Septembre (2)

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À la fin de septembre les étoiles refroidissent
et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres
J’aimerais que la mer qui voyage sans cesse
m’écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de mélancolie
où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages  verts
une lettre pour l’automne Nous la lirions sous la lampe
parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges
et que l’océan est loin malgré le vent qui nous en parle

J’ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu
et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes

Claude Roy, 1983

Et la vie nous emportera

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Quatrième de couverture :

Août 1942. Avant de s’engager dans l’armée de l’air, Frankie Washburn rend une dernière visite à ses parents dans leur résidence d’été du Minnesota. Il y retrouve Félix, le vieil Indien en charge du domaine, dont il est plus proche qu’il ne l’est de son propre père. Mais aussi Billy, un jeune métis avec qui il a grandi et auquel l’unissent des sentiments très forts. Ce jour-là, au cours d’une battue pour retrouver un prisonnier de guerre allemand échappé du camp voisin, les trois hommes se retrouvent mêlés à un tragique accident dont ils tairont à jamais les circonstances. Ce drame va bouleverser le destin des Washburn et de leurs proches, à l’image du conflit qui ravage le monde.

C’est le roman d’une maison, d’une grande demeure familiale dans le Minnesota, Les Pins. Une propriété à laquelle on accède par un ponton sur la rivière, une maison entourée de bungalows pour des vacanciers et d’un hangar où vit toute l’année Félix, le vieil Indien qui entretient le domaine, aux ordres d’Emma Washburn, la propriétaire. De l’autre côté de la rivière se trouve un camp où travaillent des prisonniers allemands.

C’est l’histoire d’un jeune homme, Frankie, le fils de la maison, qu’attendent particulièrement Emma, Félix et Billy en ce jour d’été 1942. Billy est indien lui aussi et travaille avec Félix. Le père de Frankie, Jonathan, est bien présent aux Pins en ce mois d’août mais il se tient très en retrait de l’agitation de son épouse (ah la finesse de ce portrait de femme) et de la personnalité de son fils, qu’il juge pas à la hauteur de ses attentes. Frankie rentre de l’école militaire où il a fait ses classes avant de s’engager dans une formation de pilote, il espère en découdre u plus vite avec les Allemands en Europe et en plein ciel. Alors, quand, le jour de son retour, un prisonnier s’échappe du camp, le garçon est tout emballé à l’idée de participer à la chasse à l’homme…

C’est l’histoire de Prudence aussi, celle qui donne son titre original au roman, Indienne elle aussi, orpheline, exemple vivant de toutes les turpitudes auxquelles peuvent être soumises de jeunes Indiennes sans protection. Elle aussi attendra Billy, plus tard, bien après ce mois d’août 1942…

Le drame vécu ce jour-là et immédiatement occulté changera et liera à jamais la vie de tous ces personnages. David Treuer compose un roman plein de secrets et de chagrins enfouis, un très beau roman sur la perte, le deuil, l’identité, un roman sur la guerre aussi (j’ai bien aimé toutes ces explications sur les bombardiers qui donnent enfin à Frankie l’occasion d’être – presque – lui-même), un roman bien mené jusqu’à la révélation complète de ce qui s’est passé ce 8 août 42, encadré par l’arrivée et le départ mystérieux d’un Juif au village, dix ans plus tard. Si on lit la biographie de David Treuer, né d’un père juif autrichien et d’une mère ojibwé, peut-être faut-il y voir un signe, une inspiration… J’ai beaucoup apprécié le lyrisme de certains passages de fin de chapitres qui correspondent à merveille au titre français.

« Il ne parlait pas beaucoup, mais il racontait à Frankie des histoires sur les luttes d’autrefois entre tribus, l’arrivée de l’homme blanc, et il lui apprit à identifier les traces d’animaux, lui rapporta des choses trouvées dans la forêt et lui fit même cadeau de clochettes cousues à des poignets en cuir qui, expliqua-t-il, étaient des clochettes de cérémonie ayant appartenu à un homme-médecine. Pas étonnant que Frankie ait été attiré par lui. Tous les garçons devraient avoir un Indien avec qui jouer. Quelle belle enfance il avait eue ! » (p 25)

