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Présentation de l’éditeur :

Oldsmill, le maître de la ville, est un tigre blanc.

Karup, le chef de la police, un ours blanc.

Huk, l’âme damnée de Karup, un renard blanc.

Avec les autres animaux à pelage immaculé, ils forment la société WASP (W pour White, AS pour Anglo-Saxon, P pour Protestant). Tous les autres habitants, de la pie noire au renard brun-roux en passant par le chat tacheté et la biche châtain, ne sont que racaille. Et si la police n’est pas capable de maintenir l’ordre des blancs, les gros bras d’Arctic-Nation, le parti raciste, cagoulés et vêtus de robes blanches, s’en chargent sans états d’âme. Ils ont les cordes et les croix enflammées qu’il faut.

Dans cette ambiance pas câline, câline, Blacksad, le chat détective privé, enquête sur la disparition d’une enfant de couleur. La mère de Kyle, Dinah, travaillait comme femme de ménage chez le même Karup et, selon quelques bonnes âmes, serait au mieux avec le fils Oldsmill.

Un vrai noeud de vipères dans lequel Blacksad plonge les pattes et joue au justicier prompt à griffer si nécessaire… Son seul appui, le reporter d’un magazine à scandale Weekly. Un fouille-merde qui sera utile à John. Vaut mieux. Coups bas et coups tordus vont pleuvoir comme à Gravelotte.

J’avais rendez-vous avec Blacksad aujourd’hui, dans un pays au sud du Québec et dans un quartier livré à une guerre des gangs impitoyable, un gang de blancs, de « purs » à l’emprise implacable et un gang de noirs, des gros durs qui tentent de protéger les faibles contre les méthodes fascistes des blancs. Un quartier qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un Bronx rongé de l’intérieur par ces fléaux que sont le chômage, l’exclusion, la haine et le racisme. Le métro, « The line », qu’on ne fait qu’évoquer sans jamais le voir, gronde pourtant à l’unisson de la détresse de certains habitants.

Les habitants, les gangs… des animaux aux mimiques et aux sentiments terriblement humains, et un héros drôlement attachant que ce Blacksad… Des scènes à la ois très réalistes et poétiques, grâce à la magie de la neige (pas innocent du tout, ce choix de saison), des contrastes de couleurs, de la richesse des détails. Quel artiste, Juanjo Guarnido ! Et quelle richesse dans la construction du scénario de Juan Diaz Canales, dans les références à l’Histoire (le nazisme, le Ku-Klux-Klan pour ne citer que les plus célèbres).

Le rendez-vous fut noir, très noir, violent, mais digne des plus grands auteurs et acteurs du genre ! Et puis… je ne suis en rien responsable, mais Blacksad est reparti beaucoup plus souriant que la dernière fois à la fin du premier tome. Et ça m’a réjouie !

Juan DIAZ CANALES (scénario) et Juanjo GUARNIDO (dessin et couleur),Blacksad, tome 2 – Arctc-Nation, Dargaud, 2003

 

 

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