Le camp des morts

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Quatrième de couverture :

Lorsque le corps de Mari Baroja est découvert à la maison de retraite de Durant, le shérif Walt Longmire se trouve embarqué dans une enquête qui le ramène cinquante ans en arrière. Il plonge alors dans le passé déchirant de cette femme et dans celui de son mentor, le légendaire shérif Connally. Tandis que résonne l’histoire douloureuse de la victime, d’autres meurtres viennent jalonner l’enquête. Aidé par son ami de toujours, l’Indien Henri Standing Bear, le shérif mélancolique et désabusé se lance à la poursuite de l’assassin à travers les Hautes Plaines enneigées.

Quelle joie de retrouver le shérif Walt Longmire ! En fait, cette deuxième « aventure » démarre peu de temps après la fin de Little Bird, où – attention, je spoile – s’est terminée par une terrible marche en montagne, accompagnée des Vieux Cheyennes, et par la mort d’une femme que Walt s’était mis à aimer profondément. Il est encore meurtri par ce deuil et il dort toujours dans une cellule au bureau, avec le chien de Vonnie qu’il a adopté, parce que sa maison a le toit percé. Eh oui, l’hiver n’a pas lâché prise, au contraire, au moment où on l’appelle au Foyer des Personnes dépendantes (quel nom !) pour enquêter sur la mort de Mari Baroja. Une mort qui semble tout à fait naturelle mais Lucian Connally, le vieux shérif à l’ancienne et ami de Walt, insiste pour que celui-ci mène une enquête criminelle, car il avait des liens très particuliers avec la défunte. Celle-ci est d’origine basque (je savais déjà grâce à Oyana qu’il y avait des descendants basques au Québec, eh bien il y en a aussi au Wyoming) et justement, un candidat basque se présente pour rejoindre l’équipe du shérif (Vic et Ruby seront vite sous le charme et Santiago Saizarbitoria se révélera excellent au cours de l’enquête). Il faut un certain temps avant que le décès soit effectivement qualifié de criminel (empoisonnement) et alt va se plonger dans le passé douloureux de la défunte pour tenter de comprendre qui l’a assassinée, et pas seulement (d’autres meurtres et tentatives de meurtres vont suivre). Il sera question d’amours contrariées, de violences conjugales, d’enfants illégitimes, de profits juteux liés à l’exploitation du méthane.

Comme toujours, Walt pourra compter sur le soutien indéfectible de son ami Henry Standing Bear, de son adjointe Vic au langage fleuri, de la fidèle Ruby, de son nouvel adjoint – baptisé Sancho – aussi efficace que poli et discret (ça change de Vic 😉 ) et même de sa fille Cady, débarquée de Philadelphie. On aura encore droit à une nuit d’enfer dans la neige et la glace (mais c’est tellement prenant) et à un dénouement inattendu. L’humour et l’immense humanité du shérif Longmire, l’amitié, la fidélité, les grands espaces du Wyoming sont toujours au rendez-vous et qu’est-ce que ça fait bien de connaître un héros aussi attachant ! J’en ai encore pas mal à découvrir sur lui et il y a même encore quelques titres à traduire, quelle chance !!

Beaucoup de citations sur la page Babelio du livre

Craig JOHNSON, Le camp des morts, traduit de l’américain par Sophie Aslanides, Gallmeister Totem, 2012 (Gallmeister, 2010)

Le Mois américain

Pumpkin Autumn Challenge –Automne frissonnant – Les supplices de la belladone (livre à la couverture noire)

Pas faite pour

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Quatrième de couverture :

Cécile, obscure professeur de violon, plaquée par un compagnon qui réussit mieux qu’elle dans la musique, est une jeune femme frustrée, aigrie, manquant de confiance en elle. Ses amies lui offrent pour son trente-cinquième anniversaire un abonnement à une salle de sport qui va donner à sa vie un tour inattendu.
L’amitié d’une monitrice va l’amener à mettre ses préjugés de côté et lui faire découvrir un univers pour lequel elle ne s’imaginait pas faite.
La rencontre d’un abonné de la salle va bousculer son image d’elle-même et la déposer – peut-être – à l’aube d’une autre existence..

