Les notes du jeudi : Hommages (3) Philippe Boesmans

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Le compositeur belge Philippe Boesmans, dont je vous ai déjà fait écouter Fanfare II pour orgue, reconnu comme un grand compositeur d’opéras contemporains, est mort à Bruxelles le 10 avril dernier. Vous trouverez facilement sur Youtube une vidéo de Pinocchio, opéra composé sur un livret de Joël Pommerat, mais je vous propose d’écouter une pièce instrumentale plus courte : Chambres d’à côté par l’ensemmble Musiques nouvelles dirigé par Jean-Paul Dessy.

Quand je reviendrai

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Quatrième de couverture :

Un matin, Manuel, seize ans, et Angelica, vingt-quatre ans, découvrent que leur mère Daniela est partie en pleine nuit, sans prévenir personne, pas même leur père, un homme désœuvré, au chômage depuis des mois. Comme de nombreuses femmes de sa génération, elle s’est résolue à quitter la Roumanie post-communiste pour l’Italie, où il serait possible de s’enrichir très rapidement. Elle espère pouvoir ainsi payer des études à ses enfants et leur offrir un avenir.

Mais la réalité est bien différente, et les mois d’absence deviennent des années. Le fossé se creuse entre Daniela et ses enfants qui, malgré la nouvelle et relative aisance matérielle offerte par l’exil de leur mère, se sentent abandonnés. Jusqu’au jour où Daniela est précipitamment rappelée en Roumanie à la suite d’un événement tragique.

Il y a un an, j’ai lu le premier roman de Marco Balzano traduit en français et Je reste ici était une de mes meilleures lectures de 2021. Avec Marilyne, nous avons décidé de faire aujourd’hui une lecture commune « auteur » : elle vous présente Je reste ici et je vous propose un avis sur Quand je reviendrai.

Etrange résonance entre ces deux titres, du moins en français (pour ce deuxième roman, c’est la traduction exacte de l’italien) : et de fait, si dans le premier, c’est une mère qui parle à sa fille qui a été enlevée par sa tante, ici c’est une mère roumaine qui décide de quitter sa famille et son village sans rien dire pour aller trouver du travail en Italie, à Milan, croyant ainsi gagner de quoi faire vivre décemment ses deux enfants, leur permettre des études correctes et revenir plus riche à Radeni. Daniela va se heurter à la réalité de plein fouet : les seuls emplois accessibles aux Roumaines (et à d’autres étrangères venues de l’est) sont des postes de garde-malades, d’auxiliaires de vie pour des personnes âgées atteintes de maladies comme Parkinson ou Alzheimer. Leurs employeurs ne les déclarent pas toujours et leur espoir de rentrer rapidement au pays s’éloigne de jour en jour. Quand elles rentrent pour les vacances de Noël par exemple, elles mesurent l’éloignement physique et psychologique qu’elles subissent et qu’elles font subir à leur famille – avec les meilleures intentions du monde.

C’est ce que déploie Marco Balzano à travers ce roman choral qui donne ‘abord la parole à Manuel, le cadet, lycéen que l’argent gagné par Daniela parvient à faire inscrire dans un lycée huppé qui ne lui convient pas du tout. Le garçon va « mal tourner » jusqu’à ce que son grand-père lui redonne une certaine stabilité affective. Mais la mort du grand-père va gravement perturber Manuel, qui se retrouve à l’hôpital dans le coma après un grave accident.

La deuxième partie – la plus longue – nous fait entendre Daniela, revenue au chevet de son fils. Elle va lui raconter ce qu’elle a fait à Milan, pour qui elle a travaillé, révélant ainsi les trésors d’humanité et de « prendre soin » dont font preuve ces travailleuses immigrées envers des personnes dépendantes dont les proches ne savent pas ou ne veulent pas s’occuper. Cela n’empêche pas Daniela de se sentir écartelée entre ce désir de donner le meilleur d’elle-même à ses enfants à travers l’argent gagné dans ce travail ingrat et l’éloignement, la solitude, le burn-out (le « mal d’Italie ») qui guette les femmes comme elle.

La dernière partie donne la parole à Angelica, la fille aînée, huit ans plus âgée que Manuel et qui a dû assumer la vie de famille tout en continuant ses études et en cherchant à se construire sa propre vie. Une autre forme de manque et de ressentiment contre sa mère qui la poussera elle aussi à s’éloigner du village et de la Roumanie.

