Tout va s’arranger

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Comment ne pas être ravi de contempler,
par-delà la lucarne, les nuages qui s’en vont,
et une marée haute reflétée au plafond ?
Il faudra bien mourir, je sais, il faudra bien,
mais à quoi bon s’étendre ?
Les vers coulent sans effort de ma main,
et leur source secrète est le cœur en éveil ;
l’aurore se lève en dépit de tout,
et les villes lointaines sont belles et radieuses.
Couché dans une débauche de soleil,
je regarde le jour poindre et les nuages fuir.
Tout va s’arranger.

Derek MAHON, La Mer hivernale & autres poèmes, traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Chuto, Cheyne, 2013 

Derek Mahon est né en 1941 à Belfast. 

Balade irlandaise en octobre

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Quand tu es parti

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Quatrième de couverture :

Hospitalisée dans un coma profond, Alice se souvient : de l’amour fou avec John, un journaliste, fils d’un juif intégriste qui l’a renié ; de l’étrange enfant, puis de l’adolescente fragile et rebelle qu’elle a été ; de l’affection de sa grand-mère Elspeth et des heurts avec sa mère, Ann, beauté froide et énigmatique. Et tandis que toute la famille guette le moindre signe d’espoir, la genèse du drame affleure.

J’ai commencé à lire ce livre lentement, un peu au rythme d’Alice que l’on sent profondément triste et désorientée au début, sans bien savoir pourquoi. Et puis dès les premières pages, elle se jette sous les voitures à un passage pour piétons londoniens et se retrouve dans le coma. Dès lors la narration va se placer tantôt du point de vue interne, dans les pensées d’Alice, ou plutôt ses ressentis depuis les limbes où elle s’est « réfugiée », tantôt de divers points de vue externes, dans d’incessants aller et retour entre l’enfance, l’adolescence, la vie étudiante puis adulte d’Alice, entre Londres et North Berwick (Ecosse), jusqu’à son « accident ».

Alice est « l’enfant du milieu » dans une famille de trois soeurs, fille d’un Ecossais discret et d’une Anglaise qui ne s’est jamais vraiment faite à la vie d’une petite ville de bord de mer. Toute la famille vit dans la maison de la grand-mère paternelle, Elspeth. On sent bien le lien particulier qui unit Alice et sa grand-mère et le lien tout aussi particulier (très conflictuel) qui unit Alice à sa mère Ann. Enfant et ado rebelle, la jeune fille peine pourtant à s’affirmer tout en s’échinant à garder le contrôle de sa vie. Et puis un jour c’est l’amour fou avec John, la certitude d’avoir trouvé l’homme de sa vie. Malgré la douleur de voir le père de John, juif très pieux, refuser cette relation et couper les ponts avec son fils.

La force de ce (premier) roman, c’est sa narration éclatée, c’est la maîtrise avec laquelle Maggie O’Farrell mène son récit en distillant les révélations au compte-goutte. C’est aussi sa profonde capacité d’empathie avec un personnage principal auquel je me suis de plus en plus attachée au fil des pages. C’est un roman sur la famille, sur l’amour, sur le deuil, le chagrin qu’on boit jusqu’à la lie. Mais il n’y a pas pour autant de pathos manipulant les émotions du lecteur – sans doute grâce à cette narration éclatée qui nous pousse à lire toujours plus pour savoir ce qui s’est passé dans cette famille, dans ce couple, ou ce qu’on espère voir venir). La fin imaginée par Maggie O’Farrell est très fine, je trouve.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment aimé cette lecture. Après Isabelle Monnin et Craig Johnson, Maggie O’Farrell est la troisième auteure que je découvre cette année après avoir laissé croupir plusieurs de ses romans dans ma PAL et c’est une troisième très belle surprise.

Maggie O’FARRELL, Quand tu es parti, traduit de l’anglais par Marianne Véron, 10-18, 2003 (Belfond, 2000)

A part le fait que son auteure soit née en Irlande du Nord, ce roman n’a pas gand-chose d’irlandais. Marilyne est beaucoup plus dans la note avec Les disparus de Dublin de Benjamin Black.

Jardins

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J’en ai vu des jaunes, des verts,

Des rouges, des mauves, des bleus.

J’en ai vu qui béaient aux cieux,

Fleurs ouvertes comme des yeux.

