Les notes du jeudi : Le violoncelle roi (7) Antonin Dvorak

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Nous partons à l’est aujourd’hui, avec le Concerto pour violoncelle en si mineur d’Antonin Dvorak mais je ne résiste pas à choisir à nouveau Jacqueline du Pré et Daniel Barenboïm pour l’interprétation, cette fois avec le Chicago Symphony Orchestra.

Le journal intime de Baby George

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Quatrième de couverture :

« Superstar médiatique. Titan de la mode internationale. Sauveur potentiel de l’Écosse. Combien de rôles ces gens veulent-ils que je remplisse ? »
Mon nom est George, Prince George de Cambridge, mais vous pouvez m’appeler Baby George. Je suis le fils aîné de William et de Kate, l’héritier de la couronne d’Angleterre, le bébé le plus photographié au monde. J’ai décidé de vous dévoiler l’intimité de mon quotidien royal et celui de mon illustre famille.
Pour la toute première fois, l’oeil perçant d’un minuscule colosse littéraire – petit de taille mais doté d’un énorme pouvoir – dévoile les secrets les plus jalousement gardés de la monarchie britannique. Comment est-ce possible ? Simplement parce qu’il est l’un d’entre eux.

Voilà un livre bien malicieux qui m’a fait passer un bon moment en cette période chargée (sourire et même rigolade garantis, du moins en ce qui me concerne). Attention, hein, ça ne casse pas trois pattes à un canard et ça risque bien d’être un des rares livres à se périmer tout seul, il valait mieux le sortir de ma PAL avant que le prince George atteigne un âge… respectable.

Clare Bennett, considérée comme la spécialiste de la famille royale britannique, se met dans la peau de George, qui commence un journal intime le jour de son premier anniversaire. L’événement principal qui marquera sa deuxième année sera l’arrivée d’un petit frère ou d’une petite soeur. Un(r) rival’e) potentiel (nom de code : Ringo) pour celui qui déchaîne les passions du peuple à chacune de ses apparitions ou de la publication d’une de ses photos. Normal, il a une équipe de communication et de stylistes hors-pair. Pas sûr que l’équipe de son frère ou sa soeur (qui se prépare bien sûr déjà à l’événement) puisse être à la hauteur…

Rien au’avec cette idée d’équipe, Clara Bennett se moque gentiment de tous ces conseillers en image, attachés de presse, serviteurs en tous genres qui sont censés maîtriser toutes les situations possibles et tout faciliter à leurs royaux employeurs. Et en laissant la parole au prince George, tous les membres de la famille royale sont passés à la moulinette, sous l’angle de vue d’un enfant d’un an et avec le concours des clichés ou des fantasmes attachés à ces royales personnes. Par exemple, Charles, le grand-père, surnommé Beanie (parce qu’il aime Mr Bean) passe son temps à parler à ses plantes et à ses poules, Camilla aime les blagues vulgaires, David Cameron est boulimique, le père de Kate adore les déguisements, William se laisse dominer par Kate… bon, je ne vais pas tout révéler, quand même, sauf qu’à la fin, c’est la Queen qui siffle la fin de la récréation. Avec toute la force de sa diplomatie légendaire.

« La vie est prometteuse. J’aime l’Angleterre. Quitte à devenir roi d’un pays, je suis content que ce soit de celui-ci. Même si la lune ne m’aurait pas déplu. »

« Eh bien, tu es prévenu, Père Noël, moi aussi je tiens une liste. C’est la liste des gens qui ne seront jamais anoblis. A bon entendeur salut ! »

Clare BENNETT, Le journal intime de Baby George, traduit de l’anglais par Géraldine D’Amico, éditions Autrement, 2016

Un livre hautement recommandé par Hugh Grant lui-même.

Vous saurez tout sur le choix des tenues du prince George en lisant son journal intime.

Le soleil et la loupe

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Le soleil est un marteau
Le soleil ressemble à l’eau
Le soleil est terrible comme l’eau

Avec le soleil on peut imaginer plein de choses
Par exemple
avec une loupe concentrer ses rayons
en un seul point sur le cœur de l’ennemi

Une loupe peut prendre la forme
d’un poème
d’un comité d’action d’un cercle
d’un mouvement
ou de la spirale d’un escargot

Il ne s’agit pas d’être nombreux
pour tenir la loupe mais quelques-uns
simplement comme les doigts d’une main
ouverte ou fermée

Le plus difficile est de faire comprendre
qu’il est possible
de faire un feu avec une loupe
à condition de concentrer les rayons
du soleil en un seul point

