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Présentation de l’éditeur:

Les mobilisations collectives et les prises de position citoyennes ont été aussi nombreuses en cette longue année 2015 que l’actualité a été terrible. La récente image d’un enfant échoué sur une plage a soulevé un haut-le-cœur international et accéléré la prise de conscience.
Après la sidération, il nous a semblé urgent de donner la parole à des hommes et femmes publics afin de constituer un recueil de textes et de dessins sur le thème de l’asile et de ceux qu’on appelle désormais les réfugiés.
Les Éditions Points ont décidé de prendre leur part de responsabilité, à la mesure de la violence des mots entendus et des images vues.

Tous les bénéfices de la vente de cet ouvrage seront intégralement reversés au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Merci, les éditions Points, d’avoir publié ce recueil : il ne sera peut-être qu’une goutte d’eau dans l’océan mais il est nécessaire. Ce « petit » livre montre que les mots nous bousculent, nous interpellent, nous interrogent, nous informent. Ils déplacent notre regard aussi, par le pouvoir de la fiction. Tous les textes de ce recueil (classés par ordre alphabétique des auteurs) ne sont pas des nouvelles (d’ailleurs certaines pages sont… des dessins) mais ils font entendre chacun des voix singulières, j’ai eu l’impression de bien reconnaître le style et l’angle d’approche de nombreux auteurs que je connaissais déjà ; j’en ai découvert d’autres, que j’ai envie de connaître davantage.

Quels sont les textes qui m’ont frappée ?

Bizarrement, le plus cynique d’entre eux, Embarcation de fortune, écrit par Nicolas Bedos, m’a paru a contrario celui qui faisait vraiment comprendre de l’intérieur les émotions vécues par les migrants. Mais ce sont de jeunes insouciants aisés qui vivent le voyage sur quelques kilomètres de côte méditerranéenne (du côté « doré) à bord d’un canot en plastique rose. Paradoxe cruel et brillant.

Bonheur de retrouver les plumes de Lauent Gaudé, Tahar Ben Jelloun, Sorj Chalandon, mais aussi Brigitte Giraud, Lydie Salvayre : élégance poétique du premier, exigence désespérée du deuxième, sensibilité à fleur de peau du troisième côtoient les tourments intérieurs de la quatrième tandis que la dernière déploie la douleur de l’exil dans la création d’une langue hybride.

Le texte de Mathias Enard est particulièrement impressionnant et témoigne de sa connaissance très fine du monde arabe et particulièrement de la cruauté du régime de Bachar al-Assad. Ce qui lui permet de dresser un constat impitoyable de la défection occidentale face à la Syrie.

J’ai été ravie de retrouver aussi Valérie Zenatti, qui connaît si bien les auteurs d’origine juive et a composé un dialogue théâtral entre une jeune femme idéaliste (tentée de se résigner) et Joseph Roth revenu des limbes littéraires pour relire l’histoire actuelle à la lumière de Juifs en errance (texte réédité en 2009).

Côté découverte, j’ai aimé le récit de Marie Darrieussecq en forme de témoignage de femmes de théâtre françaises qui se sont mobilisées en réseau pour les réfugiés. Je note aussi la courte nouvelle d’Alice Zeniter où l’amour du pays se fait appartenance au corps d’une femme. Je suis curieuse de la retrouver dans ses romans, tout comme Lola Lafon qui évoque des situations d’exil plus ancien au sein même de l’Europe.

Pénélope Bagieu, Plantu, Jul ou encore Olivier Tallec apportent leur grain de sel crayonné au sujet.

Voici les deux textes les plus courts du livre :

« J’ai à peine existé. Elle était petite ma part de vie. Je n’ai pas eu le temps de sentir sur mes lèvres le goût du bonheur. Je n’ai pas eu le temps d’aimer. Je ne ferai jamais l’amour. Je n’aurai pas d’enfant. Pas de maison. Pas de chat. Le dimanche matin je ne réveillerai personne d’un baiser dans le cou. La mort m’a annulé comme une erreur. Que ma mort ne serve à personne. Je ne suis pas les bateaux. Je ne suis pas les foules. Je ne suis pas les autres enfants morts. Je ne suis pas tous les enfants du monde à la fois. Je suis celui qui ne vivra pas. Que ma photo rejoigne le néant où vous m’avez envoyé sans même me laisser le temps de savoir le nom du néant. » (Aylan, de Régis Jauffret)

« Qu’ils sont nombreux, dans notre beau pays des Droits de l’Homme, les réfugiés. Réfugiés dans le confort, la haine de l’autre, leurs petits souliers, la charité qui commence par soi-même, l’après moi le déluge, le marchez pas sur ma pelouse, mon pays d’abord, et moi est-ce qu’on m’aide ?etc.

Heureusement, il y a aussi tous ceux qui savent que les gens qui se noient avant d’aborder Lampedusa ou ce petit garçon immobilisé par la mort sur une plage de Bodrum, c’est notre famille, notre fils. Ils sont tous ce que nous sommes, des humains. Il est urgent de nous accueillir. » (Réfugiés, Jean-Michel Ribes)

Bienvenue ! 34 auteurs pour les réfugiés, Points, 2015

L’avis d’Aifelle, Cathulu et Enna

Avec ma complice Mina, nous vous présentons cette semaine divers recueils de nouvelles (un genre que je délaisse souvent). Elle vous propose aujourd’hui Singulière agape d’Ethel Salducci.

 

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