Lectures de juillet 2020

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Voici quelques avis très courts pour garder une trace de mes lectures de juillet 2020.

Hambourg, 1946. La ville est en ruines et la nation brisée. Si la guerre est terminée, la vie, elle peine à reprendre ses droits. Des ombres fantomatiques errent parmi les décombres à la recherche de nourriture, d’un proche, d’un espoir. Lewis Morgan, colonel de l’armée britannique, est chargé de superviser les opérations de reconstruction du territoire et de dénazification de la population. Il s’installe dans une somptueuse villa réquisitionnée à son intention avec son épouse et leur dernier fils encore en vie.   Touché par leur situation, le colonel propose aux propriétaires des lieux, un architecte allemand éploré par la mort de sa femme et sa fille adolescente, de rester. Les deux familles partagent alors le même toit, se croisent, se frôlent, mais comment supporter pareille situation quand une haine viscérale continue d’opposer les deux peuples ? Dans cette ambiance oppressante, inimitiés et hostilités vont laisser place à des sentiments plus dangereux encore… 

Magnifique roman inspiré de la vraie histoire du grand-père de Rhidian Brook, engagé dans la dénazification et la reconstruction de l’Allemagne après la seconde guerre mondiale. A Hambourg, le colonel Lewis Morgan décidé de partager la maison réquisitionnée pour sa famille avec ses occupants allemands, un architecte et sa fille. Morgan a perdu un fils pendant la guerre, victime d’une dernière bombe larguée par un bombardier allemand dans son vol de retour, la femme de l’architecte est portée disparue. Les retrouvailles entre le héros de guerre, sa femme et son cadet sont délicates… Dans la maison de l’autre, les sentiments sont forts, ambivalents. Les personnages sont dessinés avec finesse, le contexte historique est troublant et pathétique à la fois : comme les certificats de « blanchissement » qu’attendent les Allemands pour reprendre une vie normale, personne n’est ni tout noir ni tout blanc. Lewis Morgan est attachant et inoubliable, même s’il paraît « absent ». Symboliquement saisie sur une saison, l’hiver 1946 et le début du printemps, c’est une belle histoire de courage, de deuil et de résilience. J’ai beaucoup aimé !

Rhidian BROOK, Dans la maison de l’autre, traduit de l’anglais par Gabrielle Merchez et Frédérique Daber, 1à/18, 2015

« D’où provenait la fascination qu’exercait Olive Martin ? Du spectacle grotesque de son mètre cinquante-cinq pour quelque cent vingt kilos ? De la répulsion qu’elle inspirait ? Elle avait débité sa mère et sa sœur en morceaux qu’elle avait rassemblés sur le sol de la cuisine en une composition abstraite sanguinolente. Le crime mis à part, ce qui rendait son cas exceptionnel, c’est qu’elle avait plaidé coupable et même refusé de se défendre. »

Dès sa première rencontre avec Olive Martin, Rosalind Leigh, qui a accepté d’écrire un livre sur elle, a le sentiment que la meurtrière obèse n’est pas coupable. Mais alors pourquoi ces aveux ?

Rosalind Leigh accepte à contrecœur d’écrire un livre sur une affaire retentissante : celle du meurtre de sa mère et de sa sœur par Olive Martin, une fille énorme qui fait peur à tout le monde dans sa prison et qui a tout avoué de comment elle a égorgé et découpé les corps. Dès sa première rencontre avec Olive, Roz comprend que ces aveux ne correspondent pas à la réalité. Elle-même profondément déprimée (on comprend pourquoi bien plus tard) démêle petit à petit tous les fils de l’affaire, aidée par un ancien flic reconverti en patron de restaurant bizarrement vide.
Roz reprend vie grâce à cette enquête qui révèle des négligences et des lâchetés coupables envers une jeune femme qui ne demandait sans doute qu’à aimer et à être aimée. Retrouvailles avec la romancière Minette Walters : on ne s’ennuie pas une seconde, les dialogues sont acérés (surtout entre Roz et l’ex-sergent Hawksley) et l’autrice laisse planer le doute jusqu’à la dernière page…

Minette WALTERS, Cuisine sanglante, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet, Pocket, 2007

Parce qu’il a été témoin d’un violent accrochage entre deux automobilistes, Jackson Brodie, dont nous avons fait connaissance dans La Souris Bleue, va se trouver propulsé dans une série d’aventures incroyables. Les choses s’arrangent… est un thriller, une comédie noire et une satire de la vie contemporaine britannique.
Kate Atkinson y brocarde, entre autres, le théâtre d’avant-garde, une certaine littérature populaire, les promoteurs immobiliers, les nouveaux riches, etc., avec l’humour corrosif qu’on lui connaît.