Il s’agit de proposer la multiplication
des foyers de poésie
pour commencer à mettre le feu
à la plaine

Il nous faut montrer la voie du feu
et distribuer secrètement des loupes
lors de nos réunions clandestines de poésie

En tenant la loupe
nous devenons nous-mêmes
des rayons
qui se concentrent
en un seul point

En ce sens nous montrons
que nous sommes tous les rayons
d’un même poème

Mais dans le fond
notre condition est d’être
en même temps
la loupe et les rayons
c’est-à-dire d’être un poème en entier

Ceci n’est pas une raison
de nombre et de feu
mais uniquement de lumière

Dès que nous avons une loupe
il s’agit de commencer
immédiatement
à concentrer les rayons
sur un point que nous avons choisi
car le feu est la condition
de notre poème
et le poème la condition du feu

Serge Pey, Venger les mots, Editions Bruno Doucey, 2016

Agatha Christie, le chapitre perdu (et l’orthographe aussi)

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Quatrième de couverture :

«Voilà, le livre est fini. J’ai posé le point final. Le titre : Une autobiographie. Je ne me sens pas très à l’aise. Mon éditeur va s’en rendre compte… Des pages manquent :
ma disparition à l’hiver 1926. Pourtant, j’ai bien écrit ce chapitre. Des pages et des pages, presque un livre entier. Mon secret. Ma vie privée. Une semaine et demie qui n’appartient qu’à moi.»
C’est une histoire vraie. Un mystère jamais totalement élucidé. Une zone d’ombre qui demeure dans la vie d’Agatha Christie. Pourquoi et comment la reine du crime s’est-elle volatilisée dans la nature durant l’hiver 1926? Qu’a-t-elle fait pendant ces onze journées? Pourquoi toute la presse a-t-elle cru qu’elle avait été kidnappée ou assassinée?

J’avais acheté ce roman l’année passée et la LC de ce jour m’a donné l’occasion de le lire. Bon, il aura au moins le mérite de m’inciter à exhumer de ma PAL l’Autobiographie d’Agatha Christie ; certes Brigitte Kernel propose une explication plausible sur cette fuite, cette disparition de « la reine du crime » du 3 au 14 décembre 1926 mais cela valait-il la peine d’en faire un roman, ou de traiter l’épisode de cette façon, je me le demande. Je trouve que les changements d’humeur d’Agatha, partie suicidaire de Sunningdale puis remontée à rire aux éclats par son aie Nan, puis de nouveau en plein marasme à Harrogate (station thermale qui cultive depuis le souvenir de « la » fugue) ne sont pas très crédibles, même si on peut les mettre sur le compte du chagrin qui dévaste Agatha à ce moment de sa vie (elle a perdu sa mère adorée quelques mois auparavant et son premier mari, Archibald Christie, réclame le divorce pour vivre avec sa maîtresse). Les chapitres rendant compte des onze jours de disparition d’Agatha alternent avec des intermèdes dialogués comme au théâtre, qui rendent compte de l’enquête menée pour la retrouver et des soupçons qui pèsent sur Archie. Agatha semble avoir profité de tout ce qu’elle a observé pour commencer à rédiger un roman sentimental, que ses fans n’apprécieraient sûrement pas et qu’elle publiera donc plus tard sous le pseudo de Mary Westmacott (ce sera Loin de vous ce printemps – j’attends de lire l’autobiographie pour vérifier la version de la romancière).

Le tout n’est pas désagréable mais un peu creux, un peu poussif. Cela ne laissera pas de grandes traces dans ma mémoire de lectrice, à part ma colère qui montait au furet à mesure des pages devant le nombre de fautes d’orthographe, de ponctuation et de concordance des temps qui truffent ce livre, surtout au début. Pour la première fois de ma vie, je me suis emparée de mon crayon et ai annoté mon roman pour souligner toutes ces erreurs du genre « Vous allez arrêter Agatha » alors qu’il fallait écrire « Vous allez arrêter, Agatha » (une virgule qui change tout) ou « Je domptai ma respiration, me concentrai sur la route. Silent Pool ne devait plus être très loin, dans une heure, une heure et demie, je serai arrivée à destination. » alors que la concordance des temps demande un futur du passé « je serais arrivée ». Grrr ces fautes à répétition ont vraiment gâché mon plaisir !