J’en ai même vu des mouillés

Entre des murs de prieuré,

Quelquefois des mystérieux

Se cachant derrière des grilles

Et puis des ronds comme des billes,

D’autres carrés, d’autres tracés

Comme à l’équerre et compassés,

D’autres qui arboraient des paons

Ainsi que des drapeaux vivants

Et d’autres enfin, combien d’autres

Bien plus humains que les humains

Et qui, cependant, n’étaient rien

Non, rien d’autre que des jardins.

Maurice CAREME, Au clair de la lune, 1977

Du 10 au 14 octobre en Wallonie-Bruxelles, c’est la Fureur de lire. La fédération en profite pour éditer des plaquettes de nouvelles. Cette année, l’une d’entre elles est consacrée à des poèmes de Maurice Carême.

L’herbe maudite

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Quatrième e couverture :

Cette année, les quatre enfants de Rosaleen Madigan retournent fêter Noël en Irlande, dans la maison de leur enfance. Ce sera la dernière fois. Leur mère, veuve depuis quelques années, a décidé de la vendre.
Constance, l’aînée, arrive avec les courses et toute sa famille. Dan rentre de Toronto, sans son copain Ludo, dont il vient pourtant d’accepter la demande en mariage. Leur cadet, Emmet, qui coordonne des opérations humanitaires, traîne un chagrin d’amour. Et la benjamine, Hanna, actrice à la capitale, apporte ses doutes et ses joies face à sa maternité toute récente.
Anne Enright examine cette réunion familiale et le passé de la fratrie avec une formidable acuité psychologique et son franc-parler réjouissant. Elle insuffle dans son roman une profonde empathie pour ces êtres qui négocient chacun un tournant délicat de la vie.

Amateurs d’action et de suspense, passez votre chemin. Par contre, si vous aimez les romans d’atmosphère, si vous aimez la verte Irlande, les études psychologiques, les histoires de famille, ce roman est fait pour vous.

Je découvre l’univers d’Anne Enright avec ce roman dont le titre original est The Green Road, Le chemin vert, qui était peut-être moins attirant en français mais qui représente un peu plus le livre et une de ses héroïnes, Rosaleen, la mère de famille. Au fil des chapitres qui s’intéressent chacun à leur tour à un de ses quatre enfants, à des périodes différents de leur vie, on apprend à connaître cette femme, cette mère devenue veuve et qui est restée attachée à sa maison, ne voyageant jamais, n’entretenant que des contacts épisodiques avec ses enfants, sauf avec Constance, celle qui habite près de chez elle et qui gère sa famille et l’attention à sa mère âgée. On se rend compte que chacun des enfants a du mal à trouver ou à prendre sa place dans sa vie adulte. Est-ce dû à Rosaleen, peut-on qualifier cette mère de toxique ? Ce n’est pas évident, elle semble si tranquille dans sa maison qui vieillit avec elle, elle paraît tellement comprendre de l’intérieur chacun de ses enfants..

En tout cas, Anne Enright dresse de chacun, à travers son destin individuel, un portrait psychologique plein de finesse. Et c’est infiniment touchant. Dan, qui voulait devenir prêtre, a vécu à New York au début des années 1990 alors que le sida faisait encore rage, et il a du mal à nouer une relation solide. Emmett tente de lutter contre la faim dans le monde dans un poste humanitaire et ne parvient pas à exprimer ses sentiments intimes. Constance semble la plus heureuse, mariée, trois enfants, un mari qui lui offre une belle aisance matérielle, mais on la sent submergée par cette famille à qui elle ne sait pas dire non. Hanna, la plus jeune, peine à vivre de son métier d’actrice. Elle est alcoolique et fragilisée par sa maternité toute récente. On sent que les quatre ont une certaine familiarité avec la mort, ou tout au moins qu’ils ont une conscience aiguë que l’on meurt un jour, dans leur vie quotidienne mais aussi dans le souvenir de leur père, mort d’un cancer. Ce qui les relie aussi, c’est la maison familiale dans la lande irlandaise et c’est au moment où leur mère veut la vendre qu’il se passe quelque chose de marquant dans leur vie. Le dernier repas de Noël qu’ils vont y vivre cristallise leurs peines, leurs souvenirs, leur mal être secret et révèle à nos yeux de lecteurs les liens qui unissent inconsciemment la fratrie Madigan. En filigrane, au cours d’un épisode nocturne sur la lande, on comprend aussi que Rosaleen a sans doute été davantage épouse que mère et que cela explique bien des choses.

