La vie devant soi

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Quatrième de couverture :

Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que «ça ne pardonne pas» et parce qu’il n’est «pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son «trou juif», elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré «des peuples à disposer d’eux-mêmes» qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

Après avoir lu deux romans sur Romain Gary (ici et ici), je ne pouvais pas ne pas ouvrir un de ses romans à lui ! Celui-ci était dans ma PAL sur les conseils enthousiastes d’Ariane de chez TuliTu et comme j’ai déjà lu La promesse de l’aube, c’était parfait.

Autant le dire tout de suite, j’ai adoré ce livre ! Le personnage de Momo et celui de Madame Rosa sont tout simplement touchants, inoubliables.La galerie de personnages secondaires est savoureuse elle aussi, la solidarité qui s’installe envers Madame Rosa est solaire. L’inventivité du langage est jubilatoire.

Quand on sait que ce roman a été écrit sous pseudo par un homme qui se voyait vieillir, qui craignait la mort et qui cherchait le moyen de se renouveler dans son art littéraire, on ne peut qu’être ébloui par l’histoire et le langage qu’il a mis en place, sans compter la supercherie littéraire qui participera à sa légende et le rendra évidemment inoubliable.

Je n’ai pu m’empêcher de trouver des points communs avec La promesse de l’aube, dans le lien privilégié entre Momo et Rosa, un gamin sans père ni mère et une vieille Juive qui « se défend » bec et ongles contre le destin, dans les allusions à Nice (la ville où a vécu le jeune Romain Gary avec sa mère), dans l’abondance, le flot de mots un peu foutraque de Momo.

C’est un roman où la magie et les démons de Romain Gary se déploient pour un moment de lecture inoubliable, je le répète. « Parce qu’on ne peut pas vivre sans quelqu’un à aimer ».

« Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre. On est pas du même bord, lui et moi, et j’en ai rien à foutre. »

« – C’est là que je viens me cacher quand j’ai peur.
– Peur de quoi, Madame Rosa ?
– C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peu, Momo.
Ça, j’ai jamais oublié, parce que c’est la chose la plus vraie que j’aie jamais entendue. »

« Moi ce qui m’a toujours paru bizarre, c’est que les larmes ont été prévues au programme. Ça veut dire qu’on a été prévu pour pleurer. Il fallait y penser. Il y a pas un constructeur qui se respecte qui aurait fait ça. »

Romain GARY (Emile AJAR), La vie devant soi, Folio, 2017( (1è édition : Mercure de France, 1975)

Dernier titrede ces quelques jours avec Romain Gary

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Quand il est plus dur de vivre…

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Quand il est plus dur de vivre
la vie est-elle plus absolue ?
Sur les rives vespérales
de mes sens muets est muette

la vieille raison
en quoi je me reconnais :
c’est un parcours intérieur
un sous-bois étouffé

où tout est nature.
Pénible travail
de subsistance obscure

toi seul es nécessaire…
Et tu m’emportes doucement
au-delà des frontières humaines.

Pier Paolo PASOLINI, Poèmes de jeunesse et quelques autres, traduit de l’italien par Nathalie Castagné et Dominique Fernandez, Poésie/Gallimard, 1995

Poème trouvé chez Schabrière – Clin d’oeil au Mois italien chez Martine G.

Romain Gary s’en va-t-en guerre

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Quatrième de couverture :

Le génie de Romain Gary, c’est sa mère.
Mais le mystère Gary, c’est son père, au sujet duquel le romancier-diplomate a toujours menti.

Laurent Seksik lève le voile sur ce mystère en ressuscitant la véritable figure du père, dans un roman à la fois captivant, bouleversant et drôle, où la fiction fraternise avec la réalité pour cerner la vérité d’un homme.

Si Romain Gary dresse un portrait de mère éblouissant dans La promesse de l’aube, il parle peu de son père, qu’il s’invente acteur russe séducteur. Laurent Seksik a sans doute voulu rendre hommage au vrai père de Roman Kacew. Arieh Kacew est un  « simple » fourreur juif du ghetto de Wilno (à l’heure o Vilnius était encore Polonaise), dans sa famille on est fourreur de père en fils et on est très croyant car on descend de la tribu la plus importante des enfants d’Israël, celle des Cohen. Mais Arieh n’est pas un homme tout à fait parfait : il a dû arracher la bénédiction de son père pour épouser une femme « pas assez bien pour lui », Nina à qui il donnera un fils et qui sera tellement instable sentimentalement qu’il finira par la quitter pour une autre, la laissant dans la colère et le désespoir qu’elle sait si bien surjouer quand il le faut. Le jeune Roman grandira donc sans père, mais en admirant secrètement celui-ci au point de lui confier son désir de devenir fourreur à son tour, au grand dam de Mina. Ce sont la misère et les rêves exaltés de Nina qui la conduiront avec son fils sur le chemin de la France, jusqu’à Nice.