Brigitte KERNEL, Agatha Christie, le chapitre perdu, Flammarion, 2016

Agatha Raisin enquête – Pas de pot pour la jardinière

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Quatrième de couverture :

De retour dans les Cotswolds après de longues vacances, Agatha Raisin découvre que son voisin James Lacey, objet de tous ses fantasmes, est tombé sous le charme d’une nouvelle venue au village. Aussi élégante qu’amusante, Mary Fortune est une jardinière hors pair, et la journée portes ouvertes des jardins de Carsely s’annonce déjà comme son triomphe. Mais une Agatha Raisin ne s’incline pas avant d’avoir combattu (quitte à se livrer à l’une de ces petites supercheries peu reluisantes dont elle a le secret) !
C’est alors que la belle Mary est retrouvée morte, enfoncée tête la première dans un de ses grands pots de fleurs. De toute évidence, Agatha n’était pas la seule à souhaiter la disparition de sa rivale…

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé Agatha Raisin, « ses petits yeux d’ours » et son caractère de cochon toujours prompt à s’émouvoir ou à s’emporter selon les circonstances. Quand elle se rend compte qu’on l’aime, qu’elle s’est vraiment intégrée dans ce village des Cotswolds, qu’elle y est populaire, elle irait bien de sa larme à l’oeil et regretterait bien toutes les vacheries qu’elle pense tout bas et les tricheries qu’elle organise avec un ancien complice de Londres (ici, il s’agit de prouver qu’elle a le plus beau jardin de Carsely alors qu’elle a repiqué ses plantes trop tôt et que celles-ci ont été tuées par le gel). Quand elle découvre une rivale dans le coeur de James Lacey, son fringant voisin, elle navigue entre déprime et colère noire. Mais ce qui motive vraiment Agatha, c’est de résoudre une enquête et quand c’est sa rivale qu’on retrouve assassinée dans une mise en scène haineuse, Agatha n’écoute que son sens de la justice et son instinct pour découvrir qui était vraiment cette Mary Fortune. En bonne villageoise, elle en vient à souhaiter que le crime ait été commis par un étranger à Carsely…

Bon, il faut avouer que ce sont surtout les tourments intérieurs et les manoeuvres pas toujours nettes de notre héroïne qui sont au coeur de ce troisième tome de ses aventures, l’enquête paraît presque anecdotique et la solution tarde à sauter aux yeux de James et Agatha, mais il n’empêche que je l’ai retrouvée avec plaisir (il faut dire aussi qu’à cette période de l’année, ouvrir une aventure d’Agatha après un bon paquet de corrections, ça vous vide la tête) ; j’ai aimé aussi l’évolution des personnages secondaires que sont la bienveillante Mrs Bloxby et son pasteur de mari, qui apparaît enfin en vrai dans ce tome 3.

M.C. BEATON, Agatha Raisin enquête – Pas de pot pour la jardinière, traduit de l’anglais par Esther Ménévis, Albin Michel, 2016

       

Vivre

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Est-ce qu’il ne vaut mieux pas
sentir l’odeur des blés
plutôt que de rêver
aux pierres et aux tourments

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas
revenir à l’Aurore
dès qu’on dessine sa route
dans l’infiniment pur

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas
chevaucher une tempête
à chaque fois qu’un Autre
perd sa foi en l’Azur

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas
revivre chaque instant
lorsqu’on perd une flamme
qui ne brillera plus

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas
vivre pour une danse
lorsque la rose éclos
et que nul autre adore

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas ?

Est-ce qu’il ne vaut mieux pas ?

Winston Perez, 2017

Vincent Van Gogh, Champ de blé avec un faucheur et soleil

Les enquêtes d’Enola Holmes – L’affaire Lady Alistair

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Présentation de l’éditeur :

Londres, 1889. Enola Holmes, sœur du célèbre Sherlock, ayant échappé à la vigilance de ses frères, a ouvert sous une fausse identité un cabinet de « Spécialiste en recherches, toutes disparitions ». Son premier client : le Dr. Watson en personne !… qui cherche précisément à retrouver la piste d’Enola, qu’il ne reconnaît pas . Si Enola ne peut aider Watson, elle s’intéresse en revanche à un autre cas qu’il lui mentionne : la disparition de la jeune fille d’un baronnet, Lady Cecily Alistair, une adolescente loin d’être bien comme il faut…

Ah qu’elle est attachante, cette jeune Enola Holmes et qu’elle est astucieuse dans son désir ‘être indépendante. A quatorze ans et demi, elle s’est installée, sous le nom d’Ivy Meshle, comme secrétaire du pseudo Dr Ragostin « Enquêtes en tous genres – Toutes disparitions », et elle a le génie du déguisement pour sortir incognito dans les rues de Londres, que ce soit pour aider (un tant soit peu) les miséreux de l’East End ou pour glaner des informations sur Lady Cecily Alistair, portée disparue depuis plusieurs jours. Et devinez qui lui a apporté cette affaire sur un plateau ? Le Dr Watson en personne, soucieux, lui, de retrouver la jeune Enola Holmes, afin de rasséréner son ami Sherlock Holmes (lequel, trop conscient de son immense intelligence, a dédaigneusement rejeté les parents de Lady Cecily, au motif que cette disparition était trop banale pour lui…)

