La Prisonnière du temps

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Quatrième de couverture :

À l’été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s’installe à Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily, Edward peint des toiles qui marqueront l’histoire de l’art. Mais à la fin de son séjour, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie d’Edward Radcliffe est en miettes.
2017. Elodie Winslow, jeune archiviste londonienne fiancée à un golden-boy ennuyeux, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d’une femme à la beauté saisissante, en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d’une demeure au bord de l’eau. Pourquoi cet endroit semble-t-il si familier à Elodie ? Et si son enquête l’aidait à percer le mystère de ses origines ?

Je n’ai pas pu résister à cette jolie couverture qui m’a permis de retrouver Kate Morton, dont j’avais beaucoup aimé Le jardin des secrets.

La Prisonnière du temps, c’est la narratrice de ce roman, du moins en partie : tandis qu’elle revient régulièrement nous conter son histoire, qui a commencé dans les années 1850 environ, et nous faire comprendre peu à peu le sens du titre, son récit est entrecoupé des histoires de Lucy, Ada, Leonard, Juliet, Tip, Elodie et bien sûr celle d’Edward Radcliffe, le peintre passionné qui a acheté Birchwood Manor. Cette maison est aussi l’héroïne du roman, une maison accueillante, lumineuse, remplie d’une secrète présence. Elle a marqué tous ceux qui l’ont habitée : le peintre et son modèle Lily Millington ; sa soeur Lucy qui en a hérité et en a fait un pensionnat pour jeunes filles, espérant élever leur condition par la science et la connaissance : Ada, une des pensionnaires venue d’Inde ; Leonard le biographe d’Edward Radcliffe ; Juliet, une journaliste qui s’est réfugiée à Birchwood Manor avec ses trois enfants suite au Blitz londonien ; Tip, son benjamin hypersensible ; et enfin Elodie, qui, en classant des archives reconnaît dans un carnet à dessin la maison dont sa mère (une violoncelliste célèbre morte tragiquement) peuplait les contes qu’elle offrait à sa fille le soir.

Dans ce nouveau roman, il y a tout ce qui fait la patte de Kate Morton : l’importance des lieux habités, les secrets de famille, les liens intergénérationnels, le voyage dans le temps, l’époque victorienne. J’avoue que ça aurait bien failli ne pas marcher cette fois car je sentais au début que la romancière était trop omnisciente, elle faisait un peu trop sentir que Elodie et la mystérieuse jeune femme dont elle trouve une photo ancienne étaient liées. Il me semblait aussi qu’elle voulait toucher à trop de sujets et qu’elle se dispersait. Mais je me suis laissée emporter finalement et j’ai dévoré le roman, appréciant particulièrement au passage le thème de la fratrie endeuillée et les destins d’Ada et de Juliet ainsi que les références artistiques aux débuts de la photographie.

« La nature, estimait Edward, devait être appréciée pour elle-même et non pas pour les richesses qu’elle procurait à ceux qui ne visaient qu’à l’exploiter. Opinion difficile à défendre, comme Thurston se plaisait à le souligner, pour un homme qui se préparait à jouir par le mariage d’une fortune amassée dans l’acier et les chemins de fer. L’ami de sa mère, M. John Ruskin, avait émis un avis plus sévère encore sur la question : la multiplication des chemins de fer dans les régions les plus reculées du monde était une folie bien digne des hommes. ‘Il faut être un idiot pour aimer à raccourcir le temps et l’espace, avait déclaré le grand homme en quittant la maison de Hampstead, quelques jours plus tôt. Le sage, lui, incline à les faire durer.’ « 

« Je me suis postée dans l’escalier, devant la fenêtre qui donne sur le marronnier et, au-delà, sur ma vieille amie la Tamise. Je ne m’attends pas à ce que mon jeune visiteur revienne par ce chemin : contrairement à nombre d’autres visiteurs de Birchwood, il n’a pas d’affection pour la rivière. Il la regarde de temps en temps, comme on le ferait d’un tableau, toujours à distance et sans grand plaisir, je le crois. Je ne l’ai pas encore vu emprunter une barque et voguer. Non, c’est pour moi-même que je contemple la Tamise. Elle a traversé ma vie comme le sang qui irrigua mon corps. « 

