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Présentation de l’éditeur :

Septembre 1853. Victor Hugo est en exil sur l’île de Jersey. Passionné de spiritisme, le poète assiste régulièrement à des séances de tables tournantes jusqu’au jour où le fantôme de sa fille Léopoldine lui apparaît. Dès lors, il est hanté par des visions nocturnes lui intimant de faire la lumière sur le drame. Accident ou meurtre ? Victor Hugo sort de son exil et se lance dans une enquête qui le mènera jusque dans les mystères du ventre de Paris. Sur l’île de Guernesey, John Charles Tapner mène une vie de petit fonctionnaire tranquille. Derrière cette apparence respectable, la réalité est tout autre : en plus d’entretenir sa femme, il prend part à diverses arnaques pour subvenir aux besoins de sa maîtresse ! Lorsque sa logeuse meurt dans des circonstances suspectes, il devient le suspect principal et se retrouve condamné à mort… Pour le sauver, sa femme rédige un appel au secours à l’intention de Victor Hugo, connu pour ses convictions abolitionnistes et son influence…
Ce récit, bien qu’en partie imaginaire, est inspiré de faits réels. Victor Hugo fut un fervent abolitionniste qui s’est battu pour la grâce de Tapner et a «réellement» communiqué avec le spectre de sa fille lors de séances de spiritisme.

Avant je traitais Victor Hugo avec un peu de dédain teinté bien sûr de méconnaissance de son oeuvre et de goût pour la plaisanterie facile (Totor la Vapeur n’était pas mon cousin… et puis la scène de la récitation de ‘Mon père ce héros… dans un roman régional ardennais – Toine dans la tourmente, d’Arthur Masson, si jamais des lecteurs belges connaissent encore ce monsieur) me rappelait des souvenirs de fous-rires délicieux à la lecture.) Un bouquin scolaire m’a soudain apporté un autre éclairage et Trois grands fauves (dont fait partie Hugo) de Hugo Boris m’a aussi apporté un chouette éclairage.

C’est d’ailleurs le même contexte historique et politique que celui du roman qui sert de toile de fond à cette BD : Hugo s’est exilé à Jersey après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851. Là il poursuit sa liaison avec Juliette Drouet et s’adonne au spiritisme, espérant retrouver par là sa chère fille Léopoldine, morte noyée avec son mari en 1843 à Villequier. La scénariste Esther Gil a réuni assez de documentation pour rendre compte avec beaucoup de précision les événements historiques et familiaux vécus par le poète mais aussi pour imaginer l’hypothèse que Léopoldine et Charles Vacquerie ne sont pas morts de simple noyade : c’est ainsi que Victor Hugo, ne parvenant toujours pas à faire le deuil de sa fille et ignorant les appels à la prudence de son entourage (délaissant aussi Adèle, son autre fille, qui souffre de l’indifférence paternelle), retourne en France à la recherche du moindre témoignage appuyant la théorie du meurtre. Dans un Paris livré aux grands chantiers haussmanniens (pour contrer plus facilement les révoltes populaires) Hugo fait connaissance, entre autres, de Gavroche, de l’homme de main Thénard… autant de personnages qui ont manifestement inspiré Les Misérables. L’autre facette du scénario, la condamnation à mort de John Tapner et l’intervention de Hugo, l’abolitionniste, est très intéressante aussi.

Finalement je me laisse un peu séduire par le géant du romantisme, surtout quand la mise en scène lui fait une part si belle et que le dessin de Laurent Paturaud plante le décor et restitue les émotions avec autant de réalisme et de finesse. On croirait presque avoir affaire à de la photographie (je sais que c’est bateau de dire ça mais j’assume) tant c’est précis. La palette est souvent déclinée dans des tons sépia (autre rappel photographique, et après tout elle avait été inventée quelques années auparavant) et les visages sont particulièrement émouvants : Hugo ne porte pas encore sa barbe d’aïeul et cela le rend très humain, pas encore élevé au rang de mythe national.

Bon… je sens qu’il me faudra bientôt non plus lire sur Hugo mais lire Hugo dans le texte. Humhum… Si quelqu’un a des conseils utiles…

Esther GIL (scénario) et Laurent PATURAUD, Victor Hugo – Aux frontières de l’exil, Editions Daniel Maghen, 2013

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