Véronique Adam signe ici un premier roman nourri de sa propre expérience : elle-même est violoniste de formation et a joué dans différentes tournées et événements télévisés puis elle s’est passionnée pour le fitness dont elle a fait son nouveau métier et où elle s’est illustrée au plan sportif. Je crois que j’ai choisi ce livre parce que, comme l’héroïne Cécile au début du roman, je me sens aussi éloignée du fitness et de toute autre envie sportive qu’elle. Mais le cadeau offert par ses amies va finir par prendre beaucoup de place dans sa vie et par carrément la transformer. Elle va gagner en confiance en elle, son regard sur les autres va changer en positif et elle va même rencontrer l’amour, pas le grand amour de toute une vie mais une relation suffisamment forte pour participer à sa métamorphose.

C’est un roman qui peut paraître feel good mais qui illustre bien la vie des jeunes femmes actuelles, leur vie trépidante et pourtant lassante, leurs amitiés, leurs amours qu’elles n’hésitent pas à remettre en question pour un mieux (ou pas – l’ex-compagne de Danny semble rester dans un modèle assez traditionnel étouffant… pour l’homme). Il est intéressant aussi pour l’ouverture d’esprit renouvelée de Cécile grâce à sa coach Véro (tiens, tiens, la coach s’appelle Véronique 😉 non,non, les adeptes du fitness ne pensent pas qu’à leurs muscles.)

Une année de vie racontée avec fluidité par Véronique Adam.

Un grand merci à Gérard Adam et aux éditions M.E.O.

Véronique ADAM, Pas faite pour, Editions M.E.O., 2020

#belgiqueterrelitteraire

Pumpkin Autumn Challenge –Automne Douceur de vivre – Siroter un chocolat chaud sous les saules (feel good)

Les blablas du lundi (29) : le Pumpkin Autumn Challenge 2020

Comme Karine (Mon coin lecture) et Geneviève et Guy (Mon coussin de lecture), je me suis laissé séduire par les couleurs et les catégories du Pumpkin Autumn Challenge organisé par Guimause Terrier. Je crois que les participant(e)s sont beaucop plus jeunes que moi et que beaucoup de choses se passent sur Youtube mais ce n’est pas grave ,: je participe à ma manière (comme tout le monde après tout) ici sur le blog. Le groupe Facebook est très actif aussi 😉

Voici donc les différents menus et les règles du jeu proposé par Guimause :

2020 Pumpkin Autumn Challenge

2020 menu 1

2020 menu 2

2020 menu 3

Pas de PAL expressément prévue mais je pense que mes lectures à venir d’ici le 30 novembre entreront facilement dans ces menus. Au départ je pensais valider les menus Automne frissonnant et Automne des enchanteresses mais je me rends compte que je peux placer un titre dans l’Automne Douceur de vivre… Je verrai bien tout en allant… On joue donc du 1er septembre au 30 novembre !

Mes lectures :

Automne frissonnant

Je suis Médée, vieux crocodile !

Les chimères de la sylve rouge

Les supplices de la belladonne

Le camp des morts de Craig Johnson

Esprit es-tu là ?

Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates (famille)

Automne Douceur de vivre

Il fait un temps épouvantail !

Siroter un chocolat chaud sous les saules

Pas faite pour de Véronique Adam (feel good)

Fafnir ton assiette sinon pas de piécette

A window to the past

Automne des enchanteresses

Les rêves d’Aurore

Sarah Bernhardt, monstre sacré

Les écailles de Mélusine

Nausicaa de la vallée du vent

 

Les notes du jeudi : En forêt (1) Jean-Philippe Rameau

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Septembre et octobre permettent encore de belles balades en forêts. Alors partons en forêt en bonne compagnie musicale !

Je vous avoue que j’ai peu de temps à consacrer au blog en cette rentrée, je me contenterai de noter le tire de l’oeuvre, le compositeur et les interprètes.

Forêts paisibles (Les sauvages), extrait des Indes galantes de Jean-Philippe Rameau par Les Arts Florissants, la soprano Sandrine Piau, la basse Lisandro Abadie et le Chœur des Arts Florissants. Et bien sûr le grand Bill William Christie.