Enola-Ivy-La soeur des rues va risquer gros et se triturer les méninges pour savoir ce qui est arrivé à la jeune lady (fugue ? enlèvement ?), elle va découvrir les anarchistes et les hypnotiseurs de l’époque, elle va devoir aussi échapper à la vigilance de Sherlock, qui semble avoir percé un de ses secrets. Et cette partie de l’affaire est délicate pour Enola qui porte mieux que jamais son prénom (rappelez-vous, à l’envers, Enola se lit « alone », « seule ») : malgré son immense débrouillardise et son dégoût d’une vie féminine bien rangée, elle aimerait tant pouvoir se confier à une amie, au moins parler à sa mère évaporée dans la nature ou cultiver l’amour et l’admiration qu’elle porte à son cher frère aîné. Mais l’indépendance est décidément plus forte que tout et j’ai hâte de découvrir comment la jeune demoiselle Holmes va résoudre ses aspirations un peu contradictoires. C’est cela qui la rend si touchante.

« En la dessinant, je me mettais mieux en tête qui je devais être à présent.
Quand le besoin de croquer quelqu’un à grands coups de crayons me prenait, c’était comme une démangeaison. J’aurais pu dessiner Ivy Meshle, si je l’avais voulu ; ou ma mère, ou Sherlock, ou Mycroft. Et ces portraits, indulgents u féroces, étaient toujours assez ressemblants, n’en déplaise à ma modestie. Une seule personne m’échappait vraiment : Enola Holmes. Je ne parvenais pas à me camper moi-même sur le papier. Bizarre. Ou peut-être pas. »

« C’était bien moins le froid qui me faisait frémir que le sentiment d’être prise au piège, prise entre deux feux. à cause de mon aîné Sherlock.
Il faut savoir que cet aîné-là, je l’adorais comme un dieu. Sherlock était mon héros. Mon grand rival. Je n’étais pas loin de l’aduler. Mais s’il parvenait à me retrouver, c’en était fait de ma liberté. Adieu, mon indépendance ! »

Nancy SPRINGER, Les enquêtes d’Enola Holmes, tome 2 – L’affaire Lady Alistair, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Rose Marie Vassallo, Nathan poche, 2010 (et Nathan, 2007)

Logo Mois anglais Sherlock 2

Les notes du jeudi : Le violoncelle roi (5) Robert Schumann

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Le Concours s’est terminé dans la nuit de samedi à dimanche (premier prix à un Français, Victor Julien-Laferrière) mais la clôture officielle n’aura lieu qu’avec le concert des (premiers) lauréats le 15 juin et ceux-ci se produiront encore en Belgique jusqu’à l’automne. Et comme il y a plein de magnifiques concertos pour violoncelle, je reste avec cet instrument jusqu’à la fin du mois. Je vous propose aujourd’hui le Concerto (un peu torturé) de Schumann, interprété par Mischa Maisky (membre du jury de cette première session de violoncelle qui a remporté beaucoup de succès). Le Wiener Philharmoniker est dirigé par Leonard Bernstein. (Pour ceux qui l’apprécient, il y a sur youtube une version par Jacqueline du Pré, mais je vais essayer de diversifier les interprètes…)

Le bois du rossignol

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Quatrième de couverture :

Charmante écervelée, Viola Wither se retrouve veuve à vingt et un ans. Frivole et sans le sou, elle n’a qu’une porte de sortie : quitter Londres et emménager chez sa belle-famille. Entre ennui mortel et hystérie, la vie à la campagne est tristement cocasse. Jusqu’au jour où elle s’éprend du plus beau parti de la région, promis à une autre. Et qu’elle flirte avec lui…

Une comédie pétillante et poivrée, dans la lignée d’une Jane Austen qui aurait revisité Cendrillon.

