Savoir-vivre

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Présentation de l’éditeur :

« Les partis fascistes, ce n’est pas ce qui manque ici, disait Max à Lena, en passant avec elle sur Tower Bridge, ils rêvent tous de refaire le coup de Mussolini : on part à une poignée et un jour, après quelques manifestations, on devient tout, et plus la poignée est petite plus la réussite sera éclatante. »

C’est une histoire vraie, celle d’un homme de guerre et d’une femme seule. Elle s’est passée en Angleterre, au cours des années 1920. À l’époque, elle a fait cinq colonnes à la une dans la presse, puis elle a disparu. J’ai pensé qu’elle valait la peine d’être racontée dans un roman. H.K.

Cette histoire se passe à Londres, en 1930. Max est journaliste, il cherche un sujet de reportage et s’intéresse au colonel Strether, héros de la bataille de Mons en août 1914, maître d’hôtel dans le civil, dans un prestigieux restaurant londonien et aussi instructeur pour les jeunes recrues d’un petit parti d’extrême-droite. Strether raconte la bataille de Mons et la fameuse intervention des « anges » qui auraient permis aux Anglais de battre en retraite avec un maximum de dignité devant les Allemands triomphants, il exalte cette apparition avec lyrisme et en fait le modèle de ce que devraient êtres les vrais Anglais en 1930. Nous suivons aussi Lena, une cantatrice en répétition à Londres, qui fut la maîtresse de Max, a une liaison avec son pianiste et semble appréciée par Strether qui lui raconte des bribes de son parcours.

Hédi Kaddour raconte l’histoire de ce personnage singulier en la dévoilant progressivement, dans une progression en spirale, où les éléments connus débouchent sur de nouvelles révélations, jusqu’à un coup de théâtre auquel je ne m’attendais pas du tout, qui m’empêche de vous en dire davantage, évidemment et donne envie de relire le roman. J’ai beaucoup aimé la construction de ce personnage, sur fond de crise économique et morale dans l’Angleterre de 1930. On assiste ainsi au développement de plusieurs partis fascistes (celui le plus connu, je crois, d’Oswald Mosley, est évoqué) mais une certaine nostalgie de la première guerre mondiale est bien présente, ainsi que les rapports délicats entre hommes et femmes, ces dernières peinant à garder le statut gagné en remplaçant les hommes en 14-18.

Je prendrai plaisir à retrouver la plume sinueuse et élégante d’Hédi Kaddour.

« Ils s’étaient retrouvés tous les quatre à la gare, dans la rumeur d’une foule joyeuse qui se pressait sur les quais. C’était un matin d’automne, la première partie de l’automne, celle des fruits mûrs, et du soleil qui ne veut pas sortir de l’été. Peu de temps après le départ de leur train, les branches d’arbres encore très feuillues avaient commencé à se jeter joyeusement sur la vitre du wagon, on avait envie de chanter et la lumière se posait par éclair sur les visage set les avants bras. La ligne suivait une petite route où l’on voyait parfois un camion cahoter sous les sacs de houblon, ou bien une fourragère qui abandonnait aux arbres la partie la plus instable de son fardeau. »

« Une Emma qui aurait survécu, qui s’avalerait à petites doses le poison de la vie conjugale. »

Hédi KADDOUR, Savoir-vivre, Folio, 2011 (Gallimard, 2010)

Encore une participation au Mois africain  chez Jostein

Manger l’autre

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Manger l’autre

Présentation de l’éditeur :

Une adolescente, née obèse, vit recluse dans sa chambre. Le regard des autres et le harcèlement dont elle est victime ont eu raison de sa scolarité. Sa mère l’a abandonnée, incapable de faire face à son appétit monstrueux. Son père, convaincu qu’elle a dévoré sa sœur jumelle in utero, cuisine jour et nuit pour « ses filles ». Par le plus grand des hasards, elle rencontre l’amour. Mais la société du paraître et les réseaux sociaux ne sauraient tolérer un tel écart…

Fable rabelaisienne, Manger l’autre décrit sans pitié, mais non sans humour, la tyrannie de la minceur et le retour de la « mise à mort publique ». Un conte cannibale d’une sensualité bouleversante.