 

Sans nouvelles de Gurb

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Quatrième de couverture :

Gurb a disparu dans Barcelone, dissimulé sous les traits de Madonna. Précision : Gurb est un extraterrestre. Parti à sa recherche sous une apparence moins voyante, son coéquipier tient scrupuleusement le journal de ses observations. Une satire délirante et désopilante de notre monde moderne.

J’ai lu ce petit livre (et découvert Eduardo Mendoza) pour le travailler avec des élèves dans le cadre d’un projet « Diversité culturelle ».

Ici c’st plutôt de « clash culturel » qu’il faudrait parler puisque Gurb et le narrateur (qui est le responsable de la mission des deux extra-terrestres et se faisait volontiers servir par Gurb), Gurb et le narrateur donc ont des pouvoirs particuliers qui leur permettent – croient-ils – de se fondre dans la population barcelonaise. Mais voilà, Gurb s’est « déguisé » en Madonna… pas étonnant qu’il ne donne plus aucune nouvelle à son acolyte. Celui-ci, dont nous ne connaîtrons jamais le nom – part à la recherche de Gurb en se travestissant successivement en matador célèbre, en Gary Cooper, en Pie XII voire en Luciano Pavarotti pour n’en citer que quelques-uns. Outre les mésaventures (implicites) liées à ses différentes apparences, il doit aussi se confronter à ce qui fait la condition humaine : manger, boire, se loger, ouvrir un compte, trouver la personne avec qui vivre en couple… Tout cela est raconté de façon assez simple, en chapitres fractionnés de courts paragraphes en général. Le comique de situation, de répétition, de langage, de gestes, l’absurde sont largement utilisés par l’auteur et prêtent plus ou moins à sourire. On est sans doute loin de la satire désopilante annoncée par la quatrième de couverture mais le roman, un conte philosophique moderne, est intéressant. Et puis cette couverture à la Keith Haring est bien choisie, non ?

« 20 h. 00 J’ai tant marché que mes chaussures fument. J’ai perdu un talon, ce qui me force à un déhanchement aussi ridicule que fatigant. J’enlève mes chaussures, j’entre dans un magasin et, avec l’argent qu’il me reste du restaurant, j’achète une paire de chaussures neuves moins pratiques que les précédentes, mais fabriquées dans un matériau très résistant. Equipé de ces nouvelles chaussures appelées skis, j’entreprends de parcourir le quartier de Pedralbes. »

« 20 h 42 Par la faute de ma foutue radioactivité, la foudre me tombe dessus à trois reprises. Elle fait fondre la boucle de ma ceinture et la fermeture à glissière de ma braguette. Elle hérisse tous mes poils et mes cheveux, et je n’arrive pas à les ramener à leur état antérieur : je ressemble à un porc-épic. »

Eduardo MENDOZA, Sans nouvelles de Gurb, traduit de l’espagnol par François Maspero, Points, 2013 (Seuil, 1994)

Nous étions les Mulvaney

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Quatrième de couverture :

À Mont-Ephraim, une petite ville des États-Unis située dans l’Etat de New York, vit une famille pas comme les autres : les Mulvaney. Au milieu des animaux et du désordre ambiant, ils cohabitent dans une ferme qui respire le bonheur, où les corvées elles-mêmes sont vécues de manière cocasse, offrant ainsi aux autres l’image d’une famille parfaite, comme chacun rêverait d’en avoir. Jusqu’à cette nuit de 1976 où le rêve vire au cauchemar… Une soirée de Saint-Valentin arrosée. Un cavalier douteux. Des souvenirs flous et contradictoires. Le regard des autres qui change. La honte et le rejet. Un drame personnel qui devient un drame familial. Joyce Carol Oates épingle l’hypocrisie d’une société où le paraître règne en maître ; où un sourire chaleureux cache souvent un secret malheureux ; où il faut se taire, au risque de briser l’éclat du rêve américain.