Dans ce roman de 450 pages, on suit les histoires de quelques témoins d’une violente altercation entre automobilistes suite à un accrochage en plein Edimbourg. Parmi eux, un gentil écrivain de polars doux rêveur, la femme d’un entrepreneur véreux et… Jackson Brodie, qui accompagne sa Julia au festival de théâtre. Ajoutez-y une policière qui habite une des maisons construites par le promoteur véreux, une jeune femme russe déterminée, un sbire armé d’une batte de base-ball et vous obtenez un roman à la construction éblouissante où tout ce beau monde se retrouve pour un final déchaîné et une pirouette de fin encore plus inattendue. J’ai beaucoup ri… J’ai adoré (comme tous les romans de Kate Atkinson d’ailleurs).

Kate ATKINSON, Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux, traduit de l’anglais par Isabele Caron, 2007

Trois mètres de toile manquent à la fameuse tapisserie de Bayeux, qui décrit la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. Que représentaient-ils ? Les historiens se perdent en conjectures. Une jeune conservatrice du patrimoine, Pénélope Breuil, s’ennuie au musée de Bayeux, jusqu’au jour où la directrice du musée, dont elle est l’adjointe, est victime d’une tentative de meurtre ! Entre-temps, des fragments de tapisserie ont été mis aux enchères à Drouot. Pénélope, chargée par le directeur du Louvre de mener discrètement une enquête, va jouer les détectives et reconstituer l’histoire millénaire de la tapisserie, de 1066 à la mort tragique de Lady Diana sous le pont de l’Alma…

J’ai choisi ce livre pour ma semaine de vacances en Normandie, puisqu’il est question de la Tapisserie de Bayeux (que je ne suis pas allée revoir pour autant) C’était sympa, instructif, l’idée que la fin de la Tapisserie manque était intéressante, et mêler les deux fins possibles au destin de la monarchie anglaise contemporaine était carrément rocambolesque (avec l’abdication d’Edouard VIII pour épouser Wallis Simpson et les frasques de Diana avec Dodi Al-Fayed avant sa fin tragique à Paris)mais je me suis un peu perdue dans toutes les théories possibles et ça ne me laissera sans doute pas un grand souvenir… J’ai trouvé le couple Pénélope (conservatrice fraîche émoulue de l’école) et Wandrille (journaliste et dandy dilettante) un peu léger. J’ai quelque part Intrigue à Giverny, issu d’une opération Deux poches achetés un gratuit, mais je vais attendre avant de l’extirper de la PAL…

Adrien GOETZ, Intrigue à l’anglaise, Le Livre de poche, 2008

Oiseau de nuit

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Quatrième de couverture :

Chaque nuit depuis sa branche, il épie. L’oiseau de nuit. S’il s’envole, il est déjà trop tard.
Londres étouffe sous la canicule. Les soirées sont irrespirables. Mais en ce qui concerne le Dr Munro, retrouvé nu et ligoté à son lit, les causes de l’asphyxie sont à chercher ailleurs. Le sac plastique qui lui enserre la tête, par exemple. Déjà le troisième qu’on retrouve ainsi. Tous des hommes en vue, et dont l’homosexualité n’est plus un secret. Alors ? Accident auto-érotique ? Crime homophobe ? La DCI Erika Foster a son idée sur la question. Et, contre tous les profils, la certitude du genre d’oiseau qu’ils recherchent…

J’avais sorti d’autres livres pour le Mois anglais mais celui-ci (acheté plus récemment) s’est imposé quand je me suis rendu compte qu’il commençait en juin, en pleine canicule londonienne, et c’est exactement dans ces circonstances que j’ai lu le roman la semaine dernière ! (On me souffle dans l’oreillette que je n’habite pas Londres. Oui, c’est un détail, l suffit d’y croire…)