On sent que Laurent Seksik connaît bien La promesse de l’aube (un certain M. Pieklielny apparaît dès les premières pages de son roman et y joue un rôle non négligeable)  : il a voulu rendre justice à la figure paternelle de Romain Gary, lui donner de la chair, compenser un peu le peu de place que lui a laissé la flamboyante Nina. Et en écrivant ce roman bien documenté (comme toujours), en condensant sur la journée du 26 au 27 janvier 1925 la décision qui scelle définitivement les rapports entre père et fils, il rend aussi justice à Arieh Kacew et à travers lui, à tous les Juifs de Wilno dont les ancêtres ont connu les pogroms de 1919 et qui seront complètement décimés par les nazis puis par les soviétiques. Le roman trouve son épilogue en 1943 au moment où le ghetto est sur le point d’être totalement « liquidé » par l’occupant allemand. Un certain M. Kacew a vécu et est mort à Wilno…

« Nina détestait tous les Kacew. En un sens, elle avait l’esprit de famille. Elle les détestait avec l’excès qu’elle appliquait à toute chose, les détestait sans nuances, avec une violence irraisonnée, une férocité jamais feinte. Elle excellait dans l’art de la détestation, haïssait avec un talent fou, trouvait toujours le mot juste et le terme assassin, et si sa rancœur contre tel ou tel individu s’adoucissait – car elle était capable de se réconcilier avec la même promptitude qu’elle pouvait s’enflammer contre quelqu’un -, alors elle se découvrait un nouvel adversaire, ouvrait un nouveau front. Nina était en guerre contre une succession de cibles, individus proches ou lointains qui formaient comme la parade d’effigies défilant au stand de tirs dans les fêtes foraines. »

« La vie s’exprimait ici dans toute sa joyeuse fureur, son exaltation débordante, on était au cœur battant du ghetto, c’était le cœur vivant du monde. La clameur du jour balayait le souvenir des jours noirs. On se laissait griser par une ivresse infinie, la vie n’avait plus rien d’éphémère, le présent était éternité. Ces pieux vieillards à la barbe grise, ces femmes à la beauté sage, ces enfants aux yeux pétillants, ce merveilleux peuple de gueux marchait ici un siècle auparavant et arpenterait ces rues dans cent ans, ce peuple-là est immortel. Philippe Auguste leur avait élevé de grands bûchers, Saint Louis les avait expulsés tout comme le bon roi Dagobert, furieux qu’avec tant de provocante insistance ils s’accrochent à leur foi. Depuis le XIVe siècle, ils avaient été chassés tour à tour par les Allemands, les Autrichiens, les Lituaniens et les Russes, les voilà toujours aujourd’hui, vendant du hareng, et des livres, leurs enfants courant auprès d’eux. L’Éternel a créé le jour, l’Éternel a créé la nuit. On ne peut vivre chaque seconde en songeant que c’est la dernière. Tous auront disparu vingt ans plus tard, excepté le petit Roman, quand l’heure allemande sera venue. »

Laurent SEKSIK, Romain Gary s’en va-t-en guerre, J’ai lu, 2017 (1è édition : Flammarion, 2017)

Quelques jours en compagnie de Romain Gary…

Les notes du jeudi : Dans les jardins (3) Manuel de Falla

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Partons dans les célèbres d’Espagne de Manuel de Falla (186-1946), lui aussi très célèbre parmi les compositeurs espagnols. Au départ il a conçu Nuits dans les jardins d’Espagne comme des nocturnes pour piano solo, il les a orchestrés sur les conseils d’un pianiste.

Les Nuits décrivent trois jardins :

  1. En el Generalife (jardins de jasmins du palais de l’Alhambra)
  2. Danza lejana (jardin non-identifié prétexte à une danse exotique)
  3. En los jardines de la sierra de Córdoba (danse gitane pour la fête de Corpus Christi)

Manuel de Falla parlait de son oeuvre comme « d’impressions symphoniques ».