« La vérité dépend de la personne qui vous raconte l’histoire. »

Kate MORTON, La Prisonnière du temps, traduit de l’anglais (Australie) par Anne-Sylvie Homassel, Presses de la cité, 2019

#alassautdespaves

Challenge Pavé de l’été chez Brize

La Vierge à midi

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l est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, mais seulement chanter
Parce qu’on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée
En ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son honneur premier
Et dans son épanouissement final,
Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin
De sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes
la Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance
Et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme,
L’Éden de l’ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir
Les larmes accumulées,

Parce qu’il est midi,
Parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,
Parce que vous êtes là pour toujours,
Simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Paul CLAUDEL

L’avocat, le nain et la princesse masquée

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Quatrième de couverture :

Quand on est avocat, spécialiste des affaires de divorce, coucher avec ses clientes est rarement une bonne idée. En fait, c’est même interdit. Mais lorsqu’il s’agit de Nolwenn Blackwell, un des mannequins les plus en vue du moment, difficile de résister.
Hugues Tonnon s’est laissé tenter et mal lui en a pris. Au petit matin, deux flics viennent enfoncer le clou dans sa gueule de bois carabinée : Nolwenn a été assassinée. Et puisqu’il est le dernier à l’avoir vue vivante – et de près – il est le principal suspect. Pour l’inspecteur Witmeur, il ne fait même aucun doute qu’il est coupable. Le flic a une revanche à prendre sur le baveux depuis que sa séparation lui a coûté une paire de faux seins….

C’est mon deuxième roman de Paul Colize, et j’ai trouvé qu’il ressemblait un peu à Un parfum d’amertume, découvert l’an dernier. Mais je ne me suis pas ennuyée, bien au contraire. Un homme, l’avocat Hugues Tonnon, a toutes les apparences contre lui quand on trouve le corps sans vie de Nolwenn Blackwell, une mannequin qui venait de de faire appel à lui pour un divorce. Sur le point d’être arrêté, Tonnon préfère mener son enquête seul et quitte Bruxelles, avec un téléphone prépayé, des réserves d’argent liquide et des ressources « amicales » (un détective privé, un fabricant de faux papiers…) suffisantes, croit-il, pour échapper à la surveillance policière et investiguer en toute discrétion. Las ! Les cadavres se multiplient sur son chemin et l’étau se resserre autour de l’avocat. Entretemps il a rencontré la journaliste Christelle Beauchemin, biographe de Nolwenn, qui veut à tout prix savoir pourquoi celle-ci a été tuée. La dame a du caractère et même notre avocat reste parfois sans voix devant elle. L’improbable duo voyagera de Paris à l’Afrique du Sud, du Maroc à l’Algérie pour dénouer les fils de l’intrigue, entre milieux de la mode et du football.

Je me suis demandé à qui correspond le nain du titre, mais ce n’est qu’un détail. Paul Colize a l’art de mener sa narration sur un rythme enlevé, tout en apportant une grande attention aux détails : un journal abandonné, des personnages croqués de façon truculente, des faux papiers au nom de Willy Staquet… l’humour de l’auteur est toujours bien présent et c’est une source de plaisir toujours renouvelé. Au bout du compte, ce roman léger en apparence touche à un phénomène « sportif » qui revient régulièrement à la une de l’actualité. Le dénouement nous roule, comme le héros, dans la farine, mais on en redemande !