Après avoir lu un roman sur Francis Bacon, « le peintre de la chair », voici un roman où la chair de l’héroïne déborde de tous côtés, sa peau, ses plis, ses bourrelets, un corps énorme, hypertrophié, qui vaut à sa « propriétaire » horreur et abandon de sa mère, moqueries et quolibets de ses camarades de classe, adoration et déni de son père. La narratrice est née en pesant déjà dix kilos, sa mère n’a jamais su comment la prendre « à bras le corps » si je puis me permettre le jeu de mots et s’st enfuie, épouvantée, dévorée par ce bébé hors-normes. Le père accrédite la théorie que sa fille a mangé sa soeur jumelle dans le sein maternel et nourrit « ses filles » avec une dévotion épuisante, hors de tout bon sens. Un jour, elle a tellement grossi qu’elle ne peut plus quitter la maison et reste la plupart du temps couchée. Elle sa sait condamnée à mourir jeune, baleine, éléphanteau échoué dans son lit. Mais l’amour va s’inviter chez elle, malgré tout, et lui faire connaître le bonheur puis l’enfer, avant une fin… hallucinée.

Manger l’autre est un conte cruel sur le corps, l’image de soi, le regard des autres, la dictature du paraître, et interpelle notre société de consommation et ses excès (consommation de nourriture et d’images). C’est à la fois cruel et très sensuel, fort et provocant. Implacable. D’Ananda Devi, j’avais déjà apprécié Eve de ses décombres. Voici ici un texte très différent, que j’ai tout autant apprécié.

« Alcool, cigarette, bouffe, drogue, sexe, ce sont les excès qui nous excitent, qui nous passionnent. Sans eux, nous sommes de pâles effigies faisant semblant de vivre. Sans eux, nous passerions de la naissance à la mort comme des ombres qui n’auraient jamais connu le bonheur des délices interdits. Nous sommes la contradiction vivante de nos idéaux de sainteté et de santé. Nous ne sommes pas faits pour le jeûne ou l’abstinence, sauf comme forme de punition et d’autoflagellation. »

« Plus que le mal physique, je suis la représentation psychique de notre époque, j’en suis l’immoderé somatisé, la terreur et la spirale autodestructrice (oui, je ne crains pas une telle emphase, parce que la communication passe désormais par une amplification dénuée de sens, par un besoin d’outrance et de redondance — je suis dans l’air du temps, dans la même extension du vide). De nous, du monde dont je fais partie, ne reste que le plus délétère. Prisonniers de nos envies pléthoriques, nous nous sommes enfermés au point qu’il nous est devenu impossible de nous libérer sans éprouver une panique irrationnelle. Ne reste plus que l’assouvissement des envies du corps —gloutonnerie et pornographie, nos deux mamelles. »

« Mais comment effacer l’obésité de la présence humaine sur terre, celle qui engloutit et dévaste et ne cesse de s’épandre ? Pauvres oiseaux, papillons et éléphants ! Tous logés à la même enseigne. Ce qui n’était au départ qu’un élargissement mineur est devenu une expansion accélérée, effrénée, qui ne laissera bientôt plus le moindre espace aux autres espèces. »

Ananda DEVI, Manger l’autre, Zulma, 2021 (Grasset, 2018)

Un Zulma par mois

Le Mois africain chez Jostein (une super initiative pour mettre à l’honneur les littératures africaines dans laquelle je me suis coulée au pied levé)

Tableau final de l’amour

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Présentation de l’éditeur :

Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Dans une Europe traversée par deux guerres s’impose la vision d’un artiste radical dont l’œuvre entière, obsédée par le corps, résonne comme un cri. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle – ce « petit voleur inexpérimenté » qui, en pleine nuit, s’est introduit dans son atelier –, le narrateur retrace les errances de leur relation tumultueuse. Avec ce roman, rappelant l’érotisme de Bataille ou de Leiris, Larry Tremblay poursuit son œuvre de mise à nu de l’être humain. 

