Opera, sous la direction de Fabio Luisi.

Perce-neige

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Ils ont pointé le bout de leur nez il y a quelques jours, j’en ai photographié et j’ai cherché des poèmes. Sur cette page, j’étais ébahie par le nombre de textes inspirés par cette modeste fleur. J’ai choisi ce double poème, anonyme (il n’y a pas que La Fontaine qui a parlé de ville et de champs). Vous voyez que le mot est employé au féminin, j’en parle au masculin : en fait il a les deux genres (et est toujours invariable, bien sûr…)

La Perce-Neige des champs

Le deuil règne en nos plates-bandes ;

Au bois les nids pendent muets

Et de leurs dernières guirlandes

Se sont dépouillés nos bosquets.

Seule, je minaude en mon gîte.

Le vieil hiver, tout en émoi,

Se dit : Quelle est cette petite?

Et vient rôder autour de moi.

Tandis que, nobles demoiselles,

Mes sœurs, par un heureux destin,

En serre chaude font les belles,

Je m’épanouis au jardin.

A ceux qui pleurent sur la tombe,

Où gît la cendre des aïeux,

J’apporte, nouvelle colombe,

Un message mystérieux.

La Perce-Neige des villes

J’ignore en quels lieux je suis née.

Comme une reine, un beau matin,

J’apparus sur la cheminée

Où s’étale mon blanc satin.

Autour de mon vase on s’empresse

Quand un nouveau bouton fleurit ;

L’enfant me donne une caresse,

La jeune fille me sourit.

Aucun souci ne m’inquiète.

Tranquille et d’un air satisfait,

Je prête une oreille discrète

Aux compliments que l’on me fait.

Mais une pendule voisine

Me dit à chaque heure du jour,

De son timbre à voix argentine :

Va ! tu passeras à ton tour !

1872. Fleurs du Chablais. Poésies intimes. Imp. de Ch. Burdet, Annecy

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Photo prise à Ramengies-Chin, le 15 février 2017

 

La vie rêvée de Virginia Fly

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Présentation de l’éditeur :

Souvent, debout face à ses élèves ou allongée sur son lit, Virginia Fly a la vision merveilleuse d’une main d’homme caressant son corps, déclenchant un frisson le long de son épine dorsale. Que ferait-elle si un inconnu apparaissait à la fenêtre, pénétrait dans la pièce et la séduisait? Car à trente et un ans, Virginia, toujours vierge, vit sagement chez ses parents, dans la banlieue de Londres. Il y a bien son ami Hans, un professeur mélomane, mais ce n’est pas lui qui assouvira ses fantasmes. Non, celui qu’elle attend, c’est Charlie, son correspondant américain, dont la visite s’annonce enfin après douze années d’échanges épistolaires. Seulement cette arrivée coïncide aussi avec la diffusion d’un reportage télévisé sur Virginia, qui se prend à rêver que, parmi les opportunités tout à coup florissantes, il en est une – peut-être le charmant Ulick Brand? – qui saura combler ses attentes.

La Vie rêvée de Virginia Fly est un roman finement observé, à la fois tendre, un peu cruel et d’un humour malicieux. Écrit en 1972, il est étonnant de modernité.

Quand Babelio m’a proposé de recevoir ce deuxième roman d’Angela Huth, je n’ai pas hésité une seconde tant j’apprécie ses romans. Même si le thème de celui-ci me semble assez différent de ceux que j’ai lus  jusqu’à présent, je n’ai pas été déçue, merci donc à Babelio et aux éditions Quai Voltaire pour l’envoi de ce livre.

Dès la première page (que j’ai notée ci-dessous), on se rend compte que Virginia Fly est un personnage complètement atypique, dans ses rêves ou plutôt ses fantasmes, ses relations avec les hommes ou même ses propres parents et on a beau savoir que le roman est paru en 1972, à une époque où la libération sexuelle commence seulement, on n’en reste pas moins bouche bée devant la naïveté de cette jeune femme de trente-et-un ans, qui se révèle d’un physique assez quelconque pour ne pas dire ingrat, et dont les émotions dominent sans doute la raison et même une certaine forme d’instinct de survie qui semble lui faire cruellement défaut. Si on relisait le roman en en connaissant la fin, je suis sûre qu’un réel sentiment de malaise s’emparerait du lecteur. Mais bien évidemment, je ne vous révélerai pas la fin… A vous de découvrir les « aventures » amoureuses ? érotiques ? platoniques ? violentes ? Barrez la mention inutile mais n’oubliez jamais qu’un fantasme pittoresque attend toujours Virginia Fly au moment le plus inattendu.