« Et Dan avait oublié un instant qu’il était un prêtre raté avec une licence en littérature anglaise se préparant à rentrer au pays, après son année à l’étranger, pour y passer un diplôme de bibliothécaire. Il avait oublié qu’il était un vendeur de chaussures, ou un barman, ou même un immigrant. Pendant un instant, Dan avait été un espace ouvert qu’entourait un avenir différent de celui avec lequel il avait franchi la porte. » (p. 63)

« Ils n’étaient pas insensibles à l’humour de la situation, au fait que chacun de ses enfants appelait une femme différente. Ils ne savaient pas qui elle était – leur mère, Rosaleen Madigan – et ils n’avaient pas besoin de le savoir. C’était une femme âgée qui avait désespérément besoin de leur aide et qui, alors même que son absence grandissait au point d’occuper tout le versant glacé de la montagne, rapetissait, n’avait plus que la taille d’un être humain – de n’importe quel être humain – frêle, mortel, vieux. »

Anne ENRIGHT, L’herbe maudite, traduit de l’anglais (Irlande) par Isabelle Reinharez, Acts Sud, 2017

Actes Sud a quarante ans cette année !

Le beau billet de Nadège sur ce roman

Balade irlandaise – 1 – Marilyne m’accompagne dans le voyage, elle vous propose aujourd’hui Rien d’autre sur terre de Conor O’Callaghan.

Mourir n’est pas de mise

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Quatrième de couverture :

À bord d’un grand voilier, un homme laisse derrière lui le ciel gris et bas de Belgique, les paparazzis, les salles de concert enfumées. Sur les îles Marquises, il veut devenir un autre et retrouver le paradis perdu de l’enfance. Mais il reste toujours le plus grand : Jacques Brel.

Roman biographique et onirique, Mourir n’est pas de mise redonne vie avec grâce et émotion aux quatre dernières années mythiques de Jacques Brel, entre grandes fêtes, vie solitaire, compositions, échappées sur mer ou dans les airs. Des années de beauté, de gravité, d’une vie réinventée, tel un conte merveilleux et cruel.

En septembre, je suis tombée tout à fait par hasard sur ce livre en librairie et je me suis dit que je le présenterais le jour des quarante ans de la mort de Jacques Brel, le 9 octobre 1978.

« Il y avait tant de personnes qui ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir qu’il était loin déjà. Et qu’il avait le dos tourné. C’était peut-être la seule chose qui ne mentait pas sur la photo. Il n’avait pas imaginé, depuis qu’il avait annoncé son retrait de la scène, qu’on le presserait autant dans l’espoir de lui arracher des regrets. Il fallait vraiment ne pas le connaître pour se le figurer déjà nostalgique ou incertain de son choix. » ‘p. 16-17)

En de très courts chapitres, David Hennebelle raconte les quatre dernières années de Jacques Brel : cette sorte de fuite sur les mers loin de toute forme de notoriété, avec celle qui s’impose sur le bateau et qui sera finalement sa dernière compagne, fidèle et amoureuse jusqu’au bout, Maddly Bamy ; le projet de tour du monde à la voile stoppé par la première attaque du cancer ; la reprise du voyage et l’arrêt aux Marquises, sur la petite île d’Hiva Oa, parce que là au moins, personne, vraiment personne ne sait qui est Jacques Brel ; la vie douce, apaisée, accordée à une nature exceptionnelle, marquée par les navettes en avion entre Tahiti et les Marquises (notamment pour transporter le courrier), les soirées où Brel cuisine et s’habille en smoking parce que rien n’est trop beau pour recevoir les amis ; l’écriture des chansons du dernier album, celui qui s’arrachera comme des petits pains, composé et enregistré à la fois dans la jubilation et le doute ; et puis la fin, la maladie qui le rattrape et le foudroie dans la grisaille parisienne.

