Chute de neige sans nuages

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De grands et gros flocons comme des cendres blanches
à la tombée de la nuit qui descendent
partout soudainement
et qui fondent
dans cette main comme l’hostie
sur une langue tendue, elle
me présente le crucifix encore tiède
de la chaleur de sa main deux ans après
et merci,
me dis-je à moi-même –
Un vaste battement d’ailes déployées
me réveille et je lève les yeux
vers un chapelet d’oies noires qui s’étire l’espace d’une minute
et suivent, volant bas près de la lune, le cours
blanc de la rivière enneigée et
au fait je Te remercie de
ne pas montrer Ton visage c’est à peine si je
parviens à supporter la beauté de ce monde.

Franz Wright (1953-2015) , Le nouveau recueil N° 78, traduit de l’américain par Laure Katsaros, Champ Vallon, 2007

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Nos étoiles contraires

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Présentation de l’éditeur :

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades. C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature.
Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate. Et malgré les réticences d’Hazel, qui a peur de s’impliquer dans une relation dont le temps est compté, leur histoire d’amour commence… les entraînant vite dans un projet un peu fou, ambitieux, drôle et surtout plein de vie.

Depuis le temps que j’ai reçu ce livre en cadeau… je l’ai enfin lu et je l’ai bien aimé, même si je garde un petit faible pour ma toute première lecture de John Green, Qui es-tu Alaska ?

J’ai aimé le mélange de fiction et de solide documentation sur le cancer des enfants, la manière dont John Green s’est glissé dans la peau de Hazel, cette courageuse et lucide ado à l’humour décapant, tout autant que celui d’Augustus. Il a vraiment l’art de créer des personnages, John Green, de les rendre attachants, attentif aux détails concernant les seconds rôles. De tisser aussi des liens très forts entre ses personnages. C’est un fameux roman d’initiation que Nos étoiles contraires, conduite par la familiarité avec la maladie et la proximité de la mort. Mais le tout est enlevé en des chapitres courts truffés d’humour noir et de tendresse.

Merci pour cette belle lecture !

John GREEN, Nos étoiles contraires, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Gibert, Nathan, 2013

Challenge Petit Bac 2019 – Adjectif

50 états, 50 livres : Indiana

La Légèreté

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Présentation de l’éditeur :

Dessinatrice à Charlie Hebdo depuis plus de dix ans, Catherine Meurisse a vécu le 7 janvier 2015 comme une tragédie personnelle, dans laquelle elle a perdu des amis, des mentors, le goût de dessiner, la légèreté.

Après la violence des faits, une nécessité lui est apparue : s’extirper du chaos et de l’aridité intellectuelle et esthétique qui ont suivi en cherchant leur opposé – la beauté.

Afin de trouver l’apaisement, elle consigne les moments d’émotion vécus après l’attentat sur le chemin de l’océan, du Louvre ou de la Villa Médicis, à Rome, entre autres lieux de renaissance.

Alors que s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles le procès de Mehdi Nemmouche, l’auteur présumé de l’attentat du Musée juif à Bruxelles en mai 2014, le premier attentat commandité par Daech sur le sol européen, qui a fait quatre morts, c’est aussi le quatrième anniversaire de l’attentat contre Charlie-Hebdo. J’ai sorti de ma pile BD cet album de Catherine Meurisse, dessinatrice à Charlie ; le matin de l’attaque, elle était en retard à cause d’une rupture amoureuse, elle n’a même pas pu entrer dans l’immeuble où on croyait alors à une prise d’otages, elle n’a rien vu, elle a juste entendu les insupportables coups des « frères Kalachnikov ». Elle raconte dans cette BD les jours, les mois qui ont suivi l’attentat, le choc traumatique, la dissociation de survie opérée par son cerveau, la perte de mémoire, le deuil. Comme le lui a expliqué un psy, « quand vous serez à nouveau « associée », vous raconterez votre histoire dans une BD ». J’ai aimé la façon dont le dessin se pose sur la page, tantôt en cases non cernées d’un trait, tantôt en doubles pages où des couleurs délicates s’invitent pour accompagner les émotions. Il y a un peu de Quentin Blake et de Claire Brétécher dans les inspirations de Catherine Meurisse, me semble-t-il. J’aime son écriture, dans les deux sens du terme : la calligraphie et la simplicité du récit. Et comment ne pas sourire et être touché devant son incroyable résilience son humour, son sens de l’auto-dérision et son hommage aux disparus de Charlie…

Catherine MEURISSE, La Légèreté, Dargaud, 2016

Epiphanie

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Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,
Chargés de nefs d’argent, de vermeil et d’émaux
Et suivis d’un très long cortège de chameaux,
S’avancent, tels qu’ils sont dans les vieilles images.