Dans ma série « A la ferme » voici aussi un pavé d’été et un bon gros roman de Joyce Carol Oates. Une histoire de famille inextricablement liée à un lieu, à une maison : High Point Farm. Ici il n’est pas vraiment question de travail à la ferme puisque Michael Mulvaney, le père, dirige une entreprise de couverture de toits et que la mère, Corinne, gagne un peu d’argent en vendant des objets de brocante ; mais il s’agit bien d’une ferme dont les dépendances abritent des chevaux, des animaux de basse-cour, de nombreux chiens et chats dont certains reçoivent un prénom et sont quasiment des membres de la famille, et les enfants Mulvaney doivent prendre soin des animaux en plus de leur travail scolaire et de leurs diverses activités sportives et sociales. Une vraie famille américaine, née du coup de foudre entre Michael et Corinne en 1955, une famille soudée, avec l’aîné Michael Junior, le sportif, Patrick, l’intellectuel, Marianne, la seule fille, lumineuse et généreuse, et Judd, le benjamin et narrateur.

Cette famille à la fois traditionnelle et originale (tous ses membres se donnent des surnoms pittoresques qui témoignent de leurs liens profonds), cette famille enviée va voir son unité voler en éclats le jour où, en 1976, Marianne subit une agression qui va changer à jamais le destin des Mulvaney. Le mot « viol » ne sera jamais prononcé et l’agresseur de Marianne ne sera jamais inquiété officiellement, même sa propre mère ne parvient pas à aider sa propre fille, qui restera longtemps persuadée que tout est de sa faute. Quant au père, sa propre culpabilité de n’avoir pas su protéger sa fille va le faire lentement dégringoler, socialement et physiquement. Corinne se range de son côté – toujours implicitement -, la fille est écartée de la famille et envoyée chez une lointaine cousine et les garçons sont livrés à eux-mêmes. Tout en faisant semblant de préserver les apparences, chacun va devoir tracer son chemin pour simplement vivre et se réaliser. Le silence est d’une violence insoutenable.

Avec pour toile de fond l’histoire de l’Amérique, de John Kennedy à Ronald Reagan en passant par la guerre du Vietnam et la prise d’otages à Téhéran sous Jimmy Carter,  Joyce Carol Oates suit chacun des membres de cette famille avec attention, leurs portraits, leurs chemin de vie, leur psychologie, sont fouillés, elle aime ses personnages, même si chacun (sauf Judd) peut sembler au lecteur tantôt éminemment sympathique, tantôt parfaitement détestable dans sa fuite des responsabilités ou sa naïveté aveugle. C’est ce que signifie sans doute la scène annoncée par plusieurs effets de prolepse : que les bons et les méchants (ou catalogués comme tels) peuvent tous être couverts de la même boue noire et que le chemin de la résilience frôle sans cesse le précipice.

La lecture de ce roman à l’époque du #metoo et du #balance ton porc secoue, interpelle sur le traitement réservé aux victimes d’agressions sexuelles mais c’est aussi l’inoubliable portrait d’une famille, d’une maison au charme fou, de personnages dont je me souviendrai longtemps.

« Je ne sais pas ce que maman a dit à Sable sur papa. Sur notre famille. J’ai tendance à penser qu’elle lui en a dit très peu. Car quels mots peuvent résumer une vie entière, un bonheur brouillon et foisonnant se terminant par une souffrance aussi profonde et prolongée ? » (p. 666)

Joyce Carol OATES, Nous étions les Mulvaney, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban, Le Livre de poche, 2011 (Stock, 1998)

#alassautdespaves

Challenge Pavé de l’été chez Brize

Le Mois américain : journée féminine

Pumpkin Autumn Challenge –Automne frissonnant – Esprit es-tu là ?

Le Mois américain 2020

Comme chaque année, grâce à Martine de Plaisirs à cultiver, le mois de septembre sera américain !

