Le coeur de l’Angleterre

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Quatrième de couverture :

Comment en est-on arrivé là? C’est la question que se pose Jonathan Coe dans ce roman brillant qui chronique avec une ironie mordante l’histoire politique de l’Angleterre des années 2010. Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux émeutes de Londres en 2011, de la fièvre joyeuse et collective des jeux Olympiques de 2012 au couperet du référendum sur le Brexit, Le cœur de l’Angleterre explore avec humour et mélancolie les désillusions publiques et privées d’une nation en crise.
Dans cette période trouble où les destins individuels et collectifs basculent, les membres de la famille Trotter reprennent du service. Benjamin a maintenant cinquante ans et s’engage dans une improbable carrière littéraire, sa sœur Lois voit ses anciens démons revenir la hanter, son vieux père Colin n’aspire qu’à voter en faveur d’une sortie de l’Europe et sa nièce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce.
Au fil de cette méditation douce-amère sur les relations humaines, la perte et le passage inexorable du temps, le chantre incontesté de l’Angleterre questionne avec malice les grandes sources de crispation contemporaines : le nationalisme, l’austérité, le politiquement correct et les identités.

J’ai lu ce livre entre fin décembre et début janvier, juste au moment où Boris Johnson se réjouissait haut et fort de l’accord qu’il avait obtenu de l’Union européenne et de la sortie définitive du Royaume-Uni hors de cette Union. Pendant ce temps, sûrement, beaucoup se désolaient de ce Brexit, même si on le sait, on ne peut plus revenir en arrière. Depuis j’ai vu un documentaire sur le Premier ministre britannique, assez accablant sur l’intelligence mêlée d’opportunisme et de cynisme de cet homme et sur les conséquences de la sortie de la Grande-Bretagne. A vrai dire, comme Jonathan Coe l’expliquait en 2019 à la sortie de son livre en français, il y a longtemps que l’action d’une certaine classe politique et d’autres causes ont entraîné la GB dans cet engrenage infernal (du point de vue d’un auteur clairement anti-Brexit). Il a parlé de la génération Thatcher dans Bienvenue au club et Le cercle fermé qui mettaient déjà en scène les protagonistes du Coeur de l’Angleterre (et que j’ai envie de relire maintenant !). Dans ce dernier roman traduit en français, il permet de comprendre relativement facilement comment les Britanniques des années 2010, héritière des années 80, en sont arrivés à se déchirer et à se diviser profondément sur la question du Brexit qu’un homme politique (David Cameron) a agitée à leur nez à des fins électoralistes et comment le résultat du référendum a obligé la classe politique à bricoler une sortie de l’Europe à laquelle, dirait-on, personne ne s’attendait. 

A travers le destin des Trotter, frère et soeur, Benjamin et Lois, qui tentent de vivre la meilleure vie possible loin de l’agitation du monde, de leur père qui ne comprend plus ce monde dans lequel il vit, de Doug, éditorialiste politique, de Sophie, la nièce de Benjamin, universitaire qui se marie avec un homme totalement différent, Jonathan Coe nous fait saisir les mille et une nuances de la sensibilité britannique (nuances cruellement absentes dans la réflexion politique, faut-il le souligner) et les cassures de la société anglaise : fossé entre générations, fracture sociale criante que rien ne semble pouvoir réparer, divergences intellectuelles irréconciliables. L’auteur brosse un portrait sans concession, mais avec l’art du rythme et de la construction, une finesse psychologique et un sens de l’humour que j’adore définitivement ! Les conversations ubuesques entre Doug et son informateur, une certaine scène dans une penderie constituent des perles romanesques inoubliables !

Je ne vous en dirai pas plus sur ce coup de coeur qui commençait bien l’année, c’est toujours difficile de parler d’un livre tellement riche et tellement apprécié.

De nombreuses citations sur Babelio

Jonathan COE, Le coeur de l’Angleterre, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, Gallimard, 2019

Challenge Petit Bac 2021 : Lieu

 

Les notes du jeudi : Vive les vents, vive les vents… (2) Charles Gounod

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Pour ce deuxème rendez-vous avec les instruments à vent, je vous propose d’écouter une oeuvre que j’ai découverte par hasard : la petite Symphonie pour vents de Charles Gounod (1818-1893). C’est en réalité un nonette (pour neuf instruments) écrit en 1885. Ce sont des musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France qui l’interprètent. Bonne écoute ! 