La première page : « Le mariage est la principale cause de divorce.
Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute.
Un coup de gueule fielleux ou un suicide avorté viendrait de temps à autre troubler l’ordre des choses, mais ce ne seraient que des cas isolés.
Il n’y aurait pas ces discussions orageuses, ces règlements de comptes miteux, ces débats houleux, ces polémiques sordides, ces déballages impitoyables et ces vaines tentatives de réconciliation. Il n’y aurait ni palabres interminables, ni négociations nauséeuses pour la garde du chien ou la répartition de la vaisselle. »

« Il était de taille moyenne et se tenait légèrement voûté. En plus de ses santiags et de ses cravates en cuir, il portait une banane à l’ancienne qui vibrait au gré de ses discours. 
Dans le milieu qu’il avait fréquenté antérieurement, son teint cuivré et sa peau grenue lui avaient valu des surnoms tels que le Reptile, le Caïman ou Crocodile. 
Plus terre à terre, Maxime l’appelait Sac à main. »

« – Pouvons nous résumer vos dires en actant que votre femme a entretenu plusieurs relations extraconjugales à votre insu ? (…)
– Oui, maître, actez que je suis cocu à l’insu de mon plein gré . »

Paul COLIZE, L’avocat, le nain et la princesse masquée, Pocket, 2015 (La Manufacture de livres, 2014)

Challenge Petit Bac – Littérature belge – Métier

Challenge Voisins voisines 2019 – Belgique

Gravé dans le sable

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Quatrième de couverture :

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu.
Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, n’a rien à perdre lorsque, vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky.
De la Normandie aux États-Unis, elle se lance en quête de la vérité et des témoins de l’époque… au risque de réveiller les démons du passé.

Ce roman, au départ baptisé Omaha crimes, est le premier écrit (pas le premier publié) par Michel Bussi. Celui-ci a remanié le livre initialement publié par les éditions Les Falaises pour une réédition par les Presses de la cité. J’ai acheté ce bouquin en juin, sur la foi du lien avec le débarquement allié en Normandie et la journée sanglante vécue sur Omaha Beach par les soldats américains ; j’ai d’autres livres en lien avec la Libération et la fin de la guerre, ce sera donc une série thématique (mais je ne lis pas tous les livres en suivant).

Bon, en fait de journée du Débarquement, il en est très peu question, l’important est plutôt le « pari » tenu entre Lucky Marry et Oscar Arlington quelques jours avant le 6 juin 1944 : le premier est un jeune homme solaire,chaleureux, chanceux, heureux fiancé d’Alice Queen, le second est un garçon falot, peureux, poussé dans la guerre par sa mère pour l’honneur de la célèbre famille Arlington. Oscar échange une place mortelle dans l’assaut avec celle de Lucky, moins dangereuse, le tout pour 1,44 million de dollars. Si Lucky meurt, la fortune reviendra à sa fiancée ou à ses parents. Vingt ans plus tard, portant toujours le deuil de son amour mort en Normandie, Alice Queen apprend que le « contrat » n’a jamais été honoré. De son côté, Lison Munier, une jeune Normande a recueilli et soigné un ranger américain laissé pour mort sur la plage, Alan Woe est resté vivre auprès de Lison jusqu’au jour où de mystérieuses lettres le poussent à retourner en Amérique.

Je n’en dis pas plus : c’est le début d’une enquête aux multiples rebondissements et coups de théâtre au cours de laquelle nous suivons (et nous attachons à) Alice Queen et à son délicieux détective privé Nick, nous croisons l’arrogante Emilia Arlington et son coiffeur pour dames (exécuteur pittoresque des ses basses oeuvres), nous cherchons les traces d’un ancien ranger sobrement surnommé La Branlette, autant de personnages sympathiques et attachants ou pathétiques, lâches ou courageux. Des plages de Normandie au fin fond de l’Amérique rurale, les pages se tournent toutes seules jusqu’au « bouquet » final.

Bon, je suis un peu dubitative sur le remaniement opéré par l’auteur après avoir lu deux fois au moins l’expression « sortir dehors » (le b.a.ba du pléonasme, non ?) et certaines coïncidences sont peut-être un peu trop téléphonées mais j’ai passé un bon moment de lecture avec ce récit enlevé aux personnages bien marqués.

