Nous sommes à Montréal au début de l’hiver 2002. Le narrateur n’a pas vingt ans. Il aime Lovecraft, le métal, les comic books et la science-fiction. Étudiant en graphisme, il dessine depuis toujours et veut devenir bédéiste et illustrateur. Mais depuis des mois, il évite ses amis, ment, s’endette, aspiré dans une spirale qui menace d’engouffrer sa vie entière : c’est un joueur. Il joue aux loteries vidéo et tout son argent y passe.

Soyons honnête, si un libraire québécois – encore une fois – ne m’avait pas mis ce livre dans les mains en m’en parlant avec grand enthousiasme, j’aurais clairement passé mon chemin. Jeux vidéo, comic books, science-fiction, autant de synonymes d’ennui profond pour moi. Si l’on ajoute à cela, le fait qu’en relisant la quatrième, il est fait allusion à Dostoïevski dont je viens de lire Le Joueur qui ne m’a vraiment pas emballée, rien ne m’encourageait à cette lecture. Si ce n’est, comme je l’ai dit, les conseils d’un libraire enthousiaste. Et rien que ça, ça vaut pour moi la peine de plonger (sans mauvais jeu de mots) dans un univers que je fuirais à toutes jambes en temps normal.

Et je dois bien reconnaître que j’ai pris une sacrée claque, car ce roman est, c’est le cas de le dire, prodigieusement addictif. Le narrateur nous entraîne dans sa descente aux enfers du jeu et de la dépendance, mais aussi dans le milieu particulier des cuisines de restaurants (il me semble avoir vu passer un article à ce sujet, j’aurais voulu le lire, mais je ne l’ai pas retrouvé). En effet, le narrateur étudiant – décrocheur – en graphisme trouve un job de plongeur dans une trattoria. Et Stéphane Larue qui connaît très bien ce milieu dans lequel il travaille depuis quinze ans en rend l’atmosphère avec un réalisme étonnant. Non seulement, on découvre l’organisation de la brigade, mais également les after où le cocktail drogue-alcool coule à flots. On en est écœuré et, pourtant, on se laisse prendre à cette frénésie parce que de ce dur milieu ressort aussi une fraternité étonnante, une forme d’euphorie suivie de gueules de bois faramineuses. Et pourtant, on se laisse prendre au jeu et on plonge tête baissée dans le tourbillon nous aussi.

Il en va de même pour ce qui concerne la question du jeu proprement dit. Je me suis surprise à m’inquiéter pour ce personnage, le stress monte au fur et à mesure, on voudrait lui crier d’arrêter, de se reprendre, puis on se retrouve à secouer la tête de dépit. Mais toujours, on repart avec lui. Sidérant.

Enfin, ce qui m’a absolument séduite dans ce livre, c’est la langue. J’étais réellement transportée à Montréal, j’entendais l’accent en lisant. Et j’étais dans ce milieu, avec ce jargon particulier des cuisines. Savoureux !

Bref, une réussite parfaite qui clôture avec brio mes lectures de cette édition 2017 de Québec en novembre.

Le Plongeur, Stéphane Larue, Le Quartanier

Publicités