Dans ce roman, pas de fond historique particulier comme dans Je reste ici mais une réalité sociale et humaine bien précise. Au départ, Marco Balzano voulait écrire un roman sur ces migrantes qui viennent travailler en Italie et assumer un travail difficile, dans l’ombre. Un voyage en Roumanie lui a fait découvrir l’autre « maillon » de la chaîne : les enfants et adolescents restés au pays, parfois confiés à des institutions quand la famille restante ne peut s’en occuper. Il a alors compris qu’il devait donner la parole aux unes et aux autres. Il le fait une fois de plus sans pathos, nous donnant à sentir les aspirations, les frustrations, les rêves et les déceptions des uns et des autres, nous montrant les conséquences des choix effectués. Il donne ainsi une belle dignité à ses personnages et offre un point de vue inattendu sur l’exil et sur l’amour maternel.

Marco BALZANO, Quand je reviendrai, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Philippe Rey, 2022

Deux lectures décevantes

Pour terminer ma ligne belge du Petit Bac, fin avril, j’ai lu deux livres très différents… et tous deux des déceptions à des titres divers. J’ai hésité mais je me suis dit que j’en ferais quand même un billet.

Tout d’abord, j’ai lu l’avant-dernier roman de Valérie Cohen, auparavant éditée par Luce Wilquin en Belgique et maintenant éditée chez Flammarion en France. Une attachée de presse me l’a proposé en « envoi surprise » que j’ai accepté sans réfléchir.

Quatrième de couverture :

Joli brin de femme épanouie à la carrière radieuse, Emma semble avoir une vie toute tracée. Développer son entreprise de prêt-à-porter, cultiver ses amitiés, aimer paisiblement son mari et son fils.
Mais une fois par an, elle revient à ce jour, il y a vingt ans, où son amour de jeunesse l’a quittée. Quand elle apprend que cet homme est actif sur un site de rencontre pour personnes mariées, la tentation est grande de revisiter ses souvenirs.
Quelle trace laisse un premier amour ? Est-il possible d’apprivoiser le passé quand il s’immisce dans le présent ? Peut-on tourner la page sans renoncer à hier ?

Bon, je suis bien ennuyée mais comme Le hasard a un goût de cake au chocolat, je n’ai pas aimé ce roman, je l’ai même abandonné à la page 119/378. Je savais que Valérie Cohen a retrouvé un éditeur français, mais rien que la formulation de ce titre m’avait retenue. J’ai l’impression d’avoir lu un roman feel-good ou romance, je n’ai pas du tout l’habitude de ces genres (même pas des romans basés essentiellement sur une histoire d’amour) et mon avis sera sans doute lapidaire mais franchement, j’avais l’impression qu’à la page 119, on était toujours dans la présentation des personnages principaux, qu’il ne s’était encore rien passé de décisif. Le style m’a très vite lassée : on sait tout des moindres actions, du moindre détail physique des personnages avec pléthore d’adjectifs. Pas vraiment de place à l’imagination du lecteur, tout vous est servi sur un plateau… indigeste. Et bien sûr, on est dans le registre « gentil », avec plein de valeurs morales que je respecte infiniment, comme Valérie Cohen l’est dans la vie, mais… je préfère des personnages et des histoires plus rudes, avec des failles, des aspérités, des travers (qui, me semble-t-il, donnent des romans plus attrayants mais ce n’est que mon avis…). Pardon mais je crois que je vais en rester là…

Valérie COHEN, Depuis, mon coeur a un battement de retard, J’ai lu, 2022 (Flammarion, 2019)

Ensuite j’ai sorti un livre des éditions Esperluète parce que je n’en avais même pas lu pour le Mois belge. J’ai choisi le court texte (87 pages) de Véronika Mabardi, Pour ne plus jamais perdre, illustré par Alexandra Duprez. Ici aussi je vous copie la quatrième de couverture pour que vous ayez une idée du récit.

Quatrième de couverture :

bientôt tu tomberas, malgré la coquille et le nid. tu traîneras tes pieds dans les feuilles mortes, le long des trottoirs, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de nuits, d’herbe
ni de cailloux.
tu apprendras la ville et la nuit, les hommes qui tendent des mains aux paumes crasseuses. tu liras dans ces lignes un poème, tu écouteras les rengaines et les rumeurs. penchée sur le rebord du pont, plus rien ne pourra te retenir. un abandon plus facile que les tempêtes.

Trois moments pour dérouler le temps et arpenter la mémoire : une femme nous emmène dans la maison d’une grand-mère, vers les sentiers au fond du jardin et là où tout se trouble. La marche et l’errance urbaine y réveillent le souvenir et dessinent un nouveau territoire à parcourir.

