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Quatrième de couverture :

Après Le Palais de verre, Simon Mawer nous offre un magnifique portrait de femme dans la France de l’Occupation.

1941. Élevée à Genève et parfaitement bilingue, Marian Sutro, révoltée par la situation en Europe occupée, est la recrue idéale pour les services secrets anglais. Après quelques hésitations, la jeune fille accepte de tout quitter et de disparaître dans la clandestinité. Durant son entraînement en Angleterre, elle rencontre Benoît, un résistant français au charme duquel elle n’est pas insensible, qui va l’accompagner dans sa mission.
Parachutée dans le sud-ouest de la France, Marian rejoint la Résistance avec pour objectif de gagner Paris afin de convaincre son amour d’adolescence, Clément Pelletier, un physicien dont les travaux sont d’une importance cruciale pour la suite du conflit, de venir en Angleterre. Commence alors un long périple dans une France désolée, où de nombreux dangers la guettent. C’est également le début d’un dilemme amoureux entre Benoît, le compagnon des jours difficiles, et Clément, qu’elle n’a jamais réussi à oublier.

Simon Mawer rend ici un brillant hommage aux trente-neuf femmes qui, entre 1941 et 1944, ont été parachutées en France par les services secrets anglais. Entre violence et amour, passion et trahison, La Fille qui tombe du ciel est aussi le magnifique portrait d’une femme ordinaire confrontée à des situations extraordinaires.

Attention, page-turner en vue… Dans la petite pile que j’ai préparée pour le Mois anglais, avait atterri ce livre ; comme j’avance bien dans mes lectures (et que j’attends avec impatience la diffusion des derniers épisodes d’Un Village français), je me suis dit que ça tombait bien pour célébrer l’anniversaire du Débarquement en Normandie, il m’est donc tombé dans les mains avant-hier et je ne l’ai plus lâché (heureusement que j’avance à peu près bien dans mes corrections aussi).

On est bien loin du 6 juin 1944 encore, les Français qui accueillent Alice (le nom de guerre de Marian) demandent avec insistance quand aura lieu le Débarquement et se moquent un peu des tas de précautions théoriques qui sont enseignées aux agents anglais lors de leur formation. Le roman raconte donc comment Marian est recrutée puis formée (avec Yvette, qui devient son amie), entraînée à tous les aspects d’une mission, militaire, physique, psychologique, apprendre à se servir d’une arme, à se taire, à manipuler une radio, à sauter en parachute, à créer des boîtes aux lettres et des coupe-circuit, à résister aux interrogatoires… Lorsqu’elle est envoyée en France, Alice est vraiment opérationnelle. De plus, elle a reçu une mission supplémentaire des services secrets britanniques : approcher Clément Pelletier, un scientifique français qui travaille avec Frédéric Jolliot et Irène Curie au Collège de France. On sait que Clément est l’amour de jeunesse de Marian-Alice : elle sera plus efficace pour le convaincre d’aller travailler en Angleterre avec d’autres scientifiques.

Ce qui était passionnant dans ce récit, c’est bien sûr tout cet aspect de formation, d’entraînement des Résistants, les risques permanents auxquels ils doivent faire face (s’ils ne sont pas sans cesse sur leurs gardes, ils peuvent devenir leur meilleur propre ennemi), tout le travail sur le terrain, le danger, les filatures, les messages radio… et je ne vous en dis pas trop pour garder le suspense. Après avoir travaillé dans le Sud-Ouest de la France, Alice découvre la misère dans laquelle vivent les Parisiens, oh pas seulement la misère de ne pas manger à sa faim et de se faire contrôler régulièrement, non, une misère morale aussi, la masse grise de ceux qui ne sont pas franchement collabos mais vendraient leur âme pour se débarrasser des emm… que sont les Juifs et les Anglais. On sent à travers ces péripéties la méfiance instinctive que les Anglais ressentaient vis-à-vis des Français pendant la guerre, et Alice, qui connaît très bien la France, ressent cela, elle est « prise entre le marteau et l’enclume » comme elle l’était dans les jeux de son frère Ned et de Clément avant la guerre. Mais on sent bien aussi le courage de tous ceux et celles qui agissent pour la liberté, sans réfléchir, parce qu’il faut le faire.

Le récit est vif, rythmé, on suit avec angoisse les tribulations d’Alice dans les trains, dans les gares,  dans les rues de Paris et le suspense est présent jusqu’à la dernière ligne (que d’émotion m’a procurée cette fin). On suit aussi une jeune femme qui évolue, se transforme, à la fois sur le plan du courage et sur le plan de la féminité.

Ce n’est pas le roman du siècle, on devine certaines « ficelles » (qui sera le traître ?) et Marian-Alice est sans doute l’archétype de ces femmes parachutées en France par le Special Operations Executive, un service créé par Churchill pour soutenir la résistance européenne, il n’en reste pas moins que La Fille qui tombe du ciel m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Simon MAWER, La File qui tombe du ciel, traduit de l’anglais par Karine Lalechère, Editions du Cherche-Midi, 2014 (et aussi en poche chez Pocket)

C’est chez Keisha que j’ai découvert l’auteur, dont Le Palais de verre figure également au catalogue du Cherche-Midi.

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