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Quatrième de couverture:

Été 1979, Californie du Nord. Rachel, treize ans, et sa soeur Patty, onze ans, se préparent à passer leurs vacances à vagabonder, rêvant d’inattendu. Et l’inattendu arrive. Effroyable, une succession de meurtres de jeunes femmes, tuées dans la montagne selon un même mode opératoire : la chasse à l’Etrangleur du crépuscule commence. L’inspecteur Torricelli, le père des fillettes, dirigera l’enquête. Trente ans plus tard, Rachel raconte : la traque épuisante, leurs vies suspendues, et ce jour où les deux soeurs se sont retrouvées face à l’étrangleur… Fantasme de gamines hystériques, avaient déclaré les autorités. Depuis lors, Rachel s’est donné pour mission de retrouver cet homme. Roman d’apprentissage, polar psychologique : Joyce Maynard a su ériger ce fait-divers réel en un conte cruel haletant.

De Joyce Maynard, j’ai lu et beaucoup aimé Les filles de l’ouragan (un coup de coeur même) et Long week-end. Ce titre-ci est un vrai coup de coeur comme j’en ai rarement eu cette année (et donc je vais avoir bien du mal à en parler). Ce serait criminel d’en dire plus que la quatrième de couverture sur l’intrigue, sauf que limite dès la première page, je pensais avoir déjà deviné qui est ce fameux homme de la montagne mais la manière dont Joyce Maynard a mené son roman m’a démontré que c’était bien plus subtil et bien plus noble que ce que je ne pensais.

Criminel d’en dévoiler trop par rapport au suspense et aux étapes de l’histoire, disais-je, par contre je peux vous dire que si (en plus d’une excellente intrigue) vous aimez les histoires de famille, l’amour entre soeurs, l’amour d’un père envers ses filles et réciproquement, si vous savez déjà à quel point Joyce Maynard est fine dans l’exploration de ces sentiments, alors ce livre est fait pour vous. J’ai retrouvé la force avec laquelle les deux Filles de l’ouragan s’entendent et la vérité intime d’un(e) ado de treize ans dans Long week-end. On sent à quel point la romancière se souvient de sa propre adolescence, elle se nourrit de cette période hypersensible pour infuser sa propre expérience dans des personnages attachants : comment ne pas aimer Rachel à l’imagination débordante et Patty la réaliste qui adore les chiens, comment ne pas adorer avec elles leur père, le détective Torricelli, comment même ne pas être attentif à la mère, pourtant si absente ?

Ce que j’ai beaucoup aimé aussi et trouvé très subtil (je me répète, je sais), c’est, dans la dernière partie, la mise en abyme, le roman dans le roman : un autre clin d’oeil de Joyce Maynard à sa propre activité d’écrivain, qui permet ici de boucler sa narration avec justesse. Et puis, encore une fois, elle a l’art de raconter et d’amener les émotions sans pathos, sans effet de manche, j’aime et j’admire cette faculté. (Le titre original est d’ailleurs parlant : After Her.) J’espère qu’elle me touchera encore longtemps avec les romans qu’il me reste à découvrir d’elle et ceux qu’elle écrira encore.

« – Tu sais ce que je crois ? C’est qu’on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une. » (p. 155)

« Il m’arriva alors quelque chose d’étrange :une soudaine flambée d’amour pour celle à qui je ne pensais pas souvent – ma propre mère, qu’on pouvait taxer d négligence, mais qui ne me disait jamais comment m’habiller, ne m’emmenait jamais chez le pédicure avec elle, ni n’essayait de me faire embaucher chez les pom-pom girls. En ce moment, elle devait se trouver à la bibliothèque, cherchant de nouveaux livres d’obscurs gourous indiens ou un recueil de poèmes de Sylvia Plath. Peu importait d’ailleurs. J’ai compris ce jour-là qu’en nous laissant libres de nos choix, ma soeur et moi, elle nous avait fat un grand cadeau. Patty et moi n’appartenions à personne qu’à nous-mêmes. » (p. 213)

Joyce MAYNARD, L’homme de la montagne, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain, 10/18, 2015 (Première édition : Philippe Rey, 2014)

Avec ce roman, j’inaugure ma participation au Mois américain organisé par Titine (je n’ai pas que des projets américains pour ce mois de septembre mais j’espère lire au mois trois ou quatre bouquins). C’est aussi le titre choisi par le Blogoclub repris par Florence et Amandine.

     

 

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