J’ai vraiment eu plaisir à retrouver la DCI Erika Foster, qui va commémorer bientôt les deux ans du décès de son mari Mark, et ses deux collègues préférés Moss et Peterson. Tous trois vont être confrontés à une série de meurtres commis sur des hommes connus, asphyxiés à l’aide d’un sac plastique particulier, ce qu’on appelle un « kit de suicidé » alors que le tueur ne laisse aucun indice derrière lui. Des meurtres soigneusement préparés, planifiés, froids et choquants.  (Petite erreur dans la quatrième de couverture : le docteur Munro est la première victime de la série.) Le troisième meurtre touche une relation d’Erika mais l’enquête lui est retirée parce que cela ne s’est pas passé sur son « territoire » et que ses supérieurs s’engouffrent dans une piste, certes évidente, mais pas du tout compatible avec l’instinct de l’enquêtrice. Erika sera même écartée de l’enquête mais elle réussira bien sûr à la résoudre.

Chez Robert Bryndza, on sent le désir de faire place à tous les « profils » dans la police métropolitaine : Erika est redoutable mais un peu tête brûlée, Moss est homosexuelle, Peterson est noir (et a bien du mal à résister aux provocations racistes d’un suspect). Il y a du féminisme aussi, non seulement pour Erika mais aussi dans les meurtres (je ne veux pas vous en dire plus, ce serait « divulgâcher »). Comme dans le premier roman de la série, l’enquête est enlevée, Erika a l’esprit acéré, le rythme est soutenu même quand l’enquête semble piétiner, et le suspense est bien ficelé. Bryndza a une écriture très visuelle, très évocatrice donc et cela fait partie du plaisir de lecture. Une troisième enquête est déjà traduite en français, tant mieux !

Robert BRYNDZA, Oiseau de nuit, traduit de l’anglais par Chloé Royer, Pocket, 2019 (Belfond, 2019)

C’est mon dernier billet pour le mois anglais (un autre roman anglais est en cours mais mon rythme de lecture s’est considérablement ralenti depuis une semaine) et c’est le moment de mettre le blog en pause au moins pour le mois de juillet.

Bonnes vacances et bonnes lectures !

Loveday and Ryder, tome 2 Un pique-nique presque parfait

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Quatrième de couverture :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Quand Babelio m’a proposé de recevoir ce livre, j’ai immédiatement accepté, je me doutais que ce livre me plairait. Certes, c’est un tome 2, on découvre les personnages récurrents dans le tome 1 Le corbeau d’Oxford, mais ce n’est absolument pas gênant pour la lecture (et j’ai d’ailleurs un bon filon pour me faire prêter le premier).

Les personnages récurrents, ce sont donc Trudy Loveday, stagiaire à la police d’Oxford, condamnée à des tâches ennuyeuses et à la suspicion de ses collègues masculins parce qu’elle n’est qu’une femme (on est en 1960…), sauf quand le docteur Ryder, le coroner du lieu, fait appel à elle pour l’aider à enquêter contre les évidences et les préjugés des supérieurs de la jeune femme. Et il y a la ville d’Oxford et ses environs, bien entendu…

Ici, il est question e la mort suspecte d’un étudiant noyé lors d’un pique-nique sur les bords de la rivière à Port-Meadow. Le pique-nique a été organisé par Lord Littlejohn, un autre étudiant arrogant et influent, qui use et abuse de sa position sociale. La mort de Derek Chadworth aurait pu être un crime parfait mais l’instinct et l’entêtement du Dr Ryder vont démontrer le contraire. Grâce à lui et Trudy, le lecteur pénètre dans les colleges d’Oxford, les pubs bondés d’étudiants, et aussi dans les secrets parfois sordides que cachent les magnifiques architectures de la ville.

C’est un cosy mystery bien mené, avec des personnages attachants, très humains, la jeune Trudy Loveday qui peut grâce à son mentor apprendre à enquêter, à analyser les situations et les personnes, à garder son sang-froid, avec la peinture des classes sociales et de la place de la femme dans les années 60, avec les balades au bord de la rivière et dans un jardin anglais autour d’Oxford. Sans oublier de petites touches d’humour so british. J’aime beaucoup la couverture colorée et graphique. Oserais-je que j’ai passé un moment charmant, même si les révélations sur le meurtre sont scandaleuses ? C’est sans doute dû à l’époque et aux valeurs morales de Loveday et Ryder.  Me voilà ferrée et partante pour découvrir le premier tome en attendant le troisième, annoncé pour la fin 2020.

