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Présentation de l’éditeur :

Ils avaient 17 à 25 ans. Se prénommaient Gaston, Louis, Réné. Ils étaient palefreniers, boulangers, colporteurs ou bourgeois. Ils devinrent soudainement artilleurs, fantassins, brancardiers…
Voyageurs sans bagages, ils durent quitter leur femme et leurs enfants, revêtir l’uniforme mal coupé et chausser les godillots cloutés. Sur 8 millions de mobilisés entre 1914 et 1918, plus de 2 millions de jeunes hommes ne revirent jamais le clocher de leur village natal.
Plus de 4 millions subirent de graves blessures.
Cet ouvrage exceptionnel regroupe des adaptations en BD de véritables lettres de Poilus par Guarnido, Bajram, De Metter, Lepage, Lidwine, Parnotte, Mallié, Juan Gimenez et bien d’autres. Des mots écrits dans la boue et qui n’ont pas vieilli d’un jour. Des dessins chargés d’émotion qui marqueront les esprits.

Depuis longtemps, traîne dans ma bibliothèque le Librio n°245 Paroles de poilus, sous la direction de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume (ça ne s’invente pas…). Et il me faut avouer que je n’ai certainement pas tout lu de ces lettres et carnets du front, classées en six chapitres : premier été, automnes, hivers, printemps, été, dernier automne. Chaque saison est introduite par un texte très poétique, un procédé paradoxal qui donne d’autant plus de relief à l’horreur de cette guerre.

Cette division en saison est toujours présente  et ce paradoxe est encore amplifié dans l’adaptation en BD. Jean-Pierre Guéno a choisi vingt lettres ou extraits de journaux intimes et vingt dessinateurs au style très varié ont présenté ces lettres en images. Alors que le sujet m’intéresse énormément, ce n’est pas un scoop, alors que j’ai déjà visionné quantité de documentaires, visité trois expos, lus quelques livres et BD sur le sujet (et ce n’est pas fini !), j’ai souvent été soufflée par le regard porté par ces illustrateurs : paysages lunaires, tons sépia ou couleurs flashy, soldats harassés, cadavres pourrissants, têtes de morts, collages de photos de famille, visions proches de la science-fiction… Des images qui illustrent la mythologie qui a longtemps « collé » à la première guerre mondiale, et qui, en même temps, rendent bien présent son côté sordide si réel… Il me semble donc que cette représentation du premier conflit mondial relève plus de l’interprétation que de la représentation. Et quelle interprétation… souvent les dessinateurs ont choisi de placer le minimum de texte, laissant toute la place à la force des images, et quand il y en a, il se fait calligraphie dont les courbes et les couleurs s’accordent à la douleur des écrits. J’ai particulièrement aimé les planches de Teddy Kristiansen, Emmanuel Lepage, Franck Biancarelli, Jean-Philippe Bramanti et Pierre Mary.

On est forcément touché par la simplicité, l’opiniâtreté avec laquelle les « poilus » racontent la vie au front, les tranchées, les combats en première ligne, le souci qu’ils ont de leur famille, femme, enfants, soeur ou mère. L’humour, la tendresse, la fraternité ne sont pas absents des lettres présentées ici, une franche ironie habite la lettre envoyée par Louis Bloch à l’Administrateur délégué de la Compagnie du Gaz de Paris. Quant aux dernières écrites par Henry Lange à sa soeur Hélène (tous deux d’une famille d’origine juive et alsacienne), elles sont emplies d’une lucidité sans appel sur le sort qui sera réservé aux héros et l’oubli dans lequel tomberont les poilus après la guerre.

Une lecture remuante donc, et qui apporte un éclairage nouveau (pour moi) à cette guerre qui a bouleversé le début du vingtième siècle. J’espère présenter plusieurs BD sur le sujet au cours de ce mois de novembre !

Paroles de poilus – Tome 1 Lettres et carnets du front, d’après les ouvrages de Jean-Pierre Guéno. Un album sous la direction de Jean Wacquet, Soleil, 2012 (nouvelle édition)

J’ai découvert ces BD (je vous parlerai bientôt du tome 2) sur le blog Le Bateau Livre.

Projet Non-Fiction avec Marilyne

Poppy Thiepval

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Petit Bac 2014

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