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Quatrième de couverture :

Un fil rouge relie les nouvelles réunies dans ce recueil : la ligne d’horizon de la mer du Nord. Elle inspire à l’auteur des histoires que baignent une dérision salutaire et une mélancolie ironique. Sans doute est-ce là une des multiples formes que peut prendre la « belgitude » : appréhender le monde et le ramène à une dimension accessible par l’émotion, l’absurde ou l’exubérance.

Il me faut l’avouer, je n’ai pas tout lu de ce recueil, non parce que je l’ai abandonné mais parce que le temps m’a manqué pour faire honneur au rendez-vous de Mina qui commence elle aussi sa semaine Luce Wilquin par le même ensemble de nouvelles (son avis sera donc beaucoup plus complet que le mien).

J’en ai lu dix sur quatorze, et j’ai apprécié non pas d’abord l’humour mais la tendresse de Jean Jauniaux, sa connaissance de notre petit pays, de ses défauts, de ses qualités, de ses querelles (Haine en Wallonie), de ses traditions (Cher Georges), de ses terroirs et de ses parlers. Il a aussi une grande culture littéraire (La traversée de la Manche) et historique (un inédit de Hugo Victor) et on le sent particulièrement attaché à la mer du Nord et à la petite station de Saint-Idesbald (avec Le mystère de la grande Dune d’Idesbald, il me donne envie de retourner là-bas, à l’abbaye des Dunes devenue chez lui la poétique abbaye des Sables). Il joue aussi sur les émotions qui traversent le coeur des Belges (L’émoi du Roi) et alors que nous allons voter dans un peu plus d’un mois pour des législatives qui s’annoncent encore à haut risque, il est bon de sourire en lisant La guerre de Georges n’aura pas lieu.

Bien sûr, l’humour, bon enfant, plein d’auto-dérision, enrobe la plupart de ces nouvelles et leur donne la petite touche surréaliste qui, paraît-il, est la signature de notre petit pays.

Mais surtout j’ai senti dans ces textes que l’auteur s’est longuement assis ou promené quelque part pour sentir l’atmosphère, s’imprégner des lieux, observer les choses et les gens. Ma nouvelle préférée, avec celle qui donne son titre au recueil (et qui rend compte d’une délicieuse complicité entre un ancien douanier des sables et son petit-fils) est La mouette de Bruges : Jean Jauniaux a l’art d’y recueillir des fragments fugitifs, des bribes ordinaires de la vie. Son écriture imagée rend compte de ces émotions captées avec élégance, avec justesse. Et c’est un pur moment de bonheur.

« Les lèvres appuyées contre le petit pain, elle sanglote. Secouée. Frissonnante.

J’avais levé les yeux de on carnet au moment de la première vague. Mon regard a croisé le sien à ce moment-là, lorsque la lame du sanglot a cogné contre les parois du coeur. Les vantaux de l’écluse se sont ouverts. Les pleurs sont passés du coeur aux paupières, du secret aux larmes. 

Et ces sanglots me blessent tandis que je dissimule ma honte derrière les petits barbelés d’encre déposés sur les pages du carnet. » (p. 55, La mouette de Bruges)

Jean JAUNIAUX, Le pavillon des douanes, Editions Luce Wilquin, 2006

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