Michel BUSSI, Gravé dans le sable, Pocket, 2015 (Presses de la cité, 2014)

#alassautespaves

Libération 44-45 Lecture 1

Un long weekend pour lire

FondantGrignote se lance dans un « long weekend pour lire et se chouchouter » du 2 au 5 août. Il y a longtemps, aux débuts du blog (ça fait neuf ans en ce mois d’août !), j’ai fait un ou deux marathons de lecture mais je ne me sentais pas très à l’aide dans l’exercice. Alors pourquoi accompagner Fondant ce weekend, me direz-vous ? Parce que je n’ai rien de prévu, parce que c’est l’occasion de laisser un peu plus de place à la lecture (et moins aux écrans ?? le pari est lancé) et parce qu’il y a aussi le mot « chouchouter », pas question de forcing lecture donc.

Petit compte-rendu de lecture qui se complétera au fur et à mesure.

En ce vendredi matin, je continuerai ma lecture de Mal d’enfant d’Elizabeth George (je suis à la page 196 / 544). Il y a très longtemps que je n’ai lu cette romancière et je suis ravie de la retrouver. Je publierai ma chronique en septembre pour le Mois américain (car, même si tous les romans avec le duo Thomas Linley Barbara Havers se passent en Angleterre, Elizabeth est bien Américaine).

Vendredi 18 heures : J’ai lu plus de 100 pages de mon roman, j’ai dépassé la moitié (en général, quand j’ai dépassé la moitié, je lis avec plus d’ardeur, je sens la fin,arriver, je sens l’écurie 😉 ) Bon, ce matin j’ai quand même passé un peu de temps sur Instagram, c’est dingue les tentations des copines lectrices, mais je ne suis pas mécontente de mon rythme de lecture d’autant que la typo est assez serrée. J’ai lu dans mon canapé et dehors, sans oublier de déguster du saumon poché avec des carottes et des pois mange-tout, miam !

Samedi 15h : Ce matin je n’ai lu que quelques pages de Mal d’enfant pendant le petit déjeuner. J’ai même lu aussi le premier chapitre d’une de mes prochaines lectures, je n’ai pu m’empêcher de « vérifier » le début en passant près de la pile.  La matinée a été principalement consacrée aux courses, j’aime aller au marché le samedi matin. Allez, cette fois, je m’y mets sérieusement avec un petit ravier de framboises sous la main !

Dimanche 11 h : J’en suis à la page 413 / 544 de mon roman, j’espère le finir aujourd’hui même. Hier je n’ai finalement pas lu beaucoup plus qu’un jour ordinaire… pas grand chose de différent, à part rédiger ces quelques notes de lecture… Mais comme je ne suis pas de sortie ce dimanche, on peut espérer que les pages vont tourner un peu plus vite que d’habitude !

Dimanche 17h30 : Je viens de finir Mal d’enfant. Sapristi,j’avais oublié à quel c’est bon et fort, les romans d’Elizabeth George ! Elle est assez maligne pour nous laisser deviner la solution de l’énigme mais elle est passée par des chemins détournés pour en arriver là et elle mêle à son intrigue des éléments de roman sociétal percutants. Je fais une petite pause pour laisser descendre un peu le tout.

Lundi 12h30 : Matinée passée à un peu d’activité ménagère et à lire Ellis Island de Georges Perec, réédité par P.O.L. cette année. Un texte écrit en prose poétique en grandepartie, qui raconte ce qu’était Ellis Island et l’expérience qu’en a faite Georges Perec, accompagné de Robert Bober. Très intéressant et touchant. Impossible de ne pas penser aussi au roman de Gaëlle Josse, Le dernier gardien d’Ellis Island.

Ca fait donc pour le moment 349 pages de Mal d’enfant + 75 pages d’Ellis Island.

Cette après-midi, je pense commencer un nouveau pavé d’été : La prisonnière du temps, le dernier roman de Kate Morton. Et peut-être – une fois n’est pas coutume – lire une BD d’abord.