Et un clin d’oeil involontaire à Georges Pernoud et à son sourire quand il nous souhaitait à la fin de Thalassa : « Bon vent ! »

 

Les Pas perdus du Paradis

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Quatrième de couverture :

Nathan a seize ans. Un cerveau un peu trop encombrant, des amis triés sur le volet, des parents qui se disputent tout le temps, une grand-mère un peu dingue et une amoureuse qui a fui l’Erythrée. Nathan a seize ans et son univers s’écroule, un soir de pluie (les drames arrivent toujours les soirs de pluie), quand il apprend tout à la fois que Saïma a décidé de partir en « Youké » et que les fantaisies de sa grand-mère vont la condamner à la séniorie. L’une n’a plus d’endroit où loger, l’autre ne peut plus vivre seule dans sa petite maison de la rue du Paradis. La solution semble toute trouvée…

Catherine Deschepper a déjà écrit deux recueils de nouvelles publiés chez Quadrature, Un kiwi dans le cendrier et Bruxelles à contrejour et voilà qu’elle a trouvé un petit éditeur français pour publier son premier roman destiné aux grands ados. Je pense que celui-ci peut même carrément plaire aux adultes par les thématiques qu’il aborde.

Le narrateur est donc Nathan, seize ans, confronté à la détresse d’une famille venue d’Erythrée et qui a traversé l’enfer pour arriver en France (petit détail, je ne sais pourquoi, je me sentais plus en Belgique qu’en France en lisant ce roman). Il est tombé amoureux de Saïma, la fille aînée. Un jour, la mère et la petite soeur de Saïma sont arrêtées par la police et retenues en centre fermé. La jeune fille, qui a échappé par miracle à l’arrestation, veut réaliser le rêve de sa mère : atteindre le Royaume-Uni, le « Youké ». Et pour la cacher, en attendant le grand départ, Nathan (et ses potes, très importants dans l’histoire) trouvent la solution qu’ils pensent géniale : faire habiter Saïma chez Mamynou, la grand-mère de Nathan, dont l’esprit commence à divaguer joyeusement (ou dangereusement, selon le point de vue) depuis quelque temps et que les parents du garçon envisagent très sérieusement de placer. 

Deux thèmes assez lourds donc, l’exil et la maladie d’Alzheimer auxquels se greffent les amours adolescentes et l’amitié. Sur quatre saisons, Nathan et ses amis, Saïma vont grandir, la vraie vie va les presser d’avancer, d’évoluer, d’inventer des lendemains qu’on espère meilleurs. « C’est ça la vie ! » comme aiment à le répéter Saïma et Mamynou. Les adultes vont eux aussi apprendre de cette expérience inédite. Certes Mamynou m’a paru vraiment très à l’ouest dans ses délires et ces jeunes gens portent vraiment beaucoup sur leurs épaules, la fin m’a paru un peu abrupte mais la finesse psychologique que j’avais tant appréciée dans Un kiwi dans le cendrier, le traitement moderne des thèmes sont intéressants. Le roman est plein d’humour et d’espoir finalement, sous la plume élégante de Catherine Deschepper.

Catherine DESCHEPPER, Les Pas perdus du Paradis, Editions de Beauvilliers, 2020

P.S. J’espère que ce joli premier roman sera suivi d’autres textes qui seront mieux mis en valeur par cet éditeur (ou un autre, mais oui ?) : ne vous laissez pas arrêter par cette couverture très austère…

L’avis d’Argali

Challenge Petit Bac 2021 : Adjectif

Les notes du jeudi : Vive les vents, vive les vents… (1) Ludwig van Beethoven

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Petit raccord un peu forcé avec le thème de l’hiver et la chanson « Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver ! », voici le thème de janvier : les instruments à vent !

