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Quatrième de couverture de l’édition Folio :

«– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D’Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es! Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : – Alors, tu as honte de ta vieille mère?»

Mon billet sur ce roman sera court parce que je suis fatiguée et que la fin de ma lecture a été trop étirée pour me souvenir de tout (les neurones ne sont pas en état très brillant à la fin du trimestre…)

De Romain Gary, je n’avais jamais lu que Lady L., un des premiers livres de poche adultes qu’un oncle m’a offert quand j’avais quinze ans (je m’en souviens encore avec émotion) La perspective de lire La promesse de l’aube me disait donc bien pour découvrir un des classiques de la littérature française du vingtième siècle.

Le début du roman m’a vraiment touchée : ce fils qui rend hommage à sa mère qui l’a tellement aimé, au point de rêver pour lui les plus grands honneurs, de construire son destin en se sacrifiant, ce fils qui veut faire honneur à sa mère en réparant ses souffrances et en combattant toutes les injustices, c’était vraiment très émouvant, d’autant que les pages sont baignées d’un humour d’auto-dérision très fin. J’ai souvent souri et même ri : les « comédies » de la mère m’ont fait penser à la mère de Tom Lanoye dans La langue de ma mère : il faut dire qu’elles sont toutes deux comédiennes de théâtre !

Mais la dernière partie m’a fait un peu déchanter : Romain Gary, qui fait sans cesse des effets de prolepse (d’anticipation) en se disant de nombreuses fois compagnon de la Libération, a de fait été aviateur et a réussi à s’enfuir en Afrique du Nord d’abord puis en Angleterre pendant la deuxième guerre mondiale, mais en réalité il n’a pas vraiment été un héros à cause ou grâce à des circonstances atténuantes. Et je dois dire que le récit de ses velléités récurrentes, accompagné des listes de tous ses compagnons morts pour la France, m’a lassée à la longue, même si l’humour était toujours présent. Ceci dit, l’influence, l’ambition maternelle, qui prend vraiment chair dans la tête, dans le coeur et même le corps du fils, c’est à la fois impressionnant et… profondément agaçant (de mon point de vue) (je ne suis pas mère de famille et je ne suis pas enfant unique élevé par sa mère comme le héros, mais cet amour si exclusif, si possessif, ça en devenait un peu étouffant pour moi).

Je suis quand même très contente d’avoir lu ce roman, j’ai vraiment apprécié l’art de Romain Gary de transformer sa propre histoire en roman universel (et non en petite auto-fiction nombriliste), ses souvenirs d’enfance, son récit de l’exil sont mémorables et attachants et son écriture est superbe.

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte la-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’Amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est ensuite obligé de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus. Jamais plus. Jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’Amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous les côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’Amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. » (p. 36)

« Rien, dans son aspect un peu las, dans ses manières de parfait homme du monde, ne laissait deviner le petit garçon en culottes courtes qu’il cachait en lui, enfoui sous les sables du temps ; il en est souvent des apparences de maturité comme des autres façon de s’habiller, et l’âge, à cet égard, est le plus adroit des tailleurs. Mais je venais d’avoir 17 ans et je ne savais encore rien de moi-même ; j’étais donc loin de soupçonner qu’il arrive aux hommes de traverser la vie, d’occuper des postes importants et de mourir sans jamais parvenir à se débarrasser de l’enfant tapi dans l’ombre, assoiffé d’attention, attendant jusqu’à la dernière ride une main douce qui caresserait sa tête et une voix qui murmurerait : « Oui, mon chéri, oui. Maman t’aime toujours comme personne d’autre n’a jamais su t’aimer.’ «  (p. 176-177)

Romain GARY, La promesse de l’aube, Folioplus classiques, 2009

C’était la lecture du Blogoclub pour le 1e décembre, sur le thème de l’amour maternel.

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