Lundi 22h : Je n’ai quasiment pas lu cette après-midi… J’ai regardé deux épisodes enregistrés de la série Grantchester et j’ai rédigé mon billet sur Mal d’enfant (il sera publié en septembre pour le Mois américain). Et j’ai lu quelques pages de La Prisonnière du temps de Kate Morton : cette fois il sera question d’une héroïne contemporaine et d’une jeune femme qui a fréquenté un peintre préraphaélite en 1862. Ca s’annonce bien !

Bilan : 349 + 75 + 40 = 444 pages très exactement ! Et un grand merci à Fondant et Chicky Poo pour ce weekend partagé !

 

Le chagrin des vivants

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Quatrième de couverture :

Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. 
À Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse. 
Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les cœurs s’apaisent.

J’aime la couverture de ce livre : elle m’a sans doute attirée quand je l’ai acheté et après lecture, je la trouve particulièrement bien choisie.

Un portrait de femme, chapeau couleur aubergine et robe de satin couleur bronze dont les reflets apportent de la lumière à l’image : couleurs qui mêlent le deuil – ou plutôt le demi-deuil, quand il s’st écoulé une période de quelques mois après le décès d’un proche – et la lumière, l’espoir, la renaissance. Le visage est coupé, on ne voit que la joue et l’ovale du menton, on devine des lèvres qui ne sourient pas, le cou et le décolleté sont gracieux. Une image qui évoque évidemment les trois femmes que met en scène Anna Hope, Ada, Evelyn et Hettie, trois femmes qui portent à des degrés divers l’insupportable deuil lié à la Grande Guerre, trois femmes qui ne peuvent vivre pleinement. Si de nombreux (jeunes) hommes sot revenus amputés physiquement et psychiquement, elles le sont, affectivement. Personne – ou si peu – ne peut leur raconter comment sont morts ou blessés leurs fils, fiancé, frère. Le chagrin les enferme d’autant plus qu’il n’y a pas de corps à honorer et que beaucoup veulent effacer les traces encore bien palpables de la guerre. Les funérailles du Soldat inconnu, enterré à Westminster Abbey le 11 novembre 1920, permettra aux Britanniques d’exorciser en quelque sorte ce chagrin inexprimable.

Anna Hope construit son récit sur cinq jours, du 7 au 11 novembre 1920, dessinant par petites touches impressionnistes l’histoire d’Ada, Evelyn et Hettie. Tandis que les autorités déploient la cérémonie du Soldat inconnu, suivie depuis les falaises de Douvres jusqu’au coeur de Londres par des milliers d’Anglais, c’est la parole, balbutiante, timide d’abord, la colère aussi, qui libère peu à peu ces trois femmes du silence étouffant. Le chagrin prend alors une autre couleur, la vie peut renaître, comme le dit le titre original du roman Wake, à l’image de cette femme enceinte dans le cortège des anonymes qui suivent le cercueil du Soldat inconnu. Mais on ne peut s’empêcher de penser que vingt ans plus tard, cette génération qui prend le relais de la vie sera à nouveau emportée dans le tourment de la guerre.

Oui, cette couverture de livre est particulièrement belle. Ce roman est beau et douloureux. Merci, Anna Hope (et merci à la traductrice Elodie Leplat).

« Pourquoi ne peut-il pas passer à autre chose ? 
Pas seulement lui. Tous autant qu’ils sont. Tous les anciens soldats qui font la manche dans la rue, une planche accrochée autour du cou. Tous vous rappellent un événement que vous voudriez oublier. Ça a suffisamment duré. Elle a grandi sous cette ombre pareille à une grande chose tapie qui lessive la vie de toute couleur et toute joie.
D’un coup de pied, elle balance sa robe dans un coin de la pièce.
La guerre est terminée, pourquoi ne peuvent-ils donc pas tous passer à autre chose, bon sang ? » (p. 101)

« Elle n’ira pas. Elle le déteste de toute façon, ce jour de l’Armistice, cette nouvelle tradition qui dégouline déjà de vénération grasse : une nouvelle opportunité pour ceux qui ont du sang sur les mains de jouer à se déguiser dans leur costume de meurtriers et de traîner derrière eux leurs chevaux et leurs affûts de canon en paradant dans les rues de Londres. Comme s’il n’y avait pas d’autres moyens de rendre hommage aux morts. »

