J’ai grand mal à la tête, je serais bien plus à l’aise sur une grande route où je pourrais marcher librement. (Albert Dadas)

Après David Le Breton et son éloge aux chemins de la lenteur, je vous invite à la découverte d’un autre marcheur – malgré lui -, moins connu et pourtant tout aussi passionnant : Albert Dadas.

Albert à 8 ans environ lorsqu’il chute d’un arbre ; à 12 ans, il fugue pour la première fois. Son frère le retrouve vendeur de parapluies sur un marché. S’ensuivront de nombreux voyages soudains et rocambolesques : Albert parcourra en effet les routes jusqu’en Algérie ou en Russie et ses aventures sont fascinantes.

En 1886, Philippe Tissié est un jeune interne en psychiatrie, il rédige une thèse et trouve en la personne d’Albert un cas fabuleux. Albert lui raconte ses voyages, sa détresse face à ce comportement qu’il ne maîtrise pas. C’est une fièvre, une douleur, une nécessité qui le pousse à partir. Durant ces longues marches, Albert est en état de dissociation ; quand il revient à lui, il ne sait ni où il est, ni où il avait l’intention d’aller, il craint qu’on ne lui parle dans une langue étrangère. Albert a passé la plupart de ses voyages en prison ou à l’hôpital. Considéré comme vagabond, errant, il n’est guère apprécié des autorités qui l’interpellent.

Cette bande dessinée (oui, j’ai lu et apprécié une bande dessinée, tout arrive !) nous présente cette rencontre entre Philippe Tissié et Albert Dadas. Une rencontre émouvante, deux personnages particulièrement intéressants (Albert étant profondément touchant). Le dessin est sobre, tout en nuances de gris (pour une fois, je n’ai pas été déçue par l’intérieur d’une BD, après avoir été séduite par la couverture !). Les planches sont tellement belles que je les imaginerais volontiers dans une expo et que je suis curieuse de découvrir de manière plus approfondie le travail de Christian Durieux.

Le texte est aussi sobre, mais juste. L’histoire en tant que telle est entrecoupée de témoignages de différents intervenants « en apparté ». Un dossier à la fin de la BD nous en dit un peu plus sur cette histoire mystérieuse et passionnante.

Cette BD devait normalement finir dans une caisse de retours, mais elle m’a happée… tant et si bien qu’après l’avoir prise, écartée, reprise, redéposée, j’ai craqué et je ne regrette rien… tout comme Albert, je me suis retrouvée littéralement… captivée.

Le Captivé, Christophe Dabitch et Christian Durieux, éd. Futuropolis, 2014

Projet Non-Fiction avec Marilyne

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