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Quatrième de couverture :

Après cinquante-six ans d’un mariage fusionnel, la maladie de Zika la contraint à quitter Joseph et leur maison pour Paris. Hébergée chez leur fille, elle pourra plus aisément bénéficier de soins hospitaliers tandis que son mari, recueilli par leur fils, se languit loin d’elle, à Montfort. Dès lors, les amants esseulés nourrissent une correspondance passionnée ou chacun redécouvre ses enfants, leurs failles, leurs blessures et leurs reproches – les fruits amers d’un amour exclusif, tragiquement récoltés au soir de leur vie…

Je crois que beaucoup de lectrices ont aimé ce roman, tant pis si je suis le vilain petit canard mais il ne m’a pas totalement convaincue… Je vais essayer d’expliquer pourquoi.

D’abord, le fait d’accepter de se séparer comme ça si on s’aime si fort m’a paru assez invraisemblable. Joseph le reconnaît dans une de ses lettres à Zika : n’y avait-il vraiment aucun hôpital plus proche dans la France moderne ? Ce couple se laisse-t-il si facilement influencer par ses enfants, alors que ces derniers sont assez éloignés, sinon par la distance, du moins par le coeur ?

Ensuite, je trouve qu’ils se parlent l’un à l’autre avec beaucoup de solennité, de componction, surtout Joseph. Certaines tournures de phrases m’ont franchement agacée, par leur manque de naturel, de spontanéité ; elles semblaient peu en adéquation avec les origines paysannes de Joseph et Zika. (« Je vais encore être cause de ton affliction » par exemple !)

Cela m’a amenée à me poser une question (j’ai été en cela influencée par Mina, toujours attentive à cet aspect d’un roman par lettres) : le genre épistolaire convient-il vraiment à cette histoire ? Certes, si les deux époux ne sont pas séparés, il n’y a plus de situation initiale et les lettres n’ont aucune raison d’être, mais le fait que tantôt Joseph tantôt Zika réagit immédiatement à la lettre reçue, sans réflexion, sans prise de distance est un autre élément un peu invraisemblable du roman. Je me suis demandé s’il n’aurait pas été plus intéressant d’avoir un roman polyphonique, qui aurait permis de confronter les points de vue et de mieux comprendre ce que ressentent Isabelle et Gauthier, les enfants du vieux couple.

Enfin, l’enchaînement des circonstances, les révélations successives, cette séparation qui dure si longtemps et le déchaînement de violence qui arrive à la fin du roman m’ont laissée un peu de marbre. Même s’ils m’ont fait frémir, je ne parviens pas tout à fait à y croire… Au final, ces personnages ne m’ont pas paru sympathiques, je crois que c’est la clé de ma « non-conviction »…

Frédérique MARTIN, Le vase où meurt cette verveine, Belfond, 2012 (et Pocket, 2014)

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