Commençons avec une oeuvre très peu jouée de Beethoven (1770-1827), son Quintette pour piano et instruments à vent (hautbois, clarinette, cor, basson et piano) opus 16 en mi majeur, composé en 1796 et créé en 1797.

Les interprètes : Jeffrey Nau au piano et l’Ensemble Stanislas : Pierre Colombain (hautbois) Philippe Moinet (clarinette) Pierre Riffault (cor) Nicolas Tacchi (basson).

Les blablas du lundi (33) : Je lis donc je suis… De 2020 à 2021

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Nous voilà en 2021 ! Mais revenons d’abord un peu sur 2020 en livres. Cela fait deux trois ans que je me livre au tag récapitulatif de l’année écoulée en répondant à ces questions… de manière parfois surréaliste 😉

Décris-toi : La femme qui fuit

Comment te sens-tu actuellement ? Today we live

Décris où tu vis actuellement : Dans la maison de l’autre

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Les sortilèges du Cap Cod

Ton moyen de transport préféré :
L’attaque du Calcutta-Darjeeling

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est ? Ludwig van Beethoven

Toi et tes amis, vous êtes ? De sang royal

Comment est le temps ? Etés anglais

Quel est ton moment préféré de la journée ? Oiseau de nuit

Qu’est la vie pour toi ? Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux

Ta peur ? L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir

Quel est le conseil que tu as à donner ? Songe à la douceur

La pensée du jour : Il est juste que les forts soient frappés

Comment aimerais-tu mourir ? Mourir la nuit

Les conditions actuelles de ton âme ? Là-haut tout est calme

Ton rêve ? Un pique-nique presque parfait

 

Et sinon voici mes trois romans préférés de l’année (sur 70 titres lus) :

Etés anglais (La saga des Cazalet tome 1) d’Elizabeth Jane Howard

Le chant des plaines de Kent Haruf

La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette

J’ai beaucoup aimé aussi :

Songe à la douceur de Clémentine Beauvais

L’attaque du Calcutta-Darjeeling d’Abir Mukherjee

Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Rosa Montero

Back-up de Paul Colize

La Théo des fleuves de Jean-Marc Turine

L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges de Davide Morosinotto

Ce qui était perdu de Catherine O’Flynn

Dans la maison de l’autre de Rhidian Brook

Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux de Kate Atkinson

L’Annonce de Marie-Hélène Lafon

Là-haut tout est calme de Gerbrand Bakker

Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates

 

Quelques projets pour 2021 :

Continuer le défi Un hiver au chalet jusqu’au 21 mars

En février : Participer au mois latino-américain chez Ingamnic et Goran et au African-American History Month chez Enna

En mars : Un petite semaine thématique Francophonie

En avril : Le Mois belge évidemment

D’autres mois thématiques auxquels je participerai sans doute : Le Mois anglais en juin, Le Pavé de l’été, Le Mois américain en septembre, Québec en novembre.

Pour toute l’année je me suis réinscrite au Petit Bac d’Enna (voir l’onglet Quelques défis et challenges).

Et depuis plusieurs mois me trotte dans la tête l’idée de lire un Zulma par mois (sauf en avril, parce que priorité au Mois belge et que je ne pense pas que Zulma ait publié du Belge). Si jamais ça tente quelqu’un, pour se motiver mutuellement…

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’impression d’être un peu trop gourmande, non ?? Peu importe, vive 2021 en livres !

 

Les notes du jeudi : Nocturno (5) Georges Delerue

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Pour clôturer l’année et ce mois consacré à la nuit, je vous propose – pour changer du classique en un sens – d’écouter le Grand choral, composition originale en forme de concerto pour trompette de Georges Delerue, pour le film de François Truffaut, La nuit américaine (1973). Je trouve que le rythme soutenu s’accorde bien à ces derniers moments de 2020 qui se précipitent vers sa fin et qui correspondent bien, j’imagine, à l’envie de beaucoup de voir cette année partir bien vite pour tourner la page. C’est l’Orchestre philharmonique de Radio France qui joue sous la direction de Bruno Fontaine.

Je vous souhaite le meilleur pour 2021, selon vos souhaits, vos rêves et vos désirs : que la lecture, la musique et la culture soient au rendez-vous des rencontres et magnifient les amours et les amitiés ! Bonne année et bonne santé !

