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Quatrième de couverture :

De l’ambition d’un stratège allemand à l’assassinat d’un archiduc, du Chemin des Dames à la bataille de la Somme, du gaz moutarde aux camps de prisonniers, La Bataille d’Occident alterne portraits intimes et scènes épiques ou émouvantes pour offrir un récit très personnel de la Grande Guerre irrigué d’une érudition et d’une ironie constantes.

Revisitant de manière polémique le premier conflit mondial, cet « Art de la guerre » met en parallèle les stratégies militaires et leurs conséquences désastreuses à travers quelques journées décisives. Le gâchis est sans précédent, la chair à canon n’aura servi que les intérêts financiers et politiques de décideurs sans scrupules : l’Occident est bel et bien entré dans la modernité.

Pour évoquer la mémoire de la fin de la guerre de 14-18, j’ai sorti ce récit de ma PAL. Eric Vuillard l’appelle « la Bataille d’occident » non seulement parce qu’il parle surtout de la guerre sur le front occidental mais aussi parce que ce conflit a cristallisé des éléments constitutifs des divers pays engagés et qu’il a aussi créé l’Occident moderne.

Eric Vuillard prend son temps pour raconter les événements qui ont amené aux divers ultimatums posés entre la fin juillet et le tout début d’août 14. Et pourtant personne ne veut la guerre, ni les soldats « de base » ni leurs chefs. Mais des experts en art militaire qui ont passé leur vie à élaborer des plans, des stratégies, finissent par imposer leur vision et entraînent des peuples dans un conflit sans fin : c’est le cas du fameux plan Schliffen (et là, chapeau, monsieur Vuillard, j’ai tout compris à la stratégie et ça n’est pas barbant du tout !)

Mais l’auteur ne s’arrête pas là : il fait comprendre aussi – si besoin en était – que la barbarie n’est pas d’un seul côté et que les cruautés les plus raffinées (ou plutôt les plus grossières) de la première guerre mondiale se reproduiraient bien sûr à plus grande échelle en 39-45 mais elles avaient déjà été testées parfois dans des guerres précédentes. Exemple sinistre : les squelettes ambulants qui sont sortis des camps de concentration nazis se voyaient déjà dans les camps de prisonniers, femmes et enfants y compris, faits par les Anglais lors de la guerre des Boers.

Le livre est court, 180 pages seulement, suffisantes pour nous faire percevoir à la fois la dérision et le poids de cette guerre en termes de bilan humain et moral. L’ironie d’Eric Vuillard est mordante, bien servie par son style vif (j’ai trouvé celui-ci plus sobre que dans 14 juillet, livre plus récent, et ma foi, plus lisible). J’ai beaucoup aimé retrouver ainsi ce conteur hors pair.

« Ce fut un carnage. La conscription est le nom de ce déchaînement, de cette terrible générosité de corps, où la jeunesse est envoyée mourir au milieu des champs de betteraves sucrières. »

« Il faut que les sociétés humaines s’affrontent dans le grand paradoxe de leur souffle et de leur déclin. Il faut qu’elles se fracturent et s’ouvrent à la vérité de leur nature contradictoire. Car elles sont vivantes et pour cette raison cherchent à vaincre en elles leur propre ennemi et à atteindre hors d’elles leur propre centre qui sont les points décisifs de leur haine ou de leur amour. Sans cesse, l’Occident aura découvert en lui un abîme nouveau. Toute la science du monde et tous les plaisirs ne le consoleront pas. »

Eric VUILLARD, La Bataille d’Occident, Babel, 2014 (Actes Sud, 2012)

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