Voici le programme (lire, bien sûr) proposé par Martine :

-4 septembre : ladies first (auteure américaine, livre féministe, héroïne marquante)

-8 septembre : la figure du cow-boy

-10 septembre : séries tv

-12 septembre: roman du 19ème siècle ou se déroulant au 19ème siècle

-15 septembre : le désir

-17 septembre : polar/roman noir/thriller

-19 septembre : un roman jeunesse/young adult

-22 septembre : black lives matter

-24 septembre : la guerre

-26 septembre : la famille

Voici mes petites prévisions de billets (ou au moins de lectures) : j’ai déjà lu Nous étions les Mulvaney de J.C. Oates, parfait pour le 4 septembre (et pour le challenge Pavé de l’été). J’aimerais lire le deuxième tome des aventures du shérif Walt Longmire pour la journée polar, La famille Middlestein de Jami Attenberg pour le 26 septembre. Je préfère prévoir peu car j’ai aussi deux livres (des SP) de la rentrée littéraire belge à lire et à chroniquer (l’un d’eux concerne un Américain bien réel, ça tombe bien) et des lectures pour l’école. Si je me sens frustrée, je prolongerai ici en octobre !

Merci à Martine pour toute cette organisation et bon Mois américain à tous !

 

 

Etés anglais (La saga des Cazalet I)

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Ce premier tome de la saga des Cazalet s’étale sur deux étés de 1937 à 1938. La famille Cazalet s’apprête à se retrouver pour les vacances dans la maison familiale dans le Sussex et nous allons suivre les trois générations de cette famille de la haute bourgeoisie anglaise : les parents William et Kitty (dits le Brig et la Duche), leurs quatre enfants et belles-filles, Hugh et Sybil, Edward et Viola dite Villy, Rachel la fille célibataire qui habite avec ses parents, Rupert et sa seconde épouse Zoé et enfin les huit (bientôt neuf) petits-enfants. Nous suivrons aussi de temps en temps les domestiques, cuisinière, nounous, préceptrice et autres chauffeurs.

A l’été 1937 Hitler est encore considéré comme un pantin risible mais en 1938 la crainte d’une nouvelle guerre se fait de plus en plus forte et le roman s’achève d’ailleurs sur les accords de Munich. La première guerre mondiale est encore bien présente dans les esprits, les deux fils aînés l’ont faite et Hugh en est revenu amputé d’une main et avec de violentes migraines. Celui-ci est presque le seul à comprendre que personne ne coupera à une seconde guerre et tente de rassurer les angoisses de sa fille Polly.

Dans cette famille, les hommes travaillent, commandent, organisent, mènent une vie très libre tandis que les femmes restent à la maison, élèvent leurs enfants, administrent le foyer ou s’occupent de leurs vieux parents comme Rachel. Un modèle traditionnel parfois étouffant et qui ne correspond pas toujours à leurs aspirations mais qu’il est difficile de remettre en cause. Les petites-filles pensent quand même à un futur métier. Durant ces deux étés, on pourrait dire qu’il ne se passe pas grand-chose mais en réalité, en suivant un personnage après l’autre, l’histoire fourmille de mille et une aventures enfantines, de mille et un détails qui nous font découvrir l’histoire individuelle des adultes, leurs personnalités si diverses, leurs sentiments, leurs secrets les hauts et les bas, tout ce qui fait la richesse d’une grande famille et qui finalement forme une vraie trame romanesque.

J’ai du mal à rendre compte du coup de coeur que fut cette lecture : petit à petit je suis entrée dans l’intimité de cette famille, de ces personnages si attachants et j’ai eu du mal à les lâcher. J’ai particulièrement aimé l’attention que la romancière porte aux enfants, à leurs jeux, leurs rêves, leurs désespoirs, leurs projets secrets pour déjouer les exigences des adultes. La maison, le jardin et les environs font aussi partie du plaisir de lecture. J’ai aimé aussi les allusions à la vie culturelle de l’époque : la Duche et Rachel écoutent Toscanini en direct à la radio, Viola s’offre un roman d’Angela Thirkell (autrice que l’on redécouvre aujourd’hui grâce à 10/18) et Zoé décide de lire le déjà controversé Autant en emporte le vent.

Un peu comme dans la série Downton Abbey (impossible de ne pas y penser, même si Elizabeth Jane Howard a publié ce premier tome en 1990, bien avant la série télé donc), les membres de la famille Cazalet, cachés derrière cette sublime couverture, me semblent maintenant proches, familiers, ce sont de nouveaux amis de papier que j’aurai plaisir à retrouver dans la suite qui paraît déjà en octobre prochain.