« C’est en raison de sa gentillesse – le désir de ne pas causer de peine à ses parents – que l’enfance de Frankie avait été un calvaire. Pour eux, il avait feint de vouloir être « un athlète », tout comme, plus tard, il avait feint de vouloir être « un artiste ». Mon Dieu, quel soulagement il avait éprouvé en sachant qu’il allait être bombardier – un boulot qui n’exigeait ni force ni créativité, et pour lequel sa frêle ossature constituait un atout. L’armée de l’air [en temps de guerre] représentait en définitive la liberté. Il se sentait libéré de l’absurdité, libéré de la nécessité de simuler, libéré d’une certaine forme d’humour, libéré des rapports sociaux, libéré des sentiments. » (p. 117)

« Bien sûr, c’était drôle d’imaginer une bande de types qui regardent un film [‘un peu chaud’], déclenchent une bagarre, puis sautent sur leur vélo pour parcourir un peu plus de trente kilomètres à seule fin de parler à une fille. C’était peut-être drôle, mais triste aussi, parce que les camarades aviateurs de Frankie avaient beau se battre, s’égosiller, pédaler comme des fous et s’abrutir d’alcool, la plupart n’avaient jamais été avec une femme ni avec qui que ce soit. Et si jamais ils l’avaient été, ce n’était tout au plus qu’une passade trop vite oubliée. Aussi, quand ils parlaient ‘cul’, c’était en réalité pour laisser entendre qu’ils espéraient trouver une occasion. Une occasion d’étreindre. D’étreindre et d’être étreint, longtemps, longtemps, longtemps. C’était sans doute ce qu’on appelait l’amour, présumait Frankie. Ou du moins, une version de l’amour. » (p. 184)

David TREUER, Et la vie nous emportera, traduit de l’américain par Michel Lederer, Albin Michel, 2016

Mois américain   Festival America 2016

La Véritable Histoire de l’Apprenti Sorcier

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Présentation de l’éditeur :

Quatre enfants rêvant de devenir magiciens se présentent au maître sorcier Alto Incantador qui devra au final n’en garder qu’un. Commence alors un voyage initiatique qui leur apprendra à surmonter leurs peurs et les obligera à révéler tous leurs talents. Arrivés au bout de leurs épreuves, avant d’annoncer l’enfant élu, le grand sorcier leur racontera ses mésaventures du temps où lui aussi était apprenti sorcier… L’occasion de redécouvrir le célèbre morceau de Paul Dukas.

Vous savez que j’apprécie beaucoup les albums-CD de Didier Jeunesse sur les musiciens et oeuvres classiques. Avec cette histoire de l’Apprenti-Sorcier, j’ai été complètement dépaysée. J’avoue que je ne connaissais la pièce de Paul Dukas que de nom (ou du moins je ne reliais pas certains extraits un peu familiers à leur titre). J’ai donc découvert cette version de Jean-Pierre Kerloc’h. Comme les musiques proposées par David Pastor (qui signe la réalisation artistique), elle balance entre aventure et initiation, entre peur et apaisement. Le sorcier Alto Incantador envoie les quatre enfants vivre trois voyages, trois traversées fantastiques au cours desquelles ils rencontreront, apprivoiseront le mal, l’inconnu et la mort. Au cours de leurs pérégrinations, ils rencontreront une Baba-Yaga vraiment étonnante ! J’ai aimé le terme du voyage qui n’exclut aucun des candidats-sorciers et prouve si besoin en est que chacun a des qualités en lui, que chacun peut grandir, évoluer et mettre ses talents au service des autres.

L’histoire est racontée par Nathalie Dessay et franchement, c’est un régal : on peut regretter qu’elle ait mis sa carrière à l’opéra au placard mais qu’est-ce qu’elle lit bien, quelle bonne comédienne dans ce rôle de lectrice ! Elle sait trouver des voix variées et donner plein de couleurs à ses intonations, accélérer ou ralentir le rythme et se couler sans problème (évidemment !) dans les musiques rassemblées par David Pastor.

Vous entendrez des airs de Paul Dukas bien sûr (l’intégrale de L’Apprenti-Sorcier à la fin du CD) mais aussi le Menuet des fées du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, la Danse macabre de Saint-Saëns ou d’autres airs de Ravel, Moussorgski, Berlioz et de Falla. Des musiques qui,elles aussi, mêlent le merveilleux et le fantastique à un soupçon d’angoisse, d’emballement et de légèreté revenue.

Rien pour faire vraiment peur dans cette version dynamique, donc, mais tout pour un voyage intrépide au coeur de la magie, loin des sentiers battus !

