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Présentation de l’éditeur :

Madeleine parle toute seule, même quand elle a de la compagnie. Lorsque son fils revient avec une demande qui bouleverse sa vie, elle comprend à qui elle s’adresse quand elle ne parle à personne.
 
En se serrant la main pour la première fois, Ariel et Marie s’évanouissent. Des années plus tard, ils sont mariés, Ariel est à la tête d’un pays en déroute et ils sont sur le point de défaillir de nouveau.
 
Entre deux tremblements de terre, Simon et Carmen  tentent de poser à leur mère la question la plus ancienne de leur existence. La réponse qu’elle leur livre malgré elle crée entre eux une fracture digne de la faille de San Andreas.
 
Et quelque part dans le sud des États-Unis, deux petites filles déposent un sou sur le rail d’une voie ferrée.
 
Entre ces personnages, Catherine Leroux dessine une cloison fine comme un brin d’impossible qui tantôt sépare, tantôt unit, estompant la frontière entre les  secrets, la vérité et l’inouï. Une histoire où l’on frappe trois coups sur un mur pour entendre en retour un mystérieux toc toc toc.

Je n’en dirai pas long sur ce roman dont j’attendais beaucoup (l’enthousiasme de Billy et de Nadège à l’occasion de la dernière Foire du livre…) et depuis dimanche soir, je lis en trouvant cela vraiment bien mais en ayant l’impression de rester un peu en dehors, et puis là ce soir, dans les cinquante dernières pages, l’émotion est venue me cueillir et j’en ressors émue, touchée, émerveillée…

Et pourtant ce n’est pas un livre facile, les histoires qui s’y entremêlent le sont très subtilement, on se demande souvent dans quel espace temps l’auteur nous a emmenés, et de fait les personnages vivent les choses à des moments différents, des choses pas des plus banales à vivre. Il est question de deuils, de séparations, de quête des origines, d’identité et surtout, surtout il est question d’amour : des histoires d’amour maternel, de couple, d’amour fraternel, des histoires d’amitié aussi, qui est « un autre nom de l’amour ». Ces histoires sont parcourues par l’image récurrente du mur, du mur mitoyen comme l’indique le titre : un mur qui peut être fin comme la membrane qui enveloppe des jumeaux dans le ventre de leur mère, comme la frontière ténue entre le bien et le mal, un mur qui peut être source de divisions, de séparations traumatisantes, un mur qui peut s’épaissir irrémédiablement mais dans lequel on peut aussi creuser une petite faille qui va s’épanouir et renouer le lien, laisser passer la lumière.

C’est drôlement bien mené, Catherine Leroux révèle un sens de la construction tout en subtilité et bien sûr, ces personnages qu’on croyait si éloignés les uns des autres, on comprend les liens subtils qui les unissent au-delà des murs que d’autres ont parfois dressés contre eux.

Et puis il y a la langue, l’écriture, la finesse, la sensibilité extrême, la poésie qui imprègne le récit… et des tas de références à d’autres romans qui me sont venues à l’esprit et n’enlèvent rien à l’originalité de celui-ci… et il y a des chats aussi… et des personnages attachants, blessés, fragiles mais résilients, que je ne suis pas près d’oublier… Un roman lumineux, à l’image de sa couverture où se détachent des silhouettes légères et diaphanes sur un fond sombre. Une merveille que je vous conseille vraiment de découvrir !

« Madeleine n’ajoute rien. Elle ne trouve pas les mots pour dire que la vie n’est pas ainsi faite, pour expliquer à son fils encore si jeune que le monde n’est pas une immense balance où les mauvaises actions se répondent, où les fautes sont systématiquement punies. Le monde est un endroit injuste où les bons deviennent mauvais de n’être jamais récompensés, où les véritables méchants ne sont que rarement châtiés et où la plupart des hommes zigzaguent entre les deux extrêmes, ni saints ni démons, louvoyant entre les peines et les bonheurs, les doigts croisés, touchant du bois. Chaque être divisé en deux, chacun avec sa faille autour de laquelle s’agitent le bien et le mal. » (p. 210)

Catherine LEROUX, Le mur mitoyen, Alto, 2013

Argali en a aussi fait un coup de coeur. Je suis ravie de terminer le mois au Québec aussi bien qu’il a commencé !

Québec en septembre 2014

Petit Bac 2014

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