A mon sens la quatrième de couverture sur-vend ce court roman en disant qu’il redonne vie à ces quatre années « avec grâce et émotion »  je l’ai trouvé certes agréable à lire mais assez factuel et ce n’est que normal car finalement peu de gens ont raconté ce qui s’est passé sur le bateau de Brel ou dans la maison d’Hiva Oa. Quand il revenait en Europe, Brel fuyait les journalistes, nombreux à ses trousses. Et le combat contre la maladie est sans doute – et heureusement – resté le secret du chanteur et de ses intimes. Et donc ce récit m’a paru un peu sec… mais il y a parfois au détour d’une page un moment d’émotion, notamment à travers les rares paroles que Brel a vraiment laissées  : vers d’une chanson dédiée à son ami Georges Pasquier (« Jojo était son ami le plus cher depuis leur rencontre aux Trois Baudets, depuis ces fins fonds de la nuit où aucun des deux n’arrivait à dire à l’autre que, peut-être, il serait préférable d’aller dormir. ») ou lettre à un autre ami, Charley Marouani (« Je t’écris sur le pont,à la lueur d’une lampe à pétrole. Il fait doux. La terre bruisse et respire. Un moment rare et merveilleux, trop formidable pour un homme seul. Envie de t’écrire. Acte rare et important pour moi. J’ai tant d’amitié et de respect pour toi que les mots me semblent insolents et que, de toujours, j’ai préféré le silence. Mais me reste l’envie de dire aux hommes que j’aime, que je les aime. Et je t’aime. »)

Et puis, ne serait-ce que pour approcher un peu l’homme Jacques Brel, le chanteur, l’auteur, l’amoureux, le rêveur qui brûla d’une flamme inextinguible, cette lecture en valait bien la peine.

David HENNEBELLE, Mourir n’est pas de mise, Autrement, 2018

 

Une ville maritime…

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Une ville maritime aux trains bleus et blancs,
Un été immense, presque roux,
Rompu le pain, la gloire,
Oublié jusqu’au sens des désastres anciens.

Je prendrai une chambre, j’écrirai un livre
Où rien ne sera dit d’essentiel
Ni le rêve des hommes ni la tendresse des femmes,
Un livre solitaire soulevé de flammes.

Octobre. Premières ombres
Dans les roseaux près de la grève, à mon ami le plus ancien
J’en lirai des passages, puis, le voyant las,
Nous irons boire, lui l’anis, moi le vin très bleu.

18 mars 1964

Yves MARTIN (1936-1999), Manège des mélancolies: Poésies inédites (1960-1990),La Table Ronde, 1996

Little Bird

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Présentation de l’éditeur :

Après vingt-quatre années passées au bureau du shérif du comté d’Absaroka, dans le Wyoming, Walt Longmire aspire à finir sa carrière en paix. Ses espoirs s’envolent quand on découvre le corps de Cody Pritchard près de la réserve cheyenne. Deux années auparavant, Cody avait été un des quatre adolescents condamnés avec sursis pour le viol d’une jeune indienne, un jugement qui avait avivé les tensions entre les deux communautés. Aujourd’hui, il semble que quelqu’un cherche à venger la jeune fille. Alors que se prépare un violent blizzard, Walt devra parcourir les vastes étendues du Wyoming sur la piste d’un assassin déterminé à parvenir à ses fins.

Avec  ce premier volet des aventures du shérif mélancolique et désabusé, Walt Longmire, Craig Johnson s’impose d’emblée parmi les plus grands.

J’ai lu à un rythme d’escargot maladif en septembre, même cette première enquête de Walt Longmire n’a pas fait progresser ma vitesse (sauf les 150 dernières pages quand même) mais depuis que j’ai refermé le livre sur le shérif tentant de soigner ses blessures en solitaire après un dénouement particulièrement douloureux pour lui, j’ai senti le coup de coeur monter doucement et c’est bien agréable !

Coup de coeur pour ce personnage si attachant, avec son bon sens, ses failles, son amour pour sa fille (que j’attends avec impatience de connaître de plus près qu’à travers un répondeur téléphonique), ses fidélités, sa sensibilité, son humanité et son humour imparable. Il aime les femmes, Walt, et on ne peut que l’aimer pour ces liens particuliers qu’il a noués avec Vic son adjointe, Ruby sa secrétaire, Dorothy qui le restaure, pour ces femmes de caractère qui l’empêchent de s’encroûter. Il aime son ami Cheyenne Henry Standing Bear, le double Indien de Walt dans la stature physique et morale et dans l’humour. Craig Johnson ne s’est pas contenté d’un héros charismatique, il a aussi créé des personnages « secondaires » bien campés aux traits bien ciblés (le « Hmmmm… C’est bien vrai » de Lonnie Little Bird… inoubliable).

