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Quatrième de couverture :

À part peut-être la soif impossible qui s’écrase sur Billy Adamson au cœur de la Death Valley,
À part bien sûr la torche que brandit Dries Nuttens, le plus petit flic d’Anvers, à l’entrée de la N 171,
À part ce lent désir qui monte dans le corps d’Octavie, rue des Sœurs de la Providence,
À part l’aube stridente que Gossuin le parcheminier voit se lever sur Paris le 6 février 886,
À part la vitesse de l’œuf de Nessus, l’ambition du Grand Auteur belge, la honte crasse de Bernard Verdonck ou la voix de Sophie Lambert,
Non, décidément,
Rien n’est rouge.

François Salmon est originaire de Chimay mais il vit et travaille à Tournai, ma petite ville où il enseigne le français et l’art dramatique, il a déjà publié deux pièces de théâtre. Et voilà que Luce Wilquin, à qui il avait soumis ses nouvelles, a décidé de les publier en ce mois d’avril.

Quelle bonne surprise que ces textes, tous différents les uns des autres, dans leur sujet, leur genre et leur taille, tout est variable. Comme le dit lui-même l’auteur, venu présenter son livre chez Chantelivre en ce jour de fête de la librairie indépendante, « j’avais envie de changer de disque à chaque texte ».

Ce qui ressort de l’ensemble, c’est le plaisir de raconter des histoires et de s’amuser à divers jeux littéraires. Et si l’histoire est « pliée » dans les contraintes d’un genre, il n’en ressort pas moins que ce bonheur de créer des histoires coule à chaque fois de source. Ceci dit, la prof de français que je suis aussi a particulièrement goûté certaines variations ou références littéraires ! Par exemple, Les spectres de Westende joue sur le principe du lipogramme : l’héroïne vient à Westende pour vendre l’immeuble hérité de ses parents ; l’enchaînement des actes de vente et de dépossession du bien la libèrent petit à petit du lien étouffant avec ses parents. Ainsi, au début les mots imprimés ne contiennent que des E, les autres voyelles n’apparaissent que progressivement, accompagnant le sentiment de liberté retrouvée d’Hélène Lefèbvre, jusqu’au Y retrouvant droit de cité dans le tout dernier paragraphe.

François Salmon a joué avec les genres, de la nouvelle à chute à la nouvelle policière en passant par le récit historique, le western, la lettre d’amour, la science-fiction ou encore le conte de Noël. Ah ! ce conte de Noël intitulé Comment Bernard Verdonck, à presque cinquante ans, changea soudain de position : non, ce n’est pas un texte salace, je vous assure, et son héros voit vraiment sa vie changée grâce à un cadeau de Noël… spécial.

On le comprend, François Salmon nous offre des textes un peu barrés, un peu comme ses personnages qui sont toujours un peu à côté de leurs pompes, en attente, en quête d’une vie plus colorée, plus passionnée, plus rouge en quelque sorte. Il y a d’ailleurs sans doute un point commun à quelques nouvelles, c’est la question du temps qui passe, que l’on ne maîtrise pas toujours mais que l’on peut, à force de travail, étirer ou rétrécir comme on le souhaite… (pour Fixer Suzon) Et il me faut avouer que j’ai aimé ce côté barré, alors que je suis un peu difficile en la matière généralement. Il faut dire aussi que l’écriture est particulièrement attrayante, vive, percutante, pleine de trouvailles imagées.

Bref ce recueil est intelligent et jubilatoire, je vous le recommande !

« (…) Philippe, dix ans plus jeune, qui affichait son insolente réussite sociale en arborant à chaque réveillon un nouveau modèle de montre de luxe et de mannequin scandinave. Pour l’occasion, il s’agissait d’une Breitling Transocean et d’une beauté glaciale qui répondait au nom d’Helga. Qui y aurait répondu, du moins, si elle avait daigné remuer ses lèvres parfaites autrement que pour arborer la moue peu équivoque de la fille qui s’emmerde et qui se demande quand on va povoir s’arracher à ce repas de ploucs. Il était patent qu’Helga, depuis qu’elle avait compris qu’elle était jolie, avait tout misé sur la froideur et la sophistication pour gagner la couverture des magazines. Et son fabuleux corps de sirène sembllait s’être échoué au bord de ce réveillon comme un sushi moléculaire sur un plateau de salaisons campagnardes. » (p. 33)

François SALMON, Rien n’est rouge, Editions Luce Wilquin, 2015

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