Du raide professeur qu’elle accompagne au concert, du veule correspondant américain ou du charmant ami présenté par une fan, lequel des trois finira par emporter le coeur de Virginia ? (Non, son prénom ne s’invente pas.) A la fin, quand nous avons enfin accès aux véritables pensées de la demoiselle, nous nous rendons compte à quel point les rêves peuvent se fracasser sur la réalité, et c’est terriblement cruel, je trouve, mais comment ils peuvent aussi aider à vivre une fille prise au piège comme un papillon dans un bocal étriqué. Angela Huth passe ainsi de l’humour limite féroce à la cruauté dans un ballet brillamment mené.

« Virginia Fly se faisait violer, en esprit, en moyenne deux fois par semaine. Ces assauts imaginaires survenaient n’importe quand dans la journée : si elle n’y était jamais préparée, elle ne s’en étonnait jamais non plus. Ils s’évanouissaient aussi vite qu’ils surgissaient, sans laisser sur elle aucune trace néfaste. Elle avait cette vision merveilleuse d’une main d’homme lui caressant le corps, lui causant le long de l’échine dorsale le genre de frisson qui incitait ses doigts à fermer machinalement les trois boutons de son cardigan, et l’instant d’après elle s’entendait déclarer, avec un calme admirable :
‘Miranda, je crois que c’est ton tour d’effacer le tableau.’ «  (p. 9)

Angela HUTH, La vie rêvée de Virginia Fly, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Quai Voltaire, 2017

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Les notes du jeudi : A boire et à manger (1) Serge Prokofiev

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L’hiver commence à lâcher prise, soleil et douceur des températures éclairent ces jours-ci. Pour tenir bon jusqu’à l’arrivée réelle du printemps, réconfortons-nous en mangeant et en buvant quelques douceurs façon classique.

Et d’abord une cure de vitamines avec L’amour des trois oranges, un opéra de Serge Prokofiev. Je vous propose d’abord la célèbre Marche (par la musique de la Garde républicaine) et la version complète (ce n’est pas trop long) jouée à Lyon, Kent Nagano dirige l’Orchestre et les Choeurs de l’Opera de Lyon, avec Catherine Dubosc, Gabriel Bacquier and Jean-Luc Viala.

Si vous avez des idées de pièces musicales dans le thème, je suis preneuse !

Campanile d’hiver

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La vigne endolorie sous le poids des nuages,
Pareille au clapotis des barques enchainées,
Gémit, pleure et s’éteint comme un brasier mouillé
Par la rage du ciel et son gravier d’outrages.

Les lavoirs de soleil et leurs lourds sarcophages
Ruissellent de tumeurs aux couleurs bigarrées,
Comme si leur destin se tissait sous les dès
De gouttes détachées d’un suaire sauvage.

Seule, morne et feutrée, une cloche d’airain
Sonne un glas parfumé d’une douce beauté
Dont le silence boit la mélodie sans fin.

Or la vigne endurcie, comme un oratorio,
Fugue le long de mots brillants de nouveauté,
Que ce poème joue sur un pas d’adagio.

Francis Etienne Sicard, Odalisques, 1975

 

Les notes du jeudi : Plaisirs d’hiver (5) Piotr Tchaïkovsky

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Les Saisons sont une suite pour piano de Piotr Tchaïkovsky, qu’il a composée mois après mois pour une revue musicale de Saint-Pétersbourg qui proposait des partitions à ses lecteurs. Chaque pièce est accompagnée d’une épigraphe poétique russe.

Je vous invite à écouter les mois de Janvier, Au coin du feu  et Février, Le Carnaval, joués par Mikhail Pletnev.

Janvier – Au coin du feu

Ce lieu de douceur et de paix,
La nuit l’a vêtu de pénombre ;
Le feu s’éteint dans la cheminée,
La chandelle charbonne.

Alexandre Pouchkine

Février – Le Carnaval

Bientôt du fringant carnaval,
Le grand banquet va commencer.

Piotr Viazemski

 

Hiver

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Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.

Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit :  » A demain ! «

Non ! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :

C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève ; elle est pâle ; c’est moi ;

C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,

Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit :  » C’est vous qui m’avez fait mourir ! «

Marceline Desbordes-Valmore, Elégies

Willy RONIS, Les amoureux du Pont des Arts

Hiver

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Présentation de l’éditeur :

Dans la maison qu’il a lui-même construite au cœur du Dorset, aux côtés de Wessex, son chien fidèle, et de Florence Dudgale, sa secrétaire et épouse en secondes noces, Thomas Hardy entre dans l’hiver de sa vie. À quatre-vingt-quatre ans, l’auteur de Jude l’Obscur pense en avoir fini avec la passion quand une adaptation de Tess d’Urberville est montée au village. La jeune Gertrude Bugler, qui tient le rôle-titre, le charme et le fascine par son talent et sa fraîcheur. Sous le regard amer de son épouse qui
souffre de la pesante atmosphère d’une maison isolée et encerclée d’arbres, Hardy vit son ultime amour.