« Quant à Hitler…on se moquait de lui, on l’appelait Schicklgruber, ce qu’on trouvait désopilant, alors que c’était son nom, on le traitait de peintre en bâtiment, ce qu’il avait été, et on jugeait l’homme non seulement absurde mais fou, ce qui, d’une certaine façon, permettait de ne pas le prendre au sérieux. Les Allemands, à l’évidence, le prenaient on ne peut plus au sérieux. »

« La Duche appartenait à une génération et à un sexe dont l’opinion n’avait jamais été sollicitée pour quoi que ce soit de plus sérieux que les maux des enfants ou d’autres préoccupations ménagères, mais ça ne voulait pas dire qu’elle n’en avait pas. »

«  » Quand même Zoë finira bien par fonder une famille.
– Jamais de la vie ! Je suis sûre qu’elle ne veut pas d’enfants.
– Comme nous le savons, la question n’est pas toujours d’en vouloir ou pas. »
Villy jeta à Sybil un coup d’oeil stupéfait.  » Ma chérie ! Tu ne… voulais pas…
– Pas vraiment. Bien-sûr, maintenant, je suis contente.
– Bien-sûr. » Ni l’une ni l’autre n’osèrent se mouiller davantage : elles avaient touché l’eau, sans se risquer à plus avant. »

« Lorsqu’il l’embrassa, elle dit : ‘Papa ! Tu sais la qualité que je préfère chez toi ? Le fait que tu doutes. Toutes les choses que tu ne sais pas.’ Tandis qu’il atteignait la porte, elle ajouta : ‘Je t’admire vraiment pour ça.' »

Elizabeth Jane HOWARD, Etés anglais (La saga des Cazalet I), traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Quai Voltaire, 2020

La terre des mensonges

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Quatrième de couverture :

Quelques jours avant Noël, en Norvège, dans une ferme délabrée de Trondheim, la tyrannique Anna Neshov se meurt. Ses trois fils, leur père, ombre fantomatique et Torunn, l’unique petite-fille, se retrouvent alors pour la première fois pour une confrontation explosive où éclateront les drames secrets dont sont tissées leurs vies…

Dans ma série « A la ferme » voilà encore une sortie de PAL assez ancienne, sûrement encore un roman découvert grâce aux blogs, acheté et enfoui dans les profondeurs de la PAL. Je ne devrai pas traîner à lire la suite pour ne pas oublier les frères Neshov, même si ce premier tome me laisse un petit goût de trop peu.

J’ai apprécié comment Anne Ragde met patiemment en place ses personnages : elle prend le temps de consacrer un chapitre à chacun des frères, Margido le cadet qui dirige une entreprise de pompes funèbres, Erlend le benjamin,parti loin de la ferme norvégienne pour vivre librement son homosexualité, Tor l’aîné, resté à la ferme avec la mère autoritaire et le vieux père maintenu dans l’insignifiance. Tor qui élève maintenant des cochons et a avec ses animaux un lien très fort, presque charnel, tout comme sa fille Torünn aime les chiens dont elle s’occupe comme assistante vétérinaire. Torünn, le fruit d’une brève relation aussitôt rejetée par Anna, la mère, qui ne peut plus parler dans son agonie mais dont on sent qu’elle a âprement régenté toute sa famille au point que Margido et Erlend décident de s’éloigner ou de partir à l’étranger. Et Torünn est bien sûr elle aussi étrangère à la vie de cette famille. Anne Ragde rend bien la solitude, le mal-être, les frustrations, les non-dits, les aspirations secrètes, comment chacun s’est construit contre ou malgré les « antécédents » familiaux.

Autour du lit d’hôpital d’Anna Neshov puis à la ferme où tous se retrouvent après la mort de la vieille femme, les langues se délient (ou se retiennent toujours, c’est selon) et un secret de famille va éclater à la surface, dont on devine qu’il remonte au temps où les nazis occupaient la Norvège. Cette dernière partie du roman est peut-être un peu rapide, mais je ne doute pas que les choses se déploieront dans la suite.