Les écrivements

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Quatrième de couverture (en partie) :

Les traces de pas dans la neige finissent toujours par disparaître, comme des souvenirs qu’on est forcé d’oublier, soufflés par le vent ou effacés par le soleil. Celles de Suzor, parti un soir de décembre 1976, n’existent plus depuis longtemps. Pourtant, Jeanne les voit encore chaque jour par la fenêtre du salon.

Pendant quarante ans, elle s’est promis de ne jamais le chercher, mais lorsqu’elle apprend qu’il est atteint d’alzheimer, sa promesse ne tient plus : elle doit retrouver Suzor avant qu’il oublie. (…)

Ce roman commence en hiver et s’achève au printemps 2017. 

L’hiver, c’est sans doute la saison de la vie où est arrivée Jeanne, aux quatre-vingts ans bien sonnés. C’est aussi la couleur de l’oubli dont elle a volontairement recouvert sa vie passionnée avec Suzor, parti sans revenir un soir d’hiver, il y a quarante ans. C’est la maladie d’Alzheimer qui recouvre d’un voile d’oubli la mémoire de Suzor.

Le printemps, c’est la jeunesse follement amoureuse de Jeanne et Suzor, ce sont tous les souvenirs de leur vie à deux. C’est aussi la jeune Fourmi, l’ancienne voisine de Jeanne, maintenant âgée de quinze ans, qui vient retrouver celle qu’elle appelle Mamie et qui va partir avec elle à la recherche de Suzor. 

Pour cela, Jeanne est « obligée » de se souvenir. Da sa propre enfance, fragile. De la flamme que Suzor a allumée dans sa vie et qui a comblé tous les manques, jusqu’à celui des enfants qu’elle n’aurait jamais avec lui. De l’angoisse qui a envahi Suzor et a précipité son départ définitif en 1976. De ce séjour professionnel dans la Russie de la guerre froide dont ils ne sont pas revenus indemnes. Là aussi, un hiver marquant, mordant, physiquement et psychologiquement.

Jeanne a consigné tous ses souvenirs dans un gros carnet, dans ce que Fourmi appelait ses « écrivements », que la petite fille qui ne savait pas lire transformait en contes de fées et d’amour. Ils lui servent de petits cailloux sur le chemin pour retrouver Suzor, et surtout pour comprendre, décider quelles traces laisser, abandonner ou garder pour entamer, envers et contre tout, un nouveau chapitre, un nouveau printemps.

Les écrivements, c’est un roman sur l’amour, la mémoire, l’oubli, la tendresse et ce qui reste quand on a tout oublié. Les souvenirs, la vie commune de Jeanne et Suzor leur appartiennent, c’est leur vie et elle a du prix, même si elle peut paraître éloignée du lecteur, le risque de l’oubli fait frémir mais Matthieu Simard emmène ses personnages sur un chemin tout en douceur et en douleur contenues, d’une écriture légère et consolante.

Une belle lecture, qui me donne envie de découvrir encore plus l’univers de Matthieu Simard. Merci à celle qui m’en a fait cadeau !

« Une quinzaine d’hivers ont passé, au cours desquelles nous réapprenions chaque jour à sourire. Nous étions incapables d’oublier mais nous réussissions, dans notre solitude à deux, à nous réchauffer la moelle. Pendant quinze ans nous sommes restés beaux malgré le passé qui nous avait défigurés. Suzor parlait souvent des montagne de l’Oural et je changeais souvent de sujet. La plupart du temps il s’en accommodait. Parfois il s’effondrait le temps d’une soirée, deux peut-être, prostré dans notre chambre, et je n’avais pas le droit d’y entrer. Ce soir-là je dormais dans le salon, devant le foyer. Quand il venait me rejoindre c’était comme s’il ne s’était rien passé. Il faisait une blague sur les voisins, je riais, nous faisions l’amour comme des adolescents maladroits.