La Véritable Histoire de l’Apprenti Sorcier, récit de Jean-Pierre Kerloc’h lu par Nathalie Dessay sur des musiques rassemblées par David Pastor, Didier Jeunesse, 2016

Un très grand merci aux éditions Didier Jeunesse, à Angélique en particulier qui est partie sous d’autres cieux éditoriaux mais a assuré le suivi des demandes avec son professionnalisme habituel. Et merci à Amélie qui a pris le relais.

Le dernier gardien d’Ellis Island

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Quatrième de couverture :

New York, 3 novembre 1954. Dans quelques jours, le centre d’immigration d’Ellis Island va fermer. John Mitchell, son directeur, resté seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d’un très étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’événements tragiques. Même s’il sait que l’homme n’est pas maître de son destin, il tente d’en saisir le sens jusqu’au vertige.

À travers ce récit résonne une histoire d’exil, de transgression, de passion amoureuse, et de complexité d’un homme face à ses choix les plus terribles.

Je me sens incapable d’écrire un avis (à peu près) construit sur ce roman, dont on a beaucoup parlé à sa sortie. Je ne l’ai lu que cette année, à l’occasion du mois américain, parce qu’un documentaire vu cet été sur les immigrants d’Europe centrale et orientale vers les Etats-Unis m’a particulièrement intéressée  et parce que j’ai le dernier roman de Gaëlle Josse est au chaud dans ma PAL récente : je déteste l’idée de ne plus rien avoir à lire d’un(e) auteur que j’apprécie profondément. Je me souviens aussi de la rencontre avec Gaëlle au Bateau-Livre, que la libraire avait animée en faisant réagir la romancière sur des photos en lien avec Ellis Island et le livre, c’était très agréable.

Le dernier gardien d’Ellis Island est un roman prenant, sans aucun doute parce que Gaëlle Josse a elle-même été profondément touchée par sa visite des lieux et aussi parce qu’elle réussit à se glisser avec une surprenante empathie dans la tête de John Mitchell et parvient à rendre attachant ce personnage qui, s’il avait réellement existé, aurait été assez antipathique. Cet homme rigide, tatillon, incapable d’exprimer ses émotions (mais il n’était pas le seul à son époque) s’est pourtant laissé toucher par la grâce de Liz mais leur mariage a duré si peu de temps qu’il semble n’avoir porté aucun fruit et John semble incapable de surmonter ce deuil. L’arrivée de Nella et de son frère avec le Cincinnatti, en 1923, apporte du désordre et même une forme de sauvagerie dans le monde si structuré du directeur d’Ellis, qui ne sera plus jamais le même homme, jusqu’à la fermeture du centre en 1954.

Le lieu est évidemment un personnage à part entière du récit, cette petite île, ce centre de rétention qui a façonné la vie et la carrière de John Mitchell, qui réussit finalement à témoigner dans des pages où « il y a trop d’amour, trop de peine » (p. 161). Le style à la fois fluide et net de Gaëlle Josse a pour moi participé du plaisir de lecture, de l’intelligence (dans les deux sens du terme) du récit et m’a émue. J’ai retrouvé à la fois la ligne tendue, la douceur et l’infinie nostalgie des Heures silencieuses. J’ai sûrement laissé de côté des tas d’aspects de ce beau roman… Bravo, Madame.

« Pendant quarante-cinq années – j’ai eu le temps de les compter -, j’ai vu passer ces hommes, ces femmes, ces enfants, dignes et égarés dans leurs vêtements les plus convenables, dans leur sueur, leur fatigue, leurs regards perdus, essayant de comprendre une langue dont ils ne savaient pas un mot, avec leurs rêves posés là au milieu de leurs bagages. Des malles, des cantines, des paniers, des valises, des sacs, des tapis, des couvertures, et à l’intérieur tout ce qui reste d’une vie d’avant, celle qu’ils ont quittée, et qu’ils doivent, pour ne pas l’oublier, garder dans un lieu fermé au plus profond de leur cœur afin de ne pas céder au déchirement des séparations, à la douleur de se souvenir des visages qu’ils ne reverront jamais. Il faut avancer, s’adapter à une autre vie, à une autre langue, à d’autres gestes, à d’autres habitudes, à d’autres nourritures, à un autre climat. Apprendre, apprendre vite et ne pas se retourner. Je ne sais pas si pour la plupart d’entre eux le rêve s’est accompli, ou s’ils ont brutalement été jetés dans un quotidien qui valait à peine celui qu’ils avaient fui. Trop tard pour y penser, leur exil est sans retour. »

Gaëlle JOSSE, Le dernier gardien d’Ellis Island, Les éditions Noir sur blanc, 2014 (également en J’ai lu)

J’ajoute ce titre à ma mini-thématique de l’été sur l’exil.

