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Quatrième de couverture :

« D’autres candidats sont passés avant lui. Ils sont ressortis en souriant. Ou pas. Il a continué à transpirer. Et puis on l’a appelé. Il est entré. Il a vu le type derrière son bureau, qui lui a dit:

– Asseyez-vous.

Il a voulu dire bonjour. Il a dit:

– Bbbbbbbbbbbbb.

Et c’est tout. Il s’est levé. Il est sorti en courant. ça faisait des mois qu’il n’avait plus bégayé. »

Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste! est le troisième recueil de Gaëlle Pingault. Etonnante aventure que celle de ces textes, improvisés au fil de la plume sur les réseaux sociaux fin 2011. Une tentative de faire connaître les multiples aspects de l’orthophonie, qui a déclenché un enthousiasme certain. Il semblait donc naturel de lui offrir un écrin littéraire digne de ce nom. C’est chose faite.

Gaëlle Pingault vit en Bretagne et est…orthophoniste.

Gaëlle Pingault a bien écrit des nouvelles qui mettent en scène diverses personnes et facettes rencontrées dans son métier d’orthophoniste – sinon elle ne serait pas publiée chez Quadrature – mais elle est vraiment un écrivain car son recueil est lié par l’histoire de Laure, une jeune femme apparemment ronchon, asociale et mi-intriguée mi-jalouse par sa voisine d’en face, Elisa Gardan. En fait nous ne découvrons le prénom de Laure que tard et la jeune femme révèle peu à peu pourquoi elle passe ses journées seule dans son appartement.

Une histoire aussi émouvante que les courts récits sur l’orthophonie : un bébé sourd, un gamin dyslexique, une petite fille dyscalculique, une vieille dame victime d’un AVC, un homme qui a subi une laryngectomie, un autre atteint de bégaiement, une femme dont l’opération de la thyroïde a abîmé les cordes vocales, une prof qui tire sur la corde (vocale, évidemment – tiens, tiens, voilà qui me concerne, c’est un risque du métier) : au total, une vingtaine de situations racontées avec justesse, avec humanité. Sans oublier l’humour et la légèreté qui désamorcent les drames vécus. Laure aussi se fait la championne de l’autodérision pour ne pas sombrer dans le désespoir.

Tous ces textes, signés de l’expression « Bref, il(s) a(ont) besoin d’un orthophoniste », et le contrepoint conté par Laure nous donnent envie de croire que la communication, et avec elle la vie humaine, peut s’améliorer, progresser, changer ou renaître. Grâce à la compétence et au sourire d’un ou d’une orthophoniste. Sourire communicatif, c’est gagné. Merci, Gaëlle Pingault.

« Il aimerait bien aimer l’école, mais il y a les dictées. Les sujets, les compléments d’objets directs, et les verbes. Il y a les a-avec-accent et les a-sans-accent. Les f qui s’écrivent f et les f qui s’écrivent ph. Il y a les s qui font s et les s qui font z. « Et » à la fin de paquet alors que c’est « ai » à la fin de balai. Un genre de jungle. D’abord, il n’y comprend rien. Et, quand par hasard il comprend, il ne retient pas. Et quand par miracle il retient, il ne pense jamais à l’utiliser à la dictée. Il a toujours zéro. » (p. 19)

« Ma bonne fée a encore dû rater un truc dans la distribution des machins à joyeux grelots et à pompons heureux au-dessus du berceau à ma naissance. A se demander si j’ai vraiment une bonne fée ou si les réductions d’effectif des fonctionnaires étaient déjà à la mode à l’époque. Optimiste, moi, zéro patate. » (p. 79)

Gaëlle PINGAULT, Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste !, Quadrature, 2012

Troisième et dernier recueil de cette semaine consacrée aux nouvelles. Je me rends compte que je n’ai présenté que des textes français, tous un peu « à l’écart » de nouvelles classiques. Mina et moi avons choisi aujourd’hui de vous présenter chacune un ouvrage publié par la maison belge Quadrature. Vous découvrirez chez elle Mot compte double, de Françoise Guérin.

 

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