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Quatrième de couverture :

« Son train était prévu à 7h46 vers Bruxelles-Nord d’où il monterait dans le 8h06 vers Liège et Eupen. À 9h22, il descendrait à Verviers-Central. Elle l’attendrait sur le quai, “au pied des escaliers”, avait-elle précisé. Il se sentait un peu fou, comme le soir de leur première rencontre parisienne, quand il s’était retrouvé seul, sans elle, avec pourtant la certitude qu’elle était la femme de sa vie. »

Des voyages, des instantanés de vie surpris dans les trains. L’existence s’y conjugue, au fil des rencontres, à toutes les personnes du singulier et du pluriel. Des nouvelles comme des huis clos où l’être humain se retrouve face à ses fragilités, à ses drames, mais aussi à sa faculté de résilience. Des nouvelles d’amour et de vie où chacun peut se reconnaitre.

Mon Mois belge commence bien avec ce recueil de nouvelles de Frank Andriat. J’avais reçu l’annonce du lancement en février et j’avais lu les quelques pages de la nouvelle éponyme offertes par la maison Quadrature. Evidemment il n’y avait que la moitié environ de l’histoire et j’étais tellement ferrée (et frustrée) que j’ai demandé tout de suite à recevoir un exemplaire du livre. En plus, j’aime les voyages en train, je connaissais déjà quelques romans jeunesse de Frank Andriat, ça devait me plaire. Merci infiniment à Patrick Dupuis et aux éditions Quadrature !

Six nouvelles composent ce recueil et toutes se passent dans un train.

Un grand homme : Des écrivains se retrouvent ensemble dans un TGV qui les mène à un salon du livre. L’un d’eux, auteur à succès, se montre particulièrement grossier et imbuvable envers les femmes.

Crains les trains ! : En pleine grève de la SNCF, un homme tente de dissuader sa compagne de prendre le train pour Colmar. Il la suit en voiture et essaye à tout prix de la rattraper.

Lorsque la vie déraille : Geoffrey va retrouver Dora après deux mois de mise à l’épreuve de leur amour. Sur le chemin vers la gare de Schaerbeek, il croit apercevoir la jeune femme censée l’attendre sur le quai à Verviers.

Avec des sourires et de la paix : Angéline se rend tous les jours à l’école en train avec un groupe de copains. Leur soi-disant amitié va passer à l’épreuve des préjugés et du regard sur l’autre.

La notification : Sur un mode narratif en hommage à La Modification de Michel Butor, un homme marié à une femme lumineuse traverse la France de Bordeaux à Luxembourg pour retrouver sa maîtresse au caractère totalement opposé.

Une histoire d’amour : Un couple prend le train de Bruxelles à Arlon ; le trajet permet à cet homme et à cette femme toujours amoureux de digérer ou du moins de mettre à distance un diagnostic médical qu’on vient de leur asséner.

Six nouvelles avec leur narration particulière, six décors à la fois identiques et différents (un TGV ou un train omnibus, ce n’est pas la même chose), six personnages principaux (si on compte pour un seul le couple de Une histoire d’amour) qui donnent tout de suite envie de s’intéresser à eux, de s’y attacher ou de les détester. Six ambiances que Frank Andriat sait construire avec art : la longueur des textes (une vingtaine de pages environ) permet de s’y installer et en même temps il maîtrise le suspense et dévoile les secrets au moment où on ne s’y attend pas.

Une grande humanité imprègne ces pages : peut-être, comme beaucoup de gens qui voyagent régulièrement en train, Frank Andriat s’est-il inspiré des visages et des histoires ferroviaires observés dans la vraie vie, en tout cas il nous dresse de magnifiques portraits d’hommes et de femmes avec sa finesse habituelle. Autre plaisir de lecture non négligeable : l’élégance de la langue, qui participe à la finesse des histoires (un auteur qui sait encore employer le subjonctif imparfait : respect, Monsieur ! 😉 (même si parfois c’est un peu appuyé)).

J’ai vraiment beaucoup aimé ! Ce livre sera parmi les cadeaux à gagner à la fin de ce Mois belge.

Frank ANDRIAT, Lorsque la vie déraille, Quadrature, 2021

Catégorie La lettre volée (Nouvelles)