De l’Orient lointain, ils portent leurs hommages
Aux pieds du fils de Dieu, né pour guérir les maux
Que souffrent ici-bas l’homme et les animaux ;
Un page noir soutient leurs robes à ramages.

Sur le seuil de l’étable où veille saint Joseph,
Ils ôtent humblement la couronne du chef
Pour saluer l’Enfant qui rit et les admire.

C’est ainsi qu’autrefois, sous Augustus Caesar,
Sont venus, présentant l’or, l’encens et la myrrhe,
Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.

José-Marie de HEREDIA

ARCABAS, Adoration des Mages

Je lis donc je suis… Retour sur 2018 en livres

Retour sur mes lectures 2018 avec le traditionnel tag de début d’année… Bien sûr certaines réponses ne correspondent pas tout à fait à la réalité, ce n’est qu’un jeu… 😉

Décris-toi : La fille sous la glace (Robert Bryndza)

Comment te sens-tu ? Un parfum d’amertume (Paul Colize)

Décris où tu vis actuellement Notre Château (Emmanuel Régniez)

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Un Noël à Jérusalem (Anne Perry)

Ton moyen de transport préféré : [Etrange suicide dans une] Fiat rouge à faible kilométrage (L.C. Tyler) 

Ton (Ta) meilleur(e) ami(e) est : La fille du temps (Josephine Tey)

Toi et tes amis, vous êtes : Eux sur la photo (Hélène Gestern)

Comment est le temps : Après l’orage (Selva Almada)

Quel est ton moment préféré dans la journée ? : Les nuits de laitue (Vanessa Barbara)

Qu’est la vie pour toi ? : Une forêt de laine et d’acier (Natsue Miyashita)

Ta peur ? : La folie de Pinochet (Luis Sepulveda)

Quel est le conseil que tu as à donner ? : L’Art de perdre (Alice Zeniter)

La pensée du jour : Apaise le temps (Michel Quint)

Comment aimerais-tu mourir ? : Mourir n’est pas de mise (David Hennebelle)

Les conditions actuelles de ton âme : Comme un air de tendresse au bout des doigts (Frédérique Dolphijn et Annabelle Guetatra)

Ton rêve : Apprendre à lire (Sébastien Ministru)

 

Et sinon mes préférés de 2018 étaient :

L’Art de perdre d’Alice Zeniter (France)

Adrienne ne m’a pas écrit de Michelle Fourez (Belgique)

Guerre et térébenthine de Stefan Hertmans (Belgique)

La vie devant soi de Romain Gary (France)

Little Bird de Craig Johnson (Etats-Unis)

Quand tu es parti de Maggie O’Farrell (Irlande)

 

 

Un Noël à Jérusalem

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Quatrième de couverture :

Après avoir visité toutes les grandes villes d’Europe, Vespasia avait un rêve : s’aventurer plus loin vers l’Orient. C’est pourquoi ce voyage vers Jérusalem était le plus beau cadeau de Noël que son mari, Victor Narraway, pouvait lui faire. Et la réalité dépasse rapidement ses attentes : au plaisir de la découverte d’une terre chargée d’histoire et de signification vient s’ajouter celui des rencontres faites en chemin. Comme cet astronome avec qui le couple se lie à Jaffa, un homme fascinant qui semble avoir parcouru le monde entier. Mais quand ce dernier est retrouvé égorgé, le seul indice étant un morceau de parchemin écrit dans une langue étrangère, accompagné d’un message implorant Victor de poursuivre la quête du défunt, le voyage des Narraway vers Jérusalem prend une tournure inattendue…

C’est une petite sucrerie de Noël que de lire la cuvée de l’année dans la série des Noëls d’Anne Perry. Mais il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’à un mini-dessert. C’estdonc Lady Vespasia et Lord Narraway, désormais mariés, qui sont les héros de cette aventure en Terre sainte. Ce qui devait être au départ un cadeau de Noël pour Vespasia se révèle dès Jaffa comme un périple à la fois dangereux et ésotérique. L’auteur place dans les pensées et les paroles de Vespasia toute une série de questions sur la foi, l’intérêt d’en avoir une ou simplement respecter des valeurs humaines qui peuvent transcender une vie, le sens de cette vie aussi, de son origine à sa fin, ce qui constituera au final le coeur de l’énigme des parchemins (on s’en doute un peu dès le début…)

Bon, il faut reconnaître quand même que tout ce questionnement était assez redondant… J’ai regretté aussi que le roman ne se passe pas à Jérusalem, contrairement à ce qu’annonce le titre : ce n’est que le but du voyage, réel et spirituel, qu’accomplissent Victor et Vespasia, qui ressortiront de cette équipée un peu capillotractée plus forts et plus unis que jamais.