Un grand merci aux éditions Harper Collins et à Babelio pour cette découverte.

Faith MARTIN, Un pique-nique presque parfait Une enquête de Loveday & Ryder, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alexandra Herscovici-Schiller, Harper Collins Noir, 2020

Aujourd’hui c’est Cosy Mysteries dans le Mois anglais.

Les notes du jeudi : Cloches (3) Maurice Ravel

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Je suis ravie qu’un de mes compositeurs préférés ait composé un air de cloches 😉

La vallée des cloches est une des cinq pièces de Miroirs de Maurice Ravel (1875-1937): « L’intention de Ravel était de montrer les images visuelles et les ambiances de cinq personnages différents se regardant chacun dans un miroir. Elles participent du style impressionniste de Ravel, ce qui justifia le titre de ce recueil, citant Shakespeare : La vue ne se connaît pas elle-même avant d’avoir voyagé et rencontré un miroir où elle peut se reconnaître. (Jules César, acte I, scène 2) » (source : Wikipedia)

Voici cette Vallée des cloches jouée par le compositeur lui-même.

Loin de vous ce printemps

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Quatrième de couverture :

Joan Scudamore, l’héroïne de ce récit, est une femme parfaite et consciente de l’être. Jusqu’au jour où, désoeuvrée, obligée d’attendre en plein désert le train qui la ramènera dans son douillet nid anglais, elle commence à remuer des souvenirs, à évoquer son mari, ses trois enfants… Détective lancée sur la piste de sa propre vie passée, elle rassemble, petit à petit, toutes les pièces du puzzle : une parole, un geste de l’un de ses proches, et un portrait se dessine, inattendu, horrible – le sien…

Joan Scudamore, une bourgeoise anglaise mariée à un avoué et mère de trois enfants bien établis dans la vie, rentre de Bagdad où elle a volé au secours de sa benjamine Barbara, souffrante. Sur le chemin du retour, très satisfaite d’elle-même et de ses qualités de maîtresse de maison et de mère impeccable, elle croise une vieille amie de pensionnat qui a mené une vie bien en dehors des rails tout tracés de Joan. Les remarques de Blanche nous mettent déjà la puce à l’oreille sur le caractère et le chemin de vie de la parfaite mère de famille. Joan reprend sa route mais à cause des pluies, elle est coincée pendant quelques jours dans une auberge minable en plein désert à attendre l’arrivée du train qui la ramènera enfin en Europe. Elle tombe vite à court d’occupations et est seule face à ses pensées, ses souvenirs, qui surgissent par exemple en se récitant des vers de Shakespeare (d’où est extrait le titre du roman). L’introspection est assez violente finalement et Joan comprend combien ses œillères de petite bourgeoise l’ont leurrée sur les êtres qui comptent le plus au monde pour elle.

Enfin je découvre l’un des romans « non polars » qu’a écrits Agatha Christie sous le pseudonyme de Mary Westmacott. Il y a quand même quelques points communs avec ses romans à énigme. D’abord, le désert et Bagdad rappellent qu’Agatha Christie connaissait bien ce lieu de vie pour y avoir accompagné Max Mallowan, son mari archéologue dans ses campagnes de fouilles (c’est aussi le lieu d’une enquête d’Hercule Poirot, Meurtre en Mésopotamie). Ensuite, l’enquête minutieuse sur elle-même que mène l’héroïne, le portrait sans complaisance qui se dessine de Joan Scudamore n’est pas sans rappeler les fins portraits psychologiques que dresse l’autrice dans ses romans policiers. Mais ce ne sont pas ces liens que je dresse entre les différentes oeuvres de Mrs Christie qui enlèvent de la valeur à ses romans sous pseudo.