Comme le dit le commentaire de cette quatrième de couverture, oui, nous pouvons penser à Jane Austen en lisant ce roman  mais on peut aussi penser (un tant soit peu) à Downton Abbey : nous sommes à Sible Pelden, un petit village de l’Essex, et la jeune Viola, sans aucune ressource après le décès de son père et de son mari, vient se réfugier chez ses beaux-parents, Mr et Mrs Wither. Ils vivent aux Aigles avec leurs filles, Madge et Tina, deux vieilles filles qui subissent le mode de vie terne et radin de leur père. De l’autre côté du bois vivent les Spring, la mère, le fils, sa cousine orpheline et son amie d’enfance que tout le pousse à épouser. Ils sont riches, entreprenants, ils vivent dans le luxe et les plaisirs (le travail aussi pour Victor), sauf pour la cousine, intellectuelle incomprise qui n’attend que sa majorité pour décamper. Entre les deux, il y a les domestiques, notamment Saxon, le chauffeur de Mr Wither (quand je vous disais qu’il y avait un peu de Downton Abbey). 

Différences de classes sociales, rêves et désillusions, transgressions, veuves joyeuses (ou pas), couples rassis, ragots de village, tout y est, y compris le final conte de fées pour un des couples. Ce roman parle des femmes et de l’amour, de toutes les aspirations en ce domaine au cours des années 30 (le roman a été publié en 1938) : vendeuses, midinettes, intellectuelles en mal de reconnaissance, servantes, ladies campagnardes, fortunées étourdies de plaisirs frivoles, Stella Gibbons nous en présente une belle brochette, non sans une pointe de causticité parfois. Amour amitié, amour coup de foudre, amour envers un animal de compagnie, amour languissant, amour constant, là aussi la palette est variée. Les hommes doivent soutenir ces dames, leur apporter le confort matériel, la sécurité, les plaisirs qu’elles attendent de la vie, tout en les laissant combler des aspirations qui ne portent pas encore le nom de féminisme, loin de là. Finalement, femmes et amour se conjuguent avec argent, et je me demande si la romancière n’a pas voulu créer un livre autour de ce moteur fondamental des relations sociales.

Stella Gibbons peint ces différents tableaux dans un récit construit, où les détails apparemment sans importance auront des conséquences, prévisibles ou inattendues. Elle émaille son texte de réflexions sur la vanité de certains comportements frivoles, alors que l’époque des années 30 est troublée, mais il n’y a aucune allusion vraiment historique.

Je découvrais l’auteur avec ce titre. En fait, la lecture n’a pas été désagréable, je suis allée au bout des 500 pages sans déplaisir (malgré quelques longueurs) mais…  il m’a manqué un petit quelque chose, je ne sais trop quoi, pour être vraiment emportée. Ca ne m’empêchera pas de tenter un autre titre comme Westwood ou Le Célibataire.

« Tina s’avança vers la fenêtre et regarda un instant les nuages éclatants de blancheur derrière les branches vert sombre de l’araucaria. Le monde lui paraissait si jeune, ce matin, que sa propre peau lui semblait soudain flétrie. Elle avait conscience de chacune des rides de son visage, malgré les crèmes et les massages, du durcissement de ses os. Et sur cette terre baignée d’une jeune lumière, toutes ses pensées, toutes ses aspirations étaient tendues vers l’amour. »

« Ce mot  [affectation] avait un sens spécial pour elle, assez vaste pour englober tout comportement différent du sien. Il était donc affecté d’aimer la lecture, de ne pas souffrir de la solitude, de faire du sport en professionnel ou de s’habiller en suivant trop strictement la mode. Rechercher avec constance des plaisirs conventionnels, brefs et coûteux, telle était aux yeux de Phyllis la façon idéale de mener sa vie. »

« Tina avait entretenu son intelligence en lisant des livres indigestes, qui n’étaient pas toujours pleins de sagesse mais du moins ne ressemblaient pas à ces liqueurs douceâtres, à ces meringues intellectuelles que sont les romans. »

« Aux Aigles, la famille s’était rassemblée au salon en cette heure morne où le thé est passé depuis longtemps sans que le dîner soit encore en vue. C’était une scène tranquille, qui aurait irrité un communiste. Cinq membres improductifs de la bourgeoisie étaient assis dans une pièce immense, où ils respiraient davantage d’air, se chauffaient à plus de feu et tiraient plus de plaisir et d’agrément des tableaux et des meubles qu’il n’était strictement nécessaire. Au sous-sol, dans la cuisine, trois membres de la classe laborieuse trimaient ignoblement pour leur préparer leur dîner, acheté avec les revenus d’un capital. »

Stella GIBBONS, Le bois du rossignol, traduit de l’anglais par Philippe Giraudon, Points, 2014 (éditions Héloïse d’Ormesson, 2013)

C’est le rendez-vous Campagne anglaise aujourd’hui dans le Mois anglais.