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Quatrième de couverture :

C’était son professeur de grec, et sans doute en était-elle amoureuse. Trente ans plus tard, un notaire lui remet un long texte de cet homme, décédé depuis quinze ans, et elle y découvre toute la ferveur dont elle était l’objet de sa part.

« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… » Ce vers de Rimbaud, la fièvre du poème irriguent ce récit de Michelle Fourez, court par la taille (88 pages en petit format) mais riche d’une plénitude, d’une maturité, d’une gravité qui, à l’instar d’Une famille, m’ont touchée au coeur.

Elle avait dix-sept ans, elle a été profondément marquée par son prof de grec, son Maître, comme l’appelaient ses étudiants. Elle est devenue prof à son tour, aussi passionnée que lui de son métier, de ces jeunes à qui elle transmet sa flamme. Elle a connu plusieurs amours, elle a traversé la vie sans jamais oublier ce maître qui osait les ouvrir au monde et à la littérature, à la philosophie et à la culture. Un jour, quinze ans après sa mort à lui, elle reçoit une lettre de lui, une lettre où il dit tout l’amour qu’il a éprouvé pour elle, un amour platonique qui l’a aidé à vivre alors qu’il était malheureux en mariage et atteint dans sa santé physique.

A l’heure où tout va vite, où il faut passer aux actes sans attendre et sans réfléchir, ce récit d’un amour tout en discrétion absolue n’a rien d’anodin. Un homme qui ose la retenue, la maîtrise de soi, un homme qui trouve sa liberté profonde dans cette distance, un homme bien plus âgé que son étudiante qui attend que la vie ait roulé sur elle ses flots d’amour et de solitude, de blessures et de rides pour qu’elle puisse entendre cette déclaration muette. Car « quiconque aime aime à douleur« , lui écrit-il aux portes de la mort.

Je ne sais exprimer le secret de Michelle Fourez pour nous livrer un texte aussi fort et aussi ramassé : sans doute la brièveté est-elle gage de justesse, mais chaque mot est choisi, chaque phrase est travaillée au cordeau pour dire la poignante solitude de cet homme, sa noblesse désespérée. Douceur et douleur s’entremêlent tout comme se répondent les vocations semblables et le désir de transmission de cet homme et de son élève devenue prof et écrivain. A son tour à elle de raconter, de faire vivre cet amour, de nourrir son écriture de la lecture des grands auteurs qu’il a aimés comme Gérard de Nerval, Héraclite, André Gide, Arthur Rimbaud… dont les mots se mêlent avec justesse et élégance à la plume de Michelle Fourez.

Merci, une fois de plus, de vous être coulée avec tant de grâce dans les mots d’un homme et dans la tendre lucidité d’une femme et de m’avoir procuré cette émotion de lectrice, dont je suis sorte la gorge nouée…

« Vous savez, Mademoiselle, l’aversion que j’ai pour les choses, et ma soif de dépouillement. L’Art, et les Mots, cela seul peut nous sauver de l’angoisse, et mes fils ne le sauront jamais. Ma fille, oui. Et vous, car les mots vous font vivre, je le sais.

Je vous écris, et vous ignorez que je vous écris.

En septembre, vous serez à l’université. L’école sera vide de vous. » (p. 21)

Michelle FOUREZ, Ferveur, Editions Luce Wilquin, collection Luciole, 2006

Cette collection de poche baptisée Luciole porte joliment son nom à travers ce récit lumineux dans la douleur que j’ai le plaisir de lire aujourd’hui avec Mina.

Il y a aussi un magnifique article de la revue Indications sur la page Libfly dédiée au livre.

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