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Quatrième de couverture :

Débutantes rose bonbon ou douairières, les  » Honorables  » ladies de Nancy Mitford n’ont décidément que le grand amour à l’esprit. Passé les premiers émois sentimentaux de La Poursuite de l’amour, c’est avec délectation que l’on retrouve Fanny et Polly, deux jeunes filles très chic de l’aristocratie britannique de l’entre-deux-guerres. Paisiblement mariée, la première narre les rocambolesques démêlés conjugaux de la seconde, tandis que sa vénérable mère, Lady Montdore, est victime du démon de midi.
Jamais l’humour pic à glace de Nancy Mitford ne s’est déchaîné avec autant de verve et d’acuité que dans cette chronique d’une gentry allumée, qui, pour nombre de ses admirateurs, est son incontestable chef-d’œuvre.

Revoici Fanny, la narratrice de La poursuite de l’amour, qui nous conte cette fois la vie et les amours de Polly, fille de Lord et de la terrible Lady Montdore. Des personnages du premier roman sont bien présents ici aussi, comme Davey l’hypocondriaque, tante Sadie la douce distraite ou le redoutable oncle Matthew, mais ici c’est bien la famille de Hampton qui est au centre.

Les Montdore sont rentrés des Indes, ce qui explique en partie le titre du roman, et ils se mettent au diapason de la vie aristocratique en métropole : c’est qu’ils se doivent de marier leur fille unique, Polly, au rang qui lui convient. Mais la jeune fille se révèle d’une étrange indifférence qui frise la froideur (seconde interprétation du titre) : elle créera la surprise en s’enfuyant presque avec celui sur lequel elle a jeté son dévolu depuis de nombreuses années, à l’insu de ses parents.

Encore une fois, tout est dans la finesse et le mordant du portrait : le caractère et les moeurs de Lady Montdore, son « univers impitoyable » sont assez jubilatoires sous la plume de  Nancy Mitford, les savoureux personnages secondaires déjà cités sont loin de n’être que des figurants  et Cedric, le nouvel héritier des Montdore, loin de déparer, apporte sa touche (ou sa plume ?) à l’ensemble so british.

La lecture de Passé imparfait de Julian Fellowes et la série Downton Abbey m’ont permis de saisir encore plus le piquant de l’infortune matérielle dans laquelle se plonge Polly et l’infortune morale dans laquelle elle entraîne ses malheureux parents : décidément, les codes de l’aristocratie britannique et les épineuses questions d’héritage fournissent des fictions bien attrayantes ! D’ailleurs, L’amour dans un climat froid vaut aussi pour le portrait qu’il dresse de la condition des femmes dans les années 1930, même s’il est un peu moins brillant que La poursuite de l’amour : il souffre peut-être de longueurs qui émoussent quelque peu l’humour. Si on le compare avec le premier roman, le deuxième souffre de quelques petites incohérences mais ce n’est pas l’important, sans doute Nancy Mitford a-t-elle trouvé une fois de plus l’occasion de dépeindre les affres de ses propres amours tumultueuses et de mettre en scène des liens inattendus entre l’Angleterre et la France, pays qu’elle affectionnait particulièrement.

« Les révérences de lady Montdore, eu égard au caractère massif de sa charpente osseuse, ne rappelaient que de très loin la gracieuse inclinaison du blé sous la brise. Elle s’effondrait en avant, comme un chameau qui s’agenouille,et, à l’instant de se remettre sur pied, pointait du derrière, comme une vache qui se relève : une très surprenante performance, qui devait lui coûter d’atroces efforts, bien que son visage réussît à n’en rien trahir. Ses genoux craquaient comme deux revolvers, mais son sourire ne cessait, fût-ce un instant, de manifester une joie presque céleste. » (p. 109)

Nancy MITFORD, L’amour dans un climat froid, traduit de l’anglais par François Villié, 10/18, 2007 (Première édition anglaise, 1949 et Première édition française chez Stock, 1951)

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