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Présentation de l’éditeur :

L’achat d’une première maison et la mort d’un proche sont au cœur de ce nouvel opus. D’Ahuntsic à St-Nicolas, en passant par le célèbre Madrid, l’auteur nous amène, cette fois-ci, à découvrir sa famille à travers un livre fort émouvant. Michel Rabagliati nous démontre une fois de plus qu’il est en pleine maîtrise de ses moyens, il dessine la vie… tout simplement.  

Je connaissais ce titre de nom et j’ai été ravie de le trouver à la bibliothèque (je l’avais bien repéré sur le stand Québec de la Foire du livre mais j’avais trouvé ça très cher…) mais quelle n’a pas été ma surprise de découvrir en fin de volume qu’il s’agit en fait d’une série déjà assez fournie des aventures de Paul !

Parlons d’abord du dessin : bon, il est assez simple (mais pas simplet), un trait simple, des visages croqués sans fioritures mais aisément identifiables, un dessin en noir, gris et blanc, bien détaillé – et donc bien documenté – quand il s’agit de montrer les quartiers de Montréal, les décors urbains, dans une mise en page assez classique, qui ne craint pas pour autant les grandes cases avec vue en plongée ou les visions panoramiques. En fait, cette manière de dessiner, notamment de présenter les personnages, m’a un peu fait penser à celle de Guy Delisle, mais Michel Rabagliati fait montre de plus de précision.

C’est le scénario qui m’a vraiment intéressée, une histoire à laquelle je ne m’attendais pas du tout ! Dans cet opus, Paul et sa famille se rendent d’abord à Québec chez les parents de Lucie, sa femme, l’ocasion de retrouver Roland et Lucie, les grands-parets les oncles et tantes, les cousins et cousines : une grande famille joyeuse, pleine de vie et d’humour, où la complicité entre les petits et les grands crée de précieux souvenirs. Et pourtant Roland cache aux siens le cancer à la prostate dont il souffre. De retour à Montréal, Paul commence à se faire bien connaître comme illustrateur (d’où la nécessité de mieux s’équiper en matériel informatique et l’occasion pour le lecteur de prendre un bon fou rire devant ses embarras), lui et Lucie achètent une maison où leur fille Rose grandit petit à petit. Roland et Lisette se rapprochent de leurs enfants et profitent doucement de la vie.

Mais à l’occasion d’une opération chirurgicale, on constate que le cancer est revenu, incurable. Difficile à soigner (difficile tout court à cause de la colère, de la rogne qu’il développe, le self-made man qui a pris une belle revanche sur le mauvais départ que l’enfance lui avait réservé)), Roland est admis dans un centre de soins palliatifs où il finira ses jours tranquillement, entouré des siens, sa femme et ses trois filles qui se mettent en quatre pour se relayer auprès de leurs parents.

Je sais, certains diront que je me complais dans ce genre de récit. A cela je répondrai que je ne m’y attendais même pas et que de toute façon, cela fait partie de la vie, l’approche de la mort. Et Michel Rabagliati montre, dit les choses avec lucidité, avec réalisme : on sent le vécu de l’auteur, sensiblement, j’ai trouvé tout cela très juste, bien observé. A part quand même une réflexion et une question critiques que je me pose : c’est un peu bizarre qu’il n’y ait apparemment aucun traitement anti-douleur par cathéter, surtout pour une personne atteinte d’un cancer digestif ; et est-ce bien normal que dans un centre de soins palliatifs, on administre sans discuter, dans les dernières heures, une substance qui aide le patient à « s’endormir » alors qu’on est censé beaucoup dialoguer et tenter de trouver toutes les solutions de confort qui évitent un acte qui ressemble tout à coup à de l’euthanasie ?

Ces « manques » ou « bizarreries » sont d’autant plus contradictoires avec le scénario qui découpe le temps de manière de plus en plus resserrée au fur et à mesure que l’on s’approche des tout derniers jours de Roland. A part cela, vraiment, la thématique de l’accompagnement d’un malade en fin de vie par les différentes personnes de la famille et par les divers intervenants, la thématique de l’adieu, du deuil qui commence est vraiment très finement traitée par Michel Rabagliati. Il n’oublie pas la plus jeune de la famille, Rose, et ses questions d’enfant : j’ai trouvé particulièrement touchante la manière dont elle perçoit le départ de son grand-père.

J’ai apprécié aussi la variété de ton (le triste côtoie le doux, sans oublier l’humour des soeurs qui déconnent grave) sans compter le fait que l’on peut améliorer sa connaissance du vocabulaire et du parler québécois en général, ce qui est appréciable en ce mois de septembre !

Bref, malgré mes observations critiques, je suis vraiment ravie d’avoir découvert Paul dans cette tranche de vie si émouvante. J’espère lire d’autres épisodes de sa vie !

Michel RABAGLIATI, Paul à Québec, La Pastèque, 2009

Québec en septembre 2014

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