« Et pourtant maintenant elle l’a entendue, maintenant elle sait que quelque part dans cette ville, en amont du fleuve, se trouve son frère, cet homme qui a ordonné à Rowan de fusiller son ami. Maintenant que cette vérité est en elle, partie intégrante d’elle, elle n’est pas dure comme du diamant et étincelante comme devrait l’être la vérité, mais nébuleuse, givrée de peur, de sueur, d’obscurité et de crasse. Elle ne contient pas d’élévation, pas de réponses, pas d’espoir. » (p. 323)

« …Et quoi qu’on puisse en penser ou en dire, l’Angleterre n’a pas gagné cette guerre. Et l’Allemagne ne l’aurait pas gagnée non plus.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– C’est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours. »
Il trace un cercle en l’air avec sa cigarette : c’est comme s’il dessinait l’ensemble des guerres, si innombrables soient-elles, l’ensemble des guerres passées et l’ensemble des guerres à venir.
« C’est la guerre qui gagne, répète-t-il amèrement, et celui qui ne partage pas cet avis est un imbécile. » (p. 345)

Anna HOPE, Le chagrin des vivants, traduit de l’anglais par Elodie Leplat, Gallimard, 2013

Lecture commune avec Aifelle, Béa Comète, George, Ingannmic, Anne Mon petit chapitre, Jacky Grêle Osée

Challenge Voisins Voisines 2019 – Angleterre

La grande fugue

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Présentation de l’éditeur :

A  l’issue d’une répétition au Flagey, prestigieux espace culturel bruxellois, une musicienne est retrouvée morte sur la scène du Studio 4, son archet planté dans la carotide.
La fantasque juge d’instruction Victoire Overwinning dépêche pour l’occasion son meilleur enquêteur, Gidéon Monfort, fraîchement sorti de convalescence après un tir qui l’a cloué dans un fauteuil roulant.
Une occasion pour l’inspecteur principal de s’imposer face à son ennemi intime, le commissaire Poutrel, et de retrouver son coéquipier de toujours, André Mozard et ses bonnes manières d’ancien séminariste.

Les éditions belges Weyrich ont créé cette année une collection de polars nommée Noir Corbeau, quatre titres sont déjà parus ainsi qu’une Petite histoire du polar belge que je suis très intéressée de découvrir aussi. Couverture à rabats, code couleur jaune vif et noir, graphisme sobre, la collection est soignée (à part deux ou trois grosses fautes d’orthographe oubliées…)

Suite à ma chronique de Hôtel Paerels, Zisaka Larouge m’a gentiment proposé de recevoir sa Grande fugue : merci à elle et aux éditions Weyrich !

La grande fugue, c’est une oeuvre exigeante de Beethoven que s’apprête à donner en concert le célèbre quatuor Les Barrées, composé des soeurs jumelles Wanda et Sara-Louise Barrazzini (d’où le nom du quatuor), ainqie que de Pierrette et Fanny. Chacune a un caractère et un vécu un peu spécial mais la plus barrée est sans doute Wanda, violoniste prodige avec ses T.O.C. et ses hallucinations morbides. Les répétitions au Flagey (ouiiii, l’illustre salle bruxelloise où se passent les premières épreuves du Concours Reine Elisabeth ou encore le Festival Musiq3) ne se passent pas dans la meilleure ambiance possible, vu le comportement assez exécrable de Wanda. Peu avant le concert, on retrouve l’une des musiciennes assassinée, son archet planté dans la carotide. Le lecteur ne découvrira l’identité de la victime qu’avec les enquêteurs, l’inspecteur Mozard (si, si), l’inspecteur Gidéon Monfort (qui reprend peu à peu le travail en chaise roulante suite à un tir malheureux lors de sa dernière enquête) et son chien Tocard, croisement improbable entre un teckel et un berger allemand (re-si, si).

