Hubert

– HUBERT Ben Gijsemans –

 Dargaud (Janvier 2016)

– Traduit du flamand par Monique Nagielkopf –

 

Signé par un auteur belge flamand, Ben Gijsemans, ce roman graphique nous plonge dans l’univers calme et solitaire d’Hubert. Un Bruxellois introverti qui aime peindre les tableaux des personnages féminins des musées royaux des Beaux Arts de sa ville. Le dessin magnifique et le trait précis de Ben proposent un rythme lent afin d’apprécier ce récit des plus intimistes.

 

Une atmosphère particulière se dégage de cet album à la fois extrêmement sobre et foisonnant. Nous y rencontrons Hubert, un homme déjà âgé, discret, que nous accompagnons dans ses visites aux musées, les Beaux-arts de Bruxelles, le musée d’Orsay à Paris. Nous ne savons rien de Hubert, de son passé. Nous découvrons son quotidien, sa passion pour la peinture, qu’il exerce, reproduisant chez lui des toiles de figures féminines de grands maîtres. Nous découvrons son intérieur, sa monotonie routinière – que suit le découpage régulier des planches – et ses silences ; nous découvrons sa vie intérieure.

Cet homme a le regard exercé, il plonge dans les toiles, en scrute, en photographie, la finesse des détails qu’il reproduit. Et c’est ce regard que raconte cet album. Hubert est un observateur, un spectateur de la vie autour de lui dans laquelle il ne parvient pas – ne veut pas ? Comme en témoigne son refus de céder aux avances d’une entreprenante voisine sous le regard averti d’une copie de l’Olympia de Manet – à s’y immiscer. Il semble déstabilisé. Et pourtant ce regard se tourne. Il voit les autres visiteurs des musées, saynètes quotidiennes entre une mère et un enfant, un couple, des amoureux, puis, de sa fenêtre, une jeune voisine qui arrose quelques fleurs.

La sobriété de ce roman graphique est évocatrice. Le récit est quasiment muet, des pages sans un mot. Le trait est éloquent, sans fioriture, offrant une véritable présence aux personnages ; les visages, de simples gestes, les expressions, disent tout. Il dit beaucoup cet album sous ces tons clairs et feutrés. La maîtrise graphique est impressionnante, elle participe pleinement à cette narration intimiste. A plaisir, elle ne néglige pas la beauté des œuvres reproduites.

Roman graphique atypique sans mélancolie qui ménage quelques surprises ; un roman graphique qui prend le temps, prenant par sa délicatesse, par sa touchante tendresse qui n’attend pas le bien joli épilogue qui se passe également de mots. Cet épilogue, c’est le copiste qui devient scribe quand son pinceau raconte l’art de voir la vie ; cet épilogue, c’est la douceur d’un sourire, celui d’Hubert, celui du lecteur qui l’a accompagné.

 

Hubert est le premier roman graphique du jeune Ben Gijsemans  (qui signe l’intégralité de ce premier : scénario – dessin – couleur), la bonne nouvelle, c’est qu’il est écrit tome 1 sur la couverture.

Hubert 1

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