Avant de lire ce livre, j’ai juste été regarder quelques reproductions d’oeuvres de Francis Bacon, mais je n’ai rien lu sur lui. Je me sus donc laissé embarquer par la plume toujours aussi stylée de Larry Tremblay et par cette première phrase qui entrera sans doute au panthéon des premières phrases de roman célèbres : « Tu es venu pour me voler. » Francis Bacon s’adresse directement à George Dyer, ce petit délinquant sans envergure venu le cambrioler et qui, dès la première nuit, se retrouve dans le lit de Bacon, inaugurant une relation complexe, compliquée, qui s’achèvera brutalement avec le suicide de Dyer à Paris, en 1971, deux jours avant l’inauguration de la grande rétrospective consacrée au peintre. Dans le roman, Bacon raconte cette liaison tumultueuse, violente, la reliant à la brutalité de son propre père, à sa fascination pour cette figure paternelle et à sa création artistique.

Larry Tremblay était chez TuliTu le 7 octobre dernier pour présenter son roman. Il a expliqué que les seuls documents dont il s’est inspiré sont les interviews que le peintre a données au cours de sa carrière, des informations directes donc. L’auteur est depuis longtemps imprégné de ces oeuvres et s’il avoue bien volontiers avoir totalement inventé certains personnages clés du roman – alors que cela paraît tellement vraisemblable – tout l’art du roman -, il a parfaitement fait ressentir dans cette histoire d’amour hors-normes l’essence de la création de Francis Bacon : la peinture comme un acte sexuel, le sexe comme moteur de création, la violence comme moteur relationnel. C’est rude, c’est souvent cru, mais le roman – pour autant qu’on en accepte le pacte – se lit avec fluidité, servi par une plume d’une grande élégance.

« Je grattais ton image jusqu’à percer le réel, jusqu’à faire apparaître l’excrément du vrai. Pas beau, ça, ce mot: excrément. On le sent – et il pue – avant d’en saisir le sens. On le bloque, on l’envoie chez le Diable. La vérité, comme toutes choses, produit des excréments. Et c’est l’art qui se charge de les ramasser. Et de les vendre. Et de les rendre admirables. Quitte à forcer l’oeil, à le faire saigner. » (p. 61)

« Te peindre, c’était aussi plonger mes doigts dans le gris de mon cerveau, étaler ma main gluante sur la toile consentante, toile junkie en manque de visage, quêtant sa perfusion de couleurs. Mais j’étais rarement satisfait. La toile avait toujours trop soif, elle buvait, buvait, ne séchait pas devant le feu de mon regard. Elle méritait l’assassinat, et je passais trop souvent à l’acte. » (p. 72)

« Pour moi, il n’y a toujours eu qu’une seule chose à peindre : le corps et son cri. Et si la sainteté et le tragique avaient la chance de se marier, c’était assurément au sein de la figure humaine. L’art abstrait l’avait évincée de la toile, remplacée par des paysages de points, de lignes, de taches, l’avait déconstruite pour signifier l’insignifiance de toute vérité humaine, voire son inexistence absolue. Il n’y avait que du vent dans cet art aseptisé. Pour peindre des crucifiés ou me hisser moi-même en haut d’une croix, je n’avais pas besoin de croire. N’importe qui pouvait se retrouver dans cette position. Et toi, le voyou, le voleur, le petit boxeur, au moment où dans ma nuit tu avais fait intrusion, j’étais enfin prêt à accepter les bassesses, les joies, les blessures nécessaires pour peindre le corps que tu m’offrais et son cri que j’aspirais à étaler à la grandeur de ma toile. L’amour avait déjà commis tous les crimes. Un défi pour moi d’en imaginer de nouveaux. » (p. 110-111)

Larry TREMBLAY, Tableau final de l’amour, La Peuplade, 2021

Petit Bac 2021 – Objet 6

Les notes du jeudi : Anniversaires 2021 (2) Pauline Viardot

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Pour une fois, et on ne va pas se plaindre, une femme figure parmi ces anniversaires : Pauline Viardot, née en juillet 1821, il y a 200 ans (1821-1910). C’était une cantatrice et elle a composé de nombreuses oeuvres vocales pour ses élèves mais elle a été reconnue comme compositrice de talent, notamment par Franz Liszt.