Coup de coeur pour la narration menée par Craig Johnson, prenant bien son temps au début et s’accélérant judicieusement, déployant l’enquête au rythme de la nature grandiose des grandes plaines du Wyoming ou d’une tempête de neige mémorable au cours de laquelle Walt Longmire va se trouver branché en direct avec les Vieux Cheyennes qui le protègent depuis le camp des morts. Lire une histoire qui mêle enquête et grands espaces, qui vous fait sentir les tensions entre Blancs et Indiens aujourd’hui, ça m’a donné envie de découvrir un peu plus le fameux « nature writing » que je ne connais vraiment pas bien.

Coup de coeur particulier pour l’humour des dialogues et les touches de culture qui parsèment ceux-ci. Je pense qu’au fil des lectures, je m’attacherai au shérif Longmire autant qu’au commissaire Adamsberg, c’est dire ! ‘Mon travail n’était jamais aussi bon que lorsque je ne réfléchissais pas ; je considérais parfois mon esprit comme un plan d’eau qui travaillait au mieux une fois que tout s’était déposé dans le fond. Le truc était de ne pas se laisser embourber. » Il y a une légère similitude, avouez !

« Rien de tel qu’un cadavre pour vous faire sentir, disons, décalé. J’imagine que les super flics de la ville, qui se font jusqu’à quarante ou cinquante homicides par an, s’y habituent, mais moi, j’ai jamais pu. J’ai côtoyé assez d’animaux sauvages et de bétail pour que la mécanique de la mort me soit familière. Certains ont une religion qui donne une valeur à ce passage, à ce moment ultime, où, de créature verticale, on devient horizontale. Hier, on était anonyme quelconque, et aujourd’hui, on est le mort couvert d’honneurs, les mains emballées dans des sachets fermés par des élastiques. »

« Aristote disait que certains esprits ne sont pas des vases attendant d’être remplis, mais des feux attendant d’être allumés. Sans parler du bourbon, Lucian était allumé depuis longtemps et ses yeux de Tigre Volant étincelaient encore de vivacité. »

« Personne ne peut se faire un gilet pare-balles contre les émotions, alors on ne peut que trimballer les éclats d’obus avec soi. »

« – Quoi ? Je fais trop de bruit en mangeant ?
– J’aime te regarder manger.
– Pourquoi ?
– Ça te fait tellement plaisir. Tu apprécies ma cuisine.
Je tapotai ma bedaine.
– Ouais, un peu trop, d’ailleurs.
– Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ? »

« Je descendis la vitre au maximum, c’est à dire à peu près à mi-chemin, et respirai. Dans un contraste frappant, l’air frais du canyon se mêla à l’odeur tiède de moisi qui régnait dans le camion. C’était quelque chose que j’aimais dans le camion de Henry, même si je ne lui avais jamais dit : son odeur chaleureuse de vieux métal, de terre et de cuir. J’avais grandi dans des pick-up comme celui-ci, et j’y trouvais une forme de sécurité, un souvenir sensoriel qui transcendait les marques et les écussons. Je regardais alentour les vestiges de tous ces rêves nomades et pensai à la mobilité de la nostalgie dans l’Ouest. Aucune des roues autour de moi ne retrouverait probablement jamais la route mais restait-il, hébergées dans les intérieurs brûlés par le soleil et dans les carrosseries rouillant lentement, des passions profondément enracinées ? Rien n’était moins sûr, mais l’espoir a souvent un relent d’éternité. »

Melting-pot de citations  et billet pas assez centré sur l’intrigue, très incomplet, très subjectif,  j’en suis consciente, mais si ça peut vous inciter – si comme moi jusqu’à présent, vous ne l’avez pas encore découvert – à lire Craig Johnson…

Craig JOHNSON, Little Bird, traduit de l’américain par Sophie Aslanides, TotemGallmeister, 2011

Ouf je réussis à lire un titre pour honorer le challenge Nation indienne d’Electra ! (Lisez aussi son avis sur ce roman.)

           Animal

 

 

Les notes du jeudi : Jacques Brel (1)

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Jacques Brel est mort le 9 octobre 1978, il y a quarante ans donc. Il avait quarante-neuf ans. Une bonne raison de mettre à l’honneur ses chansons, picorées de façon tout à fait subjective et sans trop de commentaires…

Les bonbons (les deux chansons) à déguster sur scène sans modération, tout simplement parce que les bonbons… ça est tellement bon !