Pendant toutes ces années, Suzor et moi avons été, je crois, la plus belle chose aux doigts entrelacés à déambuler sur les trottoirs montréalais. Une petite perfection bourrée de défauts et de fractures, de chicanes et de fissures. Chacun de notre côté nous étions laids et brisés mais ensemble nous étions notre propre trousse de premiers soins, capables de survivre à tous les hivers. Du moins, c’est ce que je pensais. » (p. 30)

« -Mamie ? Est-ce que ça s’arrête de faire mal, un jour ?

-Quoi ?

-La vie.

-Non. Ça arrête jamais. Mais un jour tu vas trouver quelqu’un avec qui avoir mal, et tu vas comprendre que ça vaut la peine. » (p. 92 )

« J’ai longtemps cru, enfant, que l’odeur de nos hivers était un privilège, je sortais en décembre, en janvier, dans le froid dehors, chez moi, j’emplissais mes narines et je me disais que les Brésiliens, les Espagnols, les Algériens ne connaissaient pas cette odeur, et que j’étais chanceuse. C’était avant la Russie. Depuis, cette odeur me rend malade. C’est encore pire depuis ton départ, depuis que par mois treize degrés en décembre tu as ouvert la porte. Chaque fois que je sors dehors et que j’aspire j’aimerais être en Algérie. » (p. 118 )

Matthieu SIMARD, Les écrivements, Alto, 2018

Madame lit nous invite à lire un roman qui a gagné le Prix France-Québec. Son avis sur ce roman ici.

Ca compte aussi pour le défi Un hiver au chalet catégorie Mon pays ce n’est pas un pays, c’est l’hiver ! (un roman québécois) 

Et j’aurai lu au moins un livre des éditions Alto pour fêter leurs 15 ans en 2020.

Les notes du jeudi : Nocturno (4) Douce nuit

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Comme le 24 tombe un jeudi cette année, je ne peux que vous proposer le traditionnel Douce nuit, sainte nuit (avec la Maîtrise de Radio France) sur le thème de ce mois qui nous fait explorer la nuit.

C’est l’occasion de vous souhaiter le Noël le plus doux possible en cette année bizarroïde : que cette fête vous apporte des provisions d’amour et de joie, de vie !

Ludwig van Beethoven

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Quatrième de couverture :

“Peut-être y a-t-il des musiciens plus grands, ou meilleurs. Mais le seul Beethoven à tout instant de sa meilleure musique nous communique l’urgence qui est en lui, de convaincre, d’entraîner. Du pouvoir des formes, du prestige du chant il n’attend rien, mais tout de sa conviction, qu’il a le génie de transmuer en force tout court. Il ne séduit pas, n’enjôle pas. Il prend. Beethoven est une prise. L’emprise ne se desserrera pas.”

ANDRÉ TUBEUF

André Tubeuf est né à Smyrne en 1930. Admis à l’ENS Ulm en 1950, il est agrégé de philosophie en 1954. Jacques Duhamel et Michel Guy font appel à lui, dans les années 1970, en tant que conseiller pour la musique, sans qu’il quitte pour autant son enseignement. Il est également présent dans la presse musicale, Opéra international, L’Avant-Scène Opéra, Harmonie, Diapason puis Classica-Répertoire, et Le Point depuis 1976. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la musique. Parmi les derniers : Divas (Assouline), L’Offrande musicale : Compositeurs et interprètes (Robert Laffont, “Bouquins”) ainsi que deux volumes de cette collection “Classica” : Mozart et Richard Strauss.

J’ai acheté ce livre au début de l’année, pour participer en lecture à l’année Beethoven qui célèbre les 250 ans de sa naissance. Je m’attendais à une biographie « classique » alimentée par un éclairage sur les oeuvres mais ce n’est pas cela que j’ai trouvé dans cet ouvrage d’environ 200 pages. J’ai déjà entendu une ou deux fois André Tubeuf en interview à la radio et j’en ai retenu sa grande connaissance musicale et aussi son parler parfait, presque précieux. C’est un peu cela que j’ai ressenti à la lecture de ce Ludwig van Beethoven : une analyse à la fois serrée, technique, musicologique des oeuvres et un style très lyrique qui demande un peu de concentration. A la fin, l’auteur « justifie » (à peine) le fait de ne pas avoir choisi la biographie traditionnelle, arguant que Beethoven était tout entier voué à sa musique et que seule l’oeuvre compte pour tenter de l’appréhender.