Texte de passage, de prise de conscience, de renoncement à un temps idéal qui passe par le deuil – pas seulement des proches, mais d’une idée du monde, d’une liberté de rêver. Une écriture puissante, à vif, qui nous entraîne là où le quotidien devient poésie, là où le souvenir tisse sa trame.

Ici mon sentiment principal est plutôt la perplexité : si j’ai compris le but de la première partie, je me suis perdue dans les deux suivantes. Il est question de deuil, et du coup la narratrice (je crois que c’est une ou non un narrateur) erre dans la ville en s’arrêtant devant des personnes marginales, des sans abri, des jeunes en décrochage, entre autres. Elle explore ainsi le sentiment de la perte. L’écriture est poétique mais elle s’est révélée opaque pour moi, tantôt des blocs de texte, tantôt des lignes plus épurées, sans aucune majuscule. J’avoue que cette lecture ne me laisse aucun souvenir… Ce texte est paru trois ans avant le premier roman de l’autrice, Les Cerfs, que j’avais beaucoup aimé. J’ai encore deux titres de Véronika Mabardi à lire et je ne me laisserai pas décourager par la déception présente !

Véronika MABARDI et Alexandra DUPREZ, Pour ne plus jamais perdre, Esperluète, 2011

Petit Bac 2022 – ligne Belge Ponctuation et Verbe

Les notes du jeudi : Hommages (2) Yves Teicher

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Un peu de jazz et de chanson française pour changer. Bon, il me faut l’avouer, si je n’avais entendu l’information à la radio un soir en voiture, jamais je n’aurais publié ce billet car je ne connaissais même pas l’existence d’Yves Teicher. C’est un violoniste de jazz belge décédé le 11 avril dernier à l’âge de 60 ans. Il avait une formation classique et il a touché à de nombreux genres et univers musicaux au cours de sa carrière. Pour en savoir plus, c’est ici. Fan de Charles Trenet, il lui a consacré un spectacle que je vous propose d’écouter.

Le Mois belge 2022 : qui a gagné ?

Suite à vos commentaires sur la conclusion du Mois belge 2022, j’ai procédé au tirage au sort pour les deux livres offerts par les éditeurs. J’ai ajouté au tirage au sort Argali, qui a fait un commentaire sur le groupe Facebook. Le sort en a décifé :

Ingamnic gagne L’alphabet du destin de Liliane Schraûwen (chez Quadrature).

Argali gagne Le cinéma de Saül Birnbaum (chez M.E.O.)

Pouvez-vous m’envoyer vos coordonnées postales pour que je les envoie aux éditeurs ? Merci. (mon mail adtraviata@gmail.com)

Bravo à toutes les deux, encore merci aux éditeurs et merci à celles qui ont proposé des idées pour 2023 (globalement, revenir aux thèmes et LC « traditionnels »).

Le mois belge 2022 : la conclusion

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Me voilà enfin pour clôturer ce Mois belge 2022. Le nombre de participants et de billets a baissé mais l’enthousiasme y était toujours et nous avons fait de belles découvertes. Personnellement je retiens la lecture de Diane Meur.

Et vous, que gardez-vous en tête de cette édition 2022 ? Peut-être avez-vous des suggestions pour la dixième édition ? Je vous invite à m’en faire part dans les commentaires, merci !

Comme chaque année, deux livres sont à gagner grâce aux éditions Quadrature et aux éditions M.E.O. que je remercie chaleureusement !

Tout d’abord, L’alphabet du destin de Liliane Schraûwen, un recueil de nouvelles publié par Quadrature, qui ressemble à un roman et que j’avais beaucoup aimé.

Ensuite, Le cinéma de Saül Birnbaum d’Henri Roanne-Rosenblatt, publié par M.E.O. et que je vous ai présenté ce matin. (Cliquez sur les titres pour lire mon avis.)

Je vous avoue que je n’ai pas eu d’idée spéciale pour un concours. Aussi je vous laisse jusqu’à mardi 10 mai minuit pour déposer un commentaire (un livre que vous retenez du mois belge, un auteur, une suggestion…) et je tirerai au sort parmi vous les gagnants de ces deux livres.

Merci encore à vous, toutes les participantes, aux éditeurs et merci pour vos commentaires !