Premières pages:

« Dans sa chambre d’hôtel, Vespasia contemplait les toits de la ville devant la fenêtre grande ouverte. A l’ouest, le soleil couchant sombrait tel du sang écarlate dans les eaux de la Méditerranée. La lumière déclinait rapidement et l’air s’était rafraîchi. Mais on était déjà à la mi-décembre, et même ici, sur la cote palestinienne à Jaffa, les hivers étaient froids.
Elle resserra son châle en souriant. Ce voyage à Jérusalem était le plus beau cadeau de Noël qu’on lui ait jamais fait. Elle avait visité toutes les grandes villes d’Europe, mais elle n’était jamais allée plus loin vers l’Orient. Était-ce son imagination, ou ce pays était-il diffèrent de tous ceux qu’elle connaissait ? Que valait un endroit que l’on se représente à travers le prisme de l’imaginaire, en le colorant des rêves que l’on en fait et des évènements qui s’y sont déroulés ?
Entend-on à Paris des rires et de la musique, et voit-on les fantômes de la Révolution et de la Terreur ? A Rome, le piétinement des légions résonne-t-il sur les voies pavées de pierre ? Voit-on César, le front couronné de laurier, et le monde a ses pieds ?
Que voyait-on dans ce pays qui était sacré à la fois pour les musulmans, les juifs et les chrétiens ?
Elle aurait dû refermer la fenêtre pour conserver la chaleur dans la chambre. Mais elle avait envie de regarder le ciel s’obscurcir jusqu’au moment ou ne resplendiraient plus que les étoiles. »

Anne PERRY, Un Noël à Jérusalem, traduit de l’anglais par Pascale Haas, 10/18, 2018

Challenge Petit Bac 2019 – Lieu

Challenge Voisins voisines 2019 – Angleterre

Pense aux autres

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Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N’oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N’oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d’eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N’oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir,
pense aux autres.
(Certains n’ont pas le loisir de rêver.)

Quand tu te libères par la métonymie,
pense aux autres.
(Qui ont perdu le droit à la parole.)

Quand tu penses aux autres lointains,
pense à toi.
(Dis-toi : Que ne suis-je une bougie dans le noir ?)

Mahmoud DARWICH (1941-2008), Comme des fleurs d’amandier ou plus lointraduit de l’arabe (Palestine) par Elias Sanbar, Actes Sud, 2007 

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Je vous souhaite une belle année 2019, remplie de pensées, de paroles, de rencontres et de partages pour vous et pour les autres !

 

Nos étoiles

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La trompette sonne et résonne,
Sonne l’extinction des feux.
Mon pauvre cœur, je te le donne
Pour un regard de tes beaux yeux.

Et c’est l’heure, tout s’endort,
J’écoute ronfler la caserne,
Le vent qui souffle vient du Nord,
La lune me sert de lanterne
Un chien perdu crie à la mort.

La nuit s’écoule, lente, lente,
Les heures sonnent lentement
Toi, que fais-tu, belle indolente
Tandis que veille ton amant
Qui soupire après son amante,

Et je cherche au ciel constellé
Où sont nos étoiles jumelles
Mon destin au tien est mêlé
Mais nos étoiles où sont-elles?
Ô ciel, mon joli champ de blé….

Hugo l’a dit célèbre image
Booz et Ruth s’en vont là-haut
Pas au plafond sur le passage
Comme au roman de Balao
Duquel je n’ai lu qu’une page

Un coq lance « cocorico »
Ensemble nos chevaux hennissent
A Nice me répond l’Echo
Tous les amours se réunissent
Autour de mon petit Lou de Co

L’inimaginable tendresse
De ton regard parait aux cieux
Mon lit ressemble à ta caresse
Par la chaleur puisque tes yeux
Au nom de Nice m’apparaissent

La nuit s’écoule doucement
Je vais enfin dormir tranquille
Tes yeux qui veillent ton amant
Sont-ce pas ma belle indocile
Nos étoiles au firmament

Guillaume APOLLINAIRE, Poèmes à Lou

Pluie d’étoiles des Perséides (Photo La Croix)