Voici ces Nuits dans les jardins d’Espagne avec le Chicago Symphony Orchestra et Daniel Barenboïm au piano. Le chef est bien espagnol, c’est… Placido Domingo.

Un certain M. Piekielny

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Quatrième de couverture :

« »Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… » 
Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée. 
Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.

Si je cherche dans mes souvenirs de lectrice, j’ai déjà lu des romans comme Agatha Christie, le chapitre perdu qui imagine ce qu’a fait la romancière quand elle a disparu quelques jours en 1926, ou des romans mettant en scène des personnages bien réels, mais jamais un roman qui même aussi intimement son auteur et un autre auteur.

François-Henri Désérable aime et connaît profondément Romain Gary, cela se sent. C’est un concours de circonstances qui l’amène à Vilnius, au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, là où a habité celui qui s’appelait alors Roman Kacew. Et il est capable de se réciter de mémoire : « Au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilmo, habitai un certain M. Piekielny. » Cette phrase de La Promesse de l’aube que M. Piekielny, « la souris triste à la barbe roussie par le tabac », prenant au sérieux les rêves fous de Mina, la mère de Roman, demande au garçon de répéter devant tous les grands de ce monde qu’il rencontrera quand il sera célèbre.

Alors François-Henri, F.-H., entreprend une vaste enquête pour retrouver la trace de ce M. Piekielny, homme discret qui a fini une balle dans la nuque au bord d’une des centaines de tombes creusées par et pour les Juifs autour de Wilno (l’actuelle Vilnius). Et ce faisant il évoque forcément l’auteur Romain Gary, à la fois d’après ce qu’il raconte de lui dans La Promesse de l’aube et d’après des documents historiques. Et un auteur parlant d’un auteur parle forcément aussi de lui-même, de son rapport à la littérature, à l’écriture. Et en littérature, la frontière entre la fiction et la réalité est soit aussi épaisse qu’une feuille e papier à cigarette, soit aussi opaque qu’un écran de fumée bien entretenu…

Enquête littéraire, hommage à Romain Gary, célébration de la littérature, plongée dans le passé éclairant le présent, Un certain M. Piekielny, c’est tout cela à la fois et c’est un livre très plaisant à lire : la plume de François-Henri Désérable est vive, pétillante, pleine d’humour, elle sait aussi se faire grave et émouvante quand elle évoque la fin des Juifs de Wilno ou quand l’écrivain-enquêteur se heurte à des impasses. Mon seul petit point d’interrogation, c’est pourquoi on a qualifié ce livre de roman. Peut-être parce que F.-H. enjolive lui aussi la réalité, comme Romain et sa fabuleuse mère ? En tout cas cela donne envie de se replonger dans les romans de… Roman.

« Gary, on le voit, ne faisait pas la guerre. Qu’est-ce que c’est d’ailleurs que la guerre ? Le massacre de gens qui ne se connaissent pas, disait Paul Valéry, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. Un amplificateur d’héroïsme et de bassesse. La meilleure part de hommes, et la pire. La fureur de vivre décuplée par l’imminence de la mort. et aussi, pour les Français de Londres, un salon mondain sous les bombes. » (p. 109)

« C’est peut-être ça et rien de plus, être écrivain : fermer les yeux pour les garder grands ouverts, n’avoir ni Dieu, ni maître et nulle autre servitude que la page à écrire, se soustraire au monde pour lui imprimer sa propre illusion. »  (p. 121)

« C’était à Roger Grenier qu‘il fallait poser la question. Roger Grenier, quatre-vingt-quinze ans, écrivain, éditeur chez Gallimard où depuis 1949, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, il se rend à pied chaque jour que Dieu fait. Pendant longtemps, son rituel fut le même, immuable et sacré : levé a six heures, deux minutes plus tard il était sous la douche, à six heures douze il se rasait, à six heures vingt il enfilait un pantalon puis boutonnait sa chemise, entre six heures vingt-cinq et six heures cinquante il buvait son café en lisant les journaux, à sept heures moins cinq il passait autour de son cou une cravate qu’une minute après il avait fini de nouer, à sept heures moins une il chaussait ses lunettes, et a sept heures précises, qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige il sortait de chez lui, rue du Bac, qu’il descendait d’un pas ferme sur lequel les habitants du VII‘ arrondissement réglaient leurs petites habitudes : le voyant qui passait devant ses fenêtres, le boulanger savait qu’il était temps de sortir son pain du four, la mère de famille de réveiller ses enfants, le facteur d‘enfourcher sa bicyclette et de commencer sa tournée. de sorte que, le 3 décembre 1980, au lendemain de la mort de son cher Romain. quand Roger Grenier. accablé de tristesse, dut garder le lit, il y eut des baguettes trop cuites, des enfants en retard à l’école et du courrier non distribué. L’anarchie. » (p. 136)

François-Henri DESERABLE, Un certain M. Piekielny, Gallimard, 2017

Le billet très attirant de Kathel

Après cete lecture, c’est décidé, je passe quelques jours avec Romain Gary.