Voici une vidéo qui retrace son parcours (suivez le lien) et un concert par Aude Extrémo, mezzo-soprano et Étienne Manchon, piano.

Les orages possibles

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Les orages possibles

Présentation de l’éditeur :

Charlotte achevait de se déshabiller quand elle entendit des cris dans le couloir. On ouvrait. Des portes claquaient.

La sienne s’ouvrit violemment. Quelqu’un entra. C’était l’aviateur aux yeux bleus. Il était essoufflé et disait des mots incompréhensibles. Gênée d’être surprise à moitié déshabillée, Charlotte jeta son grand peignoir sur ses épaules. C’est alors qu’elle comprit qu’on criait en allemand.

Veuve très jeune, Charlotte entre dans les ordres. Elle travaille dans un orphelinat. Une petite vie apparemment tranquille, malgré les heurts fréquents avec la Supérieure. Malgré aussi la guerre et les difficultés de nourrir des enfants auxquels elle s’attache plus qu’il ne le faudrait.
Jusqu’au jour où un aviateur de la RAF vient se réfugier dans le grenier des sœurs…

C’est une jolie histoire marquée de chagrin et de courage que nous conte Claude Raucy. Celle de Charlotte, une jeune Ardennaise qui a été fleuriste et a ainsi rencontré l’amour de Jérôme. Veuve bien trop tôt , la jeune femme est « orientée » vers les ordres et devient religieuse dans un orphelinat de Liège. La mère supérieure est hautaine et la jeune soeur obéit aux ordres avec le plus d’humilité possible. Sauf quand il s’agit de protéger Gino, un des petits orphelins auquel elle ne peut résister. Charlotte est envoyée « en mission » dans son village familial pour collecter des fonds et de la nourriture pour les enfants recueillis. C’est là qu’elle prend conscience du fossé entre résistants et sympathisants des Allemands. De retour au couvent, un aviateur anglais venu s’y réfugier va semer le désordre dans la vie de la religieuse.

Comme je le disais, c’est une belle histoire, mais qui reste trop en surface. Il y a de beaux personnages qui auraient pu être creusés davantage, comme celui de Charlotte, qui m’a paru très douce mais un poil trop naïve, ou celui de son frère Marcel, et même celui de la supérieure (que je soupçonne, malgré ses airs de matamore, d’avoir aidé à cacher des enfants pendant la guerre – mais rien ne le dit dans le roman, je m’égare peut-être). La rencontre à Prague entre Gino et Grégoire, à la fin de ce court roman, apporte un bel éclairage sur l’histoire de Charlotte mais elle m’a laissée un peu sur ma faim aussi… Je retiendrai pourtant la leçon de vie optimiste qui ressort du récit (ne pas se laisser paralyser par les orages possibles mais croire en la vie, malgré tout) et la douceur de Charlotte qui brave la foudre.

Un grand merci à Gérard Adam et aux éditions M.E.O. pour l’envoi de ce livre !

Claude RAUCY, Les orages possibles, M.E.O., 2021

Petit Bac 2021 – Météo 6

Les notes du jeudi : Anniversaires 2021 (1) Josquin des Prés

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Octobre, c’est le mois de mon anniversaire, donc je reprends cette idée de fêter les anniversaires des compositeurs et même interprètes ici. On remonte à la Renaissance avec le 500è anniversaire de la mort de Josquin des Prés (v. 1440-1521),un compositeur que l’on pourrait résumer par le mot « mélancolie..

Voici d’abord une vidéo anniversaire avec Dominique Visse et l’Ensemble Clément Jannequin, ensuite la chanson Nymphes des bois (par le Duo Dulces Exuviae) et l’oeuvre religieuse Victoria O Magnum Mysterium par le Fieri Consort.

