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Gaëlle Josse - Nos vies désaccordées.   Quatrième de couverture : « Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu’aujourd’hui, plus serein peut-être. » François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu’il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver.
Confronté à un univers inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, jusqu’au basculement. La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ?

 

Voici le roman que j’ai choisi pour cette journée de la fête de la musique, le deuxième de Gaëlle Josse, après  Les heures silencieuses. Quel étrange roman, quelle étrange histoire que celle de ce pianiste qui lâche tout pour des retrouvailles improbables avec son ancienne compagne. Dans son hôpital psychiatrique, Sophie passe ses journées à écouter les enregistrements de Schumann réalisés par François, à peindre en mono-couches successives de noir et de blanc. Sans un mot. Elle ne parle plus. Lui se souvient de leur rencontre, de leur histoire, et pendant tout ce temps où il tente de revoir Sophie, d’affronter ses propres angoisses, ses propres lâchetés, il ne joue plus. Il attend. Silence prolongé sur la partition de la vie et de la folie. Echo du couple formé par Robert et Clara Schumann, de la folie de Robert interné à sa propre demande, l’histoire de François et Sophie prend vie sous la plume toujours aussi fine de Gaëlle Josse, qui parvient à se glisser dans la peau de François, narrateur de ce récit. Quelques écrits à la troisième personne l’accompagnent, comme en un contrepoint mystérieux. Cependant, malgré de beaux passages, je n’ai pas été aussi séduite par ce texte que par le premier roman de l’auteur. J’ai eu l’impression d’avoir un peu de mal à m’y installer, et que le propos y était un peu éclaté entre l’histoire de Sophie, celle de François et celle de deux amis du couple, Zev et Sandro. Je n’ai pas retrouvé toute l’émotion contenue dans Les heures silencieuses. Cependant quelques belles pages éclairent ce roman et j’ai vraiment envie de découvrir davantage l’oeuvre de Robert Schumann.

Aimer comme on écrit une icône. On l’écrit avec du temps, du temps infini, avec des couleurs comme du rouge, de l’orange, du brun, avec des traces d’or et infinient d’amour. On l’écrit pour se souvenir d’un amour plus fort que le poids des jours, plus fort que ces fragments de mosaïque que nous tentons de rassembler afin que nos vies rencontrent un jour leur visage. Il s’y mêle toutes les larmes et le souvenir des musiques oubliées. Ecrire une icône à la mesure de ce qu’on ne connaît pas, de ce qui demeure plus grand et plus aimant que nous. On l’écrit en écoutant le silence, le vent, les feuilles, et en oubliant la rumeur. En interrogeant un regard grave qui murmure de croire encore alors que la nuit s’avance. On l’écrit en se souvenant de la trace des pas minuscules de ceux qui nous ont précédés dans le labyrinthe, à la poursuite d’un rêve qui s’envole, dans l’offrande d’une poussière colorée, les laissant désolés autant qu’éblouis. (p. 101-102)

A écouter en lisant : évidemment du Robert Schumann, les Klavierstücke ou les Kreisleriana. Personnellement, je possède un CD de pièces diverses des Schumann, Robert et Clara, (dont le Concerto pour piano) et de Brahms, par Hélène Gimaud, un album qui dit en musique la relation amoureuse qui existait entre ces trois-là.

Gaëlle JOSSE, Nos vies désaccordées, Editions Autrement, 2012

L’avis de Jostein et celui de Lucie (Clavier bien tempéré)