Mais la Vie…

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Tout le monde rêve d’un idéal
Un Eden, un bonheur fatal
Mais la vie…
Mais la vie…
Tout le monde voudrait le soleil
Nos pensées tournées vers le ciel
Mais la vie…

Les saisons passent
Il faut apprendre
Avec elles à renaître
De nos cendres
Le jour se lève
La vie avance

Même quand tout s’éteint
Sur nos chagrins
Il reste encore
Une braise, une flamme qui dort
Un peu de vent
Sur nos tourments
Et tout repart
Tout s’allume sur un autre espoir

Moi aussi, j’ai consumé des peines
Attisé des blessures anciennes
Mais la vie…
Mais la vie…
Moi aussi, je suis tombée de haut
Du saut de l’ange au fond de l’eau
Mais la vie…

Mais qui nous sauve
Qui nous relève
Et qui souffle les brûlures
De nos fièvres
Une étincelle
Dans le silence

Mais quand tout s’éteint
Sur nos chagrins,
Il reste encore
Une braise, une flamme qui dort
Un peu de vent
Sur nos tourments
Et tout repart
Tout s’allume sur un autre espoir

Le jour se lève
La vie avance
Avec elle
Retrouvons l’éclat d’une espérance…

Avec elle
Essayons de lui donner un sens
Un sens.

Même quand tout s’éteint
Sur nos chagrins
Il reste encore
Une braise, une flamme qui dort
Un peu de vent
Sur nos tourments
Et tout repart
Tout s’allume sur un autre espoir.
Tout s’allume sur un autre espoir

MAURANE

Merci à Maurane, bien trop tôt en allée lundi dernier… Cette chanson m’a consolée à une période de ma vie où j’étais vraiment triste.

Et à toi, mon autre soeur partie toi aussi bien trop tôt il y a cinq ans.

Le Mois belge 2018 : les résultats du concours !

Et voilà, cette fois c’est vraiment la fin du Mois belge avec les résultats du concours.

3 livres proposés n’ont attiré chacun qu’un seul participant. Pour les deux autres, j’ai fait un petit tirage au sort.

Kathel gagne l’album offert par Mijade.

Lili gagne le roman Les Cerfs proposé par Esperluète.

Danny gagne le livre de Marcel Mariën ms en jeun par Espace Nord.

C’est Aifelle qui gagne le recueil de nouvelles d’Agnès Dumont offert par Quadrature.

Enfin Anne L. (ou Ptitlapin) remporte le roman de Laurence Bertels offert par Luce Wilquin.

Bravo à tous les cinq et encore un très grand merci aux éditeurs !

J’attends vos coordonnées en message privé à l’adresse : adtraviata[at]gmail.com

J’ai bien noté vos suggestions pour l’année prochaine, il semble que les LC autour d’un auteur vous plaisent, je pense que je vous laisserai en proposer pour composer le calendrier 2019.

Encore merci à tous et à toutes et à l’année prochaine !

 

Les notes du jeudi : Dans les jardins… (2) Fanny Hensel-Mendelssohn

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Promenons-nous au jardin… et toujours avec des chants (même s’ils sont chorals) pour accompagner la finale du Concours Reine Elisabeth consacré cette année au chant.

Fanny Hensel-Mendelssohn (1805-1847), pianiste et compositrice allemande, était la soeur de Felix Mendelssohn. Elle a composé de nombreux lieder dont ce cycle des Gartenlieder pour choeur mixte.