Le Complexe du gastéropode

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Le complexe du gastéropode par Deschepper

Quatrième de couverture :

Ils sont quatre. Quatre auteurs débutants sélectionnés pour une résidence d’écriture au château du comte Gédéon de Ducart d’Olise. Quatre auteurs qui espèrent entrer par la grande porte dans le carré VIP de la littérature.
Ils sont quatre et comme toujours, dans ces cas-là, il n’en restera qu’un…
Alors qu’au cœur de la résidence, les prétentions des uns se heurtent aux incompréhensions des autres, les malentendus font osciller l’histoire entre huis-clos et farce burlesque. Les portes claquent, les chiens avent et les quiproquos révèlent les motivations plus ou moins réelles d’un petit monde littéraire imaginaire (?) à la recherche de sa destinée.

Surprise dans ma boîte aux lettres il y a quelques semaines, ce roman de Catherine Deschepper, le deuxième qu’elle écrit (le premier étant un roman étiqueté pour ados), le premier officiellement pour adultes. Dans sa dédicace, l’auteure me dit avec humour qu’elle ne restera pas longtemps dans le petit monde littéraire belge. De fait, ça commence fort avec cette première phrase « Saloperie de putain de première phrase » qui évoque la difficulté de commencer un livre, surtout le second, celui pour lequel quatre écrivains fort divers sont invités à une résidence d’écriture dans un château ardennais. Dès cet incipit, la célèbre première phrase de Proust « Longtemps je me suis couché de bonne heure » est passée à la moulinette et c’était assez réjouissant (même si j’ai le plus grand respect pour Marcel, évidemment). Le roman se déroule alors, un peu lentement d’abord avec la présentation des protagonistes, avec plus de rythme dès que l’un des quatre se met en tête d’écrire la réalité ou de réaliser la fiction, on ne sait trop, et surtout d’éliminer ses concurrents pour attirer sur lui seul les projecteurs de la gloire littéraire.

J’imagine que Catherine Deschepper a vécu ce genre d’événement, une résidence d’écriture, et qu’elle connaît bien le microcosme de l’édition belge. Ce qui est sûr, c’est qu’elle maîtrise avec jubilation les codes littéraires et s’en joue à merveille : il suffit de lire les titres de parties et de chapitres pour comprendre qu’elle s’est vraiment amusée à écrire cette pochade et à tracer les portraits des quatre écrivains, tous plus farfelus les uns que les autres. Le rapport à l’écriture, au succès, aux lecteurs, l’angoisse de la page blanche, la recherche du sujet en or, la concurrence entre auteurs (mais noooon, ça n’existe pas, si ?), tout y passe, dans ce pauvre château malmené par cette résidence. Mais je l’avoue, je n’ai pas été emportée par cette lecture et pourtant, je devrais avoir honte me réjouir sans arrière-pensée du fait qu’une auteure ose un livre humoristique en cette rentrée littéraire pleine de sujets sérieux, voire dramatiques. J’ai eu un peu de mal à m’accrocher jusqu’au bout et j’en suis désolée, mais je ne suis pas une bonne cliente pour le total déjanté. Ceci dit, je suis sûre que, par son sujet et son traitement, ce roman trouvera son public et amusera bien d’autres lecteurs !

Un grand merci aux éditions Weyrich pour l’envoi de ce livre !

Catherine DESCHEPPER, Le Complexe du gastéropode, Weyrich, 2021

Petit Bac 2021 – Animal 5

Lectures scolaires

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Septembre, rentrée scolaire, c’est pour cela que j’étais moins présente sur le blog mais je suis partie à la découverte de nouveaux titres utiles à travailler en classe ou à proposer à mes élèves ! Et cela allait bien avec les notes du jeudi « pour apprendre ».

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Quatrième de couverture :

La prof de français propose à ses élèves de lire un roman qui relate l’itinéraire de Nadir, un jeune réfugié syrien. Le sujet est dur, le ton du récit est très réaliste. Chaque lecteur reçoit le livre différemment. Le roman provoque le débat. C’est décidément un sale livre, dont aucun lecteur ne sort indemne. 