Ce qui est aussi très intéressant, c’est de voir ce que Joan Scudamore fera de toutes ces révélations, de tout ce qu’elle a compris et qui la jette d’abord dans une profonde crise d’humilité. Que fera-t-elle une fois rentrée au foyer, auprès de son cher Rodney ? Je ne vous le révélerai pas, évidemment… J’ai apprécié ce roman, so british et ce portrait de femme sans concession mais plein de nuances.

Mary WESTMACOTT (Agatha CHRISTIE), Loin de vous ce printemps, traduit de l’anglais par H. De Sarbois, Le Livre de poche, 2007

Le mystère de Lucy Lost

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Quatrième de couverture :

Mai 1915. Sur une île déserte de l’archipel des Scilly, un pêcheur et son fils découvrent une jeune fille blessée et hagarde, à moitié morte de faim et de soif. Elle ne parvient à prononcer qu’un seul mot: Lucy. D’où vient-elle? Est-elle une sirène, ou plutôt, comme le laisse entendre la rumeur, une espionne au service des Allemands?
De l’autre côté de l’Atlantique, le Lusitania, l’un des plus rapides et splendides paquebots de son temps, quitte le port de New York. À son bord, la jeune Merry, accompagnée de sa mère, s’apprête à rejoindre son père blessé sur le front et hospitalisé en Angleterre…

Nous sommes en 1915, dans les îles Scilly, connues pour leur tradition d’accueil et de secours. Depuis longtemps, les marins-pêcheurs de cette pognée d’îles semées au Sud des Cornouailles portent assistance aux navires qui s’échouent sur ses rochers, au large de ses côtes, et ce quelle que soit l’origine des naufragés. C’est exactement ce que font Jim, Mary et Alfie, le jour où ils trouvent sur l’île de St-Helen’s une petite fille de onze, douze ans exténuée, déshydratée, qui ne livre qu’un mot à ses sauveteurs, « Lucy », et serre contre elle un ours en peluche et une couverture brodée du prénom Wilhelm. Celle que tout le monde va appeler Lucy Lost serait-elle d’origine allemande ? Avec l’aide du docteur Crow, la famille Wheatcroft va tout faire pour soigner Lucy, lui donner confiance, tenter de percer avec elle le secret de ses origines, de lui faire surmonter son état de choc.

Parallèlement à cette histoire, à New York, nous suivons les préparatifs de Merry pour traverser l’Atlantique avec sa mère, afin de rejoindre son père blessé dans les tranchées et au repos dans un hôpital anglais. Le lecteur devine rapidement que Merry et Lucy ne font qu’une mais il lui faudra patienter et traverser bien des épreuves avec Lucy/Merry et son ami Alfie pour comprendre ce qui est arrivé à la petite fille.

On retrouve ici tout ce qui fait le beauté et la force des romans de Michael Morpurgo : une histoire (bien menée) dans la grande Histoire (comme dans Cheval de guerre et Loin de la ville en flammes), du courage, de l’amitié, un lien privilégié entre un cheval et une enfant, des valeurs fortes que les Wheatcroft garderont envers et contre tout. Oui, c’est une belle histoire touchante, bien documentée et très musicale, ce qui ne gâte rien !

« Nous venons tous de quelque part. Moi, d’une certaine façon, je ne viens de nulle part. Laissez-moi m’expliquer. Ma grand-mère a simplement surgi de la mer, il y a longtemps, comme une sirène, sauf qu’elle a deux jambes et pas de queue de poisson. Elle devait avoir une douzaine d’années a l’époque , mais personne n’en était sur, car aucun signe n’indiquait qui elle était, ni l’endroit d’où elle venait. Elle était à moitié morte de faim, égarée par la fièvre, et ne pouvait prononcer qu’un seul mot : « Lucy ».
Voici donc son histoire, telle que je l’ai entendu raconter plus tard par ceux qui l’ont le mieux connue, par mon grand-père, par d’autres amis et relations et, surtout, par elle-même. Au cours des années, j’ai essayé de rassembler toutes les pièces du puzzle et des les mettre en ordre, en ne me servant que des témoignages de ceux qui avaient tout vu de leurs propres yeux, de ceux qui étaient là. » (Première page, p. 9)

Michael MORPURGO, Le mystère de Lucy Lost, traduit de l’anglais par Diane Ménard, Gallimard Jeunesse, 2015

C’est en lisant le billet d’Enna que j’ai eu envie de sortir ce roman pour la journée Jeunesse du Mois anglais.

