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L’Odeur du café

Présentation de l’éditeur :

Au cœur de ce récit, il y a l’enfance. Celle d’un petit garçon passant ses vacances à Petit-Goâve, dans le giron de Da, sa grand-mère. Un accès de fièvre, et le voici privé de jeux avec ses camarades. Alors il reste sur la galerie, assis aux pieds de Da qui se balance dans le rocking-chair, une tasse de café toujours à portée de main, pour les passants et les voisins. Le long des lattes de bois, l’enfant observe, rêve, se régale : la lutte inégale des fourmis et des araignées, les gouttes de pluie picorant le sol, les adultes comme ils s’occupent et bavardent, son chien Marquis « à la démarche de vieille dame »… Il respire les odeurs de la vie.Chronique des sensations évanouies et retrouvées, l’Odeur du café est une magnifique échappée – au temps magique d’une enfance singulière.

Autant j’ai été déçue, désarçonnée par ma première lecture de Dany Laferrière (Je suis un écrivain japonais, que j’ai abandonné assez vite), autant j’ai été charmée par L’Odeur du café où l’auteur évoque ses souvenirs d’enfance à Petit-Goâve en Haïti, quand, à cause d’une mystérieuse maladie, il habita l’été de ses dix ans avec sa grand-mère. Da, qui aime particulièrement le café dont faisait commerce son mari, a eu cinq filles et est une sorte de sage dans la petite ville. La vie se passe entre la galerie de la maison, d’où l’on voit évidemment tout ce qui se passe, les courses effrénées à vélo entre copains, les bêtises de gamins, l’école et la mer. Il vaut mieux se concilier les bons esprits et éviter les mauvais fantômes pour mener une bonne vie.

Le récit se déroule à petites touches, tout en observation du quotidien, de la nature, en ouverture des sens, en anecdotes parfois pleines d’humour, premier amour pour Vava et surtout amour immortel pour Da, la délicieuse grand-mère qu’un gamin de dix ans ne peut jamais tromper. C’est plein de tendresse, de naïveté, de douce nostalgie.

« Le toit 

C’est une grosse maison de bois peinte en jaune avec de grandes portes bleues. On peut la repérer de loin. La toiture est en tôle ondulée. Neuve. Elle aveugle les camionneurs qui prennent le tournant près des casernes. Da pense la faire peindre en noir. J’aimerais mieux rouge. Chaque fois que Simon, le gros chauffeur du camion Merci Marie, passe devant notre galerie, il ralentit pour demander à Da quand elle fera peindre le toit. Da dit toujours : « La semaine prochaine, si Dieu le veut. » Mais ce n’est jamais fait. Une fois, Simon a dit : « Je le demanderai à Dieu, la prochaine fois, car c’est lui qui est de mauvaise foi. »

Da a ri, de même que Simon. Moi aussi. » (p. 29)

« Un jour, j’ai demandé à Da de m’expliquer le paradis. Elle m’a montré sa cafetière. C’est le café des Palmes que Da préfère, surtout à cause de son odeur. L’odeur du café des Palmes. Da ferme les yeux. Moi, l’odeur me donne des vertiges. »

« Da m’a toujours dit que si le ciel est bleu, c’est à cause de la mer. J’ai longtemps confondu le ciel avec la mer. La mer a des poissons. Le ciel, des étoiles. Quand il pleut, c’est la preuve que le ciel est liquide. » (p. 137)

« Midi

Le soleil est au zénith. On ne voit pas son ombre sous l’eau. Willy Bony marche avec moi sur le port. Je vois mon ombre juste sous mes pieds.

-Que font les poissons à midi ?

-C’est l’heure de manger.

-Pour les poissons aussi ?

-Pour tout le monde.

-Et qu’est-ce qu’ils mangent ?

 -Du poisson, me dit Willy Bony.

-Mais on n’est pas vendredi.

Willy Bony se met à rire sans s’arrêter. » (p.140)

Dany LAFERRIERE, L’Odeur du café, Zulma, 2016

Un Zulma par mois (ou presque, vu que je n’en ai pas lu en juillet-août)

Petit Bac 2021 – Aliment/boisson 5