J’ai dévoré ce livre (bon, ok, il ne fait « que » 220 pages) : la galerie de personnages est savoureuse, les dialogues , l’humour (notamment l’auto-dérision de Gidéon) font mouche, le cadre m’a évidemment intéressée (je me suis revue au café Belga en bonne compagnie) et je n’ai pas vu venir le dénouement. Certes l’enquêteur en chaise roulante, ce n’est pas tout à fait neuf, certes la juge Victoire Overwinning (ah ce nom !) fait un peu penser à la juge déjantée de Ni juge ni soumise mais l’ensemble est pétillant, rafraîchissant, amusant et bien construit au niveau de l’enquête policière. J’espère bien que Gidéon Monfort, Tocard et André Mozard reprendront bientôt du service, dans un autre quartier de Bruxelles !

« – Tu vas ouvrir, saperlipopette ?

Victoire Overwinning, juge d’instruction de son état et « amie particulière » de Gidéon, parce qu’elle l’avait dépucelé trente-cinq ans plus tôt (sans qu’il ne veuille y revenir, et elle se demandait toujours pourquoi), estimait, pour ces raisons, ne pas avoir à prendre racine sur son paillasson.

Elle tira sur sa robe-boule, qu’elle avait relevée sur ses collants orange désormais filés, et secoua ses boucles d’oreilles extravagantes – deux paires de cerise plus vraies que nature – en haussant la oix :

-Alors, l’handic, tu te décides ? » (p. 95)

Ziska LAROUGE, La grande Fugue, collection Noir Corbeau, Weyrich, 2019

Harry Potter et les reliques de la mort

Quatrième de couverture :

Cette année, Harry a dix-sept ans et ne retourne pas à Poudlard. Avec Ron et Hermione, il se consacre à la dernière mission confiée par Dumbledore. Mais le Seigneur des Ténèbres règne en maître. Traqués, les trois fidèles amis sont contraints à la clandestinité. D’épreuves en révélations, le courage, le choix et les sacrifices de Harry seront déterminants dans la lutte contre les forces du Mal.

Avertissement : si jamais vous n’avez jamais lu Harry Potter et souhaitez le faire, ne lisez pas ce billet qui risquerait de vous gâcher le plaisir.

Eh oui, j’ai lu les six premiers Harry Potter et je ne sais pourquoi, je n’avais jamais lu le dernier de la série, celui qui achève tout, qui explique tout, celui qui clôt l’initiation d’Harry Potter à son destin extraordinaire et le lance dans sa vie d’adulte.

Pour tout vous dire, je ne me souvenais même pas que Dumbledore était mort à la fin du sixième roman, c’est dire. Cerains personnages ou événements n’étaient plus très frais non plus dans ma mémoire, mais cela ne m’a pas empêchée, une fois encore, d’être emportée par les aventures de Harry, Ron et Hermione. Que d’obstacles, que de difficultés, que d’incompréhensions dans cette mission confiée par Albus Dumbledore au trio ! Celui-ci navigue à vue, dans le brouillard, et leur amitié est mise à mal à certains moments. Les certitudes sont remises en cause, la confiance ne va pas de soi.

Une fois de plus, J.K. Rowling confronte le bien et le mal, des forces bien tranchées qui combattent non seulement l’une en face de l’autre, mais aussi au coeur même de Harry (par sa connexion particulière avec Lord Voldemort) et même au coeur du sage Dumbledore, dont l’image parfaite est mise à mal pendant une bonne partie du roman. Envers et contre tout, c’est la force de l’amitié qui permettra à Harry de triompher du mal. Dans ce combat final, J.K. Rowling lui a carrément donné une dimension christique, assez remarquable.

Quel bonheur d’avoir retrouvé Harry et tout son univers, ses amis, les créatures originales sorties de l’imagination de son auteure, l’humour et les émotions toujours au rendez-vous (mon p’tit coeur a fondu quand Harry était soutenu par ses parents James et Lily) et bien sûr, les révélations incroyables de la Pensine à la fin du roman.Au revoir, Harry, et merci pour ce voyage merveilleux au pays des sorciers.

