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Quatrième de couverture :

Mila, une jeune Italienne, revient sur l’île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l’assaille depuis un drame familial. 

Très vite, d’autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l’autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.

Un roman envoûtant qui, depuis la lointaine Erythrée jusqu’à Lampedusa, invite à comprendre et à garder les yeux grands ouverts.

Avec ce roman, je découvre la voix et la plume d’Annelise Heurtier, qui s’inspire souvent de faits réels pour écrire  ses romans jeunesse.

L’histoire de Mila s’entremêle aux voix de huit Erythréens. Mila est une jeune Italienne de dix-sept ans qui a accepté de passer un mois de vacances à Lampedusa, l’île de ses racines familiales. On l’appelle « l’île du salut » et peut-être trouvera-t-elle l’apaisement à travers les balades à vélo et les paysages de rêve qui s’offrent à ses yeux et à travers l’amitié bienveillante de Paola. C’est que l’atmosphère familiale est lourde et les relations avec sa mère tendues depuis la mort de son petit frère.  Les jeunes Erythréens, eux, racontent leur quotidien dans un pays soumis à une terrible répression (« service militaire forcé de 17 à 47 ans, interdiction de la presse indépendante, arrestation et torture des opposants, limitation des déplacements, contrôles d’identité systématiques, giffa, camps d’enfermement… » précise l’auteur en fin de roman) et leur désir, leurs efforts surhumains pour partir et atteindre les rives de l’Europe.

Le parti-pris d’Annelise Heurtier est à la fois sensible et juste. Il y a une part didactique destinée aux adolescents puisqu’elle a choisi de parler des émigrés d’un seul pays, l’Erythrée, dont elle brosse la situation grâce aux « témoignages » successifs d’Amir, Amanuel, Meloata et les autres, mais, grâce à ces récits vivants et réalistes, aucune lourdeur dans ce choix, inspiré par le naufrage d’une embarcation au large de Lampedusa, en octobre 2013, où 366 clandestins africains ont péri noyés (on a d’ailleurs remonté leur bateau il y a quelques semaines pour leur donner une sépulture digne). Elle a volontairement situé son roman en 2006 pour attirer l’attention sur ce pays de la Corne de l’Afrique et pour montrer aussi que les italiens (comme tous les Européens, ajouterais-je) sont divisés sur la question de l’accueil des réfugiés.

J’ai trouvé beaucoup de justesse aussi dans l’histoire de Mila, qui aura eu besoin de beaucoup de temps et d’attention, doublés d’une ouverture aux autres, pour revivre après un deuil étouffant. Et sous la belle plume d’Annelise Heurtier, son parcours de vie est attachant.

« Mila se remit en selle. Pas de plage surpeuplée cette fois-ci. Elle opta pour la direction opposée. Aujourd’hui, elle longerait la falaise de la côte nord, qu’elle savait plus farouches, plus tourmentées.
La chaussée goudronnée serpentait au milieu d’un plateau de calcaire recouvert de touffes de végétation rase. L’ambiance était différente de celle qui régnait au sud. On disait cette côte désertique. A l’inverse, Mila trouvait qu’elle était pleine de vie. Elle s’arrêta, posa son vélo à terre et s’accroupit pour mieux observer le sol. Les buissons épineux qui, à travers la pierre, trouvaient à se hisser vers la lumière. Les disparitions furtives des lézards dérangés par son arrivée. Les fuchsias, les orangés des fleurs qui s’épanouissaient sur les aréoles de certains cactus, délicates étoiles comme déposées par erreur au milieu des épines. L’odeur du vent. La texture de la terre qu’elle écrasa entre ses doigts. Le cri des mouettes, qui annonçaient qu’au-delà des falaises commençait le règne de la mer.
Mila se releva, grisée par l’intensité de ses sensations.
Elle plissa les yeux : au loin, elle distinguait les voiles claires des bateaux de plaisance qui gravitaient autour de la côte. D’où venaient-ils ? Certains avaient peut-être déjà fait escale dans les ports d’Asie ou d’Afrique avant d’atteindre Lampedusa. » (p. 85)

« Je le sais depuis que je suis tout petit : l’Europe, c’est la promesse d’une vie meilleure. Je suis fort, courageux. La fatigue ne me fait pas peur. Là-bas, je serai discret, laborieux, je ferai les travaux dont personne ne veut. Je serai heureux de ce qu’on me donnera. Je n’irai pas pour prendre la place de qui que ce soit. J’irai parce que je suis né au mauvais endroit. J’irai parce que j’ai envie de vivre. » (p. 167)

Annelise HEURTIER, Refuges, Casterman, 2015

Deuxième titre de ma mini-série « Exils »

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