Christopher Nicholson esquisse un portrait tantôt mélancolique, tantôt désopilant, mais toujours saisissant, d’un couple vieillissant, et met en lumière les interactions entre la vie et l’œuvre de l’un des plus grands auteurs britanniques.

Il me faut avouer que je n’ai jamais lu de roman de Thomas Hardy et que je n’ai que de vagues souvenirs de l’adaptation ciné de Tess d’Urberville. Ce n’était pas nécessaire, me semble-t-il, pour apprécier ce roman de Christopher Nicholson (déniché à la bibliothèque, ce bleu ensorcelant de Quai Voltaire allié à la thématique Hiver ne pouvait que m’attirer) mais j’aurais bien aimé lire la note du traducteur avant plutôt qu’à la fin du livre : l’épisode romancé ici, celui d’une mise en scène théâtrale de Tess et de l’attrait du vieux Thomas Hardy pour son interprète, au grand dam de sa seconde épouse, est rigoureusement conforme à la réalité. On comprend que le vieil homme s’est surtout consacré à son oeuvre, ses romans puis ses poèmes, à la maison du Dorset qu’il a lui-même construite et dont il n’est pas question de modifier quoi que ce soit, surtout pas les arbres, et qu’il s’est laissé égoïstement aimer par ses deux épouses dévouées. Dans cet hiver physique et symbolique à la fois, le personnage plein de fraîcheur de Gertrude Bugler, la jeune comédienne amateur pressentie pour jouer Tess, donne lui aussi une image très positive du romancier et les manoeuvres jalouses de Florence (la seconde épouse) n’écorneront pas vraiment celle-ci. Dans ce contexte pesant, on perçoit d’autant plus le piquant passionnel de la crise de paranoïa de Florence.

L’analyse minutieuse et subtile des relations au sein du couple Hardy, le regard du vieux romancier sur la création, sur son oeuvre passée (le roman se passe en 1924 alors que Thomas Hardy a publié son dernier roman en 1897), son rapport aux femmes en général, le lien entre l’oeuvre et la vie sont vraiment très bien rendus par Christopher Nicholson, qui ne manque pas d’humour caustique, mais il me faut avouer que je me suis ennuyée parfois, sans doute oppressée moi aussi par l’emprise de l’hiver et des arbres sur cette histoire parfois un peu longuette. (Remarquez que l’objectif est paradoxalement atteint…)

« Une brume immobile s’étaient levée de la terre humide et répandue comme un lac blanc sur les prés, et, à mesure qu’il descendait des hauteurs pour s’enfoncer dans cette fine couche vaporeuse, il vit disparaître ses pieds, ses jambes et sa taille alors que sa poitrine et sa tête demeuraient à la surface. Au bord de l’eau, les cimes des saules taillés en têtards surnageaient sur une étendue de néant, le soleil levant brillait de mille feux sur les particules dansantes, et les fils d’un millier de toiles d’araignées se balançaient et resplendissaient. Comment puis-je en toute conscience, se demanda-t-il, quitter ce paradis terrestre pour Londres ? » (p. 30)

Christopher NICHOLSON, Hiver, traduit de l’anglais (Angleterre) par Lucien d’Azay, Quai Voltaire, 2015

Série Hiver, épisode 4

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Les notes du jeudi : Plaisirs d’hiver (4) Emile Waldteufel

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On se croirait au concert du Nouvel An à Vienne mais il s’agit bien d’une valse d’Emile Waldteufel (compositeur français aux consonances allemandes) et non d’un des nombreux Strauss à l’honneur le 1er janvier. Mais vous allez très vite reconnaître cette mélodie entraînante et élégante… Voici la Valse des patineurs.

Janvier

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Songes-tu parfois, bien-aimée,
Assise près du foyer clair,
Lorsque sous la porte fermée
Gémit la bise de l’hiver,

Qu’après cette automne clémente,
Les oiseaux, cher peuple étourdi,
Trop tard, par un jour de tourmente,
Ont pris leur vol vers le Midi ;

Que leurs ailes, blanches de givre,
Sont lasses d’avoir voyagé ;
Que sur le long chemin à suivre
Il a neigé, neigé, neigé ;

Et que, perdus dans la rafale,
Ils sont là, transis et sans voix,
Eux dont la chanson triomphale
Charmait nos courses dans les bois ?

Hélas ! comme il faut qu’il en meure
De ces émigrés grelottants !
Y songes-tu ? Moi, je les pleure,
Nos chanteurs du dernier printemps.

Tu parles, ce soir où tu m’aimes,
Des oiseaux du prochain Avril ;
Mais ce ne seront plus les mêmes,
Et ton amour attendra-t-il ?

François Coppée, Les mois