Le cinéma de Saül Birnbaum

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Quatrième de couverture :

Saül Birnbaum, survivant d’une famille de restaurateurs judéo-polonais, fuit l’Autriche à l’âge de 6 ans, après la Nuit de cristal, par un Kindertransport, et trouve refuge à Bruxelles où il sera caché de 1942 à 1944. Fasciné par le cinéma hollywoodien qu’il découvre à la Libération, il réalise son rêve américain en ouvrant un delicatessen à New York. Une ébauche de scénario laissée en gage par un client impécunieux lui permet de devenir producteur de cinéma. Il parvient, par des méthodes peu orthodoxes de financement, à monter la production d’un film et à convaincre une star d’y jouer. Pourtant, Saül demeure hanté par sa jeunesse dramatique et par la nostalgie de son amour d’enfance, Hilde, nièce d’Hitler…

Ce roman de Henri Roanne-Rosenblatt a sans doute une part autobiographique : l’auteur est lui-même né à Vienne en 1932, a quitté l’Autriche après l’Anschluss et a été critique de cinéma à la RTB (Radio Télévision Belge). Il est également l’auteur de deux films documentaires. Je l’avoue, je ne connaissais pas l’existence des Kindertransporten, qui ont permis de sauver des enfants juifs de l’invasion allemande en Autriche.

Le roman alterne les chapitres sur l’enfance de Saül Birnbaum, né à Braunau-sur-Inn, comme Hitler, et sa vie adulte à New York. Le père de Saül est emprisonné à Dachau après l’Anschluss et sa mère se bat contre vents et marées pour sauver son mari et son fils. Elle n’obtiendra un visa que pour son mari – dont elle découvrira, ironie du sort, qu’il l’a trompée et qu’il a eu un autre fils – et se séparera la mort dans l’âme de son fils, en l’intégrant à un Kindertransport. Celui-ci arrive à Bruxelles et est « adopté » par un couple juif lui aussi. Grâce à Justine, il échappera aux rafles anti-juives. Après la guerre et de nombreuses péripéties familiales (que je vous laisse découvrir), il émigrera au Canada puis à New York où il pourra, avec la mystérieuse Hannah, vivre à fond sa passion du cinéma, passion qui l’a aidé à survivre pendant son adolescence. Et il deviendra même le producteur d’un film réalisé par son neveu, film qui lui permettra de revenir sur les traces du passé…

Cette alternance entre enfance et âge adulte donne du rythme et de l’émotion à l’histoire de Saül Birnbaum, qui doit apprivoiser les fantômes si douloureux de son histoire. S’il est parfois un peu difficile de démêler la vérité historique, ce roman évoque des événements bien réels et j’y ai encore appris des choses (comme les Kindertransporten). Plaisir non négligeable, l’auteur nous donne une leçon de cinéma, on revit ou on revoit les grands classiques français et américains, les acteurs et actrices qui ont fait la légende d’Hollywood et aussi la vie culturelle new-yorkaise. Vous le devinez, j’ai beaucoup aimé cette lecture !

Henri ROANNE-ROSENBLATT, Le cinéma de Saül Birnbaum, M.E.O., 2022 (première édition : Genèse, 2013)

Les éditions M.E.O. ont réédité ce roman à l’occasion de l’adaptation cinématographique qui sortira en salles en France et en Belgique le 22 juin.

Le Mois belge 2022 – catégorie Les Impressions nouvelles

Les notes du jeudi : Hommages (1) Toots Thielemans

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En avril, plusieurs personnalités musicales, belges et internationales, sont décédées. Je leur consacre les notes du jeudi à suivre. Mais auparavant rendons hommage à notre Toots Thielemans national qui aurait eu 100 ans le 29 avril !

Ecoutons-le dans le générique de Jean de Florette, musique composée par Jean-Claude Petit.

Dédicace

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Toi que je n’ai pu sauver
Entends-moi.
Tu dois comprendre ces mots simples, d’autres me feraient honte.
Je te jure, mon langage n’est pas ensorceleur.
Je te parle au moyen du silence,
Tel un nuage, tel un arbre.

Ce qui me fortifiait était pour toi mortel.
Tu confondais l’adieu à une époque et le commencement d’une époque nouvelle

Le langage de la haine et la beauté lyrique,
La force aveugle et la forme accomplie.

Voici la vallée polonaise aux fleuves peu profonds. Et un immense pont
S’avançant dans un brouillard blanc. Voici une ville brisée,
Et le vent sur ta tombe jette des cris d’oiseaux
Pendant que je te parle.

Que signifie une poésie qui ne sauve
ni peuple ni nation ?
Une complicité avec les mensonges officiels,
La chanson d’un pochard dont la gorge sera tranchée demain,
Lectures pour jeunes étudiantes.
J’ai désiré sans le savoir une bonne poésie,
Et découvert, tardivement, son but salvateur ;
Cela, et cela seul, peut sauver les valeurs.

