Ce n’était pas prémédité et, pourtant, mes lectures québécoises s’assemblent comme des dominos. De la question du corps avec Etincelles et Déterrer les os, je suis passée à la question de la nourriture dans tous ses excès. Du « trop peu » avec l’âpre premier roman de Fanie Demeule dont je vous parlais dans mon dernier billet, j’ai balancé vers le « trop plein » avec un autre premier roman, d’un auteur confirmé cette fois : Éric Dupont. De cet auteur, j’avais déjà lu La logeuse et La fiancée américaine. Il était temps de découvrir Voleurs de sucre. Un texte réjouissant, jouissif, mettant en scène un gamin –que nous suivons de neuf mois à quatre ans – complètement accro au glucose et bien décidé à répandre cet amour du sucre autour de lui. Pour ce faire, il lui faudra lutter contre les « voleurs de sucre », ses ennemis jurés, autrement dit : les Docteurs et les Gardes de l’hôpital, la voisine qui cultive d’immondes légumes dans son potage, et toute personne souhaitant veiller à une consommation modérée du divin nectar.

Nous suivons donc ce bambin dans cette lutte et dans sa quête incessante de fournisseurs : la vendeuse de la confiserie qui échange la douce poudre blanche contre quelques vidanges, la gentille Mme Roberge qui distribue les friandises aussi généreusement qu’à ses propres enfants… Rusé, il n’hésitera pas à fuguer en couches-culottes avec sa grande sœur (pas beaucoup plus âgée) – sa fidèle alliée – pour traverser la ville en quête d’un dessert.

Ce roman est écrit dans une langue aussi savoureuse qu’un pancake nappé de sirop d’érable. J’ai ri, franchement, à plusieurs reprises. Bref, j’ai passé à nouveau un excellent roman dans l’imaginaire débridé et singulier d’Éric Dupont, que je continuerai à suivre.

Voleurs de sucre, Éric Dupont, éd. Marchand de feuilles

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