André Tubeuf commence par nous surprendre volontairement en mettant en avant Fidelio, le seul opéra écrit par Beethoven, plusieurs fois remanié, considéré comme vocalement ardu pour les rôles titres. Fidelio, c’est Léonore qui se travestit en homme pour libérer de sa prison son Florestan. Cet opéra est marqué par les idéaux de la Révolution française, tout comme Beethoven (qui admirait Napoléon, mais pas jusque dans ses dérives dictatoriales) et il est – selon André Tubeuf – le portrait du compositeur, épris de liberté.

L’auteur passe ensuite en revue les 32 sonates pour piano, l’instrument par excellence auquel Beethoven a consacré toute sa vie, l’étendue des possibilités pianistiques (Beethoven était attaché à son piano, ou plutôt à ses pianos successifs  car il suivait avec attention l’évolution technique de l’instrument), la nouveauté à laquelle il soumet les oreilles de ses auditeurs, la manière dont il repousse sans cesse les limites de la forme sonate.

Les quatuors à cordes sont également l’expression de l’essence même de la recherche artistique du compositeur.

Les cinq concertos pour piano, le concerto pour violon traduisent la modernité de celui que le comte Waldstein envoya à Vienne pour « y recueillir des mains de Haydn l’héritage de Mozart » (le triple concerto pour piano, violon et violoncelle est, toujours selon Tubeuf, plus convenu). Tout comme les concertos, les neuf symphonies ont moins heurté les oreilles du public parce que l’orchestre cherche par nature l’harmonie, même si certains concertos (pas de Beethoven) rivalisent avec l’orchestre, par définition. 

Le dernier chapitre, très court, propose une discographie, non pas la discographie idéale, mais celle qui a permis à André Tubeuf de connaître et d’aimer celui dont la musique vous prend d’emblée et ne vous lâche plus. A chaque auditeur ensuite de se constituer sa propre bibliothèque sonore.

Je n’ai pas tout compris d’une part parce que je n’ai fait qu’un an de solfège et que les explications musicales étaient ardues pour moi et d’autre part parce que je me suis rendu compte que je connais très mal les sonates pour piano (la Clair de lune, évidemment, la Pathétique…) et les quatuors à cordes. Mais je ne regrette pas ma lecture, qui m’a donné envie d’écouter et de découvrir encore le grand Beethoven (qui, paraît-il, ne mesurait guère plus qu’un mètre soixante-deux) et qui a été « complétée » par la visite à Bozar de l’expo Hôtel Beethoven : pas biographique non plus sauf dans les repères du début d’expo (ça n’aurait d’ailleurs que peu d’intérêt, en effet) mais une invitation à entrer dans des chambres qui présentent l’image de Beethoven « utilisée », travaillée par des artistes comme Bourdelle, Andy Warhol, Josef Beuys, une réflexion sur la surdité et la réception du son, l’évolution du piano, une reprise de Fidelio par des groupes musicaux de différents pénitenciers américains… bref l’impact que « l’icône » Beethoven a eue et a encore depuis 1827.

André TUBEUF, Ludwig van Beethoven, Actes Sud / Classica, 2009

Ca compte aussi pour le défi Un hiver au chalet catégorie Sculpture à l’hôtel de glace (art / musique) 

Le Berger de l’Avent

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Quatrième de couverture :

Comme chaque année début décembre, Benedikt se met en chemin avec ses deux fidèles compagnons, son chien Leó et son bélier Roc, avant que l’hiver ne s’abatte pour de bon sur les terres d’Islande. Ce qui compte avant tout pour ces trois arpenteurs au cœur simple, ce sont les moutons égarés qu’il faut ramener au bercail.
Ils avancent, toujours plus loin, de refuge en abri de fortune, dans ce royaume de neige où la terre et le ciel se confondent, avec pour seuls guides quelques rochers et les étoiles. En égaux ils partagent la couche et les vivres. Mais cette année, le blizzard furieux les prend en embuscade…