Mois américain

Septembre (1)

Le ciel s’est libéré de ses vapeurs torrides,
Les jours se sont défaits des trop vives clartés,
L’air s’est enfin rempli d’une tiédeur humide,
Le calme est revenu, l’été s’en est allé.

L’été s’en est allé. Tout revit. Tout respire
Le suave parfum de la douce saison
Et pourtant je perçois, dans l’ombre qui s’étire,
Un étrange regret et de légers frissons.

Isabelle Callis-Sabot

Matilda

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Présentation de l’éditeur :

«L’autre jour, nous avons vu Mlle Legourdin attraper une fille par ses nattes et la projeter par dessus la barrière du terrain de jeu!»

Le père de Matilda Verdebois pense que sa fille n’est qu’une petite idiote. Sa mère passe tous ses après-midi à jouer au loto. Quant à la directrice de l’école, Mlle Legourdin, c’est la pire de tous: un monstrueux tyran, qui trouve que les élèves sont des cafards. Elle les enferme même dans son terrible étouffoir.
Matilda, elle, est une petite fille extraordinaire à l’esprit magique, et elle en a assez. Tous ces adultes feraient bien de se méfier, car Matilda va leur donner une leçon qu’ils ne sont pas près d’oublier.

Aujourd’hui, ce 13 septembre 2016, Roald Dahl aurait 100 ans : bon anniversaire au « meilleur conteur du monde » !

Comment ne pas céder au charme de Matilda ? Il me faut l’avouer, j’ai été un peu longue à la détente, sans doute parce que je sortais d’un dimanche rempli d’émotions plus « sérieuses » que celles que procure ce roman, je trouvais la situation de départ, cette enfant surdouée à laquelle ses parents bêtes et méchants ne prêtent aucune attention, bien « hénaurme ». Heureusement le talent de conteur de Roald Dahl a fait fondre mes réticences : une fois avoir admis qu’on est dans son imaginaire riche et plein d’humour, je me suis laissé aller et j’étais sous le charme de cette minuscule petite fille adorable et astucieuse. Acceptée aussi, la non moins hénaurme Melle Legourdin et ses horribles performances en matière de lancer d’enfants.

Comment ne pas succomber aussi à l’amitié qui naît entre Matilda et son institutrice, Melle Candy ? Pour elles, tout est bien qui finit bien, normal dans un bon conte, mais elles en ont à nous apprendre en matière de douceur et de finesse, les deux complices.

Ce livre est aussi un hymne à la lecture, avec tous les classiques que lit Matilda du haut de ses quatre ans : on sent que Roald Dahl s’est nourri des romans de Dickens, qui l’ont sûrement inspiré pour cette histoire. Evidemment, la prof que je suis n’a pas boudé son plaisir avec les noms propres irrésistibles, j’aimerais bien lire les originaux en anglais mais leur traduction est bien trouvée : l’école Lamy-Noir, mademoiselle Legourdin, madame Criquet et autres Victor Patte.

Quentin Blake accompagne de son trait vif et malicieux le comique très visuel et les jeux de mots savoureux de Roald Dahl, et voilà confirmée une excellente recette pour vous donner la (grosse) pêche en cette belle fin d’été.

A propos de Melle Legourdin : « Pas la moindre trace de beauté sur son visage qui était loin d’être une source de joie éternelle. » (p. 88)

A propos d’Anémone, la meilleure amie de Matilda : « (…) lorsque enfin lui surgit à l’esprit l’émergence d’une brillante idée, elle entreprit d’établir son plan avec le même soin que le duc de Wellington avait mis à préparer la bataille de Waterloo. Certes, dans le cas présent, l’ennemi n’était pas Napoléon. Mais jamais, à l’école de Lamy-Noir, quelqu’un n’avait admis que la directrice était un adversaire moins formidable que le fameux empereur français. » (p. 148)

Roald DAHL, Matilda, illustré par Quentin Blake, traduit de l’anglais par Henri Robillot, Folio junior, 2007

Hommage à Roald Dahl aujourd’hui dans A year in England

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Un billet de Marilyne : La Grande Villa – Laurence Vilaine

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La première fois dans la Grande Villa, c’était comme si je la connaissais depuis toujours. La deuxième, c’était après la mort de mon père.

Editions Gaïa 2016

De Laurence Vilaine, j’avais lu le premier roman paru en 2011 aux éditions Gaïa intitulé « Le silence ne sera qu’un souvenir », grand roman, dense, ambitieux, vibrant. Depuis 2014, il est disponible en Babel.

