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Quatrième de couverture :

Ce jour-là, trois hommes prennent la route, avancent péniblement dans la neige sans autre choix que de se prêter à une chasse à l’homme décrétée par leur hiérarchie militaire. Ils débusquent presque malgré eux un Juif caché dans la forêt, et, soucieux de se nourrir et de retarder le retour à la compagnie, procèdent à la laborieuse préparation d’un repas dans une maison abandonnée, avec le peu de vivres dont ils disposent. Les hommes doivent trouver de quoi faire du feu et réussir à porter à ébullition une casserole d’eau. Ils en viennent à brûler les chaises sur lesquelles ils sont assis, ainsi que la porte derrière laquelle ils ont isolé leur proie.
Le tour de force d’Hubert Mingarelli, dans ce roman aussi implacable que vertigineux, consiste à mettre à la même table trois soldats allemands, un jeune Juif et un Polonais dont l’antisémitisme affiché va réveiller chez les soldats un sentiment de fraternité vis-à-vis de leur prisonnier.

En ce temps de grande chaleur estivale, ce roman (emprunté à la bibliothèque) a toutes les qualités pour vous rafraîchir… voire vous refroidir.

Ce n’est rien de dire qu’Hubert Mingarelli a le chic pour nous faire ressentir le froid polaire qui sévit alors que trois soldats réussissent à éviter une « corvée » de masse et se mettent en route dans la forêt, pour aller littéralement à la chasse au Juif. La neige, le gel qui perce jusqu’aux os, les couches de vêtements qui tentent de protéger, la nature figée : le froid est terrible. Mais il y a pire : on sent ces trois hommes broyés par leurs conditions de vie, par le « travail » qu’ils ont à exécuter. Ils n’ont plus que des désirs de base, des instincts de survie à satisfaire : se mettre à l’abri, se réchauffer, manger. Et retrouver le chemin du camp. Malgré tout, des préoccupations, des obsessions affleurent : comment écrire à son fils pour l’empêcher de fumer sans le terroriser en ces temps de guerre et d’incertitude, comment empêcher les rêves d’envahir les journées et de faire souffrir, comment se blinder pour résister à cette mission atroce qui est la leur ? On les sent fragiles, épuisés, sur le fil du rasoir.

Ce repas si fruste qu’ils prennent tant de temps à préparer (en démolissant sans vergogne l’intérieur d’une « sale petite maison polonaise »), on pourrait croire qu’il va réveiller, réchauffer cette part d’humanité qui est toujours au fond d’eux. Un repas qui permette de faire mémoire de ce qu’il y a de plus sensible en eux, qui ouvre une fenêtre sur un peu de lumière intérieure… les qualités d’un repas symbolique dans tout ce qu’il a de plus rassembleur. Mais la solidarité qui unit ces trois hommes va être mise à rude épreuve. Et là aussi, le style d’Hubert Mingarelli est implacable, comme l’histoire qu’il nous conte.

Quelle est la frontière entre humanité et bestialité, qu’est-ce qui fait que l’on continue à être un homme malgré tout ? Voilà quelques-unes des questions qu’il nous pose, sous un point de vue original et coupant comme le froid d’un hiver polonais.

« Je n’avais pas mis mes gants. Je tassais la neige dans les quarts et mes doigts me faisaient si mal que dans le dernier, le mien, je me contentai de récolter de la neige, comme ça d’un seul geste, sans la tasser. Je retournai en courant vers la maison. Sans la cagoule et le casque, le silence était une pierre tranchante. » (p. 70)

Hubert MNGARELLI, Un repas en hiver, Stock, août 2012

Les avis (très contrastés) d’Aifelle, de Clara et de Valou

Un roman de la REntrée littéraire 2012 (j’y arriverai, aux 4 % avant la fin juillet !) et une saison… Et il correspond à la contrainte du challenge Jacques a dit de Métaphore (nourriture)

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