 

 

Les notes du jeudi : Cloches (2) Edward Elgar

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Petit clin d’oeil au Mois anglais et au roi Albert 1er de Belgique, voici le Carillon de sir Edward Elgar (1857-1934). Cette pièce fait partie d’un hommage patriotique au roi des Belges rendu par divers compositeurs anglais lorsque la Belgique est envahie par l’Allemagne enaoût 1914. Elgar compose une pièce sur un poème de l’auteur belge Emile Cammaerts. Toutes les explications et paroles ici.

Voici l’oeuvre jouée en direct par le Marine Chamber Orchestra et le University of Maryland Symphony Orchestra, dirigés par Jason K. Fettig.

Ce qui était perdu

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Présentation de l’éditeur :

Birmingham, 1984. Kate, dix ans, rêve d’être détective et passe son temps libre dans le nouveau centre commercial de Green Oaks à observer les gens. Un jour, elle disparaît sans laisser de traces. Vingt ans plus tard, elle resurgit mystérieusement sur les écrans de contrôle du centre commercial de Green Oaks…

Comme cette présentation le fait pressentir, ce premier roman de Catherine O’Flynn oscille entre 1984 et 2003 en prenant bien le temps d’installer ses personnages et de distiller le suspense. Le tout dans un décor qui est à lui seul un personnage.

La jeune Kate Meaney est une enfant à part : elle n’a plus de parents et vit avec sa grand-mère, elle est très réservée, secrète et fait équipe avec O’Malley, son chimpanzé en peluche pour mener à bien ses activités de détective privé, que son père défunt l’a encouragée à vivre. Elle observe, elle suit les gens le plus discrètement possible, elle prend des notes, dans son quartier proche et surtout dans le centre commercial de Green Oaks, avec ses nombreux niveaux, galeries, ascenseurs, ses restaurants, ses boutiques, un lieu clinquant qui se prétend avoir vocation à englober tous les aspects de la vie de ses clients et qui a évidemment tué ou presque le petit commerce de proximité. Le seul adulte à qui la petite fille se confie, c’est Adrian Palmer, un jeune homme solitaire comme elle. Mais le jour où elle doit présenter un examen d’entrée à Redspoon, une école de haut niveau, Kate disparaît. Et les soupçons se tournent vers Adrian, le dernier à avoir été vu en sa compagnie. Adrian sera relâché, mais il disparaît à son tour. La gamine ne sera jamais retrouvée.

Vingt ans plus tard, dans le même centre commercial, Lisa, manager d’une boutique de disques et Kurt, agent de sécurité, traînent leur ennui et leur mal-être. Un mal-être qui remonte à l’enfance et qui a orienté leurs choix de vie adulte. Avec eux, le lecteur découvre l’envers du décor de Green Oaks : le peu d’espace et de confort accordé aux employés, les kilomètres d’allées grises derrière les boutiques et dans les sous-sols, l’abrutissement lié au bruit, aux clients insatisfaits, à l’extension permanente du centre. Une nuit, Kurt, qui a souffert d’hypersomnie, voit passer sur ses écrans de contrôle une petite fille qui disparaît aussitôt. Lisa trouve une peluche poussiéreuse à l’entrée d’un couloir de service. Le « hasard » va faire se rencontrer Kurt et Lisa qui vont se lancer à la recherche de l’enfant et avec elle, de leur enfance perdue.

Catherine O’Flynn tisse patiemment sa toile, en nous dévoilant petit à petit les liens entre ses personnages, avec des personnages secondaires bien campés, avec un bon sens du suspense et une grande sensibilité. Les personnages de Kurt, Lisa et bien sûr Kate, sont touchants, chacun à leur manière. Dans une construction parfaite, les fils se nouent et se resserrent jusqu’à la révélation finale (que je n’avais absolument pas vue venir). Pour un premier roman, c’est un coup de maître et je vais guetter d’autres livres de l’autrice.

Catherine O’FLYNN, Ce qui était perdu, traduit de l’anglais par Manuel Tricoteaux, Babel, 2015 (Jacqueline Chambon, 2009

Le Mois anglais – Journée Romancières