Depuis, j’attendais. J’attendais ce second roman. Que j’ai lu sans appréhension de déception, avec la plus vive curiosité. Où l’auteur allait-elle m’emmener ? Qu’allait-elle raconter, qu’allait-elle me dire ?

« … quand les hasards ressemblent à des évidences, on cherche à les nommer autrement. »

Bien que très différent du premier par tous les choix narratifs – celui-ci présente un texte court de 70 pages, des chapitres titrés, une écriture de l’intime toute d’images, de sensations et d’échos – «  Le silence ne sera qu’un souvenir » pourrait être le sous-titre de «  La Grande Villa ».

Laurence Vilaine signe un roman émouvant, troublant, sur la perte, sur le temps au temps, sur l’héritage. Un roman lumineux, qui m’a touchée. Ce pourrait être une lettre au père ; ce pourrait être un récit de l’écriture, son manque, ses manques ; ce pourrait être une réflexion sur la mémoire, familiale ou celle des lieux, sur la transmission. Il ne s’agit pas que de cela. C’est un texte sur le vide et le vertige de l’ignorance, de  l’absence. Et ce n’est pas que cela.  Malgré ces deuils, c’est un texte de lumière sur la lumière.

Nous accompagnons la narratrice dans la solitude de cette grande villa en bord de mer, au sud, pays de soleil. La maison, le soleil, compagnons également. Les ombres s’y déplacent, la clarté aussi, elles guident parfois, elles sont amicales, accueillantes. La maison comme une âme maternelle, cocon entre le chaud et le frais, lieu de souvenirs, lieu de nudité, de renaissance.

« Dans la Grande Villa, à toute heure du jour, le soleil traverse un rideau et brode un fond de chaise, il remplit une flaque tiède sur la tomette comme une piscine naturelle sur la grève, ou se couche en rond sur un journal ouvert. »

Et nous les suivons, les lumières et la narratrice, qui s’en va jusque là où elle n’a pas pied, au plus profond.  Récit intimiste, métaphorique, nager, en piscine, pas encore dans la mer. Ce sont les lignes contre l’éparpillement dans son monde sensible, ce monde offert aux sens, en quête de sens et de mots.

Et cette narratrice qui s’en va pour revenir, remonte le temps, surmonte ses angoisses. Dans « La Grande Villa », ce sera enfin, sur le cahier d’écolier avec des lignes, l’écriture de la consolation, de la réconciliation, de la libération. Ecrire pour libérer les douleurs de ceux d’avant, pour ne plus que les suivants les (sup)portent. Cette fin, je devrais écrire cette conclusion, je ne l’attendais pas. Elle m’a stupéfaite et interpellée, pourtant Laurence Vilaine m’y emmenait, sans aucun doute, de chambre en chambre. En partir légitime, en pleine présence et confiance.

Sur un style fin, limpide, d’un ressenti incroyablement juste, éloquent tout en retenue,  en poétique, en résonnance, des pages splendides, des fulgurances. Il est brillant, ce roman. Comme un roman de la maturité. Une révélation.

« Ecrire, c’est peut-être ça. Un peintre qui s’envole et des lumières qui dansent. Un arbre qui respire, la nuit au bout des doigts ? Un souffle malgré la mort. Tout ça qui veille et qui grelotte au vent comme un ruban, qui se réveille soudain et laisse en repartant un goût d’éternité dans nos mémoires. »

En septembre

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Parmi la chaleur accablante
Dont nous torréfia l’été,
Voici se glisser, encor lente
Et timide, à la vérité,

Sur les eaux et parmi les feuilles,
Jusque dans ta rue, ô Paris,
La rue aride où tu t’endeuilles
De tels parfums jamais taris,

Pantin, Aubervilliers, prodige
De la Chimie et de ses jeux,
Voici venir la brise, dis-je,
La brise aux sursauts courageux…

La brise purificatrice
Des langueurs morbides d’antan,
La brise revendicatrice
Qui dit à la peste : va-t’en !

Et qui gourmande la paresse
Du poëte et de l’ouvrier,
Qui les encourage et les presse…
« Vive la brise ! » il faut crier :

« Vive la brise, enfin, d’automne
Après tous ces simouns d’enfer,
La bonne brise qui nous donne
Ce sain premier frisson d’hiver ! »

Paul Verlaine, Poèmes divers

Automne dans le parc du Luxembourg (site du Routard)