J.K. ROWLING, Harry Potter et les reliques de la mort, traduit de l’anglais par Jean-François Ménard, Folio Junior, 2008 (1è édition 2007)

Challenge Pavé de l’été 2019 chez Brize

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Challenge Petit Bac – Littérature générale – Prénom

Challenge Voisins voisines 2019 – Angleterre

Toutes les couleurs de la nuit

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Quatrième de couverture :

Le diagnostic est irrévocable. D’ici trois semaines, Vincent aura perdu la vue. Confronté à son destin, ce prof de tennis de trente-cinq ans qui avait tout pour être heureux expérimente le déni, la colère et le désespoir.
Comment se préparer à vivre dans l’obscurité ? Sur qui compter ? Alors que le monde s’éteint petit à petit autour de lui et que chaque minute devient un parcours d’obstacles, il se réfugie à la campagne où il renoue avec ses souvenirs d’enfance. Les mains plongées dans la terre, Vincent se connecte à ses sens, à l’instant présent et aux autres. Il tente de gagner le match de sa nouvelle vie.

Je découvre Karine Lambert avec ce roman qui met en scène un prof de tennis comblé par la vie et qui apprend brutalement que, dans cinq semaines au plus, il deviendra aveugle. Une maladie irréversible et rapide. Evidemment la femme avec qui il allait emménager et projetait d’avoir un enfant le quitte. Durant les quelques semaines où sa vue baisse, Vincent s’éparpille dans mille et une tâches, voyage et autres visites : il est dans le déni. Il finit par s’installer dans la maison de son grand-père en Normandie et le jour où il est définitivement aveugle, c’est à ses parents qu’il fait appel en premier. Et pourtant les relations ne sont pas parfaites : mère étouffante, père absent, maladresses de part et d’autres, ce ne sont peut-être pas les meilleures aides pour Vincent.

Mais la cécité va faire tout bouger en Vincent et autour de lui : apprivoiser la cécité et ses multiples obstacles, (sur)vivre au quotidien, sans compter la géographie des relations, intimes, familiales, amicales qui se redessine complètement. Karine Lambert explore avec justesse le désarroi d’un homme plongé dans le noir, les étapes longues et souvent douloureuses qui le conduisent à une forme d’acceptation et de résilience. On sent qu’elle s’est documentée, elle mène son personnage avec tendresse et lucidité, l’entourant d’une galerie de personnages secondaires très humains, eux aussi. Bon, ce n’est pas la lecture du siècle mais les pages se tournent toutes seules, difficile de ne pas se laisser toucher par l’histoire de Vincent.

Karine LAMBERT, Toutes les couleurs de la nuit, Calmann-Lévy, 2019

Merci à l’éditeur et à Adeline Vanot pour l’envoi de ce livre

Challenge Petit Bac – Littérature belge – Couleur

Challenge Voisins voisines 2019 – Belgique

Le chat sous la fenêtre

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Le chat sous la fenêtre
soulève sa petite patte
pour pouvoir sortir
et ses yeux grands ouverts
qui cherchent des regards
pour qu’il puisse l’ouvrir

Le chat sous la fenêtre
tapote doucement
avec son coussinet
sur quelques marguerites
qui se reflètent sur la vitre
derrière une ombre bleutée

Le chat sous la fenêtre
observe les oiseaux,
et d’un coup sec
s’envole dans le ciel
pour attraper le papillon
qui a pu s’échapper

La chat sous la fenêtre
d’un coup a disparu

Alors je regarde une corbeille de cerises
posée sur le vieux banc cassé
La petite patte n’est plus là
Le papillon vole un peu plus loin
J’entends le son du beau ruisseau qui coule au pied de ma maison
il n’y a plus qu’un grand rayon de soleil
qui traverse la fenêtre
Et c’est bientôt l’été

Elodie SANTOS, 2006

C’est l’été… Le blog se met en mode vacances (présence vagabonde).

Bel été et belles lectures à vous !