Drôle de titre, fait pour provoquer les lecteurs et le débat. Tout comme les différents personnages du livre qui réagissent très différemment à la lecture du livre contemporain que la prof de français, madame Latour, a déniché et proposé à ses élèves : l’élève qui d’habitude pompe ses résumés sur internet et se laisse happer par l’histoire de Nadir, l’élève bon lecteur qui n’apprécie pas le style (ou l’absence de style, selon sa mère, autre prof de français très classique), certains parents, le principal à qui ces derniers font part de leur inquiétude devant une telle lecture, la documentaliste qui soutient sa collègue et organise le débat… jusqu’à l’auteure qui viendra rencontrer les élèves.

La richesse de ce roman, c’est qu’il propose divers niveaux de lecture et de nombreux sujets de débat, liés notamment à l’histoire de Nadir, réfugié syrien scolarisé en France, et à la lecture scolaire, sujet délicat s’il en est. Frank Andriat présente également des personnages bien marqués (il le faut pour l’intérêt de la discussion) qui vivent des valeurs parfois diamétralement opposées. A chacun de poser ses choix, d’en être responsable, de les assumer jusqu’au bout ou de se laisser bousculer.

Par rapport à la lecture en classe, personnellement j’essaye de donner le goût de la lecture avant tout, il faut certes travailler un peu autour des livres choisis mais je suis assez vieille ancienne pour ne pas me culpabiliser si je ne respecte pas le programme à la lettre. Et comme les étudiants du roman, si tout va bien, mes élèves et moi aurons la chance de rencontrer l’auteur en classe cette année !

Frank ANDRIAT, Un sale livre, Mijade, 2016

Petit Bac 2021 – Objet 5

Stabat Murder

Quatrième de couverture :

Comment Mia, Matthis, Sacha et Valentin, quatre jeunes pianistes du Conservatoire national, ont-ils pu disparaître sans laisser de trace, à un mois d’un concours décisif pour leur avenir ? Ont-ils, sous la pression, décidé ensemble de tout plaquer ? Impossible, d’après les familles interrogées sans relâche par Clara Di Lazio. S’agit-il d’un enlèvement ? La commissaire, réputée coriace, a l’intuition terrible que, dans cette enquête, chaque minute compte…

Quatre jeunes pianistes déjà chargés d’adrénaline à l’idée de passer un grand concours qui orientera leur carrière, tous bien différents : Mia, qui pense quitter sa famille, surtout sa mère froide et distante depuis toujours, Matthis qui vit seul avec une mère « parfaite » pour aménager son parcours de grand pianiste, Sacha dont les parents sont eux-mêmes artistes et préoccupés avant tout de leur propre carrière, Valentin dont les parents tiennent vaillamment un restaurant. Quand ils disparaissent en même temps et que la commissaire Clara Di Lazio cherche désespérément une piste, c’est cela qui sera intéressant : leurs profils, leurs familles bien marquées, mais avec de la nuance. Et la commissaire elle-même hantée par son frère disparu sans laisser de traces est un personnage que je retrouverai avec plaisir (puisqu’il y a au moins trois romans déjà parus). Stabat Murder (j’adore ce jeu de mots) est un bon polar avec de bons personnages dont les pages tournent toutes seules jusqu’à une fin pas si surprenante que ça mais tout en nuances aussi. Sans oublier les touches d’humour bienvenu avec la pétillante Elise.

Sylvie ALLOUCHE, Stabat Murder, Pocket Jeunesse, 2020 (Syros, 2017)

Les notes du jeudi : Musiques pour apprendre (3) Benjamin Britten

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La troisième oeuvre pour apprendre les instruments est britannique : il s’agit de The Young Person’s Guide to the Orchestra, oeuvre sous-titrée Variations et Fugue sur un thème de Purcell. Elle fut écrite en 1946 dans le but d’initier les jeunes aux instruments de l’orchestre. Il s’agit d’une commande pour un documentaire éducatif.

L’oeuvre est ici interprétée par le WDR Sinfonieorchester sous la baguette de son chef d’orchestre principal de l’époque, Jukka-Pekka Saraste, le 3 octobre 2010 à la Kölner Philharmonie.