La monnaie d’une étoile

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BÂTON XXX
LA MONNAIE D’UNE ÉTOILE

En chantant
on se sépare
sans bouger les lèvres
de ce qui nous embrasse
car nous avons faim d’avoir faim
et nous vengeons le vent
d’être la feuille
qu’il n’a pas choisi
de faire tomber

En jetant
nos yeux dans le ciel
nous voyons l’infini
marcher comme un mendiant aveugle

La nuit lui donne parfois
et avant nous
la monnaie d’une étoile

Serge PEY, Mathématique générale de l’infini, préface d’André Velter, Poésie/Gallimard, 2018

Histoire d’un bonheur

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Quatrième de couverture :

Quel est le secret d’Anita Beauthier ? Rien ne la prédestinait à rencontrer Nourreddine, élève en difficulté dans une école de la ville et à lier avec lui une relation faite de crainte et de tendresse.

Rien ne laissait penser non plus que Simon, beau-frère d’Anita, homme solitaire et taciturne, rencontrerait Nathalie, la voisine, trahie par son mari.

Histoire d’un bonheur est le récit de ces rencontres improbables, porteuses de vraies questions : qu’est-ce que le bonheur ? Et comment se libérer des conventions d’une vie toute tracée pour découvrir, peut-être, son propre chemin ?

Histoire d’un bonheur est un roman choral qui commence et se termine par la voix d’Anita Beauthier, femme que l’on croit parfaitement heureuse, équipée, éduquée pour être une parfaite bourgeoise fière de son mari et de ses enfants. Mais en réalité, on sent un combat de tous les instants pour rester dans les clous, on devine l’aveuglement d’Anita sur ce qu’elle pense être le bonheur et on comprend qu’elle souffre sans doute de troubles bipolaires bien camouflés par les médicaments. Mais voilà qu’elle arrête son traitement et que tout s’enraye devant ce qu’elle appelle la « maladie » de son fils adoré.

« C’est pourquoi aujourd’hui il faut dire non, lutter contre cette morosité ambiante, ce gris qui s’insinue partout autour de nous – sauf dans ma cuisine où c’est ravissant. Oui, il est possible de vivre heureuse, contente et épanouie et de le faire savoir. Oui, il est essentiel de rester positif et de s’attacher à la beauté qui nous entoure comme autant de bulles de bonheur. »

Nourreddine n’aurait jamais dû rencontrer celle qu’il va tendrement appeler Mamita, lui qui, à treize ans, croupit sur les bancs de l’école primaire et est déjà un petit délinquant qui a bien compris que le modèle de bonheur standard proposé par la société de consommation n’est pas pour lui.

« Même ça commence à bien m’exciter, cette histoire, parce que j’en viens à penser que moi aussi, avec un peu de chance, je pourrais devenir quelqu’un si je le veux, y a pas que les autres que moi qui ont un avenir. Napoléon, au départ, c’était un rien du tout, un immigré qui ne parlait pas le français, pas un Arabe quand même, mais un étranger qu’on ne regardait même pas. »

Nathalie, la voisine d’Anita, subit de plein fouet la trahison de son mari et celle du quotidien qui a englouti son bonheur conjugal. C’est le personnage de la partie centrale du roman, écrite non pas en je mais en tu, accentuant sa détresse et ses désirs de femme.

« Je voyais une autre vie, une vie où tout va lentement, où tu tournes autour de ce que tu attends tout doucement parce que tu sais qu’au bout du chemin ça finira bien par te sourire, où tu fais des efforts jour après jour comme une poignée de petits cailloux, où tu encaisses sans broncher pour finalement la rafler un jour comme tout le monde ta part de lumière. La part à laquelle tu as droit. »

Enfin Simon, le beau-frère d’Anita au visage ravagé par un accident, éducateur dans l’école de Nourreddine, subit les choses, il croit que le bonheur lui est devenu inaccessible. Mais ne suffit-il pas de composer avec ce que l’on a, avec ce que l’on est pour être heureux ?

Dans ce récit vif, au langage pétillant, Geneviève Damas joue avec des images, des rêves de bonheur. Sous l’histoire pleine d’humour, avec sa délicieuse capacité à se glisser dans la peau de ses personnages si différents, elle pose la question de savoir comment être soi, sans se conformer aux modèles tout faits, aux conventions sclérosantes. Et si la fin n’est pas complètement un dénouement heureux, elle a réussi à faire bouger certaines lignes…

Il m’a fallu bien du temps pour lire ce deuxième roman de Geneviève Damas… J’avais peur d’être déçue tant j’avais aimé Si tu passes la rivière. J’avais tort, j’ai passé un très bon moment de lecture, un beau moment d’humanité.

Geneviève DAMAS, Histoire d’un bonheur, Arléa, 2014

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