Détail non négligeable, j’ai lu ce livre pendant la semaine caniculaire du 15 août et cette lecture qui se déroule quelques jours avant Noël dans une Norvège enneigée m’a bien rafraîchie ! 😉

Anne B. Ragde, La terre des mensonges, traduit du norvégien par Jean Renaud, 10/18, 2011 (Balland éditeur, 2009)

Là-haut, tout est calme

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Quatrième de couverture :

Helmer van Wonderen vit depuis trente-cinq ans dans la ferme familiale, malgré lui. C’est Henk, son frère jumeau, qui aurait dû reprendre l’affaire. Mais il a disparu dans un tragique accident, à l’âge de vingt ans. Alors Helmer travaille, accomplissant les mêmes gestes, invariablement, machinalement. Un jour, sans raison apparente, il décide d’installer son vieux père au premier étage, de changer de meubles, de refaire la décoration de la maison. Le besoin de rompre la monotonie de sa vie et l’envie de mettre fin à ce face-à-face presque silencieux avec un homme devenu grabataire le font agir, plein de colère retenue. Les choses s’accélèrent le jour où il reçoit une lettre de Riet lui demandant de l’aide : Riet était la fiancée de son frère. Elle fut aussi à l’origine de son accident mortel… 

Comme dans L’Annonce, un fermier hollandais de 55 ans décide de prendre sa vie en main, de changer les choses : cela fait 35 ans qu’il travaille malgré lui avec son père, 35 ans que son frère jumeau Henk est mort dans un accident et que lui, Helmer, a dû abandonner ses études de lettres pour « remplacer » son frère à la ferme. 

Comme dans L’Annonce, il y a aussi une dualité entre le dedans et le dehors, à un double titre : le dedans de la ferme qu’Helmer se décide à changer, à rafraîchir pour vivre selon ses goûts et le dehors dont il est finalement assez lointain, les visites du collecteur de lait, du marchand de bestiaux ou celles de sa voisine ne semblent pas troubler un quotidien bien établi ; le dedans, l’intimité d’Helmer, les sentiments ui se font peu à peu droit de cité, qui remuent profondément l’homme et le dehors, la nature, les canaux, les saisons, les oiseaux et le travail avec les animaux de la ferme qui paraissent immuables, hors du temps.

C’est un magnifique roman, lent et intense, dont les pages se déroulent toutes seules pour dire avec simplicité le deuil, la gémellité, le corps, la nature. Pour tenter de faire la paix avec le passé, avec le père, pour crever le plafond de solitude qui pèse sur Helmer, pour oser être soi-même. Cela m’a un peu fait penser aux Chaussures italiennes de Henning Mankell avec l’arrivée inattendue d’un personnage surgi du passé mais Gerbrand Baker possède une voix bien personnelle que je retrouverai avec joie dans d’autres lectures.

« – Comment c’est d’avoir un frère jumeau ?
– C’est la plus belle chose qui soit, Henk.
– À présent, tu te sens diminué de moitié?
Je veux dire quelque chose, mais n’y parvient pas. je suis même obligé de m’agripper à l’une des barres métalliques pour ne pas tomber. J’ai toujours été ignoré, j’étais le frère, papa et maman comptaient davantage, Riet a revendiqué – si peu que cela ait duré – son veuvage, et voilà le fils de Riet ici, face à moi, en train de me demander si je me sens diminué de moitié. Henk m’attrape par les épaules, je lui fais lâcher prise.
– Pourquoi pleures-tu ? demande-t-il.
-Pour tout, dis-je. »

« Tout ça n’est jamais venu. Je ne l’ai plus jamais revu. A l’automne je suis entré quelquefois dans la maison d’ouvrier vide. C’est là que j’avais été quelqu’un. L’odeur du tabac a persisté longtemps. Sept mois après, Henk était mort et, quelques jours plus tard, j’avais la tête sous les vaches.

Je ne l’ai plus jamais sortie de là. »

« Nous appartenions l’un à l’autre, nous étions deux garçons et un seul corps.
Mais il y a eu Riet. Lorsqu’en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m’a renvoyé. « Fous le camp », a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. « Idiot », m’a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l’entendais pousser des soupirs de mépris. J’ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d’après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps. »

Gerbrand BAKKER, Là-haut, tout est calme, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Folio, 2011 (Gallimard, 2009)