L’Odeur du café

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L’Odeur du café

Présentation de l’éditeur :

Au cœur de ce récit, il y a l’enfance. Celle d’un petit garçon passant ses vacances à Petit-Goâve, dans le giron de Da, sa grand-mère. Un accès de fièvre, et le voici privé de jeux avec ses camarades. Alors il reste sur la galerie, assis aux pieds de Da qui se balance dans le rocking-chair, une tasse de café toujours à portée de main, pour les passants et les voisins. Le long des lattes de bois, l’enfant observe, rêve, se régale : la lutte inégale des fourmis et des araignées, les gouttes de pluie picorant le sol, les adultes comme ils s’occupent et bavardent, son chien Marquis « à la démarche de vieille dame »… Il respire les odeurs de la vie.Chronique des sensations évanouies et retrouvées, l’Odeur du café est une magnifique échappée – au temps magique d’une enfance singulière.

Autant j’ai été déçue, désarçonnée par ma première lecture de Dany Laferrière (Je suis un écrivain japonais, que j’ai abandonné assez vite), autant j’ai été charmée par L’Odeur du café où l’auteur évoque ses souvenirs d’enfance à Petit-Goâve en Haïti, quand, à cause d’une mystérieuse maladie, il habita l’été de ses dix ans avec sa grand-mère. Da, qui aime particulièrement le café dont faisait commerce son mari, a eu cinq filles et est une sorte de sage dans la petite ville. La vie se passe entre la galerie de la maison, d’où l’on voit évidemment tout ce qui se passe, les courses effrénées à vélo entre copains, les bêtises de gamins, l’école et la mer. Il vaut mieux se concilier les bons esprits et éviter les mauvais fantômes pour mener une bonne vie.

Le récit se déroule à petites touches, tout en observation du quotidien, de la nature, en ouverture des sens, en anecdotes parfois pleines d’humour, premier amour pour Vava et surtout amour immortel pour Da, la délicieuse grand-mère qu’un gamin de dix ans ne peut jamais tromper. C’est plein de tendresse, de naïveté, de douce nostalgie.

« Le toit 

C’est une grosse maison de bois peinte en jaune avec de grandes portes bleues. On peut la repérer de loin. La toiture est en tôle ondulée. Neuve. Elle aveugle les camionneurs qui prennent le tournant près des casernes. Da pense la faire peindre en noir. J’aimerais mieux rouge. Chaque fois que Simon, le gros chauffeur du camion Merci Marie, passe devant notre galerie, il ralentit pour demander à Da quand elle fera peindre le toit. Da dit toujours : « La semaine prochaine, si Dieu le veut. » Mais ce n’est jamais fait. Une fois, Simon a dit : « Je le demanderai à Dieu, la prochaine fois, car c’est lui qui est de mauvaise foi. »

Da a ri, de même que Simon. Moi aussi. » (p. 29)

« Un jour, j’ai demandé à Da de m’expliquer le paradis. Elle m’a montré sa cafetière. C’est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de son odeur. L’odeur du café des Palmes. Da ferme les yeux. Moi, l’odeur me donne des vertiges. »

« Da m’a toujours dit que si le ciel est bleu, c’est à cause de la mer. J’ai longtemps confondu le ciel avec la mer. La mer a des poissons. Le ciel, des étoiles. Quand il pleut, c’est la preuve que le ciel est liquide. » (p. 137)

« Midi

Le soleil est au zénith. On ne voit pas son ombre sous l’eau. Willy Bony marche avec moi sur le port. Je vois mon ombre juste sous mes pieds.

-Que font les poissons à midi ?

-C’est l’heure de manger.

-Pour les poissons aussi ?

-Pour tout le monde.

-Et qu’est-ce qu’ils mangent ?

 -Du poisson, me dit Willy Bony.

-Mais on n’est pas vendredi.

Willy Bony se met à rire sans s’arrêter. » (p.140)

Dany LAFERRIERE, L’Odeur du café, Zulma, 2016

Un Zulma par mois (ou presque, vu que je n’en ai pas lu en juillet-août)

Petit Bac 2021 – Aliment/boisson 5