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Après tout je t’aimerai
Comme si c’était toujours avant
Comme si à force d’attendre
Sans te voir sans que tu viennes
Tu étais éternellement
En train de respirer près de moi.

Près de moi avec tes habitudes
Avec ta couleur et ta guitare
Comme sont ensemble les pays
Dans les leçons de l’école
Et deux contrées se confondent
Et il y a un fleuve près d’un fleuve
Et deux volcans s’élèvent ensemble.

Près de toi c’est près de moi
Et loin de tout est ton absence
Et la lune est couleur d’argile
Dans la nuit du tremblement
Quand dans la terreur de la terre
S’assemblent les racines
Et l’on entend tinter le silence
Avec le son de l’épouvante.
La peur est aussi un chemin.
Et entre ses pierres effrayantes
La tendresse peut marcher
à quatre pieds et quatre lèvres.

Car sans s’éloigner du présent
Qui est une bague délicate
Nous touchons le sable d’hier
Et dans la mer l’amour évoque
Une fureur incessante.

Pablo NERUDA, extrait de Le coeur jaune, traduction française par Ricard Ripoll i Villanueva

Vincent VAN GOGH, Eglogue en Provence – Un couple d’amoureux (1888)

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