Ils versaient sur les tombes du millet ou des grains de pavot
Pour nourrir les morts qui reviendraient en oiseaux.
Je dépose ici ce livre pour toi, qui vécus autrefois,
Pour que tu ne nous visites plus.

Czesław MILOSZ,  Enfant d’Europe, traduit du polonais par Monique Tschui et Jil Silberstein, L’Âge d’Homme, 1980

Voilà le poème que j’ai choisi pour ce rendez-vous poétique avec Marilyne. Czeslaw Milosz (1911–2004) est un poète polonais, qui a participé à la résistance contre les nazis, a fui le régime de Varsovie au début des années cinquante. Le thème de l’exil et du déracinement est très présent dans son oeuvre. Il était très proche du mouvement Solidarnosc mais il n’a pu rentrer vraiment en Pologne qu’en 1993. Il a reçu le prix Nobel en 1980. Il était également le traducteur de nombreux poètes en polonais.

J’ai choisi ce poète un peu en lien avec mes dernières lectures de Diane Meur et Henri Roanne-Rosenblatt, et du coup je vous propose cette peinture de Marc Chagall, Homme-coq au-dessus de Vitebsk (1925). Ca n’a rien à voir avec la poésie mais c’est tout un contexte de lectures qui m’y ont fait penser.

Aujourd’hui, Marilyne vous propose deux poèmes du Mexicain Octavio Paz.

La colère de Maigret

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Quatrième de couverture :

Il était midi et quart quand Maigret franchit la voûte toujours fraîche, le portail flanqué de deux agents en uniforme qui se tenaient tout contre le mur pour jouir d’un peu d’ombre. Il les salua de la main, resta un moment immobile, indécis, à regarder vers la cour, puis vers la place Dauphine, puis vers la cour à nouveau.
Dans le couloir, là-haut, ensuite dans l’escalier poussiéreux, il s’était arrêté deux ou trois fois, faisant mine de rallumer sa pipe, avec l’espoir de voir surgir un de ses collègues ou de ses inspecteurs. Il était rare que l’escalier soit désert à cette heure, mais cette année, le 12 juin, la P.J. avait déjà son atmosphère de vacances.

Pour ce rendez-vous autour de Simenon, j’avais sous la main ce court roman, offert à l’achat de deux livres de poche il y a deux ou trois ans. Je n’ai pas l’impression que ce soit le Maigret le plus palpitant mais je m’en suis contentée.

Le patron de quatre cabarets de Montmartre a été assassiné : Emile Boulay a été retrouvé étranglé, déposé sur le trottoir devant une de ses boîtes de nuit. L’autopsie révélera qu’il a été tué quelques jours avant. C’était un homme sans histoire, un mari et un père de famille tranquille, un patron correct, aux habitudes précises, qui menait ses affaires avec bon sens. Maigret passe du temps à reconstituer l’emploi du temps de la victime le jour de sa mort et s’intéresse à sa famille, à ses proches, à ses collaborateurs, à son avocat… Rien de suspect, sauf un retrait à la banque d’une somme assez importante et des coups de téléphone sans succès. La mort de Boulay a-t-elle quelque chose à voir avec l’exécution d’un racketteur quelques semaines auparavant ? Maigret va résoudre l’enquête à force de tâtonnements, en épluchant d’anciennes affaires, en grommelant des bouts de phrases presque incantatoires qui aideront son cerveau à faire toute la lumière sur l’affaire. C’est la découverte du coupable qui déclenchera cette colère du titre.

On retrouve donc ici le fonctionnement classique du commissaire Maigret, de ses enquêtes avec les inspecteurs de son équipe, Lucas, Torrence et Lapointe, ses habitudes bien ancrées de déguster une bière bien fraîche ou un petit blanc dans une brasserie du quartier, de passer le week-end à pêcher en banlieue sous le regard de madame Maigret. Ici, on peut s’étonner du comportement du commissaire face au coupable à la toute fin de l’enquête : sans rien vouloir dévoiler, c’est comme si le divisionnaire décidait déjà de la manière dont justice doit (ou non) se faire. Il a vraiment beaucoup de pouvoir, ce commissaire…

Georges SIMENON, La colère de Maigret, Le Livre de poche, 2019 (première parution : 1963)

Le Mois belge 2022 – catégorie Noir Corbeau (un polar) Rendez-vous autour de Simenon ce 29 avril