Comme tous les premiers dimanches de l’Avent, Benedikt se met en route avec le joyeux chien Leo et le paisible bélier Roc, le bien nommé. Cela fait vingt-sept ans que Benedikt part à la recherche des moutons égarés sur les hautes terres d’Islande, et lui-même a deux fois vingt-sept ans, tout un symbole. Symbole, au sens de « quelque chose qui relie, qui rassemble » tout comme cette amitié qui relie l’homme et ses animaux, qu’il considère comme ses égaux, comme ce souci de ramener les moutons perdus dans leurs troupeaux. Rien, à chaque fois, ne se passe jamais comme prévu, mais cette année, le goût pour la solitude de Benedikt est mis à rude épreuve par des fermiers qui l’accompagnent pendant un temps et son expédition enfin solitaire est soumise aux rigueurs d’un blizzard particulièrement fort. L’homme va devoir puiser dans ses ressources intérieures, sa connaissance de la montagne, ses refuges solides et la fidélité de ses animaux pour pouvoir revenir dans sa ferme.

C’est un tout petit texte (69 pages) paru en 1936, d’une grande richesse, empreint de simplicité, de dépouillement consenti, témoin d’une unité possible entre l’homme et la nature. La traduction participe au calme souverain qui émane de ces pages. A lire et à relire pour en goûter toute la beauté.

« Comme née de toute cette blancheur, sur laquelle se dessinaient les cercles noirs des cratères, et des piliers de lave grise comme des fantômes ça et là, une bénédiction semblait baigner ce dimanche dans les montagnes, étreignant presque le cœur; un grand calme solennel, aussi blanc que l’innocence, se levait des petites fermes éparpillées au loin, en contrebas, dont le feu des cheminées s’évanouissait dans une poussière de neige -une paix inconcevable, pleine d’une promesse insoupçonnée – l’Avent, l’Avent ! »

« Depuis des années, tous les trois étaient inséparables. Et cette connaissance profonde qui ne s’établit qu’entre espèces éloignées, ils l’avaient acquise les uns des autres. Jamais ils ne se portaient ombrage. Aucune envie, aucun désir ne venait s’immiscer entre eux. »

« Chaque homme vit sa vie de façon différente. Les uns parlent sans discontinuer. Les autres sont familiers du silence. Certains ont besoin d’être entourés d’autres hommes pour se sentir bien. D’autres ne sont eux-mêmes qu’en se retrouvant seuls, au moins de temps en temps. Benedikt n’était pas ennemi du genre humain. Mais il l’évitait pendant ses randonnées de l’Avent. Quand il était dans la montagne, il en faisait partie, d’une certaine façon. »

« Des rafales de vent, surgies de la nuit sombre, se précipitaient sur eux en tourbillons menaçants. Les gens qui marchent dans la nuit sont étrangement perdus l’un pour l’autre. Mais dans la montagne, le sentiment d’isolement prend un tour différent. Tant qu’on entend d’autres voix que la sienne, tant qu’on sent, près de soi, une respiration, le vide profond de l’univers, au ciel et sur la terre, ne vous étreint pas tout à fait de ce froid glacial, à la racine des cheveux. »

« Quand un homme se trouve dehors, par une telle nuit, loin de toute présence humaine, à des lieues de tout abri, entièrement abandonné à son propre jugement, il lui faut garder la tête froide. ne pas offrir la moindre fissure aux esprits de la tempête pas la moindre fente où la peur et l’hésitation puissent s’insinuer. C’est une question de vie et de mort. Du courage et un esprit indomptable. Ignorer le danger. Continuer. C’est aussi simple que ça. Du moins pour un homme comme Benedikt. « 

Gunnar GUNNARSON, Le Berger de l’Avent, traduit de l’islandais par Gérard Lemarquis et Maria S. Gunnarsdottir, Zulma poche, 2019

C’est chez Aifelle que j’avais découvert ce livre avec lequel je commence le défi Un hiver au chalet catégorie La chasse-galerie (conte) et le Cold Winter Challenge menu Magie de Noël catégorie Under the mistletoe (ce n’est pas du tout de la romance ni du feel good mais ça se passe en Avent et ça fait beaucoup de bien !)